DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE
Général Peytavin à général Clianzy, à Josnes.
Blois, le 10 décembre 1870, trois'heures du soir.
Prussiens au nombre d'environ 20,000 hommes sortant du village de Saint-Claude, sur deux colonnes, à une heure du soir. L'ime a passé entre la ligne des villages de Léry et de Presson. L'ennemi s'avance sur Blois par le plateau compris entre Loire et Cosson ; d'après ce mouvement, l'objectif est Blois qu'il compte enlever par la menace d'un bombardement, ce soir probablement. De quel côté et comment faudrait-il évacuer tout mon monde? Trois corps sont déjà sur la route de Mer. Très-urgent. Peytavin.
Le général Peytavin à général en chef, à Josnes.
Blois, le 10 décembre 1870, sept heures quaranle-cinq minutes du soir.
Forces présumées de l'ennemi : 4 régiments de Hesse , 4,800 hommes, 32 compagnies de uhlans, 140 hommes par compa^jnie, un régiment de cuirassiers, 6 batteries d'artillerie, deux de 6 et quatre de 4. Vous avez dû recevoir une dépêche du généra] Maurandy datée de Chaumont; troupe débandée. Peytavin.
N» 339, Général Chanzy au général Barry et au préfet de Blois.
Josnes, 10 décembre 1870.
Il est de la plus haute importance que l'ennemi, qui est sur la rive gauche, ne puisse passer la Loire. D'après les renseignements que j'ai recueillis aujourd'hui à Tavers et à Mer, il n'aurait encore fait aucune tentative pour établir un pont de bateau^.
Faites surveiller le fleuve de M r à Blois, et tenez-moi exactement renseigné. Il faut qu'à Blois on défende à outrance toute tentative de passage. On a fait sauter le pont de Blois avec trop de précijtitalion, puisque l'ennemi n'était pas en vue. Il faut agir avec plus de calme
pour celui de Chaumont, et ne le détruire qu'après avoir bien constate qu'il est impossible d'en défendre l'accès à l'ennemi.
Signé : Chanzy.
K» 340, Général Chanzy au général Barry, à Blois.
Josnes, 10 décembre.
Vous devez défendre Blois à outrance. Faites venir d'urgence des munitions de Tours si vous en manquez. Organisez toutes les forces 4lont vous disposez et utilisez les travaux de défense préparés en vue d'une attaque sur Blois. Rappelez à vous la brigade Desmaisons, qui est de votre division. Nous maintenons l'ennemi depuis quatre jours en luttant avec avantage, du matin jusqu'au soir, et vous ne pouvez avoir afïaire qu'à des forces relativement faibles; avec celles dont vous disposerez, vous pouvez bien certainement empêcher l'ennemi de passer le fleuve devant vous ; il doit vous rester de l'artillerie, disposez-en et rendez-moi compte. Signé : Cbanzy.
K» 353. Général Chanzy au préfet de Blois.
Josnes, 10 décembre 1870.
Il importe que je sache exactement où est l'ennemi sur la rive gauche, quelle est sa force, et si réellement il a jeté un pont à Saint- Dié?
Si Blois est réellement menacé, j'y enverrai deux batteries d'artillerie qui sont à Mer, si la route est sans danger. Le général Maurandy doit défendre la rive gauche et ne se replier sur Blois qu'en cas de nécessité. J'ai toute confiance dans son énergie. Signé : Chanzy.
N* 359. Général Chanzy au général Barry, à Blois.
Josnes, 11 décembre 1870, deux heures du flfiatin.
Faites bien surveiller le fleuve entre Blois et Mer. Le général Camô, auquel j'envoie du monde, surveillera de son côté à Mer et en aval. Il faut empêcher l'ennemi de jeter un pont de bateaux, dans votre intérêt, à Blois, et surtout dans l'intérêt de mon armée.
Je prescris au général Maurandy de se porter de suite sur Blois et dfi s'y placer sous vos ordres. Signé : Chanzy.
Général Barry à général Chanzy.
Blois, le 10 décembre 1870.
Copie de l'ordre laissé par le ministre au général Barry : • La ville de Blois mise en état de siège. Vous tiendrez jusqu'à ce <!«>« ïe général Chanzy vous ait autorisé à céder. »
APPENDICES. Sai
J'ai pris toutes mes dispositions; je crains de manquer de cartouches d'infanterie, et je n'ai pas ma réserve divisionnaire.
