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RÉSULTATS DE LA BATAILLE A SIX HEURES DU SOIR

L'action dura sur toute la ligne jusqu'à six heures du soir. La nuit était venue, nous étions restés maîtres de toutes nos positions, de ce côté comme au plateau d'Auvours et sur la rive droite de l'Huisne. Notre seul échec

sérieux avait été l'évacuation momentanée d'Auvours , mais il avait été rapidement et brillamment réparé par le beau fait d'armes du général Goujard à la tête d'une partie de sa division de Bretagne et des troupes du 17' corps qu'il avait ralliées. L'ennemi avait fait de grands efforts surtout lefrontde nos lignes depuis le Tertre-Rouge jusqu'à la gauche du 21' corps. Si nos pertes étaient sérieuses , les siennes étaient plus considérables encore , grâce à l'avantage que nous donnaient les positions qu'il attaquait, et sur lesquelles nous avions préparé à l'avance des moyens de défense. Un mouvement très-considérable de son artillerie , qui s'était reportée en arrière et en colonne sur les principales routes par lesquelles il avait débouché, pouvait donner l'espoir que peut-être le lendemain il se déciderait à la retraite, s'il acquérait la conviction que nous pouvions lui opposer la même résistince.

Nos troupes étaient très-fatiguées, elles avaient eu à peine le temps de manger, mais leur attitude avait été bonne et devait donner confiance. Pour tout le monde, nous avions le succès ; cette première bataille du Mans, si elle se fût terminée là, était donc incontestablement une victoire.

Il restait à continuer cette résistance, à persister à défendre nos positions si les Allemands tentaient de nouvelles attaques, et à profiter de l'occasion qui pouvait se présenter de les battre si un nouveau succès de notre part les forçait définitivement à la retraite. En conséquence, le général en chef donna, le 1 1 au soir, les instructions suivantes :

« Au grand quartier général du Mans, le 11 janvier 1871 (n° 210).

« L'ennemi a renouvelé ses attaques sur presque tout le » front de nos lignes. Sur la rive droite de l'Huisne nos » positions ont été maintenues ; sur la rive gauche, le vil-

» lage de Champagne, gardé d'une façon insuffisante, a « dû être abandonné. De ce côté, l'ennemi a paru con- >) centrer ses efforts sur le plateau d'Auvours, dont il » comprenait l'extrême importance ; mais les dispositions » prises par le général de Colomb, l'énergique ténacité dn » général Goujard et le courage du corps de Bretagne nous » ont conservé cette position, qu'il ne faut céder à aucun. » prix.

» L'ennemi, qui s'était emparé hier au soir de Change » malgré la vigoureuse résistance de la brigade Ribell, et » qui s'y était établi en forces , a attaqué vers midi les » positions qui dominent le chemin aux Bœufs ; notre » hgne, trop faible à son extrême gauche, eût été tournée » sans le feu des batteries établies au-dessus d'Yvré-l'Évé- « que et le long de la route du Mans. La division Joulfroy,^ » malgré sa fatigue, renforcée par le 76*mobiles, qui a été » très-vigoureux, s'est maintenue solidement sur ses posi- » tions.

» Sur la route de Parigné, la division Koquebrune a> )i repoussé toutes les attaques des Prussiens ; il en avait » été de même sur la route de Tours, lorsque les mobi- » lises de Bretagne, sous les ordres du général Lalande, » cédant à une panique produite par un retour offensif » fait vers le soir par un bataillon ennemi, ont abandonné,, ji sans résistance, l'importante position de la Tuilerie , » qu'ils étaient chargés de défendre. De telles paniques » sont une honte, et le général en chef prescrit au vice- » amiral Jauréguiberry d'ouvrir une enquête sur ce fait « déplorable.

» L'amiral commandant supérieur des forces chargées » de la défense en avant de Pontlieue a pris ses disposi- )i tions pour faire réoccuper de vive force la Tuilerie.

» A la nuit, l'ennemi a tenté un suprême effort sur le » plateau d'Auvours et en avant de la division JouFfroyi

» il a été repoussé. Ainsi donc, à part la Tuilerie perdue, » mais qui sera reprise avant le jour, nous restons sur nos " positions.

