‹ La deuxième armée de la LoireChapitre 282 sur 302 · NOT-E · texte numérisé non relu

NOT-E

N" 1163. Général Chanzy à général Jaurès , à Sargé.

Le Mans, 8 janvier 1871.

Les renseignements d'Alcnçon signalent l'ennemi entré à Bellesme et Mortagne. Ne perdez pas de vue ces directions. Faites prévenir dès demain CatheHneau, qui est à Vibraye ou à Montmirail, pour qu'il con-

naisse au moins vos mouvements et l'envoi d'une division du 17« corps à Bouloire, où elle arrivera demain , et qu'il sache que deux sections de montagne, accompagnées par un bataillon de mille hommes, le rejoindront demain. Signé : Cuanzy.

IS' 1209. Général Chanzy à général Jaurès, à Sargé.

Le Mans, 9 janvier 1871.

J'apprends que les Prussiens sont à un kilomètre de Pont-de- Gennes et que les balles tombent sur la gare ; je ne sais rien de vos mouvements. Où est et que fait donc la division envoyée au secours du général Rousseau? Portez-vous avant le jour à la division Rousseau pour voir par vous-même.

Vous avez, à Montfort, Cathelineau et un bataillon de la Haute- Gai'onne avec artillerie de montagne qui sont à votre disposition. Avant de partir prescrivez toutes les mesures nécessaires pour l'occupation solide de toutes vos positions primitives, et tenez-moi constamment au courant de ce qui se passe. Signé : Chanzy.

N' 1215. Aux généraux Jaurès, à Montfort {station d'Vvré), et de Colomb , à C amiral Jauréguiberry, à Chàteau-du-Loir ou Ecommoy.

Le Mans, 10 janvier.

Prenez de suite toutes vos dispositions pour que vos troupes soient munies de quatre jours de vivres, qu'elles doivent toujours avoir: deux de réserve du sac, deux de consommation. Il importe de dégager toutes les routes et de se débarrasser de la préoccupation des convois, en renvoyant tous les impedimenta sur les emplacements qui leur avaient été assignés sur la rive droite de la Sarthe. Ne faites venir, chaque jour, sur des points bien indiqués, que la quantité de vivres strictement nécessaire pour assurer une distribution et remplacer ceux mangés dans la journée. On peut être ainsi toujours approvisionné à quatre jours de vivres, ce qui est suffisant pour le moment, en laissant libres des communications qu'il ne faut pas obstruer à aucun prix, en mettant à l'abri les convois qu'il ne faut pas compromettre. Tenir strictement la main à l'exécution de cet ordre, dont dépend en grande partie le succès des opérations. Signé : Chanzy.

Lettre de Hamiral Jauréguiberry.

Château-du-Loir, le 9 janvier 1811.

Mon général, Grâce à des retards inexplicables sur le chemin de fer, je n'ai pu

arriver à Château-du-Loir qu'hier à quatre heures et demie. Je me suis aussitôt rendu sur les positions à défendre auprès de la ville pour les examiner, et j'étais à peine rentré, lorsque j'ai appris que la Chartre avait été évacuée à quatre 'heures par nos troupes , qui n'avaient pas cru, vu leur petit nombre (il n'y avait qu'un bataillon de mobiles), devoir essayer de défendre cette localité contre une colonne de cinq à six mille Prussiens.

J'ai été presque en même temps informé que l'Homme était enlevé par l'ennemi, et le général Barry m'écrivait que vu le petit nombre d'hommes dont il disposait, il ne croyait pas pouvoir résister à Chahaignes. N'ayant ici sous la main que cinq cents hommes au plus, c'est-à-dire les troupes indispensables pour garder, pendant la nuit, les passages et les chemins voisins, il m'était impossible d'envoyer le moindre renfort en avant.

Comptant cependant sur les deux bataillons qui devaient partir aujourd'hui du Mans, par la voie ferrée, pour me rejoindre, et craignant que, si Chahaignes était abandonné, le général de Curten ne • fût complètement coupé de Château-du-Loir, je prescrivis au général Barry de défendre la position à outrance.

