TÉLÉGRAMME
Inspecteur Boulogne à directeur général des ^télégraphes à Bordeaux , communiqué au général Chanzy , au Mans.
Télégramme Reuter, Versailles, 22.
Le correspondant prussien, Times du 23, p. 6, après avoir reproduit rapport daté de Versailles le 15 (quartier général du roi) sur l'état présent opinion publique France , apprécie tactique du général Chanzy, qui, pour se retirer vers Paris, continue à se replier où il veut, et qui, chassé de la Loire, s'est arrangé pour se diriger vers Paris où il va causer nouveaux ennuis ; il constate que renforts nullement trop tôt, Allemands obligés d'occuper surface de pays coa-
sidérable et de combattre ennemi deux fois plus nombreux et armé de fusils se chargeant par la culasse. Après arrivée des renforts, la témérité du général Chanzy sera punie, et cela fait, Allemands occuperont ligne de la Loire et du Cher en attendant chute de la capitale.
Correspondant spécial , quartier général , Versailles , 18 décembre, dit qu'hier au soir, canons nouvellement placés en avant Valérien, ont lancé bombes, à proximité désagréable de Versailles, qu'elles n'ont pas atteint, mais qui sait ce qui arrivera. Il ajoute qu'il ne faut croire en aucune façon à un bombardement ni à une reddition im médiats. Paris a encore 45,000 chevaux mangeables, de plus prince Wittgenstein a dit qu'il y avait approvisionnements en pain, viande salée et vin, encore pour deux mois.
Correspondant spécial, armée allemande de la Loire, à Oucques, 15 décembre, parlant de Fréteval, a toujours même opinion sur tactique du général Chanzy, et s'attend à voir Français abandonner leur forte position de la journée pour se reporter à une ou deux journées de marche dans une autre situation aussi forte, mais d'autant plus rapprochée de Paris. Il insiste de nouveau sur la portée incroyable des fusils français et leurs effets.
Inspecteur à directeur général à Bordeaux.
Dépêche du Times, Berlin, 20 décembre.
Bombardement Belfort est mené vigoureusement, après achèvement troisième parallèle, portion considérable, faubourg de France , a été complètement brûlée. Artillerie siège devant Paris a été augmentée. Versailles, 20 décembre, aile gauche a continué aujourd'hui marche sur Tours et aile di-oite sur le Mans. Entre Orléans et Blois, plus de 6,000 Français blessés ont été abandonnés sans aucune assistance médicale. Ballon tombé en Nassau, un autre tombé en Bavière. On a trouvé dans le premier, dépêche officielle du général Trochu annonçant sortie pour le 20 décembre. — Dépêche de l'Evening Standard, du 22. Versailles, 21 décembre. Hier au soir, vive canonnade des forts de Paris, cependant sans dommages. Ce matin attaque faite par environ trois divisions de garnison sur la garde et le 12* corps, repoussée après plusieurs heures de combat, pertes non considérables. Hier six à sept cents gardes mobiles, avec cavalerie et artillerie , ont été dispersés par le général Voigts-Rhetz à Monnaie , et repoussés au delà de Notre-Dame d'Oé.
La correspondance datée de Berlin 19 décembre, Times du 22, p. 10, contient observations intéressantes sur le chassepot qui modifie un peu rapport autrefois établi entre une armée régulière et une milice, donnant à cette dernière une chance là où auparavant elle
n'en avait aucune, et lui permettant de tenir le champ, pourvu qu'elle se contente de se sacrifier sans autre but plus élevé que celui de tourmenter l'ennemi. Ainsi les recrues de l'armée de la Loire, qui n'auraient pas tenu contre attaque rapprochée, ont pu, à l'aide des effets de cette arme formidable et de l'impunité relative qu'elle procure, combattre à distance et infliger des pertes lourdes aux Allemands dans la dernièie quinzaine. Ces faits ont été i-econnus; il importe maintenant de manoeuvrer de façon que les occasions de victoire ne nous échappent pas indéfiniment.
Inspecteur à directeur général à Bordeaux.
URGERT.
Correspondance spéciale à Versailles écrit, 1" janvier, que déserteurs disent, peuple de Paris malheureux, mais toujours fier; il paraît que Trochu n'a pas essayé dans adresse aux troupes de cacher sa douleur de la perte du mont Avron. Français ont donc été encore une fois surpris, car mont Avron menaçant par sa position communications de l'armée assiégeante du sud avec Lagny , ils devaient être certains d'être attaqués, et cependant ils ont paru n'être nullement préparés. On croit aussi ici qu'approvisionnements, munitions, commencent à diminuer. Moniteur de Versailles publie sur organisation militaire de l'Angleterre un article qui paraît avoir ému le correspondant; il le cite en entier, et ajoute que cet article exprime opinion de tous à Versailles , en disant que le système militaire de l'Angleterre , en vue des complications futures, ne lui permet de prendi-e qu'une attitude, celle de l'effiacement. Quant aux volontaires anglais, c'est une réunion d'amateurs militaires auxquels il serait impossible d'imposer les devoirs et la stricte discipline de citoyens soldats de la Prusse. Le correspondant anglais de Berlin, écrit le 2 janvier, que le général Chanzy se reconstitue activement pour reprendre l'offensive. Tous ses mouvements étant rapportés au quartier général , il est douteux qu'il surprenne Allemands, et même il lui sera fait face plus vigoureusement qu'avant. Allemands au lieu de se répandre sur large surface de pays pour empêcher toute colonne d'approcher Paris, se massent actuellement dans des positions importantes et laisseront passer Français, si ces derniers en ont envie. Ce changement de tactique s'explique par le peu de crainte qu'ils inspirent, aussi par inutilité de soumettre Allemands à des marches et contre-marches pour foire face à toute colonne; — enfin parce qu'on peut sans inconvénient laisser un corps entier pénétrer dans le cercle extérieur formant la deuxième ligne allemande autour de Paris, car la défaite sera bien plus dangereuse pour les Français entre Versailles et Orléans, que
près ou au delà de la Loire. Malgré avances faites par Prusse à Autriche, cette dernière a toujours du dépit qu'elle manifeste ainsi: Prusse importe dans ce moment beaucoup de grains de Hongrie. Or chemin de fer hongrois, qui appartient à l'Etat, ne veut pas que son matériel roulant dépasse gare terminée à Vienne; de là déchargement et rechargement, et de plus transport par chariot d'une gare à l'autre, quand ces deux gares sont reliées par une voie dont ou s'est servi autrefois pour transports de grains de Pesth à Paris; il faudra beaucoup de notes pour effacer impression de ce mauvais procédé. Times du 5 annonce que M. Washburne ayant informé M. Jules Favre qu'un sauf-conduit était mis à sa disposition afin de pouvoir se rendre à Londres pour conférence sur neutralité de la mer Noire, ce dernieV- a répondu qu'il ne savait rien de la conférence et qu'il ne quitterait pas Paris.
Directeur Nantes à inspecteur Tamisier , au Mans*
Prière de communiquer au général Chanzy la dépêche suivante, de Boulogne, le 23 décembre.
Service urgent. De Brest, le 23, à onze heures vingt minutes.
Inspecteur Boulogne à directeur général des télégraphes.
Résumé du Times des 12, 13, 14, 15, 16 et 17. Dépêches télégraphiques.
Capitulation de Phalsbourg et de Montmédy. — Belfort se défend toujours énergiquement; nombreuses sorties. Un canon monstre placé sur Mont-Valérien envoie bombes à deux cents yards des portes de Versailles. Plusieurs tentatives d'assassinat ont eu lieu près de Versailles. Allemands ignorent tout à fait ce qui se passe dans Paris ; cependant on sait que toute communication est suspendue entre la ville et les troupes à l'extérieur. Il est impossible comme autrefois de se procurer des journaux aux avant-postes la nuit. Paris , feute de gaz, est dans les ténèbres.
