DÉMORAMSATION DES TROUPES DANS LES 16» ET 17« CORPS
En rendant compte au général* en chef de ces événements, l'amiral ajoutait :
« Quelques régiments ont opposé une vigoureuse résisw tance ; d'autres , et c'est le plus grand nombre , se sont » débandés. La cohue des fuyards est inimaginable; ils
1 Voir à la note n° 34 deux dépêches du vice-amiral Jauréguiberry.
» renversent les cavaliers qui s'opposent à leur passage ; » ils sont sourds à la voix des officiers. On en a tué deux, » et cet exemple n'a rien fait sur les autres. Les Prussiens » sont entrés à Épineux-le-Chevreuil et à Loué. Je » trouve autour de moi une telle démoralisation, que les » généraux du corps d'armée m'affirment qu'il serait très- » dangereux de rester ici plus longtemps. Je suis désolé de » battre encore en retraite. Si je n'avais pas avec moi un )) matériel considérable qu'il faut essayer de sauver , je » m'efforcerais de trouver une poignée d'hommes déter- » minés et de lutter même sans espoir de succès. Mais ce » serait, il me semble, insensé de sacrifier huit batteries ») pour n'arriver, en résumé, à aucun résultat utile. Je ne » me suis jamais trouvé, depuis trente-neuf ans que je suis » au service, dans une position aussi navrante pour » moi '. »
De son côté , le général de Colomb , commandant le 1 7* corps , ne donnait pas sur l'état moral de ses troupes des renseignements plus satisfaisants. Plus encore que celles du 16® corps, elles étaient à bout de forces. Le temps était, en effet, d'une rigueur exceptionnelle: la neige ne cessait pas ; le froid était intense ; le pays offrait peu d'abris ; les convois ne marchaient qu'avec les plus grandes difficultés ; les distributions de vivres ne pouvaient se faire exactement, et les hommes, vêtus d'une façon insuffisante, mal chaussés pour la plupart, constamment mouillés sans pouvoir se sécher, se laissaient aller au découragement. Il fallait cependant faire tête à l'ennemi , qui apparaissait sur toutes les routes en avant de nos lignes. La retraite sans combattre c'était la débandade , l'abandon d'une partie de notre maté-
* Le commandant en chef, en transmettant textuellement cette dépêche au ministre, exposait la situation générale dans le même télégramme. — Voir à la note n° 35.
riel > et peut-être , si les Allemands étaient audacieux , la perte de l'armée '.
Le mouvement de recul du 1 6' corps affaiblissait l'aile droite et pouvait permettre à l'ennemi de se porter sur le flanc dès lors découvert du 17* corps. Les éclaireurs algériens qui s'étaient portés à Conlie et qui battaient tout le pays dans la direction du Mans , signalaient partout sa présence. Toutefois, comme un effort principal semblait devoir se faire en avant de Sillé-le-Guillaume où le 21' corps occupait de solides positions, bien couvert sur sa gauche par les volontaires de Cathelineau qui observaient la Sarthe aux environs de Fresnay , il se pouvait qu'une résistance heureuse arrêtât la poursuite.