Pendant la nuit, je vis arriver à Château-du Loir, d'abord le colonel Bérard avec sept cents mobiles environ, puis, vers trois heures du matin, quatre canons de 4 et deux bataillons incomplets du 41"; tout cela était en désarroi , sans vivres , et venait de parcourir trente à quarante kilomètres.

Au point du jour, Chahaignes était attaqué. Je fis aussitôt porter un bataillon et deux canons à Fiée, occuper avec les débris que j'avais ici les hauteurs qui défendent les abords de Château-du-Loir. J'envoyai des messages au général Barry pour savoir ce qui se passait. La première réponse que je reçus, un peu après onze heures, était un billet du général Barry m'informant qu'il ne pouvait plus tenir, qu'il était tourné sur sa gauche, et qu'il ne savait de quel côté se retirer. Je lui fis dire de se replier sur Fiée, où il trouverait quelques troupes de soutien. Le porteur de ma lettre arriva probablement trop tard, car le général Barry ne put être trouvé, et bientôt on vit se diriger sur Fiée un certain nombre d'hommes débandés.

J'avais pris des mesures, hier en arrivant, pour me mettre en relation avec les généraux de Curten, Cléret et de Jouffroy, et savoir oîi ils se trouvaient. J'appris, à une heure très-avancée de la nuit, que le premier avait été sérieusement attaqué et forcé d'abandonner quelques positions; il était cependant encore à Château-Renault. Comme je le savais complètement tourné sur la gauche, par Montrouveau, les Hermitcs et la Chartre, je lui envoyai l'ordre de se replier sm* Beaumontla-Ilonce.

Le général de Jouffroy se trouvait à Courdemanche ; je lui fis connaître le mouvement sur Bouloire, efFectué par la 2* division du 17* corps, et l'invitai à se relier avec cette dernière. Je lui prescrivis aussi de rendre au général Barry les troupes que celui-ci lui avait prêtées et dont il avait un besoin urgent. J'ignore si la lettre qui contenait ces ordres est arrivée à son adresse.

Vers neuf heures et demie, je reçus le télégramme par lequel vous m'invitiez à rappeler le général de Curten, et laisser la protection du chemin de fer entre Ghâteau-du-Loir et Tours au général Cléret.

J'expédiai aussitôt un officier porteur des ordres nécessaires. A une heure un quart arriva le convoi, attendu depuis neuf heures et demie du matin, et qui transportait ici un bataillon du 22* mobiles. Il était trop tard pour l'envoyer au secours du général Barry ; je lui fis prendre position à Fiée.

Enfin, il est maintenant près de quatre heures. Je suis sans nouvelles des généraux de Curten et Barry; j'ai envoyé un télégramme prescrivant aux convois arrêtés à Ecommoy de se diriger immédiatement sur le Mans ; car j'apprends qu'une colonne ennemie, forte, disent les habitants, de plusieurs milliers d'hommes, a traversé Chahaignes pour aller à Jupilles. Si le général de Curten était ici, je n'hésiterais pas à partir de suite pour le Mans, car je crains bien que demain la route directe ne soit occupée par l'ennemi ; mais je ne voudrais pas laisser dans l'embarras la 3® division, à laquelle je puis donner un renfort de trois mille cinq cents hommes environ que j'ai ralliés ici, et qui, après une nuit de repos, seront peut-être mieux disposés à agir.

Je vous prie, mon général, de me tenir autant que possible au courant des mouvements de l'ennemi, afin que je sache quelle est la meilleure mesure à prendre.

Le vice-amiral commandant le- 16' corps d'armée.

Signé : JAunÉcuiBERRY.

Amiral à général en chef, au Mans.

Château-du-Loir, 10 janvier, douze heures quarante-cinq minutes.