Correspondant du Times .^ accompagnant l'armée allemande, dit que Français se sont très-bien battus et avec une ténacité inattendue; que l'armée de la Loire ne lui semble pas être de celles qui capitulent. Il loue beaucoup la retraite feite en disputant jusqu'à Orléans le terrain pied à pied, et en fait gloire plutôt au général et aux officiers qu'aux soldats. Il dit, avant d'avoir assisté aux quatre jours de combat autour de Beaugency , que l'armée de la Loire ne lui paraissait pas en état de prendre l'offensive; mais il écrit de Meung-sur-Loire , qu'une armée composée de recrues, qui peut lutter huit jours sur dix contre des vétérans sans être battue , doit espérer justement que la fortune
commence à tourner en sa faveur; d'autre part, Allemands sont embarrassés de cette ténacité inattendue qui les tient en échec pendant quatre jours, et les oblige à demander des renforts. Le 8 au soir l'avantage était resté aux Français et les fronts étaient sombres au camp allemand. Le défaut de la tactique chez les Français est que bien que très-supérieurs en nombre, ils ne semblent jamais prendre l'offensive, mais se contenter dé tenir ce qu'ils ont , sauf à céder le lendemain ce qu'ils ont opiniâtrement défendu la veille. L'artillerie de marine, à Orléans, a parfaitement tiré; il n'en a pas été de même pour l'artillerie de campagne dans divers engagements. En général, cette artillerie se comporte assez bien à courte portée , mais le défaut est qu'on veut faire tirer les canons à de trop longues distances ; les bombes, dont les fusées deviennent alors trop courtes, éclatent en l'air, et les boulets n'arrivent pas au but. Fusils des Français sont beaucoup plus meurtriers; leurs balles pénètrent partout et à des distances incroyables. Parmi les blessés, beaucoup plus atteints par les balles que par les bombes. Le tir de l'artillerie a été inefficace. La situation de l'armée allemande , le 9 décembre , était comme suit : prince Frédéric-Charles est resté à Orléans avec 10* corps, qui depuis a été envoyé à Beaugency comme renfort à l'armée du grand-duc de Mecklembourg. Ce dernier avec Bavarois et Hessois-marche sur Tours. Le 3* et le 9* corps sont dans Je sud, isolés de la rive droite de la Loire, car tous les ponts sont coupés. On signale cependant établissement récent d'un pont de bateaux en amont de Beaugency, en face de la route qui mène à Messas. Von "Werder a dû quitter Dijon pour faire jonction avec le 9* corps. — Aucun renseignement précis sur pertes dans l'Orléanais, excepté pour Bavarois, si décimés qu'ils sont revenus à Orléans pour se refaire. Entrés au nombre de 30,000 , il en reste aujourd'hui 5,000. La campagne est l'ude pour les Allemands qui souffrent beaucoup du froid. Les morts sont immédiatement dépouillés de leurs chaussures. La faim s'est fait aussi quelquefois sentir. L'attitude des prisonniers français paraît avoir été peu digne à Orléans. On a fait des recherches pour découvrir un télégraphe supposé établi entre Tours et Paris par Orléans. Le correspondant du Times à Vcp^ sailles rapporte impressions causées au quartier général par événements autour d'Orléans jusqu'au 6 décembre. Perplexité générale. Le' «on du canon, dans une direction inattendue, faisait qu'on se regar-, dait avec inquiétude. Bagages étaient prêts pour départ; on craignait qu'à tout moment l'armée du prince royal ne fût obligée de quitter positions. Aujourd'hui 6 décembre, on est pleinement rassuré; cependant chacun songe à ce qu'eût été la situation si Bazaine avait tenu huit ou dix jours de plus, et si Metz ne s'était pas rendu d'une manière si opportune. Il ajoute encore que les nouvelles venues de
Beaugency le 10 au soir, avaient allongé toutes les mines. Le grandduc de Mecklembourg craignait l'arrivée de 40,000 Bretons sur son flanc. Les pertes des Allemands dans l'Orléanais paraissent sévères. Leurs succès leur ont coûté plus cher proportionnellement que la victoire de Sedan. Les Allemands n'avancent pas avec cet élan irrésistible qui les a portés sur Paris, mais on veut en finir, et le prince Frédéric-Charles a pour mission de détruire tout noyau de troupes important et en même temps d'occuper rigoureusement les pays envahis en empêchant tout enrôlement qui pourrait grossir la résistance. Pertes dans les combats autour de Paris le 30 novembre et le 2 décembre sont évaluées à 8,000 hommes de chaque côté. Mont Avron a été très-fortifié par les Français; on reparle du bombardement. On est mécontent à Berlin du retard, mais à Versailles on paraît beaucoup moins pressé. De grandes précautions de surveillance sont prises depuis quelques jours à Versailles autour des résidences du roi et du piince royal.
Approche de Noël; Allemands regrettent beaucoup de ne pas pouvoir célébrer cette fête en famille. Des recrues n'appartenant pas à la landwehr arrivent journellement d'Allemagne; on évalue ces renforts à 150,000 hommes. D'autre part, le correspondant du Times à Berlin écrit, le 12, que 150,000 landwehr nouvellement incorporés sont en route et destinés à renforcer von Werder à Dijon, et armée allemande de la Loire. Cette levée, qui frappe, après tant d'autres, des hommes de trente-cinq à quarante ans, a produit une certaine émotion; cependant on ne murmure pas. La déclaration de la Prusse relativement au Luxembourg a un peu ému l'opinion en Angleterre. Le Times a publié plusieurs leading articles pour réfuter la prétention de la Prusse d'agir sans consulter les parties contractantes des traités 1867; mais ces articles sont beaucoup moins violents que ceux provoqués par la déclaration russe au sujet du traité de Paris. Le leading du 16 dit: qu'on ne peut trop exagérer la répugnance du sentiment public en Angleterre à trouver un casus belli dans la démonstration du traité concernant le Luxembourg
La région du nord est en meilleur état que pendant les jours qui ont suivi l'entrée des Allemands à Amiens et à Rouen. On disait à Versailles que ManteufFel allait organiser promptement la Normandie et la Picardie, Ses troupes, en effet, s'étaient avancées dans la Sommet jusqu'à Péronne, DouUens et Abbeville, et dans la Seine-Inférieure jusqu'à Dieppe, qui a été occupé, et tout près du Havre. Or, aujourd'hui 17, à l'exception de Rouen, qui est, dit-on, encore occupé, Seine- Inférieure est évacuée , la Somme est également libre , il ne reste que 15,000 Prussieps dans la citadelle d'Amiens. La ville a été évacuée;
Saint-Qùeniin a été réoccupé par nous. Les ennemis paraissent se replier en masse sur Paris, devant l'armée du Nord qui descend d'Arras et dont le quartier général était le 17 à Corbie, à quatre heures au nord d'Amiens. D'après des dépêches de Versailles du 41 décembre, le 9" corps était le 9 décembre aux environs de Blois et le 3* du côté de Gien.
Le 22 décembre, le général Jaurès, commandant le 21* corps, se présenta au grand quartier général avec le duc de Joinville, qui se trouvait en France sous le nom de colonel Lutherod et qui avait assisté à toute la première partie de la campagne dans l'Orléanais. Le prince demandait à voir le général en chef; il fut reçu immédiatement et exposa avec beaucoup de cœur et d'émotion son désir de suivre les opérations de la deuxième armée et de se battre pour son pays. Il promettait de conserver le plus strict incognito , se contentant de servir comme volontaire, et repoussant toute autre idée que celle de se dévouer pour la France. De tels sentiments devaient trouver partout bon accueil ; l'autorisation qu'il demandait lui fut accordée.
Toutefois, comme le général en chef voulait éviter au prince les désagréments d'une position mal définie, dans l'opinion publique toute équivoque, au Gouvernement tout sujet de préoccupation, et pour lui-même une fausse interprétation de sa conduite, il fut convenu qu'une démarche officielle serait faite à Bordeaux pour demander la sanction de la délégation.
Le commandant Marois , qui partait le 23 décembre en mission auprès du ministre de la guerre, alors à Lyon, emporta la dépêche ciaprès adressée à M. Gambetta:
« Monsieur le ministre,
» Le prince de Joinville est venu trouver hier le général Jaurès, le » priant de solliciter pour lui l'autorisation de suivre l'armée. Le géa nëral me l'a présenté ce matin.
» Le prince est en France sous le nom de colonel Lutherod; il a ■ assisté aux affaires du 15' corps en avant d'Orléans, a pris part au » combat dans une des batteries de la marine, et n'a quitté la ville
• qu'avec les derniers de nos soldats.
Il II demande à suivre mes opérations , promettant de conserver la » plus grande réserve et de ne se révéler à personne.
a Ne voyant en lui qu'un soldat, qu'un homme.de cœur aimant la a France et mettant franchement de côté toute idée autre que celle de
• se dévouer pour elle, j'ai cru ne pouvoir lui refuser ce que le Goua vernement de la République accorde à tous les Français.
» Mon devoir est de vous en rendre compte et de prendre vos » oidres.
n Resté jusqu'ici étranger à la politique , fermement décidé à conti-
■ nuer, tout entier à la tâche que le Gouvernement m'a confiée, je » tiens à ce que personne ne puisse se méprendre sur les sentiments » qui m'ont guidé dans cette circonstance.
» J'attends donc les instructions que vous me donnerez à ce sujet, » et vous pouvez être assuré que je m'y conformerai strictement. » Veuillez, etc. » Signé : CHA^zY. »
La réponse fut la suivante :
Lyon, le 21 décembre 1870.
« Mon cher général , » Votre lettre touchant la présence du prince de Joinville à votre
• armée est d'un honnête homme, d'un loyal serviteur du Gouverne- » ment de la France, et je vous en remercie.
» Vous me demandez, pour les suivre strictement, mes instruc- » tions sur ce grave sujet; les voici :
» Le prince, même sous un nom d'emprunt, ne peut rester en » France sous aucun prétexte. Il a commis une faute très-grave en » pénétrant sur le territoire subrepticement, et en se rendant aux ar- » mées , où il pourrait devenir pour la paix publique , si sa présence » était révélée, un élément de désordre et dans le pays un brandon de
■ guerre civile. La question posée par la présence du prince n'est » d'ailleurs pas nouvelle pour nous : elle s'est posée dès le lendemain » de la révolution du 4 septembre, et le Gouvernement de Paris fut » unanime pour faire ramener à la fi-ontière les imprudents qui » l'avaient franchie. Dans une occasion plus récente, les intentions du » Gouvernement leur ont été signifiées de nouveau. La conduite du » prince de Joinville est donc tout à fait coupable. — Comme répu-
■ blicain, comme membre du Gouvernement, je dois faire respecter » les lois ; dès demain M. le colonel Lutherod sera conduit en liea
• sûr.