Signé : Barby.
Général Barry à général Chanzy.
Blois, 10 décembre 1870, huit heures ^u soir.
Il m'est arrivé ici depuis ce matin quelques centaines de traînards. Je les dispose le long des parapets des quais et sur la grande terrasse de l'évêché, pour prévenir toute insulte des tii-ailleurs ennemis. La ville ne veut pas se défendre et le préfet se dispose à partir en parlementaire. Que faut-il faire? " Signé : Babry.
N* 363. Général Chanzy au général Barry.
Josnes, 11 décembre, huit heures du soir.
Vous êtes chargé de la défense de Blois, et toutes les troupes qui s'y trouvent sont sous vos ordres. Vous êtes également chargé de la défense du fleuve en amont et en aval ; agissez donc d'après les renseignements que vous devez avoir le premier, et le mieux connaître. Vous avez à Amboise le général Maurandy et le général Desmaisons. Appelez à Blois la brigade Desmaisons, qui est reposée, et laissez à Amboise le général Maurandy, en faisant passer sur la rive droite ses troupes et son artillerie. Signé : Chanzy.
N» 365. Général Chanzy an commandant militaire et au préfet d'Indre-et-Loire.
Josnes, 11 décembre 1870.
Si l'ennemi continue son mouvement sur Tours, faites détruire successivement les ponts sur le fleuve, s'il est impossible d'en assurer la défense ; il est de la dernière importance que les Prussiens ne puissent pas traverser la Loire. Surveillez leur marche. Empêchez-les d'établir des ponts de bateaux. Renseignez-moi exactement.
Signé : Ghahst.
N" 366. Général Chanzy au général Barry, à Blois.
Josnes, 11 décembre, neuf heures quarante-cinq, matin.
Dites-moi ce que vous avez de monde, avec tout ce que j'ai mis sous votre commandement, et d'artillerie pour tenir à Blois et empêcher l'ennemi de passer le fleuve. Vous ferez détruire tous les pont»
en aval de Blois, dans le Loir-et-Cher, si l'ennemi continue son mouvement et menace. Je donne le même ordre au commandant militaire d'Indre-et-Loire. Mon quartier «jénéral sera ce soir à Talcy, en communication avec vous par Marclienoir. Signé : CHà^zY.
Général Darry au général Chanzy, à Josnes.
Josnes, de Blois, le 11 décembre 1870, à deux heures vJDjjt initiutes, soir.
Je viens de parlementer pendant une demi-heure avec l'ennemitoute comniuuicalion par convoi de chemin de fer, entre Tours et Blois et réciproquement, doit être suspendue, parce qu'à partir de trois heures les trains seraient canonnés. Je me tiens sur la défensive en réprimant avec la dernière vigueur toute tentative ayant pour objet de s'approcher de la ville et de passer la lùvière. De cette manière, je parviendrai peut-être à éviter à la ville une destruction inévitable, tout en garantissant son intégrité. L'ennemi a établi la nuit dernière des batteries en position devant la ville. Il paraît assez nombreux dans ses cantonnements. J'ai transmis tous ces détails à Tours. Le général Desmaisons s'est replié sur Tours avec les débris qu'il oomiuande. Signé : Barrt.
N" 373. Général Chanzy à général Camô, à Mer.
Talcy, le 11 décembre 1870.
L'amiral Jauréguiberry, commandant l'aile droite dans le mouvement de retraite qui s'elFectue , a dû vous donner des ordres pour évacuer coiiiplélement Mer avant le jour, et pour rallier, avec tout votre monde, le^ troupes du général Tripart à Aunay. Conformezvous ttrictcment à ses ordres. Dirigez cette nuit sur la Chapelle, et de là sur Maves et Pontijoux, le convoi de vivres que vous avez conBé à un officier d'administration. Jl est impossible de songer à la solt.e avant d'avoir pu réunir tous les corps hors des atteintes de l'ennemi. Signé : Cuakzy.
N* 368. Général Chdnzy à Cintendant en chef de (armée et au souspréfetfà Vendôme.
Josnes, 11 décembre 1870.
