LIVRE TROISIÈME. — VENDOME
marchaient et leur vigueur à le repousser, ces défaillances, qui ne s'expliquent que par la jeunesse et l'inexpérience du métier militaire, de ceux qui s'y laissèrent aller.
Cependant, après avoir longtemps observé nos mouvements, dont il ne paraissait pas se rendre compte exactement, l'ennemi finit par descendre les rampes qui du Temple mènent à Vendôme, et à s'engager dans les rues de la ville. Certain dès lory que notre retraite était bien réelle, il se porta sur les ponts, en trouva un incomplètement détruit, le répara a la hâte, et eut bientôt sur la rive droite des uhians et de l'infanterie. Ces éclaireurs traversèrent la plaine et.se mirent à suivre nos colonnes, s'emparantd'un certain nombre de voitures, que les charretiers abandonnaient parce que leurs chevaux épuisés ne pouvaient remonter les pentes rapides et gUssantes qui se présentaient à chaque instant. Nos pertes eussent été de peu d'importance si elles se fussent bornées à ces voitures ; malheureusement une mitrailleuse embourbée dut être abandonnée du 16' corps, et l'amiral, averti trop tard, ne put la retrouver, bien qu'il eût envoyé un bataillon pour la reprendre. Enfin, une batterie de 12 de la réserve, en position au château de Bel-Air, et dont les hommes, mal surveillés par les officiers, s'étaient enivrés avec le vin d'une cave qui leur avait été ouverte, quitta trop tard son emplacement et fut attaquée vers le soir au moment où elle suivait difficilement un chemin étroit et boueux. Deux fois la 1" section de la 3* compagnie bis du génie, commandée par le capitaine Joly, et le 11" bataillon de chasseurs', parvinrent à repousser l'ennemi, déjàmailrede nos pièces; mais le commandant de la batterie ayant eu la mauvaise idée de continuer sa route par le chemin creux dans lequel il s'était engagé, au lieu de cheicher à gagner
* Commandant Fouineau.
le plateau où il aurait retrouvé nos colonnes, cette batterie fut définitivement prise '.
Le 16* corps arriva à la fin de la journée sur les positions qui lui avaient été assignées, l'amiral ayant son quartier général à Fortan. Le 17' corps put également faire le mouvement qui lui avait été prescrit, à l'exception de sa 1" division qui, s'étant égarée en traversant la forêt de Vendôme, avait abouti à Epuisay. La marche du 21* corps était plus difficile par suite du terrain, et dès lors plus retardée.'La division de Bretagne, qui était restée sur ses positions jusqu'à la nuit pour cacher son mouvement de retraite, ne se mit en route qu'à huit heures du soir pour Droué. Les trois autres divisions, parties également fort tard, n'atteignirent dans la nuit, la 1", que la Chapelle-Vicomtesse , la 2* et la 3*, Remilly, tandis que la réserve s'était arrêtée à Beauchêne.
Arrivé à Épuisay, le commandant en chef s'occupa de préparer l'arrivée de l'armée au Mans, et de faire rétrograder les convois qui amenaient des vivres à Vendôme et obstruaient les routes à suivre. Il prescrivit au général de Négrier, commandant la subdivision de la Sarthe, d'arrêter aux portes de la ville tous les fuyards, et de retenir tout ce qui était destiné à la deuxième armée, hommes, corps et matériel, que le gouvernement acheminait avec beaucoup d'activité sur ses derrières pour la renforcer. Des instructions analogues étaient données aux généraux commandant à Tours et à Angers ^. Enfin, la dépêche télégraphique ci-après rendait compte de la situation au ministre de la guerre :
' Dans cet engagement, qui fait grand honneur au capitaine Joly et à ses sapeurs, 40 de nos soldats avaient lutté contre 200 Prussiens, leur avaient tué ou blessé une cinquantaine des leurs et fait 15 prisonniers. Ces sapeurs pour la p'upart ne comptaient pas trois mois de service. La section eut 1 homme tué et 8 blessés.
^ Voir à la note 4 les dépêches télégraphiques 427 et 430.