» Telles sont les instructions que je vous prie de faire exécuter. i> Agréez, etc. » Signé : L. Gambetta.»
Dès la réception de cette lettre , le 29 , le général en chef fit prévenir le duc de Joinville par le commandant de BoisdefFre, son aide de camp, que l'autorisation sollicitée pour lui était refusée par le Gouvernement ; l'invitant en même temps à faire connaître l'heure de son départ du Mans et le lieu où il comptait se rendre pour s'embarquer. Le prince répondit qu'il partirait le soir même pour Saint-Malo, et écrivit la lettre ci-jointe au commandant de la deuxième armée, qui ne l'avait pas revu depuis l'entrevue du 23.
•c Le Mans, 29 décembre 1870.
« Gënéral ,
» Je ne veux pas m'éloigner sans vous remercier de ce que vous » avez fait pour moi.
» Votre loyauté de soldat avait compris qu'on peut vouloii- servir ■ son pays uniquement parce qu'on l'aime. Vous aviez compris la » douleur de quelqu'un qui a porté l'épée, de rester seul oisif dans la » crise terrible que nous traversons. — Tous mes vœux les plus ar- » dents accompagnent vous et votre armée.
» Croyez à mes sentiments reconnaissants.
» Signé : Fr. d'Orléans. »
Quelques jours après, le général en chef fut prévenu que l'on disait dans le Mans que le prince avait été arrêté et mis en prison. Voulant savoir d'où pouvait provenir ce bruit auquel il n'ajoutait aucune importance , il fit demander au préfet s'il savait ce qu'était devenu un colonel américain du nom deLutherod, qui avait séjourné quelques jours dans la ville. Le préfet, M. Lèche valier, répondit qu'il n'avait aucune connaissance de ce personnage.
Ce ne fut que plus tard, à Laval, que la lettre suivante du prince, publiée dans le Times, fit connaître ce qui s'était passé. Nous croyons utile de la reproduire pour achever le récit de cet épisode, qu'il était nécessaii'C de faire connaître dans tous ses détails pour couper court aux interprétations fausses et passionnée.s auxquelles il a donné lieu.
PRINCE DE JOIKVILLE AKD M. CAMBETT&.
A Monsieur l'éditeur du Times.
Monsieur, — la publici+ë du Times est trop grande pour qu'il me soit possible de laisser accréditer, sans rectification, le récit que vous donnez aujourd'hui de mon arrestation au Mans , et des circonstances qui l'ont amenée.
Voici les faits.
J'étais en France depuis le mois d'octobre. J'étais allé pour offrir de nouveau mes services au Gouvernement républicain, et lui indiquer ce que, avec son aveu , je croyais pouvoir faire utilement pour la défense de mon pays.
Il me fut répondu que je ne pouvais que créer des embarras.
Je n'ai plus songé dès lors qu'à faire anonymement mon devoir de Français et de soldat.
Il est vrai que je suis allé demander au général d'Aurelle de me donner, sous un nom d'emprunt, une place dans les rangs de l'armée de la Loiic. Il est vrai aussi qu'il n'a pas cru pouvoir me l'aQcorder,
et que ce n'est qu'en spectateur que j'ai assisté au désastre d'Orléans.
Mais lorsque plus tard j'ai fait la même demande au général Chanzy, elle a été accueillie. Seulement, en m'acceptant au nombre de ses soldats, le loyal général a cru devoir informer M. Gambetta de ma présence à l'armée , et lui demander de confirmer sa décision.
C est en réponse à cette demande que j'ai été arrêté le 13 ' janvier par un commissaire de police , conduit à la préfecture du Mans , où on m'a retenu cinq jours , et enfin embarqué à Saint-Malo pour l'Angleterre.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que, quels que soient les sentiments que j'ai éprouvés en étant arraché d'une armée française la veille d'une bataille , je n'ai tenu aucun des propos que l'on me prête sur M. Gambetta , que je n'ai jamais vu.
Agréez, Monsieur l'éditeur, l'assurance de ma haute considération.
Fr. d'Orléans, prince de Joinville.
Twickenham, le 24 janvier.
Gambetta au général Chanzy, au Mans.
26 décembre 1870.
Des renseignements recueillis, il me paraît certain que le prince Frédéric est en personne à Orléans avec à peu près 25,000 hommes , plus 6 à 7,000 Bavarois du comte de Tann. Ils paraissent ti'ès-fatigués et assez hésitants sur les opérations que nous entreprenons; il y a, paraît-il, un corps de 20 à 25,000 hommes qui aurait filé d'Orléans sur Chartres dans la direction d'Alençon; ceci sous toutes réserves. Blois et la Sologne paraissent à peu près vides. Le 15^ corps occupe Vierzon et Bourges. Notre première armée de%la Loire exécute en ce moment un mouvement siu- la nature duquel je vous avais envoyé des instructions par un officier, M. Dhendecourt; je suis bien étonné que vous ne les ayez point reçues. Je vous expédierai un autre messager ce soir, mais les chemins sont si mauvais qu'il y a d'énormes retards. Les Prussiens font un mouvement de va-et-vient entre Orléans et Montargis; on dit qu'à partir de ce point ils remontent vers Paris.
Le général de Zastrow et le prince de Reuss, avec à peu près 25 à 30,000 hommes, sont entre Joigny et Auxerre qu'ils occupent. Néanmoins une partie de ces forces, 7 à 8,000 hommes, semble s'être dirigée sur Montargis. Le corps de Werder, qui tient Dijon et Gray ,
' Il y a évidemment une erreur dans cette date du 13 janvier : ce jour-là, 1 armce n'était plus au Mans, qu'elle avait quitté le 12, et le préfet était parti avec l'armée. C'est bien le 29 décembre au soir que le prince a été arrêté.
s'élève à 30,000 hommes. C'est ce corps que le général Cremer et Garibaldi tiennent vigoureusement en échec entre Semur, Autun et Nuits. Belfort est investi par une force de 30,000 hommes, mais nous communiquons et nous savons que jusqu'ici les assiégés ont causé de nombreuses pertes aux Prussiens, et les ont empêchés d'établir leurs ouvrages.
La ligne de Dôle à Montbéliard par Besançon est fort bien gardée par les forces de Besançon. Au demeurant, la situation est bonne, et si les opérations que je vous fais connaître par ce rapport réussissent, elle peut devenir magnifique. Dans le nord, le général Faidherbe pousse son organisation ; il a eu il y a trois jours, à Pont-de-Noyelles, un combat victorieux qui a duré six heures. Le Havre est dégagé complètement, et nous espérons reprendre proniptement Rouen.
J'attends avec impatience que vous soyez refait ; je donne tous les jours des ordres à Bordeaux pour qu'on vous donne pleine satisfaction, parce que je sais bien qu'aussitôt en état, vous saurez bien marcher au point sensible.
Signé : Léon Gambetta.
DÉpéOBE CONFIDENTIELLE.
Guerre à général Chanzj, au Mans. A communiquer à Gambetta, à Lyon.
Bordeaux, 26 décembre, quatre heures quinze minutes. La première armée allemande, moins les trois quarts du 15* corps, est vers Châlons. A Orléans, l'ennemi paraît se concentrer et en même temps envoyer des forces vers Montargis. Il ne paraît pas avoir grand monde le long de la Loire ni en Sologne. On signale un corps de 15 à 20,000 hommes sur Auxerre, qui paraît se diriger vers Montargis. Dans le nord, la position de Faidherbe est excellente. Je m'occupe d'accélérer les souliers et les vêtements. Vous avez dû en recevoir de fortes quantités. Signé : de Freycijnet.
N* 471. Général Chanzy au général Barry, à Chahaignes, par Ecommoy.
Le Mans, 21 décembre 1870.
L'ennemi , après avoir repoussé de Monnaie les troupes du général Pisani, est aux environs de Tours. Les communications télégraphiques et par chemins de fer, directement du Mans à Tours , sont interrompues. Le général Pisani , renforcé par le général de Gurten venant
de Poitiers, a l'ordre de se rabattre du côté du Mans; je l'arrêterai en deçà du Loir qu'il faut défendre. Avec vos troupes et celles dont il s'agit, je formerai une colonne pour repousser l'ennemi de Tours, ou tout au moins pour l'empêcher de descendre sm* la rive droite de la Loire. Faites donc étudier les passages du Loir, de la Chartre au Lude, et les défenses de ces passages.
Avez-vous reçu la poudre pour les ponts, qu'il ne faut détruire qu'à la dei'nière extrémité et dans le cas d'une défense impossible. Envoyez-moi d'urgence la composition exacte et les emplacements de tous les corps, troupes ou détachements sous vos ordres, à Chahaignes, la Chaitre, Ghâteau-du-Loir, Jupilles, etc., et l'indication des corps qui manquent pour la reconstitution complète de la 2* et de la 3» division du 16* corps.
Je veux en un mot vous reconstituer solidement et vous charger de la défense du Loir en vous reliant par le chemin de fer du Mans à Château-du-Loir, et en me ménageant la possibilité d'opérer sur le Loir dès que cela me sera possible. Donnez-moi tous les renseignements que vous avez de l'ennemi dans les directions de Château-Renault et de Montoire. Signé : Ghànzt.
