NOUVELLES INSTANCES POUR RAMENER LA PREMIERE ARMEE SUR PARIS
Cette réponse contenait une décision. Toutefois l'opération du général Bourbaki dans l'Est, entreprise dans une pareille saison , avec des troupes nouvelles , dans un pays de montagnes que la neige recouvrait et où tout était difficulté , présentait la réussite à une date d'échéance telle que le général en chei crut devoir tenter un dernier effort pour restreindre cette opération et ramener plus promptement la première armée sur Paris. Il adressa le 6 janvier la dépêche chiffrée suivante à Bordeaux , au ministre de la guerre :
« Le commandant de Boisdeffre m'a remis votre dé-
» pêche. M, B était déjà parti pour Paris quand j'ai
» reçu votre télégramme. Les renseignements qu'il m'a » apportés et que je vous ai communiqués, confirment » d'une manière absolue ceux apportés par Boisdeffre. » Paris a des vivres jusqu'au 1 5 janvier seulement , et à » partir de là ne vivra que d'expédients. L'armée de )' Paris a beaucoup soulTert ces derniers jours, elle est fort « réduite. Le général Trochu déclare qu'il y a urgence à
» faire un très-prompt et suprême effort sur Paris, c'est M aussi mon avis.
» Je trouverais bonne l'opération dans l'Est de Bour- « baki, si le résultat pouvait en être plus immédiat pour )) Paris. Ces considérations puissantes me font toujours » insister pour l'adoption et l'exécution à bref délai du » plan que je vous ai proposé. »
Le lendemain , le télégraphe apportait la réponse suivante :
PLAN DÉFINITIF d'oPÉRATION.
Guerre à général Chanzy, au Mans.
Extrême urgence. Petit dictionuaire.
tt Nous avons délibéré sur votre dépêche chiffrée d'hier, » et voici la réponse qu'elle nous suggère. Nous sommes M aussi désireux que vous, croyez-le bien, de marcher au « secours de Paris ; mais nous voulons que la tentative soit » efficace , et il ne nous paraît nullement certain qu'elle le » serait dans les conditions de votre projet primitif. En » effet, nous croyons que votre armée, pour arriver au but, » a absolument besoin d'être appuyée du 19° et du » 25* corps. Vous reconnaissez vous-même , dans une dé- » pêche de ce jour, midi, que l'ennemi qui vous attaque » veut vous attirer hors de vos positions : c'est donc qu'il » a espoir de vaincre. Comment, d'après cela, iriez- » vous heureusement à Paris avec vos seules forces ac- » tuelles?
» Le concours des deux nouveaux corps est donc indis- » pensable. Or, ces deux corps, quelque diligence que nous » y mettions, ne pourront entrer en ligne avant le 15. » Quant à la coopération , bien indispensable aussi , de Bour- » baki, nous ne pouvons la rapprocher. Il faut le temps ma- «tériel de parcourir les distances. Il est sous les murs de
» Vesoul, et ne pourra menacer sérieusement les commu- » nications de l'ennemi que dans sept ou huit jours. Nous «croyons d'ailleurs que ce plan, qu'il serait trop tard » aujourd'hui pour changer, est encore le meilleur, car » c'est celui qui démoralisera le plus l'armée allemande. » Enfin nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de prendre à » la lettre l'échéance du général Trochu. Cette échéance a » déjà varié plusieurs fois de plusieurs semaines , et tous M nos renseignements s'accordent à la mettre à une date M plus reculée. D'autre part, et cette circonstance seule » serait décisive , nous savons qu'un effort beaucoup plus » vaste et beaucoup plus vigoureux Contre les lignes d'in- » vestissement se prépare dans Paris. Or, cet effort ne » s'accomplira pas à la date rapprochée que vous sup- » posez. En résumé. Général, ne vous laissez pas affecter » par les dépêches du général Trochu, et ouvrez votre » âme à l'espoir que doit faire naître un plan d'ensemble » bien conçu et bien coordonné pour un effort suprême et » décisif.
• » G. DE Freycinet. »
Les ordres du ministre étaient formels; la première armée était engagée dans ses opérations dans l'Est, le général Faidherbe continuait son premier programme dans le Nord : le mouvement simultané sur Paris devenait dès lors inexécutable '. La deuxième armée n'avait plus à compter sur une diversion ou sur un soutien ; elle n'avait qu'à suivre attentivement ce qui allait se passer , à achever sa réorganisation , à se fortifier solidement sur les positions du Mans pour y recevoir l'ennemi s'il s'y présentait, ou bien, si les événements et les forces des Allemands devant elle lui en fournissaient l'occasion , à tenter, après
' Voir la note 4.
avoir assuré solidement ses derrières, un mouvement hardi et rapide dans la direction de Paris.