LES PRUSSIENS A SAINT-CALAIS
Pendant que ces deux colonnes mobiles gagnaient leurs positions, un parti ennemi, composé d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, venant de Vendôme par Épuisay, se présenta devant Saint-Galais , le 25 décembre , obligea les éclaireurs du capitaine Bernard à se retirer sur Bouloire , et pénétra dans la ville , pillant les maisons , maltraitant les habitants et exigeant dix-sept mille francs de la tnunicipalité. Aux observations faites par les notables, qui rappelaient les soins donnés dans Saint-Galais aux malades et aux blessés allemands à la première invasion , l'officier prussien répondit en les traitant de lâches et de vaincus, et en leur jetant deux mille francs, pris sur la contribution, pour payer ces bons traitements ' .
Ces faits révoltants se passaient en vue des avant-postes de l'armée. Tout en se réservant de chercher à les venger, le général en chef crut devoir commencer par les* flétrir, et adressa, par parlementaire, au commandant prussien à Vendôme , la protestation ci- après qu'il fit mettre à l'ordre dans tous les corps :
« Le général Chanzy au commandant prussien, à Vendôme.
n Au grand quartier général du Mans, le 26 décembre 1870.
» J'apprends que des violences inqualifiables ont été » exercées par des troupes sous vos ordres sur la popula- » tion inoffensive de Saint-Galais , malgré ses bons traite- « ments pour vos malades et vos blessés.
» Vos officiers ont exigé de l'argent et autorisé le pil-
1 Ce récit fut fait au commandant en chef par le juge de paix de Saint- Calais et des notables venu^ tout exprès au grand quartier général pour exposer ce qui s'était passé et se plaindre.
V la{ye : c'est un abus de la force qui pèsera sur vos con- » sciences, et que le patriotisme de nos populations saura w supporter. Mais ce que je ne puis admettre, c'est que M vous ajoutiez à cela l'injure, alors que vous savez qu'elle » est (jratuite.
» Vous avez prétendu que nous étions les vaincus : cela » est iaux. Nous vous avons battu et tenu en échec depuis » le 4: de ce mois. Vous avez osé traiter de lâches des gens « qui ne pouvaient vous répondre, prétendant qu'ils subisn saieilt la volonté du Gouvernement de la défense natio- » nale, les obligeant à résister alors qu'ils voulaient la » paix et que vous la leur offriez. Je proteste avec le droit » que me donnent de vous parler ainsi, la résistance de la « France entière et celle que l'armée vous oppose et que w vous n'avez pu vaincre jusqu'ici.
» Cette communication a pour but d'affirmer de nou- » veau ce que cette résistance vous a déjà appris. Nous » lutterons avec la conscience du droit et la volonté de 5) triompher, quels que soient les sacrifices qu'il nous reste
V à faire. Nous lutterons à outrance, sans trêve ni merci, 5) parce qu'il s'agit aujourd'hui de combattre, non plus des » ennemis loyaux, mais des hordes de dévastateurs qui ne » veulent que la ruine et la honte d'une nation qui pré-
V tend conserver son honneur, son indépendance et son « rang.
» A la générosité avec laquelle nous traitons vos pri- » sonniers et vos blessés, vous répondez par l'insolence, « l'incendie et le pillage.
» Je proteste avec indignation, au nom de l'humanité et » du droit des gens que vous foulez aux pieds. »
M. de Vézian, ingénieur des ponts et chaussées attaché au grand quartier général, chargé de porter cette protestation à Vendôme , rentra au Mans le 28 avec le reçu ci-
après, sans toutefois avoir pu voir le commandant des troupes allemandes lui-même :
« Deuxième armée.
» Reçu une lettre du général Ghanzy. Un général prus- « sien, ne sachant pas écrire une lettre d'un tel genre, ne » saurait y faire une réponse par écrit.
» Quartier général à Vendôme, 28 décembre 1870.
» Le général commandant à Vendôme,
» [Illisible). »
Cependant les mouvements des colonnes mobiles avaient rendu les Allemands plus circonspects dans la vallée de l'Huisne, et les avaient déterminés à replier sur Vendôme les troupes qui s'étaient avancées jusqu'à Saint-Galais. Dans la vallée de la Loire leurs incursions semblaient moins audacieuses; la ligne ferrée du Mans à Tours était redevenue praticable, ce qui rendait un grand service à la deuxième armée. Pour protéger cette ligne, le général de Gurten vint s'établir, le 27 décembre, à Neuillé-Pont- Pierre, se reliant par sa gauche avec les troupes du général Barry sur le Loir, et poussant ses avant-postes à Neuvy-Ie-Roi et à Beaumont-la-Ronde ; tandis que le général Gléret, qui avait succédé au général Ferri Pisani, s'avançait jusqu'à Saint-Antoine du* Rocher, s'éclairant. dans les directions de Monnaie et de Blois, an moyen des escadrons du colonel Lacombe (8* hussards et chasseurs d'Afrique), soutenus par des postes d'infanterie établis à Cérettes et à Notre-Dame d'Oé.