RÉPONSE DU MINISTRE DE LA GUERRE
« Lyon, le 27 décembre 1870.
« Monsieur le général ,
» Je vous remercie de m'avoir expédié les communica- » tions du général Trochu, que j'ai reçues de deux ballons » successifs, par dépêches de M. Jules Favre.
V La situation est grave, elle exige de vigoureux efforts, » tant de votre part que de celle du général Bourbaki, dont » voici le plan d'opérations.
» Toutes les dépêches et les renseignements recueillis » s'accordent à reconnaître que les forces de Dijon et » celles de Belfort ont reçu des renforts importants, en » sorte que dans l'ensemble de cette région on peut avoir » affaire à 80,000 hommes.
» On a séparé le 1 8* et le 20" corps du 1 5" ; on les a » portés rapidement en chemin de fer sur Chagny et » Beaune; ces deux corps, conjointement avec Garibaldi » et Gremer, sont destinés à s'emparer de Dijon, ce qui » sembletrès-réalisable, puisqu'on fait agir 75,000 hommes » environ contre 35 à 40,000.
» Pendant ce temps, Bressolles et son 24* corps sont » portés par chemin de fer à Besançon, où ils réunissent » les 15 à 18,000 hommes de garnison. Cette force «totale de 45 à 50,000 hommes, opérant de concert » avec les 70,000 hommes victorieux de Dijon, n'aura » pas de peine à faire lever, même sans coup férir, le
1 Le commandant Marois rapportait en même temps la réponse du ministre de la guerre à une lettre écrite par le général en chef, relativement à la présence du prince de Joinville à la deuxième arin»îe. — Nous croyons utile de faire le récit complet de cet incident. — Voir la note 3.
» siège de Belfort, et offrira une masse compacte de » 110,000 hommes capable de couper les communica- » lions dans l'Est malgré tous les efforts de l'ennemi.
» La seule présence de cette armée ferait lever le siège » de toutes les places fortes du Nord , et permettrait au » besoin de combiner, plus tard, une action avec le général » Faidherbe. En tout cas, nous aurons la certitude de » rompre définitivement la base de ravitaillement de » l'ennemi.
» Quant au 15* corps, séparé des 18* et 20* corps, il a » pour mission essentielle de couvrir Bourges et Nevers » en se retranchant dans les positions de Vierzon , et en » occupant fortement la forêt. S'il venait à être forcé dans » cette première position, il rentrerait dans Bourges, où il » formerait une imposante garnison en état d'arrêter la » marche de l'ennemi.
» A l'heure qu'il est, toutes ces dispositions sont prises, » et demain, 28, au matin, tout le monde sera rendu à son » poste. Pendant la durée de cette campagne, les 18', » 20", 24* corps, ainsi que les forces qui, sous le comman- » dément du général de Pointe de Gevigny, couvrent » Nevers, sont placés sous le commandement suprême du » général Bourbaki.
» En ce qui touche l'armée du Nord et les opérations » du général Faidherbe, je n'ai que des détails trop vagues » pour qu'ils puissent devenir le sujet de conclusions pré- » cises. Nos communications viennent d'être rétablies avec » Lille et Arras où se trouve son quartier général , et je » lui demande des données détaillées que je m'empresserai » de vous transmettre aussitôt. La dernière dépêche du » général Faidherbe présente, au lendemain de la journée » du 21 décembre à Pont-de-Noy elles, ses troupes comme » dans un excellent état, et prêtes à marcher.
» En ce qui touche les pigeons, je ne demande pas
» mieux que de faciliter, par tous les moyens, vos commu- » nications directes avec le général Trochu ; mais je dois » vous faire observer que les pigeons ne peuvent être gar- » dés et lancés que par des hommes aptes à ce service.
» En outre, pour que vos dépêches soient secrètes et » surtout bien développées, il est nécessaire d'user de la » réduction photographique d' Agron , qui vous permettra » de donner au gouverneur les détails les plus minutieux. » En conséquence, toutes les fois que vous aurez une » dépêche à lancer, vous n'aurez qu'à l'expédier à Bor- » deaux, où elle sera immédiatement préparée sur un » papier spécial , envoyée à Poitiers , et un pigeonnier se » rendra près de vous pour la lancer s'il y a lieu. J'ai » d'ailleurs donné à M. le chef d'escadrons Marois des » détails précis qu'il vous transmettra.
» Je vous applaudis de la sollicitude que vous apportez » à refaire vos hommes , éprouvés par de si glorieuses » luttes dont tout l'honneur vous revient. Je ne cesse de » presser l'envoi des choses par vous réclamées. Je compte » bien que vous serez bientôt prêt, et qu'aussitôt que vous » aurez arrêté un plan d'opérations vous m'en donnerez » connaissance, et vous en poursuivrez l'exécution avec la » vigueur qui vous est habituelle. Je vous ferai adresser » les renseignements les plus circonstanciés sur l'ennemi » par le bureau des reconnaissances.
» Vous avez décimé les Mecklembourgeois ; les Bavarois » n'existent plus; le reste de l'armée est déjà envahi par » l'inquiétude et la lassitude. Persistons, et nous renver- » rons ces hordes, hors du sol, les mains vides.
» Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments d'es- » time.
» Signé : Léon Gambetta. »