J'ai reçu ce matin, à sept heures, le télégramme par lequel vous me prescrivez de me replier sur Écommoy en indiquant au général de Curten, qui arrive ici tout au plus ce soir, une direction et un point de concentration. J'espère pouvoir me mettre en route à onze heures et demie avec neuf mille quatre cents hommes environ, venant

(le corps éparpillés, y compris la colonne Jobey, et qui m'ont rallie hier après-midi ou cette nuit. J'ai tâché de réorganiser tout cela et de me déban-asser de tous les convois survenus de divers côtés, afin de m'engager sans impedimenta sur la route directe du Mans. J'ai l'intention de marcher jusqu'à Ecommoy où je n'arriverai probablement que fort tard. Je laisse ici le général de Tucé avec une faible brigade de cavaliers et quatre cents hommes environ d'infanterie. J'ai prescrit au généi-al de Curten de hâter sa marche, de prendre, en passant, les troupes laissées à Château-du-Loir, et de les diriger sur Ecommoy.

Signe' : Jauréguiberry.

Amiral Jauréguiberry à général Chanzy, Mans.

Château-du-Loir, 10 janvier, deux heures quarante-cinq minutes.

Aussitôt que le général de Curten m'aura rejoint, je marcherai sur le flanc gauche de l'ennemi, mais je ne puis tenter un pareil effort avec les débris que j'ai ralliés aujourd'hui autour de moi. Je le répète, le général Barry était, aux dernières nouvelles, à Jupilles avec moins de deux mille hommes, et je ne puis réussir à savoir oii en est le général de Joullroy.

Le général de Curten , vu les vingt-huit kilomètres qu'il lui reste à parcourir pour arriver à Château-du-Loir et l'abominable état des routes, ne sera ici que ce soir fort tard.

Signé : Jadrégciberry.

N» 1219. Général Chanzy à général Jaurès, à Montfort.

Le Mans, 10 janvier 1871.

J'ai fait reprendre l'offensive partout ; sur tous les points où mes ordres ont été ponctuellement exécutés, le résultat est bon. Toutes les troupes qui ont opéré sont aussi fatiguées que celles du général Rousseau. En attendant, nous donnons à l'ennemi un repos dont il a aussi besoin que nous ; je maintiens donc mes ordres , attaquez quand même. C'est à vous à combiner vos mouvements et à engager vos troupes selon ce qu'elles valent et ce qu'elles peuvent faire. Un de mes officiers, qui rentre à l'instant d'Yvré, m'annonce que le général Goujard et le général de Colomb ont commencé vers midi leur marche en avant, l'un sur la route de Paris, l'autre siu- la route de Saint-Calais; c'est ce qui rend votre effort d'autant plus nécessaire. Nous ne réussirons qu'en agissant simultanément.

Signé : Chakzy.

N" 1223. Général Chanzy à t amiral Jauréguibcrry , à Cliâteau-du-Loir .

Le Mans, 10 janvier 1871.

La brigade Pereira est, dit- on, battue et en pleine déroute à Parigné.

Le ge'neral Michel me fait prévenir que les éclaireurs ennemis apparaissent à Mulsanne. La division Barry arrive en désordre à Écommoy. Il est donc de plus en plus indispensable et urgent que vous hâtiez votre marche et que vous tombiez sur les derrières ou sur le flanc de l'ennemi.

J'envoie une brigade du 17" corps au secours de Pereira.

Signé : Chanzy.

N" 1225. A Camîral Jauréguiberry, à Ecommoy.

Le Mans, 10 janvier 1871.

La situation est celle-ci : Parigné repris par l'ennemi, qui menaçait ce soir Changé ; les troupes du général de JoufFroy rentrées dans les lignes en avant de Pontlieue et chargées avec la division Roquebrune de la défense des positions entre la route de Parigné et la route d'Yvré à Saint-Calais; la division Deplanque entre la route de Parigné et celle de Mulsanne; les troupes de Bretagne, de cette dernière route à Arnage ; la place des 2" et 3* divisions du 16* corps est en réserve autour de Pontlieue. Vous commandez tout le secteur entre l'Huisne et la Sarthe, du château d'Hormiers à Arnage ; j'ai donné au général Barry l'ordre formel d'opérer sa retraite sur Mulsanne et d'y lallier sa division, exigez qu'il l'exécute. Ramenez tous les traînards. Je fais partir cette nuit deux trains pour Château-du-Loir, pour faciliter le transport de la division de Gm'ten sur Ecommoy. Une fois réunis à vous, mettez-vous en route d'aussi bonne heure que possible demain. Venez prendre vos positions sur la ligne et fi-appcz un coup sur l'ennemi s'il venait à vous prêter le flanc. Vos trains d'Écommoy aideront au transport de vos impedimeiita sur le Mans. Basez-vous là-dessus et donnez vos instructions en conséquence au général de Curten. Signé : Chànzy.

