OPÉRATIONS DU GÉNÉRAL HARRY
Le général Barry était donc dans cette situation , lorsqu'il apprit le mouvement de retraite du général de Jouffroy sur Saint-Galais , et lorsqu'un avis erroné lui annonça prématurément celui du général de Gurten sur Ghâteau la Vallière, qui n'eut lieu que le 8.
Graignant pour sa propre retraite sur le Mans, le général Barry demanda , le 7 , au général de Jouffroy de lui renvoyer une partie de ses troupes. Gelui-ci lui répondit qu'il allait diriger sur Pont-de-Braye les colonnes Marty et Bayle. En attendant, le 8^ mobiles fut établi à Ruiilé , prêt à se porter sur Pont-de-Braye si ces colonnes n'y arrivaient pas. Les hussards du colonel Noirtin surveillaient les mouvements de l'ennemi ; d'un autre côté, la brigade Bérard , qui comptait à la Ghartre deux bataillons du 41" de marche, deux du 74" mobiles et quatre pièces, envoya les deux bataillons du 4P (colonel Tartrat) et deux pièces sur Montrouveau, pour empêcher les Allemands de se glisser le long du Loir et de tourner ainsi la gauche du général de Gurten.
Le matin du 8 , à six heures , le général Barry appre-
nait que le général de Jouffroy, pressé par des forces supérieures, était en retraite sur Gourdemanche , et en concluait que les secours qu'il attendait ne lui arriveraient plus. En avant de lui, les hussards en reconnaissance sur Troo et Sougé reculaient jusqu'à Pont-de-Braye. Dès lors, craignant d'être tourné par sa gauche, il fit replier les troupes de Pont-de-Braye sur Poncé , en donnant l'ordre au 8* mobiles de défendre le défilé de Ruillé. Le colonel Bérard fut arrêté à Trehet, de manière à garder à la fois le chemin de Couture et les hauteurs de la Ghurcre, pouvant de là , au besoin , battre le chemin de Poncé à Muillé sur la rive droite ; et le général Desmaisons , en position à Château-du-Loir , dut envoyer à Chahaignes le lieutenant-colonel Roud avec un bataillon et deux pièces.
COMBAT DE RUILtE.
A onze heures , l'ennemi entrait sans difficulté à Pontde-Braye qu'on avait eu tort d'abandonner sans essayer de le défendre , et se portait de là sur Ruillé , qu'il attaquait aune heure et demie. Le lieutenant-colonel Noirtin, à Poncé avec le 8" mobiles, recula sur Ruillé, et craignant d'être coupé de la Maladerie , se replia successivement sur ce dernier point en faisant bonne contenance, et de là sur Chahaignes, où il arriva en ordre. Une section de mitrailleuses de la 21' batterie du 2° régiment d'artillerie avait été d'un grand secours dans cette retraite, en tirant constamment à bonne distance et en faisant essuyer à l'ennemi des pertes qui arrêtèrent un instant sa poursuite. De son côté, le colonel Bérard à la Chartre, craignant d'être coupé, se retira sur Château-du-Loir, et l'ennemi put arriver le soir même jusqu'à l'Homme, après avoir repoussé une grand'garde du 66^ mobiles qui prit position au moulin de Saint-Biaise, sur la Venne.
L'amiral Jauréguiberry , qui venait d'arriver à Ghâteau-du-Loir , jugeant la position très-grave, donna immédiatement l'ordre au général Barry de défendre Chahaignes le plus longtemps possible , l'occupation de ce point étant de la plus grande importance pour aider à la retraite, sur le Mans, des troupes de la vallée du Loir aussi bien que de celles du général de Jouffroy.
COMBAT DE CHAHAIGNES.
A Chahaignes, le général Barry avait tout son monde derrière la Venne, avec une grand'garde du66®au moulin de Saint-Biaise ; du gué de la Pointe , confluent du Loir et de la Venne, au Présidial, le 3® bataillon du 3P de marche, ayant à sa droite un détachement du 38® et appuyant sa gauche au château de Benchart, occupé par une compagnie chargée de la garde des débouchés du ruisseau et du pied des hauteurs; le 2* bataillon du 31* sur les hauteurs entre la ferme du Pressoir et Chahaignes ; les chasseurs à pied et les mobiles de la Dordogne à Chahaignes même. Le 8* mobiles formait la réserve.