N» 472. Général Chanzy au général Ferri Pisani, à Langeais (par Saumur), et à général de Çurten, à Poitiers.
Le Mans, 21 décembre.
Vous avez reçu l'ordre du ministre de vous réunir et de vous replier sur mon armée. Je fais occuper le Loir, de Château-du-Loir à la Chartre , et défendre les passages jusqu'au Lude. Portez-vous sur Château la Vallière, d'où, réunis, vous pourrez menacer l'ennemi s'il cherche à descendre la Loire. Je vous y ferai renforcer au besoin. L'ennemi ne me paraît pas en force aux environs de Tours. L'opération est possible et de la dernière importance. Votre retraite en deçà du Loir, par le Lude , serait toujours possible ; vous couvririez dans tous les cas la droite de l'armée.
Envoyez-moi la composition exacte des troupes sous vos ordres , infanterie, cavalerie, artillerie, et renseignez-moi promptement et' chaque jour sur les mouvements et la force de l'ennemi sur la rive droite de la Loire, dans les directions de Tours et de Châte«ti Renault. Signé : CHANZjiti|)ni
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N» 478. Général Chanzy au ministre de la guerre, à Bordeaux.
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Le Mans, 21 At<fejga)fT^.^%1%cy, Le général Pisani n'ayant pu tenir à Monnaie, on signalfii l'«nnettii
arrivé à Tours. Je prescris aux généraux Pisani et de Curten, une fois réunis comme vous leur en avez donné l'ordre, de se porter sur Château-la-Vallière, avec ligne de retraite sur le Loir, se reliant avec les forces que j'ai disposées le long du Loir pour couvrir l'aile droite de l'armée, si l'ennemi cherche à prolonger son mouvement au delà de Tours, et me donner la possibilité de l'attaquer si je trouve une bonne occasion. L'armée s'installe dans de bonnes conditions autour du Mans ; je n'ai pas encore pu faire pai tir les francs-tireurs Lipouski, qu'il me tarde de lancer dans la direction de Nogent. On me signale 4 à 5,000 Prussiens à la Ferté-Bernard, paraissant se diriger sur Bonnétable; je prends des mesures pour empêcher ce mouvement. Je suis sans nouvelles des opérations des autres armées et des forces ennemies qu'elles peuvent avoir devant elles. Je suis de plus en plus convaincu qu'un mouvement de la première armée sur Troyes est facile, opportun et nécessaire. Signé : Chanzy.
N* 484, Au général Pisani, Saumur.
Le Mans , 22 décembre 1870.
Ralliez de suite, comme je vous l'ai prescrit, les troupes du général de Curten, et portez-vous sur Château-la-Vallière, ou tout au moins sur le Lude, pour couvrir le Loir. Reliez-vous aux corps que j'ai à Château-du-Loir et à la Chartre, et essayez de tomber sur le flanc droit de l'ennemi s'il s'avançait de Tours sur Saumur ; je crois la chose très-possible. L'ennemi n'est pas nombreux sur la Loire, il ne s'avance que parce que nous nous retirons. Recherchez le colonel Lacombe et employez ses huit escadrons à éclairer le pays jusqu'à Tours. Je regrette que vous ayez quitté prématurément votre position de Langeais. Signé : Chanzy.
N» 507. Le général Chanzy au général Barry , à Chahaignes (par Ecommoy).
Le Mans, 22 décembre 1870.
L'ennemi , après une démonstration sur Tours, n'a pas pénétré dans la ville et se retire sur Château-Renault; il paraît en désarroi et inquiet de mouvements qui appellent son attention ailleurs. Occupez Château-du-Loir, si vous ne l'avez déjà fait, et envoyez une reconnaissance de cavalerie et d'infanterie, commandée par un officier énergique, dans la direction de Beaumont, afin de savoir quels peu* vent être les mouvements de l'ennemi sur la rive gauche du Loir. Je vais organiser une colonne mobile et la diriger sur Château-la-Val-
lière et Tours, dès que je saurai que le mouvement prescrit aux troupes qui sont à Saumur s'exécute. Le moment est opportun ; il ne faut que de la confiance pom* réussir, et je compte sur vous.
Signé : Chanzt.
N» 596. Général Chanzy à général de Curten et à général Cléret, à Neuillé-Pont-Pierre ; à général Barry, à Chahaignes {par Ecommoy), et à t amiral Jauréguiberry, à Pontlieue.
Le Mans, 27 décembre 1870.
D'après les renseig^nements qui me parviennent, l'ennemi est en très-petit nombre à Blois et sur les deux rives de la Loire, de Blois à Tours. Il y aurait encore une force assez considérable à Vendôme; et enfin des partis battraient le pays du Loir à la Loire , en menaçant Montoire, Château-Renault et jusqu'à Monnaie.
Le général de Jouffroy, avec une colonne mobile, a l'ordre de faire une démonstration en avant de Saint-Calais , sur Vendôme. Il reste à protéger d'une façon efficace la ligne ferrée si importante du Mans à Tours. Le général Barry assure cette protection sur la rive droite du Loir. Le général de Curten , afin de se relier avec la 3* division du 16° corps qu'il commande, s'avancera de Château-la-Vallière à Neuillé-Pont-Pierre , poussant ses avant-postes à Neuvy-le-Roi et à Beaumont-la-Ronce.
Le général Cléret, avec les troupes dont il dispose, prendra position à Saint-Antoine du Rocher, avec avant-postes à Cérelles , à Notre- Dame d'Oé , utilisant pour s'éclairer dans la direction de Monnaie et dans celle de Blois les escadrons du colonel Lacombe, qu'il est inutile de conserver à Saint-Paterne. Le général de Curten pourra ainsi tirer ses approvisionnements du Mans , par le chemin de fer, et le général Cléret de Tours, par la même voie.
La mission de tous est donc , je le répète, de couvrir le chemin de fer du Mans à Tours, et les forces dont on dispose suffisent, et au delà, pour assurer cette protection quoi qu'il arrive.
Me tenir exactement renseigné sur les mouvements de l'ennemi et sa force, en contrôlant avec soin toutes les nouvelles.
Signé . Ghahzy.
Corps d'observation de la Chartre.
Chahaignes, le 21 décembre 1870.
Mon général,
Ainsi que je vous l'ai fait connaître, j'ai installé hier matin mon quartier général à Chahaignes, emmenant avec moi de Jupilles la petite
brigade Baille avec une batterie de 4 que j'ai postée sur la gauche du village, en un point (la Montrée) d'oii elle balaye la route de la Chartre au Mans, pour protéger la retraite. L'infanterie est campée dans les prairies boisées au-dessous, regardant le village de l'Homme.
Trois bataillons, avec quatre pièces et un peloton de lanciers, commandés par un colonel , sont postés au pont de Braye.
Le général Paris occupe la Chartre avec quatre bataillons, deux escadrons et demi et dix pièces. Pour compléter et assurer ce systèm;^.^ >eo surveillant de près mon objectif, j'aurais l'intention, si cela n'est pas en dehors de vos vues, d'occuper Château-du-Loir avec les quelques renforts que "m'amène le généi'al Desmaisons et une batterie. Je tiendrai ainsi la route du Mans, avec Jupilles pour point intermédiaire.
Je ne puis guère plus rien tirer de Jupilles, qui forme ma réservé et garde la forêt de Bersay.
Dans l'état des troupes que je commande, je ne puis songer à aucun mouvement offensif. Je m'estimerai fort heureux si je tiens nos positions. Si j'avais des francs-tireurs , je pourrais inquiéter l'ennemi.
Je m'occupe de la réorganisation en ce qui concerne ma division, dont je n'ai ici que 800 hommes du 38«, 800 du 31e, goO hommes de la Mayenne et douze pièces.
Je transmets vos instructions aux autres troupes. J'enverrai le» états de besoins au Mans, parce que, avec les divisions et corps différents qui composent mes troupes, ces besoins ne peuvent être assurés par le 16* corps.
Je crois pouvoir renvoyer au Mans les quatre pièces de 12 que j'ai à la Chartre.
On m'annonce que les Prussiens travaillent au rétablissement du pont de Lavardin, et que, d'un autre côté, ils se montrent vers Château-Renault.
J'ai trouvé, dans le pays boisé que j'occupe ici, beaucoup d'empressement et de générosité de la part des maires et des populations ; il n'en a pas été de même à Montoire et à la Chartre, où les autorités »e sont montrées plus que tièdes vis-à-vis de nous. ,'
Les communications télégraphiques de Chahaignes au Mans me fiembleraient plus faciles par Château-du-Loir.
Quelques cartes du pays me seraient indispensables.
Le général : Bàrrt.
Chahaignes, 23 décembre 1870.
Mon général, Conformément à vos ordres, j'ai fait reconnaître tous les ponts et
gués entre la Chartre et le Lude, et je vous en adresse ci-joint la nomenclature :
Tous les ponts et gués sont observés et gardés par des postes permanents du 31% que j'ai installé aujourd'hui à Château-du-Loir, avec une batterie de six pièces en position sur l'emplacement ménagé à cet effet et admirablement choisi ; il serait à désirer que la défense de la Chartre fût aussi forte. Je ne détruis plus aucun pont. Il me faudrait, pour la surveillance dont je suis chargé, un autre régiment de cavalerie, huèsards. Je n'ai pas encore reçu mes mitrailleuses. Mes renseignements sur l'ennemi , reçus de divers côtés , s'accordent à représenter le duc de Mecklembourg se portant rapidement sur Chartres : soixante mille hommes, une grosse cavalerie et cent pièces pour se porter vers Paris, à la suite des événements encore inconnus pour nous du 21 décembre. Autour de moi, toujours des uhians et des réquisitions ; rien de bien sérieux. On me croit beaucoup plus fort que je ne suis , même dans le pays. Mes francs-tireurs annoncés ne sont pas venus ; ils me font grand'faute : ils purgeraient mon voisinage de ces incursions insolentes. Le général : Barrt.