Dépêche au crayon du colonel Ribell.

Mon général, De onze heures à la nuit, la 1" brigade de la l'" division a soutenu

le choc de forces considérables qui se sont emparées d'un village à trois kilomèti-es de Changé, appelé, je crois, la Pelouse. J'ai envoyé prévenir le général commandant la division que l'attaque était des plus sérieuses, et je n'ai pas hésité, dès le commencement de l'action, à appeler deux bataillons du 37* de marche et deux bataillons des mobiles du 33®, laissant les trois autres bataillons garder leurs positions. J'ai placé les trois bataillons du 62" à toucher le village occupé, et sa résistance a été énergique. Le 37" a bientôt pris position sur la droite de la route, formant ainsi une ligne double de tirailleurs non interrompue. Après plus de quatre heures de résistance la nuit se faisait, et il m'a été impossible d'obtenir de prendre le village à la baïonnette. Il ne restait plus autour de moi que deux officiers du 62", et les troupes reculaient. J'ai fait alors occuper le village de Changé, et la lutte a continué. Les deux bataillons de mobiles venaient d'arriver, mais la résistance n'était plus possible, les hommes refusaient de marcher par leur inertie. J'ai dû par. suite, sans faire sonner la retraite, rallier les hommes le plus qu'il a été possible, et j'ai occupé les positions des Arches où je me trouve, avec les deux bataillons de mobiles du 33", une partie d'un bataillon du 37" et un autre du 62". Les autres troupes auront dû se replier vers le Chemin aux Bœufs. Je ne dois pas cepepdant vous laisser ignorer que ces troupes, après avoir bien tenu, étaient en déroute.

J'ai tout lieu de croire que la position que j'occupe sera attaquée demain matin. On a fait une quinzaine de prisonniers qui ont déclaré qu'ils étaient huit à dix régiments, et qu'ils étaient suivis par un corps d'armée considérable. Je crois devoir vous informer directement, tout en faisant prévenir le général commandant la division.

Signé : Bibell.

P. S. Nos pertes me paraissent considérables. Le lieutenant-colonel du 62", que j'ai vu tomber, est blessé, un ou deux commandants blessés, plusieurs officiers tués ou blessés.

^OTE 23. Général Goujard à général Chanzy, au Mans.

Yvré, 10 janvier 1871, quatre heures quinze minutes.

C'est à quatre heures du matin seulement, déjà replié par ordre du général Jaurès, que je reçois sa lettre et votre télégramme. Les troupes ont été toute la journée en marche, toute la nuit sous les armes et en alerte. Mes francs-tireurs excellents, mes meilleurs bataillons ont été envoyés par ordre au général Rousseau. Le 62", qui n'a pas tenu à la Belle-Inutile et avec lequel je l'ai attaqué de nou-

veau, ne compte plus que 150 hommes; 3,500 sont à Champagne' et Auvoui's ; je n'ai qu'une seule batterie. Mais avant l'ordre de se replier, l'attaque sur Thorigné eût probablement réussi : elle est maintenant bien difficile et, je crois, imp'ossible dans l'état où se trouvent mes troupes. Un officier est au bout du fil pour recevoir vos ordres.

Signé : Goujard.

Général Goujard à général Chanzy, ati Maiis. '

Yvrc, 10 janvier 1871, neuf heures quarante-cinq minutes.

