‹ La deuxième armée de la LoireChapitre 211 sur 302 · MARCHE DE LA DIVISION DE CURTEN · texte numérisé non relu

MARCHE DE LA DIVISION DE CURTEN

Le 17, tous les corps étaient sur les emplacements qui leur avaient été assignés. Le général de Curten était depuis le 16 au soir à Laval.

C'est le moment de dire ce qu'était devenue sa colonne depuis ses combats sur la rive gauche du Loir :

Le général de Curten, qui devait rejoindre l'amiral à Chàteau-du-Loir pour se replier avec lui sur les positions du Mans, s'était dirigé le 9 au matin sur Neuillé-Pont- Pierre, après avoir eu à son arrière-garde un combat de trois heures bien soutenu par le 27" mobiles sous les ordres du colonel Vial. Avant de continuer sa route, le général de Curten se sépara du général Cléret, à qui il laissa deux escadrons de cuirassiers , un de chasseurs d'Afrique pour l'éclairer dans les opérations qu'il allait entreprendre pour couvrir la rive droite de la Loire et empêcher les partis ennemis d'arriver jusqu'à Saumur-

Quand, le 10 au soir, la 2" division du 16' corps arriva à Château-du-Loir, l'amiral en était parti, lui laissant pour instruction de se porter sur le Mans, en se servant autant que possible du chemin de fer pour accélérer le transport de ses troupes. Ce moyen n'était déjà plus possible, les éclaireurs ennemis ayant coupé la voie et les fils télégraphiques à hauteur d'Écommoy. La division arrivait le 11 à deux heures à Mayet.

* Voir la note n« 41.

COMBAT D ECOMMOY.

Entendant le canon du côté de Jupilles, et apprenant la présence de l'ennemi à Écommoy, le général de Gurten ne voulut pas continuer sa route sans avoir fait reconnaître ce qu'il avait devant lui. Les francs-tireurs des Deux-Sèvres et le 23* bataillon de chasseurs à pied, soutenus par le 27* régiment de mobiles, entrèrent sans coup férir dans Ecommoy et repoussèrent l'ennemi , qui , vers quatre heures et demie, essaya de reprendre le village. Cette petite affaire est à la louange des francs-tireurs des Deux-Sèvres, bien conduits par le commandant Poinsignon '. Ce succès partiel montre du reste ce que l'on aurait pu obtenir le 10 si l'amiral, ayant eu à temps son monde sous la main, avait pu opérer une diversion sur le flanc gauche de l'ennemi, et si le général de Gurten, marchant plus vite et plus directement sur Ghâteau-du-Loir et sur Ecommoy, gagnant une étape, était arrivé le soir du 11 sur la position de la Tuilerie qui lui était assignée, empêchant ainsi , selon toute probabilité , la panique des mobilisés du général Lalaude, dont les conséquences avaient été l'abandon du Mans.

Dans la nuit du 11 au 12 le général de Gurten continua son mouvement sur la Flèche par Pontvalain , précédé de tous ses impedimenta et de son artillerie , qu'il voulait sauver. Il était le 13 à la Flèche, lorsqu'il reçut du général en chef la dépêche suivante :

« Je ne m'explique pas pourquoi vous êtes descendu » sur la Flèche. Mettez-vous le plus rapidement possible » en route pour Sablé, afin de rejoindre l'amiral, dont le

Voir la note n° 42.

» quartier général est à Joué-en-Gliarnie , sur la route de » Laval au Mans. Il importe que vous soyez sur vos nou- » velles positions après-demain au plus tard. »

Arrivé à Sablé, le 14, il y apprit l'occupation de Jouéen-Gharnie par l'ennemi. Comprenant la nécessité de porter un prompt secours à l'amiral, il se débarrassa de tous ses impedimenta et de tout son matériel d'artillerie non indispensable , qu'il engagea sur la route de Laval par Meslay, en même temps qu'il prescrivait à toutes ses troupes de marcher sur Saint-Jean-sur-Erve par Auvers-le- Hamon, Epineux, Bannes, et Thorigné-en-Gharnie.

«Toute la journée du 15, » dit dans son rapport le général de Gurtcn, «j'entendis le canon gronder dans la « direction de Saint-Jean-sur-Erve. Je marchai au canon, » et vers cinq heures je m'arrêtai sur la route de Bannes » sur un plateau très - avantageusement situé pour la » défense, un peu en avant de la route de Forée à Brulon. )' D'après les renseignements fournis par le colonel du » 8^ hussards, il se trouvait à Brulon un corps ennemi de » dix mille hommes. Je fis prendre position à une section )> de 4 sur la route de Bannes , et je lançai une ligne de » tirailleurs, appuyée d'un bataillon de soutien du 27° mo- » biles, pour couvrir le mouvement de retraite de l'artillerie » sur Ghéméré, où j'arrivai à huit heures du soir. Il y eut » quelques coups de fusil échangés, mais l'ennemi, nous » voyant sur la défensive et maîtres d'excellentes posi- » tions, ne continua pas sa poursuite. »

Arrivé le 16 à Bazougers, le général de Gurten apprit le mouvement de retraite de l'amiral sur Laval, mais déjà sa cavalerie avait reçu l'ordre de se porter sur Soulgé. Ce fut pour le commandement du 1" escadron des chasseurs d'Afrique l'occasion d'un heureux coup de main, en chargeant vigoureusement, à leur entrée dans le bourg, des dragons prussiens, dont ils tuèrent un officier et auxquels

ils firent six prisonniers, parmi lesquels le lieutenant de Moltke.

Le 16, à sept heures du soir, le général de Gurten arrivait à Laval avec sa colonne.

La deuxième armée se trouvait dès lors, encore une fois, conservée au pays après une retraite des plus difficiles par suite des rigueurs de la saison , et durant laquelle elle avait soutenu des combats acharnés et incessants. Elle avait ainsi attiré à sa suite, et maintenu devant elle, la plus importante des armées prussiennes , et si elle n'avait pu jusque-là réaliser son projet de marcher sur Paris, elle pouvait espérer du moins que cette grande diversion , à laquelle elle avait obligé les forces allemandes, ne serait pas sans avantage pour les efforts que pouvaient tenter les armées de la capitale. Malgré leurs insuccès, la France pouvait donc être fîèrc de ses jeunes troupes , qui , si elles se laissaient parfois aller au découragement lorsqu'elles étaient aux prises avec les fatigues et les privations , savaient se battre et se sacrifier pour elle lorsqu'on les menait au combat ' .

* Voir^ à la suite des notes du livre IV, la traduction de quelques documents allemands et anglais.

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