L'armée continuant son mouvement de retraite sur Vendôme, il se peut que l'ennemi , qui marche sur la rive droite , arrive demain a
Blois. Je donne l'ordre de replier cette nuit sur Vendôme fout le matériel qui existe à Blois, et de couper ensuite le chemin de fer. Accélérez tous ces mouvements. J'aurai demain mou quartier général au château des Noyers, entre Epinis et Villetrun. J'espère arriver à couvrir Vendôme après-demain dans la journée. Faites toutefois refluer, de Vendôme sur le Mans, tous les ap|)rovioioiinements et le uialériel non inui.qjen ables aux besoins de l'armée, si elle doit s'arrêter quel(|ues jours devant Vendôme. Sùjné : Cuanzy.
N" 369. Général Chanzy à [intendant en chef, à Vendôme.
Josnes, II décembre 1870.
J'approuve votre projet de faire du Mans un grand centre de ravitaillement; mais l'armée se portant demain sur Prélevai et Vendôme, et pouvant avoir à opérer un certain temps sur cette ligue , il impoi'te <lc préparer sur ces points des approvisioimements suftisauts pour la faire vivre quelques jours. Sicjné : Cuanzy.
N» 301. Général Chanzy au général Borel, à Bourges.
Josnes, Il décembre, quatre heures et demie du inatin.
Nous sommes établis depuis quatre jours de Lorges à Tavers, faisant tête à l'ennemi, nous battant du matin au soir et ayant afiaire au gros de l'aimée du prince Charles, au grand-duc de Mecklembourg et au corps i)avarois. Tout l'effort est donc sur nous. Un corps prussien descend la Loire sur la rive gauche, menace Blois, Tours, et cherche à me tourner. Je suis dans une position des plu; critiques si TOUS ne vous poitez pas en avant. Vous n'avez devant vous que trèspeu de monde. Venez donc sans perdre une minute, et prévenez-moi.
Mon quartier général est à Josnes. Signé : Chanzy.
H" 362. Général Chanzy au général commandant en chef, à
Bourges.
Josnes, 11 décembre, quatre heures et demie du inatin.
Établi entre la forêt de Marchenoir et la Loire , je lutte depuis cinq jours du matin au soir avec le gros des forces du prince Charles. L'ennemi n'a que peu de monde à Orléans; un corps qui ne dépasse pas bien certainement 20,000 hommes du côté de Vierzon, et un autre de 12 a» 15,000 qui menace Blois, Tours, arrive d'Orléans en passant la Loire.
Marchez donc carrément et sans perdre une minute. Ma position est des plus critiques, et vous pouvez me sauver. Signé : Chamzy.
Guerre à général Bourbaki, à Bourges. A communiquer au général Chanzy , à Josnes , et à Gambetta , à Tours.
Bordeaux, le 11 décembre 1870, à dix heures quarante du matin.
Je reçois de Prémery la dépêche suivante : Colonel commandant les forces de l'Yonne à ministre guerre à Bordeaux. Briare, Ouzouer, Gien, évacués précipitamment par ennemi. Tout annonce concentration Prussiens sur Orléans. Les renseignements pris dans la Puisaye paraissent certains. Signé : Colonel Palu.
Cette dépêche et plusieurs autres dans le même sens ne me laissent aucun doute sur le fait que vous n'avez devant vous que des rideaux.
Signé : de Freycinet.
DEPECHE
Guerre à général Chanzy, à Josnes.
Bordeaux, le 11 décembre 1870, à trois heures trente minutes, soir.
J'ai passé depuis hier matin des dépêches réitérées et instantes à Bourbalti pour l'engager à se porter vers Blois en ce moment même. Je télégraphie à M. Gambetta, qui se rend à Bourges, pour lui demander d'User de toute son influence dans le même sens.. A l'instant, douze heures cinquante , je reçois une dépêche de Bourbaki, annonçant son intention de se conformer à vos désirs. Je vous engage à télégraphier à la fois à Gambetta et Bourbaki , et à leur faire connaître le point exact où vous comptez vous porter et la direction dans laquelle Bourbaki doit s'avancer pour favoriser vos mouvements. I Signé : de Fbeycinet.
N* 381. Général Chanzy au général Barry, à Saint-Amand.
Château des Noyers , 13 décembre 1870, une heure du matin. Je viens d'apprendre que vous aviez quitté Blois. . . . . .
Si vos troupes peuvent le faire, reportez-vous immédiatement sur Blois par Herbaull, et faites tout au moins une démonstration qui en
impose à l'ennemi, si vous ne pouvez rentrer à Blois et vous y main-tenir. Signé : Chanzy.
N» 382. Général Chanzy au général Barry, à Saint-Âmand.
Château des Noyers, 13 décembre 1870.