INSTRUCTIONS T>V MINISTRE DE LA GUERRE
a Bordeaux, le 5 janvier 1871.
» Général,
» Je réponds à votre lettre du 2 janvier courant, relative » à votre plan de campagne tendant à débloquer Paris.
» Nous avons examiné ce plan avec l'attention la plus » scrupuleuse. Il se rapproche sensiblement de celui que » nous avions conçu nous-mêmes. Il s'en écarte toutefois » par un point, la direction suivie par le général Bourbaki. » En effet, au lieu de faire marcher ce général sur Ghâ- » tillon-sur-Seine et Bar-le-Duc', nous avons jugé plus « avantageux de le faire opérer dans l'extrême Est, de » manière à amener la levée du siège de Belfort, à occuper » les Vosges et à couper les lignes ferrées venant de l'Al- » lemagne. Cette action nous semble à la fois plus sûre et » plus menaçante que celle que vous avez en vue. Actuel- » lement Bourbaki est près de Vesoul, et vers le 10 ou le » -12 nous pensons que le siège sera levé. A partir de là » commencera la grande marche sur les Vosges et la péj» riode la plus active des opérations. A la tête de ses » 150,000 hommes, Bourbaki se retournera vers Paris et » avancera dans cette direction, de l'est à l'ouest, en occu- » pant simultanément, autant que possible, les deux lignes » ferrées de Strasbourg et de Metz.
» C'est à ce moment aussi, c'est-à-dire du 12 au 15 » courant, que devra commencer, selon nous, votre marche V sur Paris par les points que vous avez choisis. Pour pré- » parer votre action et l'appuyer, nous formons depuis
* Probablement Bar-sur-Seine.
p.» quelque temps deux nouveaux corps, le 19* et le 25% » l'un à Cherbourg, l'autre à Vierzon, qui vous sont des- » tinés et qui formeront en quelque sorte l'aile droite et » l'aile gauche de votre armée. Ces deux corps, dont les » effectifs réunis atteignent 80,000 hommes, porteront » ainsi votre armée à plus de 200,000 hommes. Ils seront » prêts à marcher, le 12 courant. Vous aurez à nous faire » connaître les points sur lesquels vous voulez qu'on les » dirige, et aussitôt après ils passeront sous votre comman- » dément. Dans notre appréciation, la période des grandes » opérations s'ouvrirait pour vous le 14 ou le 15 courant. » Nous eussions voulu pouvoir la hâter, mais les prépa- » ratifs nécessités d'une part par l'expédition dans l'Est, » et de l'autre par la formation des deux nouveaux corps, » ne nous l'ont pas permis. Nous avons pensé qu'il valait » encore mieux retarder de cinq ou six jours et augmenter » votre puissance d'action, en même temps qu'établir une » parfaite concordance entre nos diverses armées. Quant » au général Faidherbe, il manœuvre dans le Nord, à la » tète de 50,000 hommes, a\ec autant d'habileté que » d'énergie. Il vient de remporter, le 2 et le 3 courant, un » important succès à Bapaume, et il tient en échec toute » l'armée de Manteuffel.
» Il est destiné vraisemblablement, à un moment donné, » à tendre la main à Bourbaki et à former ainsi à l'est de » Paris une masse de 200,000 hommes, égale par con- » séquent à celle que vous amènerez vous-même de l'Ouest.
» Derrière ces deux grandes armées , d'importantes » troupes de mobilisés se concentrent graduellement pour » occuper les positions en arrière. Déjà vous avez sous la » main près de 40,000 Bretons qu'on vient d'armer pour M garder votre ligne du Mans. Nous comptons réunir » avant quinze jours 100,000 nouveaux mobilisés dans » l'Est et le Centre, pour occuper Vierzon, Nevers, Dijon,
M Besançon, et les autres points indiqués par les incidents
» de la guerre.
» Dans ces conditions, Général, et avec l'aide de chefs » tels que vous, la France peut compter sur la victoire. » La Prusse fait aujourd'hui son suprême effort, elle doit « succomber devant notre persistance. Ses armées ont dû « jusqu'ici leurs succès à nos fautes, mais une expérience )' cruellement acquise nous apprendra à en éviter le retour. » Agréez, Général, etc.
>' Signé : LÉON Gambetta. »