Cette défense était complétée par une section de la 19* batterie du 9® régiment, établie au-dessus du Pressoir avec deux mitrailleuses. Cette artillerie prenait d'écharpe la route du Mans , tandis que la 2* section de la même batterie battait, des Héraudières, la route de l'Homme à Chahaignes. Ces pièces étaient placées derrière des épaulements préparés à l'avance.
Une grande partie de la nuit la grand'garde du moulin de Saint-Biaise, qu'on avait dû renforcer d'une compagnie du 31" de marche, tirailla avec l'ennemi. Le feu ayant cessé vers le matin ; on en profita pour faire des abatis sur le chemin de l'Homme à Chahaignes.
Ces dispositions bien prises étaient cependant incom-
plètes : il eût été nécessaire d'occuper la crête de la Gorbinière, en face du château de Benchart, pour garder les deux flancs du défilé dans lequel passe la route qui mène de l'Homme au Mans par Saint-Pierre du Lorouer, et battre à revers le village même de l'Homme , en occupant ainsi les hauteurs d'où l'ennemi put, le lendemain, contrebattre nos batteries et nous atteindre par ses obus jusque •sur nos positions.
Le 9 au matin , des colonnes prussiennes , débouchant de la Maladerie, se dirigèrent sur Saint-Pierre du Lorouer. Elles furent accueillies par un feu violent de nos pièces de A et de nos mitrailleuses , qui les força à rétrograder. Une batterie ennemie apparut alors à l'Homme , essayant de nous déloger du Pressoir. Dominée par notre artillerie, qui tirait à deux mille quatre cents mètres, ne pouvant répondre avec avantage, elle dut reculer jusqu'à la Gondonière, d'où, renforcée par six autres pièces, elle put régler son tir avec une grande justesse malgré la distance. En même temps, une troisième batterie prussienne tirait à toute volée des hauteurs de la Gorbinière, et ses projectiles arrivaient jusqu'en arrière de nos lignes, dans le ravin de Chahaignes à Jupilles, qu'elle croyait occupé par nos réserves.
Gependant la fusillade avait commencé sur tout le front des positions. Pendant qu'à gauche le 3P de marche reculait lentement tout en combattant, l'ennemi arrivait à passer la Venue. Pour faire face à cette attaque et éviter d'être tourné par la forêt de Bersay, le général Barry chargea le 8' mobiles d'en garder les passages ; nos pièces des Héraudières arrêtaient en même temps une colonne prussienne qui cherchait à débarrasser le chemin de l'Homme à Ghahaignes de ses abatis et à enlever le village.
Il était dix heures. L'amiral, prévenu de ce qui se passait, hâtait l'arrivée des renforts. Mais déjà l'ennemi
avançait en force sur le plateau de Cliahaignes par le chemin du Présidial, précédé par des pièces de montagne qui, tirant à mitraille, jetèrent le désordre dans nos rangs. Malgré l'avantage de leurs positions et pressés par le nombre, nos troupes reculèrent , la droite sur Ghâteaudu-Loir par Fiée , la gauche sur Jupilles par la forêt de Bersay. La retraite était dès lors nécessaire. Le général Barry la fit avec ordre, arriva le soir à Jupilles avec son , artillerie, pour prendre le lendemain la direction d'Écommoy.
Tel fut le combat de Chahaignes, dans lequel nos troupes montrèrent une grande vigueur et surent résister pendant longtemps à 8,000 hommes d'infanterie allemande, soutenus par une nombreuse artillerie. Nous comptions de notre côté, 12 officiers et 350 hommes tués, blessés ou disparus.
De Chahaignes , l'ennemi continua sa marche vers le Mans. Le colonel Bayle, qui arrivait au secours du général Barry avec le 38' de marche et le 66" mobiles, se battait depuis le matin à Brives. Il ne renonça à la lutte qu'en apprenant qu'on se retirait ; et se voyant assailli sur son flanc droit par la colonne venant de Chahaignes, il se replia alors en bon ordre sur le général de Jouffroy, au Grand- Lucé.