ENGAGEMENTS DE CAVALERIE A SAINT-MARS ET A BALLON
La cavalerie du 1 7' corps (général d'Espeuilles) avait eu depuis le matin quelques engagements en éclairant tout le pays dans les directions de Ballon et de Beaumont. Une reconnaissance de cuirassiers avait rencontré deux escadrons de uhlans à Saint-Mars et n'avait pas hésité à engager le combat. A deux heures de l'après-midi , deux escadrons du 4' cuirassiers s'étaient avancés sur Ballon pour soutenir le colonel du 5* mixte de cav.^l.erie de ligne, qui
s'était lui-même porté au secours de deux pelotons attaqués en avant de ce point par des forces supérieures. Le capitaine Pennet, qui commandait ces deux pelotons, avait déjà pu se dégager avec l'aide des gardes nationaux de Ballon, qui ont fait preuve dans cette circonstance d'une énergie qu'on aime à constater. Enfin, à Gourcebœuf, un lieutenant et vingt cuirassiers échappaient à cent cinquante uhlans , après leur avoir tué un officier et un assez grand nombre d'hommes.
Pendant cette retraite du 1 7® corps , le commandant du 16* avait fait occuper toutes les avenues de Pontlieue par le général Le Bouëdec , ayant sous ses ordres la brigade Jobey, le 36* de marche et 3 mitrailleuses, pour former l'arrière-garde. L'amiral assista sur le pont de l'Huisne au défilé de ses troupes, et ne se retira qu'après avoir dirigé toutes les colonnes sur les rues qu'elles devaient suivre pour aboutir aux ponts de la Sarthe. Nous avons déjà dit plus haut que celui de l'Huisne ne sauta que lorsque l'ennemi n'en était plus qu'à quelques mètres ; malheureusement il ne put être qu'incomplètement détruit, les préparatifs n'ayant pu " faire avec assez de soin au milieu du passage de tant de monde et de voitures. Le capitaine du génie Legros, ne voulant confier à personne la mission importante de mettre le feu à la mine , fiit blessé grièvement en l'accomplissant. Le génie avait, du reste, montré l'exemple du dévouement pendant toute cette journée. La 3* compagnie bis du 1" régiment avait poursuivi ses travaux au pont Napoléon , sur la Sarthe , sous le feu de l'ennemi , mais , gênée par l'encombrement , elle n'avait pu réussir à en achever la destruction; le capitaine Joly, qui la commandait, ne trouvant pas d'autre moyen d'assurer la retraite des dernières troupes engagées sur le pont, n'hésita pas à se jeter sur l'ennemi qu'il repoussa dans la rue Basse jusqu'au delà de la place de la Halle , permet-
tant ainsi à un nombre considérable de voitures , encore sur la rive gauche , de traverser le pont.
Pendant que le 16® corps défilait sur le chemin de ChaufFour et que la gendarmerie à cheval pressait la marche des convois , le général Bourdillon , avec le régiment de gendarmerie à pied et deux mitrailleuses , avait tenu derrière le pont de Pontlieue jusqu'au dernier moment, et s'était retiré en se défendant dans la grande avenue de Pontlieue et dans les rues adjacentes. Ce régiment de gendarmerie avait perdu , dans cette action vigoureuse et si utile , deux officiers et quatre-vingt-trois sous-officiers , brigadiers et soldats tués , blessés ou disparus.
Il reste maintenant à raconter ce qui s'était passé du côté du 21* corps.
RETRAITE Dr 21* CORPS.
Le général Jaurès avait reçu à Sainte-Corneille, dans la nuit , l'ordre de replier sa droite sur Auvours et Yvré y pour prêter main-forte à la division Goujard et au général de Colomb. La 1" division se mit en marche par la route de Patines, les bagages et l'artillerie passant par Sainte-Corneille, et gagna les hauteurs de la Croix, où elle trouva la division de Bretagne. C'est à ce moment qu'arrivait l'ordre définitif de retraite. Le général Rousseau continua son mouvement par Sargé et Montreuil,. mais son artillerie , pour trouver des chemins praticables, dut être acheminée sur le Mans. Elle y arrivait en même temps que l'ennemi y entrait de son côté , et allait être enlevée , lorsqu'elle fut dégagée par une charge brillante du 13" bataillon de chasseurs à pied, sous le commandement du chef de bataillon Lombard.
La 2® division avait replié sa 1" brigade à travers le bois de Mondoublerain, tandis que la seconde, conduite par un bon guide dans des chemins détournés, la rejoignait sans
être inquiétée ; elle était réunie tout entière à Sainte- Corneille vers onze heures. La 1" brigade, attaquée vers neuf heures, avait dû soutenir un combat assez vif et abandonner une partie du matériel du génie restée en arrière j30ur pratiquer des coupures et faire des abatis sur les routes. Le général Jaurès donna alors l'ordre au général Collin de se retirer sur Savigné-l'Evéque et de là sur Ballon, qu'il devait occuper et défendre. Arrivée à quelques centaines de mètres de Gourcebœuf , où l'ennemi , venu de la direction de Bonnétable , s'était embusqué , la tête de colonne fut accueillie par une vive fusillade à laquelle répondirent vigoureusement les francs-tireurs manceaux , dont on ne peut trop louer la vigueur dans cette circonstance. Le .1" bataillon de l'Orne se porta à la liaïonnette sur le village et allait être ramené , lorsque , aidé par trois compagnies du 41* de marche, commandées par le capitaine Lévy, il put enfin se rendre maître de Gourcebœuf. A dix heures toute cette division arrivait à Ballon et s'y installait sur de bonnes positions.