N* 477 bis. Général Chanzy au général Jaurès, à Sargé.
Le Mans, 21 décembre 1870.
On me signale quatre à cinq mille Prussiens, infanterie, cavalerie et artillerie, qui seraient arrivés aujourd'hui à midi à la Ferté-Bernard. D'autres détachements seraient passés au Theil, descendant la route de Bonneval. Toutes ces troupjcs semblent venir de l'Est ; il importe de ne pas les laisser devant vous atteindre la Sarthe pour s'emparer des ponts qui leur donneraient accès sur la rive di-oite. Organisez donc vos colonnes mobiles, ainsi que vous me l'avez proposé, et lancez-les à la poursuite de ces détachements.
Les francs-tireurs Lipouski, que je dirige sur la Ferté et Nogent, ne peuvent quitter le'Mans que demain. Continuez demain l'installation de vos corps et vos travaux de défense, en vous éclairant le plu» loin possible, entre la Sarthe et l'Huisne. Signé : Chanzy.
N" 505. Au général Jaurès, à Sargé.
Le Mans , 22 «lécembre 1810.
Les renseignements qui m'anivent ce soir de difFérents côtes me donnent l'assurance qu'un coup de main, ou tout au moins une poursuite fi'uctueuse, peut être tenté sur la Ferté-Bernard et Nogent. Organisez de suite, sous le commandement du général Rousseau, une colonne mobile de deux mille hommes d'infanterie, choisis dans toute sa division, qui restera en position; pourvoyez-la de trois jours de vivres et d'une réserve de cartouches ; tenez-la prête à partir demain vers onze heures. Je demande à la gare si on peut m'assurer son transport d'Yvré-l'Évêque à la Ferté-Bernard. Vous donnerez en même temps l'ordre au colonel Villain de partir de Connerré, avec deux bataillons de ses troupes, pour Sceaux, oîiil attendra le général Rousseau. Comme il serait trop long de mettre en chemin de fer de l'artillerie, faites partir, demain de bonne heure, une batterie de 4 et deux mitrailleuses bien attelées, sous l'escorte de deux escadrons, pour rejoindre à Sceaux le colonel Villain. Sa colonne , réunie au général Rousseau, se portera sur la Ferté-Bernard, et de là sur le Theil, pour pousser sur Nogent et se rabattre sur Authon ou à gauche sur Bellesme, selon les renseignements qu'il aura de l'ennemi et les chances qui se présenteront à lui. Je compte sur les dispositions que vous prendrez et sur l'énergie du général Rousseau pour un bon résultat. Sa retraite, s'il se heurtait à des forces trop considérables, pourrait toujours se faire le long de l'Huisne ou par Bonnétable, et, tenu au courant de son mouvement, vous le feriez soutenir sur la direction qu'il vous indiquerait.
Ne choisissez que des troupes solides. Tout dépend de la rapidité du mouvement. J'enverrai demain de la cavalerie sur Vibraye. Je veux également essayer une démonstration dans la direction de Tours, où l'ennemi n'a osé pénétrer. Si le transpoi't en chemin de fer n'était pas possible, le général Rousseau irait coucher le plus loin qu'il pourrait, et vous combineriez ses mouvements et ceux du colonel Villain en conséquence.
Les francs-tireurs du colonel Lipouski partent également pour la Ferté-Bernard et Nogent. Si le général Rousseau les rejoint, il les! prendra sous son commandement et les fera concourir à son opération. Une fois la voie libre sur la Ferté-Bernard çt Nogent, il sera toujours possible de ravitailler le général Rousseau, ce qui le dispense d'un convoi et rend son mouvement plus facile et plus rapide. Ren-
dez-moi compte des dispositions que vous prenez pour l'exécution de cet ordre. Signé : Ghakzy.
N» 506. Général Chanzy au général commandant à Alençon.
Le Mans, 22 décembre 1870.
Je crois l'ennemi en désarroi du côté de Nogent. J'envoie demain une colonne mobile pour le poursuivre dans cette direction et battre le pays sur les deux rives de l'Huisne.
Je compte sur les deux bataillons de l'Orne dont vous m'annoncez l'envoi à Mamers. Du côté de la Loire, l'ennemi, qui n'a osé entrer à Tours, semble rétrograder sur Cbâteau-Renault. Ces renseignements sont pour vous seul. Signé : Guanzt.
N» 609. Général Chanzy à général de Jouffroy , àMontoiret par Château- du- Loir.
Le Mans, 28 décembre 1870.
Je vous félicite sur le résultat que vous avez obtenu hier. Continuez à poursuivre l'ennemi, soit sur Vendôme, soit sur Château- Renault, selon les renseignements que vous aurez et les chances qui se présenteront. En marchant sur Château-Renault vous aurez toujours, au besoin , votre ligne de retraite sur Neuvy-le-Roy, occupé par le général de Gurten, ou sur la Chartre, occupée par le général Barry. Si vous marchez sur Vendôme, vous avez pour retraite la route que vous avez suivie et celle de Saint-Calais. Les généraux Barry et Michel, avec lesquels vous devez vous tenir en communication, ont l'ordre de vous appuyer si vous le leur demandez, et dans la direction que vous leur indiquerez. Je ne puis d'ici prescrire des dispositions pour vous soutenir, ne sachant à quelles forces vous avez affaire, la route que vous allez suivre et la ligne de retraite que vous adopteriez. Je renouvelle mes ordres aux généraux Barry et Michel, et je préviens le général de Curten, Ne perdez pas de vue qu'il est très-impoi'tant que l'ennemi, signalé de nouveau à Château- Renault et à Amboise, mais en petit nombre, ne puisse plus arriver ici à Tours, ni sur le chemin de fer de cette ville au Mans.
Signé : Chanzt.
N" 611. Général Chanzy à général Barry, à Chahaignes.
Le Mans , 28 décembre 1870.
Le général de JoufFroy a fait un bon coup de main hier en repoussant l'ennemi de Montoire sur Château-Renault ; il importe de pour-
suivTC ce succès. Donnez-lui donc imme'diatement l'appui qu'il vous demanderait. Si vos l'outes le long du Loir sont coupées, il vous est toujours possible, en vous entendant avec lui, de l'appuyer par Bessé et la route qu'il a suivie, s'il opère sur la rive droite du Loir ; ou en passant cette rivière à la Chartre, s'il se porte sur la rive gauche. Dans le cas d'un mouvement, vous ne partiriez qu'avec ce qu'il y a de plus valide et de plus solide dans vos troupes, en laissant sur vos positions ce qui est nécessaire pour les garder et en n'emmenant de voitures que ce qui est indispensable. Ne réparez pas les routes coupées qui aident toujours à la défense de nos positions en deçà du Loir. Je ne vois aucune utilité à occuper le Grand-Lucé; les troupes qui y sont peuvent vous remplacer celles que vous emmènerez. Le ministre m'autorise à disposer du général Peytavin. Donnez-lui l'ordre de venir ici, je lui donnerai une division au 17" ou 21* corps. Ne perdez pas un moment pour appuyer de JoufFroy, s'il le demande.
Signé : Chanzt.
N» 613. Général Chanzy à général de Curten, Neuillé-Pont-Pierre .
Le Mans , 28 décembre 1870.
' Le général de Jouflroy a battu l'ennemi hier à Montoire, lui a fait cent prisonniers, enlevé des bagages, et l'a poursuivi dans la direction de Château-Renault. Je lui prescris de continuer soit sur Vendôme, soit sur Château-Renault, selon les indications qu'il recueillera. Il sait que vous occupez Neuillé-Pont-Pierre, Beaumont-la-Ronce etNeuvyle-Roy; soutenez-le dans la direction qu'il indiquera, s'il vous le demande, sans autre ordre de moi. On signale des partis ennemis aux environs de Monnaie et sur Amboise. N'oubliez pas que vous couvrez toute la ligne du chemin de fer du Loir à la Loire. N'hésitez pas à courir sus aux partis de l'ennemi qu'on vous signalerait; vous disposez de forces supérieures aux siennes. Il n'est pas de cas où il puisse tromper votre surveillance ou forcer votre ligne. Donnez-moi l'indication exacte des positions que vous occupez et celles du général Cléret, provisoirement sous vos ordres. Signé : Chanzt.
K» 617. Général Chanzy à ministre de la guerre. Lyon-Bordeaux .
Le Mans, 28 décembre 1870.
Le général de JoufFroy, parti hier de Bessé avec colonne mobile pour surprendre l'ennemi à Montoire, a eu un engagement assez vif
entre Fontaine, Saint-Quentin et Montoire. L'ennemi a opéré sa retraite dans la direction de Château-Renault.
