LIVRE SIXIEME. — POITIERS
Si tant de sang répandu, si tant de souffrances supportées n'ont pu sauver le pays, ils n'en resteront pas moins comme la plus éloquente des protestations d'un grand peuple défendant son honneur et son indépendance , comme le gage le plus assuré de ce qu'il saura faire pour relever sa fortune, reprendre sa place et reconquérir son intégralité.
Cette armée ne devait pas tarder, du reste, à prouver une fois de plus ce dont elle était capable, son dévouement à la patrie et à l'ordre, quand une insurrection néfaste, mettant le comble aux malheurs de la France, la faisait se retrouver de nouveau réunie en grande partie sous les murs de Paris '.
Avant de se séparer d'elle le général en chef lui adressa le 14 mars, du quartier général de Poitiers, l'ordre suivant, qui était son adieu :
ORDIIE GÉNÉRAL.
« Officiers et soldats de la deuxième armée ,
» Le traité ratifié le 1" mars par l'Assemblée nationale met fin à la guerre. Les armées sont dissoutes.
» En m'informant que mon commandement cesse, le ministre de la guerre ajoute :
« Dites à votre brave armée, officiers de tous grades et » soldats, que je les remercie au nom de notre pays tout » entier de leur courage et de leur patriotisme. , Si la » France avait pu être sauvée, elle l'eût été par eux. La » fortune ne l'a pas voulu. »
» Je suis heureux de porter à votre connaissance ce témoignage de la satisfaction du Gouvernement. Vous pourrez être fiers d'avoir fait partie de la deuxième armée,
^ Voir à l'Appendice la note indiquant les troupes fournies par l'année de la Loire à l'armée de Versailles.
dont les efforts, s'ils n'ont pas abouti au succès que vous iavez poursuivi avec tant d'opiniâtreté, ne resteront pas sans gloire pour le pays dont ils ont contribué à sauver l'honneur.
» Vous avez tenu tète aux armées les plus nombreuses et les mieux commandées de l'Allemagne. L'histoire racontera ce que vous avez fait; l'ennemi lui-même s'honorera en vous rendant justice.
» Vous allez rejoindre vos foyers, vos garnisons ; conservez inébranlable votre dévouement au pays ; restez, quoiqu'il arrive, les défenseurs de l'ordre.
» Quant à moi , mon plus grand honneur est de vous avoir commandés, mon plus vif désir de me retrouver avec vous chaque fois qu'il s'agira de servir la France,
» Le général en chef,
» Signé: Chanzy. »