Quant à la 3* division, elle avait commencé à combattre vers onze heures du matin du côté de Chanteloup. L'ennemi avait essayé de se servir de son artillerie ; mais la nature du pays, découpé et couvert, rendant le tir inefficace, il avait tenté sans succès des attaques de vive force dans lesquelles il nous laissa quelques prisonniers. Sur la gauche de la route de Bonnétable, du côté de la Croix, on s'était abordé à la baïonnette; nos troupes, sans se laisser intimider par les hurrahs des Allemands , avaient soutenu le choc avec énergie. La lutte continua acharnée jusqu'à la nuit sans que nous perdissions un pouce de terrain. La fusillade était également très-vive sur la droite de la route, sans incident important de part et d'autre.
Vers quatre heures et demie , l'ennemi se présenta en masse par îa route de Montfcrt et prononça une attaque
3ati .A DEUXIEME ARMEE DE LA LOIRE.
vigoureuse. Le 15®ré(jiment de mobiles, sous les ordres du lieutenant-colonel de Labarthe , soutint bravement le choc, et après des engagements corps à corps, finit par conserver ses positions. Au même moment, du côté de Champagne, le commandant Picot, à la tête du 3' bataillon de marins, faisait les mêmes efforts et obtenait les mêmes résultats.
A six heures et demie, l'ennemi ayant échoué sur tous les points, devint moins pressant et ralentit son feu. Le générai de Villeneuve en profita pour prendre ses dispositions de retraite, en engageant ses diverses colonnes sur les routes qu'elles devaient suivre, et en rappelant ensuite lentement et successivement ses tirailleurs, qui maintenaient ceux de l'ennemi.
A huit heures , le mouvement put commencer dans, la direction de Souligné et s'opéra dès lors sans être inquiété. La 3* division, outre son matériel roulant qu'elle avait complètement sauvé, ramenait encore un assez grand nombre de caissons et deux batteries de 8 du 17* corps, qui, ne sachant où se diriger, étaient venues se placer sous sa protection. Toutefois, les pertes étaient sensibles : près de 2,000 hommes. avaient été tués, blessés ou avaient disparu.
Après sa brillante attaque du 1 1 au soir, la division de Bretagne ne fut plus inquiétée jusqu'au lendemain à onze heures et demie. Quelques reconnaissances ennemies venaient d'apparaître en avant d'elle, s'avançant assez timidement, lorsque, recevant l'ordre de retraite, le général Goujard se replia sans être poursuivi dans la direction de Montbizot, passa la Sarthe sur ce pont et put arriver, à huit heures du soir, à Saint-Jean , où il coucha. Le 13, à trois heures et demie de l'après-midi, il arrivait à Sillé-le-Guillaume .
La 1'* division, qui avait passé la Sarthe à Beaumont,
gagnait le 13 Saint-Remy de Sillé; la 2* division, Segrie; la réserve, Sillé-le-Guillaume, et enfin la 3" division, Neuville-la-Lais.
Le grand quartier général, qui avait été le 12 au soir î» Domfront en Champagne , fut porté le lendemain à Silléle-Guillaume. Toute l'armée se trouvait ainsi sur la rive^ droite de la Sarthe dans la journée du 13. La retraite^ commencée dans de si mauvaises conditions, s'était opérée avec assez de précision. Les plus grandes difficultés avaient été l'état des routes, couvertes d'une neige très-épaisse ; leur encombrement, parce que les voitures n'avaient pu profiter des chemins de traverse praticables en temps ordi— naire, et enfin la fatigue des hommes, qui était extrême. L'ennemi ne s'était montré entreprenant nulle part; c'est à peine si , après être entré dans le Mans , où il s'empara de la qujBue de nos convois encore engagés dans les rues de la ville, il fit suivre nos arrière-gardes par quelques uhlans qui ne dépassèrent guère, ce jour-là, la bifurcatiorr des routes de Beaumont et de Confie. Il est évident que le 1 1 au soir les Allemands se considéraienj; sinon comme battus, tout au moins comme obligés à recommencer le lendemain leurs efforts de la veille, et que le 12 au matin ^ malgré le fatal incident qui avait amené leur gauche sur la: position de la Tuilerie, ils ne croyaient point à une retraite de la deuxième armée française. C'est ce qui explique qu'ils n'aient pas profité de cette occasion, et, qu'une fois fixés sur nos mouvements, ils n'aient pas été à même de nous poursuivre. Ils avaient du reste considérablement souffert pendant les trois derniers jours ; leurs soldats étaient épuisés ; ils ne les avaient soutenus que par des distributions d'eau-de-vie faites à profusion , et il leur fallait rallier leurs colonnes dont quelques-unes avaient déjà commencé un mouvement rétrograde, et pourvoir aux soins à donner à leurs nombreux blessés.
Dans ces conditions, le général en chef persistant dans la pensée qu'il pouvait se retirer sur Alençon pour reprendre le mouvement projeté vers la Seine, avait insisté près du ministre de la guerre, qui ayait repoussé ce projet et prescrit la retraite sur la Mayenne. Le 12, à onze heures et demie du soir, le télégramme suivant avait été expédié de Domfront à Bordeaux ' :