Poursuivi jusqu'à cinq kilomètres au delà de Montoire, il a laissé entre nos mains une centaine de prisonniers, des caissons, des équipages, ses ambulances, deux officiers tués et plusieurs blessés. Le général de JoufFroy a l'ordre de continuer soit sur Vendôme, soit sur Château-Renault, suivant les indications qu'il recueillera. Je le fais appuyer. Dans la vallée de l'Huisne, la situation est la même, le général Rousseau est resté à la Ferté-Bernard et surveille le Perche. Le colonel Lipouski est à Nogent, Cathelineau à Vibraye. Le général Jaurès fait . observer la direction de Mamers par une colonne mobile placée à Ballon. Le mouvement de l'ennemi sur Chartres et au delà se continue. Dans les lettres prises sur le courrier prussien à la Loupe, on trouve la confirmation de ce mouvement.
Un officier écrit de Châteauneuf qu'ils attendent des vêtements et se préparent à une revue du Roi, qui semble réellement avoir quitté Versailles. Siyné : Chanzy.
N« 681. Général Chanzy à général Barry, à Château-du-Loir,
Le Mans, 30 décembre 1870.
D'après nouvelles du général de JoufFroy, hier à trois heures, il se concentrait à Fortan , Lunay et Mazangé , pour reprendre aujourd'hui son opération sur Vendôme. La 1" brigade envoyée vers lui n'avait pas de vivres, cela est des plus regrettables ; c'est à vous à en assurer à toutes les troupes de votre division, quelles que soient les positions qu'elles occupent. Le général Michel a reçu ses instructions et s'y conforme. Votre rôle est de soutenir le général de JoufFroy de la façon la plus efficace , tout en maintenant vos positions du Loir, qui ne se trouvent du reste aucunement menacées actuellement , puisque l'ennemi est au delà des Roches et de Château-Renault. J'ai pi-escrit aux généraux de Curten et Cléret de faire aujourd'hui de fortes démonsti-ations en avant de leurs positions. Nous ne pouvons être tenus en échec par des forces bien certainement inférieures aux nôtres ; il faut de l'initiative et de la vigueur; vous êtes sur les lieux, appréciez et agissez. Signé : Chanzy.
Lettre du général de Jouffroy au général en chef.
Lunay, 30 décembre 1870.
Mon général,
Ainsi que je vous en ai rendu compte, hier, j'ai arrêté dans l'aprèsmidi mon mouvement sur Vendôme. Mes troupes, principalement
celles envoyées par le général Barry, étaient fatiguées, les vivres n'étaient pas sutFisamment assurés au delà d'un jour, enfin, et surtout, je n'étais pas assez appuyé en raison des difficultés qui m'atten-, dent.
J'ai feit occuper Azay par un bateillon de mobiles ; ce bataillon y est entré sans coup férir à neuf heures du soir. Une reconnaissance ennemie de mille à douze cents hommes, avec six pièces d'artillerie, y était passée le matin vers onze heures , allant dans la direction d'Épuisay.
Je fais occuper ce matin Epuisay par le 36* de marche ; le lieutenant-colonel Marty, qui commande ce régiment, a avec lui quatre pièces de 4 et deux mitrailleuses. Il a pour mission d'occuper fortement et de défendre Épuisay, si besoin est.
Le lieutenant-colonel Baille, avec le 38* de marche, le 66» mobiles et six pièces de 4, arrivera ce matin à Fortan.
Les éclaireurs algériens seront aujourd'hui à Montoire; les fi'ancstireurs à Bessé et Lavenay ; le 3* cuirassiers et le 3* hussards de marche àBessé et Lavenay également; le 2^ chasseurs de marche, à la Chartre.
Le 46« de marche est à Mazangé ; le 70' mobiles à Lunay ; le 45* de marche aux Roches et à la Barre ;' le 1"' bataillon de chasseurs est à la Mazières ; une compagnie, détachée de Mazangé, occupe le gué du Loir.
J'ordonne au colonel Thierry de se transporter aujourd'hui même de Bessé à Savigny ; je donne le même ordre au régiment de cavalerie qui doit arriver à Bessé aujourd'hui. \
Mes renseignements me font craindre une concentration à Vendôme.
Toutefois, et bien que je prenne toutes les mesures de prudence nécessaires, je ne crois pas que cette concentration s'élève à quinze mille hommes, comme on me l'a rapporté.
Avec les ressources de mon convoi, que je vais épuiser complètement, je donne aujourd'hui à toutes les troupes répandues d'Épuisay aux Roches, des vivres jusqu'au 2 inclus. Il est donc urgent que je sois immédiatement suivi de vivres et de munitions.
J'espère demain pouvoir vous annoncer, dans la soirée, l'occupation de Vendôme. Toutefois, quelle que soit la résistance que nous ayons à surmonter, je ne considère Vendôme que comme une étape. Si la fortune me favorise, si les troupes répondent aux espérances que je fonde sur elles, malgré la fatigue qui leur a été imposée, malgré une Igrande insuffisance dans les cadres, je profiterai de toutes les circonstances qui se présenteront pour chasser l'ennemi et le couper de se s lignes de retraite.
Dans cette hypothèse, permettez-moi de vous exprimer la pensée
qu'il faut que toutes les troupes dont vous pouvez disposer se pre'parent à suivre et à seconder le mouvement hardi pour lequel je ne constitue qu'une avant-garde.
Te vous prie d'agréer, mon général, etc.
Le général commandant la 3« division,
Signé : de Jouffrot.
N" 721. Général Chanzy aux généraux de Curten et Clérety à Neuillé-P ont-Pierre.
Le Mans, 31 décembre 1810.
Marchez ce matin sur Saint-Amand pendant que le général de Jouffroy attaque Vendôme, afin de couper la retraite de l'ennemi, ou tout au moins de l'inquiéter. Attaquez les avant-postes ou les partis que vous pouiTcz trouver. Partez à la légère, laissant dans vos cantonnements ce qu'il faut pour les garder, les malades, etc., ne perdez pas un moment. * Signé : Chanzt.
N' 737. Général Chanzy à général Barry. Château-du-Loîr.
Le Mans, 1" janvier 18TI.
Le général de JoufFroy, après avoir attaqué l'ennemi, auquel il a fait deux cents prisonniers, occupe les positions en avant de Vendôme sur la rive droite ; il est donc de la dernière importance que les secours que vous avez dirigés de son côté lui arrivent promptement. Je regrette que vous ne les ayez pas fait démarrer plus vite.
Le colonel de Curten reçoit l'ordre de prononcer son mouvement sur Saint-Amand. Avec de l'initiative de part et d'autre, il y a évidemment des succès à obtenir. Veillez aux réapprovisionnements en vivres des troupes en avant dans votre direction.
Signé : Chanzy.
N" 755. Général Chanzy à général Barry, à Château-du-Loir.
Le Mans, l" janvier 1871.
Le général de Jouffroy m'annonce que, trouvant l'ennemi renforcé, avec une artillerie nombreuse sur la rive gauche du Loir, il reste sur son succès d'hier et se retire par les directions qu'il a suivies ; il vous est donc possible de communiquer avec lui et de vous entendre sur l'aide que vous pouvez lui prêter.
Je ne puis d'ici apprécier et vous dicter ce que vous avez à faire; il
y a assez de monde de vos côtés pour parer à toute éventualité. Je désire savoir ce que fait la colonne Jobé; vos renseignements sur Danzé sont inexacts. Faites fouiller le bois de Bersay; il est inadmissible que rennenû ait des coureurs en arrière de vous.
Signé : Ghanzt.
W 951. A général de Curten, Château-Renault.
Le Mans, 4 janvier 1871.
Le général Jouffroy est à Lassay, occupant la rive droite du Loir, par Mazangé, le Rocher, Montoire et Troo. Le succès du colonel Lacombe est très-bon. Continuez à harceler l'ennemi dans les directions de Vendôme et Blois, telle est votre mission. L'amiral vous aura donné ses instructions pour la reconstitution de votre division. Je ne puis vous donner les troupes que vous me demandez, elles ont leur place ailleurs. Vous remplacez le général Maurandy dans son commandement, qui était défini. Signé : Chanzy.
N» 801. Général Chanzy à ministre guerre, Bordeaux.
Le Mans, 2 janvier 1871.
L'ennemi ayant fait venir des renforts d'infanterie et d'artillerie de Blois dans la nuit du 31 au 1", a pu armer fortement les hauteurs qui dominent Vendôme sur la rive gauche.
Le général de Jouffroy attend, sur ses positions delà rive droite, l'effet que produiront les démonstrations en avant de Château-Renault. Les troupes du général de Curten ont repoussé les avant-postes prussiens à Longpré et à Saint-Amand, en leur faisant subir des pertes.
Les éclaireurs algériens du lieutenant-colonel Goursault ont eu un brillant engagement en avant de Lavardin, ont fait quelques prisonniers et tué du monde à l'ennemi. Ils ont eu de leur côté 10 chevaux tués ou blessés, 1 homme tué et 6 blessés, dont un officier. Il est trèsimportant pour moi d'être fixé sur les forces et les intentions de l'ennemi, entre le Loir et la Loire, pour mes opérations ultérieures.
Le 31, une forte reconnaissance de la colonne Rousseau sur la Bazoche-Gouet a poursuivi l'ennemi jusqu'à Courtalin, lui tuant soixantecinq hommes. Nos éclaireurs à Saint-Galais , et Cathelineau dans la forêt de Vibraye, font une chasse active aux coureurs ennemis qui battent le Perche.