» Le général en chef félicite les troupes de leur énergie, » et leurs chefs de la vigueur qu'ils ont déployée. Usant » des pouvoirs que le Ministre lui a conférés, il nomme le » général Goujard commandeur de la Légion d'honneur, » le colonel Ribell au grade supérieur dans l'ordre, le lieu- )) tenant du génie Guinort chevaher, et attend avec impa- )) tience les propositions qui lui seront soumises pour » récompenser comme ils le méritent ceux qui se sont dis- » tingués aujourd'hui.

» Il faut s'attendre pour demain à un nouvel effort de )) l'ennemi. Nous saurons y résister. Il importe de n'aban- » donner aucune des positions sur lesquelles est basée la " défense si importante du plateau d'Auvours. Le général » en chef prescrit au général Jaurès d'opérer sa retraite » jusqu'à hauteur de Patines , en aidant à la reprise de y> Champagne, et en assurant la défense des lignes en avant )7 de Sargé et des positions qui dominent l'Huisne aur> dessus d'Yvré-l'Evéque. Il renforcera autant que possi- » ble la division Goujard, dès les prcn.ières heures du jour, » afin de donner au général de Colomb toute facilité pour « se maintenir sur le plateau d'Auvours et débusquer » l'ennemi des parties qu'il aurait pu occuper ce soir. )' Champagne une fois réoccupé, on prendra immédiatew ment toutes les dispositions pour faire sauter le pont si « on devait l'évacuer de nouveau.

n Le général en chef ayant reconnu, par lui-même, « l'importance des hauteurs d'Yvré-l'Évêque pour aider ') à la défense d'Auvours aussi bien qu'à celle des positions « tenues par la division Jouffroy en arrière de Changé, a n donné l'ordre d'armer avec des pièces des calibres de 7. » et de 12 les épaulements construits sur ces hauteurs.

» Le général Goujard devra faire garder la rive droite » de l'Huisne, entre le pont du chemin de fer et la passe- » relie en face du château des Noyers. Le général Javain » a , du reste , reçu l'ordre de détruire cette passerelle , » comme il l'a fait ce soir pour un autre pont de bois situé !> plus en amont.

)) L'amiral fera occuper plus fortement l'extrémité » gauche de sa ligne , de façon à empêcher l'ennemi de » tourner la division Jouffroy par les pentes vers l'Huisne, » entre le château des Noyers et celui des Arches.

» Le général Jouffroy fera également, de son côté, ob- » server le pont du Moulin des Noyers, jusqu'à ce que le » génie ou l'artillerie ait pu le détruire.

V L'amiral fera occuper fortement la Tuilerie et ren-

V forcera toute sa droite , jusqu'à Arnage, par une partie » de ses troupes de réserve.

» La cavalerie ne pouvant être d'une grande utilité dans » le terrain couvert que nous avons à défendre, les com- » mandants des 16®, 17* et 2P corps, ne gardant que les » escadrons strictement nécessaires pour éclairer et pour » assurer le service des correspondances , renverront le » reste de leur cavalerie sur la rive droite de la Sarthe.

» La division Michel devra surveiller toute la vallée de » la Sarthe, du Mans au delà de la Suze, suivre les mou- » vements de l'ennemi , et l'empêcher de tenter quelque M passage.

V La cavalerie du 17* corps surveillera le cours supé- » rieur jusqu'à Beaumont-sur- Sarthe.

» La cavalerie du 21* corps, en réserve, en arrière du

V Mans, sur la route de Laval.

» Les volontaires algériens et les éclaireurs du capitaine Bernard se cantonneront au faubourg de Pontlieue, à la disposition du général en chef.

» La gendarmerie redoublera de surveillance et de vi-

» gueur pour mettre de l'ordre dans les convois, pour em- » pécher l'encombrement des routes, qu'il faut tenir libres » à tout prix, et fermer l'entrée de la ville aux fuyards.

» On devra, dès cette nuit ou dès demain aux premières " heures du jour, compléter les vivres et les munitions.

» Le commandement ayant à se préoccuper des mesures » militaires de la journée, c'est à l'intendance de pourvoir, » en les faisant porter derrière les positions de chaque » corps, aux vivres dont ils ont besoin. L'eau-de-vie doit » être distribuée chaque jour jusqu'à nouvel ordre. C'est » là un des services les plus importants qu'il faut assurer » d'une façon exacte et rapide, en évitant aux hommes » qui ont à se battre les corvées qu'ils ne peuvent exécuter >' sans quitter des positions dont ils ne doivent s'éloigner )' sous aucun prétexte. »

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