‹ La deuxième armée de la LoireChapitre 202 sur 302 · INSTRUCTIONS DU 11 JANVIER AU SOIR · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DU 11 JANVIER AU SOIR

« (N? 314.) La retraite du Mans, nécessitée par les V défaillances qui se sont produites cette nuit, ne peut » pas être la perte de la deuxième armée, sur laquelle la » France compte encore ; elle doit se reconstituer le plus » vite possible et dans les meilleures conditions, pour faire w oublier les tristes événements de cette journée et repren- » dre son rôle.

' Voir la no(e n" 32.

» Eh conséquence, l'arme'e devra aboutir entre Prez- » en-Pail et Alençon, et s'établir la gauche à la Sarthe, » appuyée au 19* corps qui doit arriver à Alençon, sa » droite à Prez-en-Pail.

» La marche des différents corps d'armée s'effectuera M de la façon suivante en quatre jours, avec une moyenne » de quatorze à seize kilomètres par jour. Le 21* corps, » formant l'aile gauche, marchera le long de la Sarthe » directement sur Alençon ; le 17* corps , formant le » centre, de Domfront-en-Ghampagne par Segrie, Fresnay, » Assé-le-Boisne , Gesne-le-Gandelain , la Ferrière-Bou- » chard sur Saint-Denis-sur-Sarthon.

» Le 16* corps, formant l'aile droite, se redressant à » Chauffour pour passer par Neuvy-en-Champagne, Con- » lie, Crissé, Pont-le-Robert, Montreuil-le-Ghétif , la » Poôté, Prez-en-Pail.

» Chaque jour, le commandant de chaque corps d'armée » fera connaître au général en chef ses positions , les par- » ticularités de sa marche , son quartier général.

» La cavalerie de chaqT'o corps d'armée sera répartie: » le gros précédant le corps d'armée sur les routes et che- » mins qu'il doit suivre, d'une étape pour arrêter les » fuyards, les grouper, les ramener à leur corps, en même M temps qu'elle reconnaîtra les cantonnements; le reste w de cette cavalerie couvrant la retraite pour surveiller les » mouvements de l'ennemi.

» Pendant la marche, on devra constituer, en arrière » de chaque colonne et avec les meilleures troupes, une » arrière-garde solide , chargée de protéger la retraite et » de défendre le terrain pied à pied. Cette arrière-garde, » en se retirant , achèvera les coupures commencées sur » les routes pour retarder la marche de l'ennemi; on lais- )' sera , à cet effet , tout le génie et les outils nécessaires M avec l'arrièie-gaide.

» Le matériel roulant doit toujours être engagé si.r les 0 routes à suivre, assez longtemps à l'avance pour ne pas n retarder la marche des troupes et n'avoir rien à craindre » d'une attaque de l'ennemi.

» Les vivres distribués , les réserves du sac et les res- ') sources des convois divisionnaires doivent suffire pen- » dant huit jours au moins.

» Chaque commandant de corps d'armée prendra ses " dispositions en conséquence.

)) Le grand quartier général sera ce soir à Domfront- » en-Champagne.

» Le 16* corps ne devra pas dépasser ChaufFour.

» Le 1 7" corps s'établira , sa droite à Lavardin , sa » gauche à la Ghapelle-Saint-Froy.

» Le général en chef rappelle à chaque commandant » de corps d'armée qu'en arrivant à son quartier général il » doit envoyer un officier et un planton à cheval a* grand n quartier général. »

Pendant cette nuit si agitée et si fatale du 1 1 au 1 2 janvier, le général en chef avait rendu compte au ministre de la guerre de la situation dans les termes suivants :

« Notre position était bonne hier au soir. La panique « des mobilisés de Bretagne a été le signal de la déban- » dade sur toute la rive gauche de l'Huisne. Toutes les 5) troupes se sont dispersées , ont fui ou refusent de com- » battre.

» Le vice-amiral Jauréguiberry déclare que la retraite » est impérieusement commandée. Sur les autres posi- " tions , les autres généraux déclarent qu'ils ne peuvent » plus tenir. Le cœur me saigne , je suis contraint de » céder. »

Ce grand parti une fois pris, il n'y avait plus qu'à éviter un désastre et à sauver l'armée : il fallait pour cela empêcher l'encombrement de la ville du Mans , le désordre

sur les ponts, dans les rues et sur les routes. Tous ces mouvements à exécuter par des corps en grande partie débandés , aboutissant tous à des passages restreints , en vue de l'ennemi, étaient de la plus grande difficulté. Les généraux et les chefs de corps, pénétrés de la gravité de la situation , redoublèrent d'énergie ; l'amiral sut masquer le passage si délicat du pont de Pontlieue, et lorsque les Allemands, qui ne se rendaient pas encore exactement compte de ce qui se passait , se hasardèrent à l'extrémité du faubourg, le matériel ainsi que toutes les troupes avaient franchi le pont, dont les gendarmes du général Bourdillon défendirent courageusement l'accès jusqu'au dernier moment, et que le génie fit sauter lorsque la tête de la colonne ennemie n'en était plus qu'à quelques mètres.

Le danger ne fut réellement passé que quand cette masse d'hommes , de voitures , de caissons et de canons , engagée dans la ville , put déboucher sur la rive droite de la Sarthe. Le général en chef quitta le Mans à deux heures et demie, pour surveiller le mouvement de retraite du haut d'un mamelon qui domine la Chapelle-Saint- Aubin, L'ennemi pénétrait déjà dans la ville et se portait vers la gare du chemin de fer , d'où les derniers trains partaient au milieu de la fusillade. Une grande partie du matériel était sauvé ; il y eut cependant à déplorer l'abandon de neuf machines et d'un certain nombre de wagons , que le désordre et l'encombrement des voies par les troupes empêchèrent de mettre en mouvement '.

La 2' division du 1 7* corps , qui avait commencé à se battre dès le matin et qui était la plus avancée, prévenue

* M. Piquet, chef du mouvement à la gare du Mans, déploya pendant tout le séjour de l'armée sur la Sarthe, et spécialement dans cette journée du 12 janvier, une énergie et une activité auxquelles on doit le sauvetage d'une grande partie du matériel de la ligne. — Il en a été récompensé depuis par la croix de chevalier de la Légion d'honneur.

du mouvement de retraite, avait profité du brouillard pour se retirer. Le général de Colomb avait renvoyé de suite une grande partie de son artillerie en arrière, mais cette énorme colonne , arrêtée dans les rues du Mans par la cohue des fuyards et des voitures de toute sorte , perdit six caissons de la 2* batterie principale du 2* régiment. Le 17* corps avait déjà dû abandonner, dans le tumulte de la nuit , 2 pièces embourbées qu'on n'eut pas le temps de dégager.

La 2* division passa la Sarthe sur le pont de Moulinl'Evéque, et coucha à Macaire et à Montbizot.

La 3' division (de Jouffroy), qui avait traversé la ville la première, poussa jusqu'au camp de Gonlie sans s'arrêter.

La r® division (de Roquebrune) , qui avait montré tant de solidité depuis la veille , luttait encore courageusement le long du chemin aux Bœufs, lorsque , à onze heures, il lui fut prescrit de battre en retraite. Elle se replia en bon ordre, protégée par le 4P de marche, qui n'abandonnait ses positions que successivement. L'ennemi, devant cette résistance, n'avança que lentement; la division put traverser le Mans sans être entamée, et passer la Sarthe pour venir coucher en avant de Domfront.

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