Le général Rousseau doit ^re une démonstration sur Bretoncelles.
Signé : Ghanzt.
N» 805. Géîiéral Chanzy au capitaine Bernard, à Saint-Calaîs.
Le Mans, 2 janvier 1871.
Faites parvenir cette dépêche au colonel Cathelineau : « Reçu vos ren seign ements très-intéressants .
Je compte toujours sur votre éclaireur.
Votre mission, jusqu'à nouvel ordre, est de tenir la forêt de Vibraye et de Montmirail, et de surveiller le Perche en avant de vous.
Je vous laisse le soin d'apprécier si, pour remplir ce but, vous pouvez modifier vos cantoimemcnts. Le général Rousseau a l'ordre de faire une démonstration au delà de Nogent; il est bon que vous vous entendiez avec lui pour lui prêter tout le concours que vous pourrez lui donner.
Si pour cela vous aviez à dégarnir votre droite, je pourrais envoyer quelques corps francs à Montdoubleau et dans le haut de la Braye; faites -moi parvenir vos renseignements par le télégraphe de Saint- Calais et le capitaine Bernard. » Si(jnd : Cuanzy.
]N" 813. Général Chanzy à capitaine Bernard, à Saint-Calais, pour le général de Jouffroy,
Le Mans, 2janvier 1871.
Général de Curten m'écrit qu'il croit Blois évacué, qu'il s'est entendu avec vous pour faire une démonstration au delà de Saint-Amand. Vous me faites savoir que de votre côté tout va bien, que vous êtes satisfait, et que si vous étiez libi-e vous feriez plus ; vous avez toujours eu pleine liberté, ne craignez donc point d'agir, et si vous avez une bonne chance, profitez-en.
Signé : Chanzy.
N» 827. Le général Chanzy au capitaine Bernard, pour le général de Jouffroy.
Le Mans, 2 janvier 1871.
L'ennemi a envoyé, de Blois, des renforts sur Vendôme en prévision de votre attaque, mais je doute qu'il y reste concentré. Surveillez ses mouvements et tâchez de savoir quelle est sa force. Mon but est que vous le harceliez pour dégager le pays entre le Loir et la Loire , en vue d'opérations ultérieures. Avec ce que vous a envoyé le général Barry, vous avez assez d'artillerie pour opérer dans un pays où l'ennemi, pas plus que vous, ne peut en déployer beaucoup. Expliquezmoi ce qui s'est passé pour le colonel Thierry, à Danzé et à Azay.
Signé : Cuanzy.
N" 829. Général Chanzy au ministre de la guerre, Bordeaux.
Le Mans, 2 janvier 1871.
L'ennemi a en vain essayé des attaques contre les avant-postes du général de Jouffi'oy, que je maintiens sur ses positions de la rive gauche du Loir. Une reconnaissance de cavalerie s'est avancée jusqu'à 6 kilomèti'es de Vendôme, et a ramené treize piisonniers dont un officier.
J'envoie une batterie de 4 au généi-al de Curten , puisqu'il croit en avoir besoin, et je compte, pour la remplacer, sur celle que vous m'annoncez comme devant arriver le 4, venant de Nantes.
Sifjné : CiiANZY.
N" 905. Général Chanzy au capitaine Bernard, à Saint-Calais.
Le Mans, 4 janvier 1871.
Envoyez ma dépêche d*hier au soir au général deJoufii'oy. Dites-lui de me faire savoir s'il a reçu les munitions et comment il se fait qu'il ait besoin de 300,000 cartouches. Je répète au généj-al de Jouffioy que la mission que je lui ai confiée ne doit point entraîner un mouvement général de l'armée dans la direction où il opère. Il avait à déloger l'ennemi de Vendôme, si cela lui avait été possible, et, dans ce cas, à le repousser de Blois; il aurait fallu combiner, pour cela, plus exactement ses mouvements sur la rive di'oite du Loir avec ceux du général de Curten sur la rive gauche. Ce dernier fait journellement des reconnaissances en avant de Saint- Amand, qu'il occupe, et jusqu'auprès de Vendôme. Il se plaint de n'avoir aucun renseignement du général de Jouflroy, malgré les courriers qu'il lui a envoyés. Où est de sa personne le général de Jouffi-oy? Signé : Chanzy.
N» 949. Général Chanzy à capitaine Bernard, à Saint- Calais y pour générai de Jouffroy, à Lunay.
Le Mans, 4 janvier 1871.
Le général de Curten me télégraphie aujourd'hui, à quatre heures, de vous avertir de ce qui se passe de son côté , parce qu'il ne sait où vous trouver. D'après des renseignements qui lui paraissent certains, les Prussiens de Blois seraient sortis précipitamment de cette ville, ce matin de bonne heure, au nombre de 15,000 environ, avec artillerie. Ils paraissent s'inquiéter de ce qui se passe sur la rive gauche de la Loire , et semblent se disposer à évacuer Blois. Il se peut cependant que leur mouvement soit sur Vendôme. Le général de Curten, dont la mission est de couvrir le chemin de fer du Mans à Tours entre le
Loir et la Loire, ainsi que je vous l'ai fait connaître dès le début de vos opérations, harcèle l'ennemi d'une façon incessante en poussant ses reconnaissances au delà de Saint-Amand et très-près de Vendôme; il a surpris ce matin un poste ennemi à Lancé, a fait quinze prisonniers dont un officier, mis une dizaine d'hommes hors de combat, et enlevé fom-rages et bestiaux réquisitionnés. De votre côté, harcelez l'ennemi sur la rive droite du Loir, tout en profitant de votre répit sur les positions d'où vous l'observez, pour organiser et outiller votre division, sans attendre votre retour au Mans, où il se peut que vous ne reveniez pas avant de rejoindre votre corps d'armée poiu" les opérations que je combine. Il serait ti'ès-bon que vous pussiez, par votre attitude et des coups de main, amener l'ennemi à évacuer Vendôme, ainsi que vous paraissez l'espérer; mais, je le répète, vos mouvements ne doivent pas engager des opérations en dehors de celles qu'il est utile d'entreprendre et que je puis seul déterminer. Soyez sûr que vos propositions sont chaudement appuyées par moi, et que je serai heureux de les voir réussir, pour vous prouver, à vous et à vos troupes, toute ma satisfactioti. ' Signé : Chanzy.
NOTE 11 bis.
Extrait des documents officiels allemands. (La Guerre de 1870-71).
« Le 6 , les divisions désignées pour opérer contre l'armée du gé- » néral Chanzy marchèrent à sa rencontre par. Vendôme et se heur- » tèrent, près de cette localité, à deux corps d'armée ennemis en » marche. L'ennemi fut, après un violent combat, rejeté au delà M d'Azay, et cette position enlevée par nos troupes. Nos pertes sont » sérieuses. » Signé : de Podbielski. »
» Versailles, 7 janvier, nuit.
Tel fut le télégramme qui annonça à l'Allemagne un avantage chèrement acheté par les Prussiens. Il contient, en effet, l'aveu de « pertes sérieuses » , pertes dont nos renseignements nous ont permis de connaître toute l'importance. Nous savons, de source certaine, qu'à Azay, où le prince Frédéric-Charles commandait en personne, deux généraux et un colonel ont été tués , deux officiers supérieurs ont été grièvement blessés; et, de l'aveu même des officiers prussiens, nous avons lieu de croire à l'exactitude des résultats suivants: 43 officiers et environ 1000 à 1200 hommes mis hors de combat dans cette journée. Nos pertes ont été incomparablement inférieures à celles de l'ennemi.
Notre intention n'est pas de raconter cette journée du 6 janvier, mais seulement d'indiquer ce qui s'est passé sous nos yeux à Azay,
pendant un combat qui a dure depuis les dix heures et demie du matin jusqu'à cinq heures et demie du soir, et auquel la nuit seule, a mis fin
La 2® brigade (colonel Thiéry) se composait de fractions de différents régiments réunies sous ses ordres depuis la retraite d'Orléans (16" de ligne, 33" de marche, trois compagnies de discipline, 32® mobiles, 4" bataillon des Bouches-du-Rhône, puis du 66'' mobiles (Mayenne), et d'un bataillon du 74« mobiles (Lot-et-Garonne) ; enfin elle n'avait que trois pièces d'artillerie. Dès le 5 au soir, le 74® alla occuper le village d'Espereuse et le 66" la forêt de Vendôme du côté de la ville. Ces deux régiments n'eurent à soutenir, le lendemain, qu'un engagement de peu d'importance. Le reste de la brigade, c'est-à-dire en tout 2,000 hommes d'infanterie et trois pièces de canon dont les caissons étaient presque épuisés par les combats des jours précédents , avait pris position vers le village d'Azay, pour défendre la l'oute de Vendôme à Saint-Calais par Epuisay.
Les forces prussiennes, sur ce même point d'Azay, étaient environ de 10 à 12,000 hommes appuyés par une nombreuse artillerie. Le prince Frédéric-Charles était sur le lieu du combat.
Azay est un petit village situé au fond d'une vallée large de cinq à six cents mètres et arrosée par un petit ruisseau, le Boulon.
