‹ La deuxième armée de la LoireChapitre 209 sur 302 · DÉCEMBRE. COMBAT DE SILLÉ-LE-GUILLAUME · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE. COMBAT DE SILLÉ-LE-GUILLAUME

C'est dans ces conditions que l'action s'engagea, le 15 au matin , en avant de Sillé-le-Guillaume. L'ordre fut immédiatement donné sur toute la ligne de résister à tout prix et le plus longtemps possible, tout en acheminant sur les derrières le gros matériel de l'artillerie et les impedimenta dans les directions de Mayenne et de Laval , de façon à les mettre à l'abri et à ne pas gêner les mouvements.

Dès huit heures , les éclaireurs algériens , obligés de se retirer de Conlie , annoncèrent la marche de l'ennemi sur Sillé-le-Guillaume. Arrivés en vue de la 3* division du 21' corps , bien établie sur les crêtes qui dominent cette petite ville à l'est , ils se portèrent sur la route de Rouez pour la rattacher à la gauche du 17' corps.

Le général de Villeneuve, qui commandait cette 3' division , l'avait disposée de la façon suivante : le 78* mobiles à l'embranchement de la route de Crissé et de celle de Conlie; au centre, la 1" brigade se reUant ainsi avec

* .Voir la note n" 3a.

la 1" division ; enfin la 2' brigade surveillant le chemin de traverse de Gonlie et la voie ferrée. Les marins, déployés en tirailleurs dans les chemins creux qui bordent la route, formaient une première ligne; les autres bataillons, groupés et abrités derrière des plis de terrain, formaient la deuxième ligne ; l'artillerie en colonne sur la route, sur la pente du côté de Sillé et hors de portée des projectiles, détachant une section de mitrailleuses à 200 mètres en avant de la coupure de la crête , une section de 4 tirant par-dessus ces mitrailleuses, et enfin, sur la crête même, une section de 8 dominant le champ de bataille et ayant des vues sur tout le développement de la route et sur le terrain que l'ennemi allait parcourir en débouchant du camp de Gonlie. Enfin, plus en arrière et à la gare même de Sillé, deux pièces de -4 enfilant la voie ferrée.

En dehors de ces emplacements , il était impossible de mettre les pièces en batterie à cause des talus et des fossés qui séparent les propriétés , et de la neige qui couvrait le sol sur une épaisseur telle que les chevaux enfonçaient jusqu'au poitrail.

L'attaque se prononça sérieusement vers dix heures; les colonnes prussiennes s'avançaient par la grande route sans paraître croire à une résistance. Le général de Villeneuve les laissant arriver jusqu'à quinze cents mètres , les arrêta par des salves de mitrailleuses qui y mirent le désordre et les forcèrent à se rejeter dans les chemins de traverse. L'ennemi, suspendant alors son mouvement, chercha Iç moyen d'établir ses batteries ; une vive canonnade s'engagea, d'abord tout à notre avantage, les artilleurs allemands , gênés par le brouillard , ayant de la peine à régler leur tir; mais bientôt une batterie de fort calibre nous causa des pertes assez sérieuses sans pouvoir toutefois éteindre le feu de nos pièces de 8 , qui répondirent vigoureusement.

Pendant ce temps, le général Rousseau , établi à Saint- Remy de Sillé avec la 1" division, apprenait par ses reconnaissances que d'autres colonnes ennemies débouchant de Crissé , s'approchaient par la chaussée du chemin de fer et par le chemin qui lui est parallèle. Le 5* bataillon de la Sarthe (capitaine Barafort) , qui gardait ces deux issues et qu'appuyait le 22" de ligne, reçut bravement le choc de ces colonnes. L'ennemi , arrêté par cette résistance, se disposait à un nouvel effort, lorsque le commandant Bonnefond , à la tète d'un bataillon du 58*, s'avança résolument sur lui au cri de : Vive la France ! l'aborda à la baïonnette et le mit en déroute, en lui faisant une vingtaine de prisonniers. Nos troupes , entraînées par ce succès, se lancèrent à la poursuite des Allemands jusqu'à un kilomètre au delà de Crissé, et ne s'arrêtèrent qu'après avoir fait de nombreux prisonniers , dont un major hanovrien .

Le succès était donc complet du côté du 21* corps, grâce aux dispositions prises par le général Jaurès, qui le commandait, à l'énergie des généraux de Villeneuve et Rousseau et au courage des troupes. Malheureusement le 17' corps n'avait pas tenu sur ses positions et s'était mis en retraite sur Sainte-Suzanne, dans la crainte d'être tourné par les colonnes ennemies qui s'avançaient sur la route du Mans à Laval à la poursuite du 1 6" corps ' . Tenir plus longtemps sur la gauche de notre ligne , c'était s'exposer à se faire rejeter en dehors des routes fixées pour la retraite sur la Mayenne. Le général en chef, après s'être assuré que les convois engagés sur la grande route de Sillé à Evron étaient assez loin pour n'avoir rien à craindre , donna au général Jaurès l'ordre de se mettre en retraite à la nuit et de venir coucher en arrière de Sillé-le-

^ Voir la note n» 36.

Guillaume '. Quoiqu'il en coûtât au 21' corps, encouragé par ses succès de la journée , cet ordre fut exécuté avec la plus grande précision, et avec tant de régularité et de calme, que l'ennemi se retira sur Conlie au lieu de nous poursuivre.

Le 16* corps avait soutenu de son côté, dans la journée du 15, une lutte acharnée qui lui fait grand honneur et qui est le dernier combat réellement important de la campagne.

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