La route de Vendôme à Epuisay traverse cette vallée sans passer par le village, mais seulement par un groupe de maisons qui s'appelle la Galette. Ce hameau est environ à un kilomètre sur la droite d'Azay, rive droite du Boulon.
Le 6 janvier, vers neuf heures et demie du matin, nous entendîmes le canon et la fusillade sur notre droite, vers le Gué-du-Loir, où était la l""" brigade. Nos reconnaissances ne tardèrent pas à nous appi'endre que l'ennemi s'avançait en force sur nous par la route de Vendôme. Les dispositions de défense avaient été prises en prévision d'une attaque venant de ce côté: le plateau qui domine la vallée du côté de Vendôme était garni de tirailleurs; un autre bataillon fut placé dans la forêt de Vendôme avec mission de se jeter dans le flanc droit de l'ennemi, lorsque celui-ci aurait repoussé nos tirailleurs; le village d'Azay fut occupé par deux compagnies ; les compagnies de discipline (300 hommes) furent établies à la Galette et sur les hauteurs situées en arrière, afin de défendre la route et le passage du pont; enfin le reste des troupes occupa les pentes ainsi que le plateau de la rive droite. L'artillerie, placée de manière à pouvoir enfiler la route, reçut l'ordre de ne pas répondre à l'artillerie ennemie, mais de réserver ses faibles approvisionnements pour agir contre les colonnes ou les groupes d'infanterie.
Le combat s'engagea sérieusement vers les dix heures et demie du
matin; il ne devait cesser qu'après la nuit venue. I,a lutte a ete vive de part et d'autre. Nos tirailleurs, repoussés du plateau de la rive gauche, ne cédèrent le terrain que pied à pied. Attaqué à l'improviste sur son flanc droit, l'ennemi ralentit son mouvement et se montra lon{;temps hésitant. Il essaya en vain de s'avancer par la route que défendaient les trois cents hommes des compafjnies de discipline; ceux-ci lui firent subir des pertes considérables. L'artillerie, qui ne tirait qu'à de longs intervalles et changeait de place fréquemment , employa avec beaucoup d'à-propos et de succès ses obus à balles.
Cependant l'ennemi traversa la vallée et enleva le village d'Azay, qui avait été assez résolument défendu; il gravit les pentes opposées que son artillerie couvrait de projectiles. Néanmoins nous ne cédions le terrain que lentement et de position en position.
Déjà l'ennemi avait franchi la cicte et arrivait sur le plateau ; on se fusillait d'un côté à l'autre d'une haie, d'une levée de terre ou d'une ferme. C'est alors que le colonel Thiéry parvint à faire exécuter un retour offensif que favorisa puissamment son artillerie tirant à mitraille.
L'ennemi recula à son tour, et des colonnes traversant la vallée remontèrent les pentes opposées.
Dans ce mouvement de recul précipité de l'ennemi, les compagnies de discipline, qui n'avaient pas quitté leurs positions de la Galette, se virent entourées et obligées de faire feu de tous côtés; elles firent preuve d'une contenance et d'une solidité admirables et firent éprouver à l'ennemi des pertes énormes, surtout au moment où les uns fuyaient et où d'autres s'avançaient à leur secours.
Mais l'artillerie ennemie, au nombre de douze pièces, sans cesse en batterie, réduisit bientôt la nôtre au silence et ne nous permit pas d'essayer de poursuivre notre avantage momentané. Nous fûmes même obligés de reprendre nos positions en arrière de la crête.
Vers les cinq heures et demie du soir le feu cessa des deux côtés, chacun gardant ses positions et les postes avancés étant à cent mètres les uns des autres. Telle était la situation, lorsqu'à huit heures et demie nous reçûmes l'ordre de battre en retraite sur Fortan , où nous arrivâmes à onze heures.
Le 7, la brigade du colonel Thiéry partit de Fortan avant le jour, arriva à Sargé (sur la Braye) vers les dix heures du matin, et delà, vers les trois heures du soir, continua sa retraite sur Saint-Calais après avoir livré un sérieux combat d'arrière-garde à la faveur duquel la brigade put franchir la Braye sur le seul pont qui existât , sans rien laisser aux mains de l'ennemi.
Ajoutons, pour terminer, que déjà le 1*' janvier la 2^ brigade
avait eu un engagement avec les Prussiens à Azay; et qu'après la journée du 6, les officiers prussiens se refusaient à croire qu'ils n'avaient eu contre eux , ce jour-là, que 2,000 hommes. Ils mettaient principalement en doute le petit nombre des défenseurs de la Galette (300 disciplinaires). Le colonel du 5" régiment provisoire.
Signé : Thiért.
Paris, le 18 juillet 1811.
N» 1055. Général Chanzy à c)énéraldeJouffroy,parSaint-Calais.
Le Mans, 6 janvier 1871.
Si vous êtes réellement pressé par des forces supérieures, je ne m'explique pas votre retraite sur Epinay : c'était derrière la Brayc, votre droite au Loir pour couvrir la Chartre et les autres positions encore occupées, que vous aviez à vous placer, ayant ainsi votre ligne de retraite assurée sur le Mans. J'ai tout lieu de croire que le général de Curten a été lui-même fortement engagé aujourd'hui. Je vous avais recommandé de vous mettre avec lui en communication incessante. Il semble s'attendre à une attaque pour demain et mfe demande beaucoup de munitions. Je le préviens que vous avez quitté vos positions sur le Loir. Si l'ennemi cherche à descendre le Loir, il est de toute nécessité que vous vous opposiez à son mouvement , qui le porterait rapidement sur la ligne ferrée de Tours.
Le général de Curten m'apprend à l'instant que les choses de son côté ont été vigoureusement menées, qu'il a repoussé l'ennemi, qu'il est maître de ses positions. Il occupe actuellement Saint-Amand.
Signé : Chanzy.
N" 1083. Général Chanzy àgénéral de Jouffroy , par Saint-Calais.
Le Mans, 7 janvier 1871.
Votre mission n'a jamais eu qu'un but, celui «le reprendre à l'ennemi les passages du Loir et Vendôme, si cela était possible; de menacer, de ces positions, l'ennemi qui paraissait vouloir marcher sur Tours, de protéger avec les troupfs de Curten, au sud-, le chemin de fer si important pour nous du Mans à Tours, et d'arriver peutêtre , par quelque bon succès , à refouler vers le haut de la vallée de la Loire les forces prussiennes, qui ne manqueront pas d'être un embarras pour nous quand nous nous porterons en avant dans une direction qu'il ne m'est pas possible de vous faire connaître.
Voyez ce que vous pouvez faire de tout cela , d'après les forces que
vous avez devant vous. Si elles sont une menace sérieuse pour l'une de vos colonnes sur les rives du Loir, la seule chose à faire est de vous entendre avec les généraux Bairy et de Curten, de combiner vos mouvements et de vous soutenir mutuellement au besoin. Avec plus d'homogénéité, les mouvements exécuté^ depuis dix jours auraient eu bien certainement des résultats plus appi'éciables.
Signé: Chanzy.
N" 1145. Général Chanzy à général Barr y ^ Cliâteau-du-Loir.
Le Mans, 8 janvier 1871.
Je ne serais pas fâché d'acquérir la certitude que le prince Frédéric-Charles est devant nous, car on me le dit à Maintcnon. Tâchez donc de le savoir d'une façon exacte. Ecrivez de suite au général de JoufFroy de vous renvoyer les renforts que vous lui avez prêtés, en lui envoyant copie de cette dépêche. L'amiral va vous arriver et prendre le commandement des troupes sur les deux rives du Loir. Vos hommes, de fait, doivent être moins fatigués que les Prussiens. Les positions sont toutes à notre avantage ; nos forces de ce côté sont nombreuses. Je ne mets donc pas en doute qu'une résistance vigoureuse ait du succès. Signé : Cuanzy.
N°1159. A tamiral Jauréguiberry.
Le Mans, 8 janvier.
Donnez-moi aussi des nouvelles du général de JoufFroy dont je n'entends plus parler. Il est de toute nécessité de reprendre les passages du Loir. Faites-bien comprendre à tous qu'il n'est aucun cas où l'on doive quitter des positions sans avoir essayé de les défendre. C'est cette fatale façon d'agir qui fait que l'ennemi marche impunément. Vous avez le commandement de toutes les forces sur les deux rives du Loir, agissez donc pour le mieux, et avec vous ce sera bien.
Signé : Chanzy.
N" 1165. Général Chanzy à ministre guerre, à Bordeaux.
Le Mans , 8 janvier.
L'ennemi a continué aujourd'hui ses attaques sur l'Huisne et sur le Loir. Il agit avec des forces considérables, les unes tirées de Chartres et de la direction de Paris, les autres de la vallée de la Loire. Au nord, le général Rousseau a dû se replier sur Gonnerré; j'envoie là le
général Jaurès et une partie du 21* corps. Sur le Loir, quelques positions ont été également abandonnées sans assez de résistance. L'amiral Jauréguiberry, parti pour Châtean-du-Loir, en va prendre le commandement. Je fais occuper la route de Saint-Galais par une division du 17* corps. On m'annonce que dans l'Orne les mobilisés se sont retirés de Bellesme et de Mortagne devant quelques Prussiens , sans essayer de résister.
J'ai donné l'ordre au général Malherbe de faire reprendre ces points et de faire des exemples sur les chefs de ces troupes.
Signé : Chaszy.