Tout allait bien et la journée était bonne; malgré leur fatigue extrême, les troupes avaient bien tenu, lorsqu'à cinq heures et demie du soir le bourg de Champagne, qui était occupé depuis quatre jours par 1,900 hommes de ma division, a été abandonné après une résistance que je crois insuffisante. Je fais établir un état de nos pertes; j'aurai l'honneur de vous l'adresser. Signé : Goujard.

N° 1235. Général Chanzy à général Jaurès, à Yvré {faire suivre sur Montfort).

Le Mans, 10 janvier 1871.

Le général Goujard s'est laissé déloger, vers cinq heures et demie, de Champagne; je lui donne l'ordre de reprendre cette position et de la tenir. Tenez les vôtres de la rive droite de l'Huisne aussi longtemps qu'il n'y aura pas, pour vous, nécessité de reprendre les premières en avant de Sargé, par suite de menaces sérieuses de Bonnétable ou sur votre flanc gauche. De Montfort, vous êtes toujours une menace pour l'ennemi qui cherche à descendre l'Huisne et à s'approcher d'Auvours. Nous avons à supporter une attaque sérieuse de l'ennemi; il faut le faire de façon à l'en dégoûter et tenir comme à Josnes. t

Pi'enez pour cela telles dispositions que vous jugerez convenables. ^.«•^^ Je compte sur vous et sur vos troupes; il ne faut pas songer au repos avant d'en avoir fini. Signé : Chanzy.

N' 1237. Général Chanzy au ministre de la guerre, à Bordeaux.

Le Mans, 10 janvier 1871.

Les armées du prince Charles et du grand-duc 'de Mecklembourg ont redoublé d'efforts aujourd'hui dans leurs attaques sur l'Huisne et au sud-est du Mans. Pressées de tous côtés, nos colonnes ont dû battre en retraite sur les positions défensives qui leur avaient été assignées à l'avance. L'action a été des plus vives à Montfort, à Cham-

pagine, à Parigné-l'Évêque, à Jupilles, à Change. Sur ce dernier point, la brigade Ribell, après une résistance de plus de cinq heures, a dû abandonner le village à l'ennemi, qui l'occupe depuis la nuit. Nous sommes évidemment en présence d'un effort des plus sérieux de l'ennemi et d'une ferme volonté de sa part d'en finir avec la deuxième armée. Nous allons lutter comme à Josnes. J'ordonne partout la résistance à outrance, je défends formellement toute retraite et tout abandon de positions. Il me faut, pour obtenir cette résistance et un succès, je l'espère, pouvoir ôter tout commandement à tout chef de corps qui n'exécuterait pas strictement les ordres reçus ou ne saurait maintenir sa troupe, mais aussi pouvoir récompenser sur-le-champ les officiers et les soldats qui donneront l'exemple du dévouement et de la ténacité; je vous demande instamment ces droits. La deuxième armée n'a encore rien reçu des récompenses que j'avais sollicitées pour elle ; cet encouragement serait des plus opportuns. Nous avons fait aujourd'hui des pertes sensibles, mais l'ennemi a plus souffert que nous, de l'aveu des prisonniers faits sur plusieurs points. Il a eu beaucoup de morts et de blessés depuis quelques jours, par suite de notre mousqueterie. Dans une brigade, celle à laquelle appartenait le 35* bataillon de fusiliers, le général Rothmallec a été blessé, le major tué, l'adjudant de brigade et plusieurs officiers tués. Je vous adresse, par lettre, copie de mes instructions. Signé : Ghainzy.

DÉPÊCUE.

N» 632. A général Goujard, à Sainl-Mars-la-Brière, et à général Jaurès^ à Sargé.

Le Mans, 10 janvier, une heure trente-cinq, matin.

J'ai donné mes ordres au général Jaurès qui a dû vous les transmettre, et je les maintiens. On juge mal des choses la nuit, et les décisions prises sans savoir exactement où on en est, peuvent être fatales. Tenez donc, et attaquez vigoureusement l'ennemi demain au jour.

Signé : Cuanzy.

N* 634. Général Chanzy à général de Cobmb, à Yvré.

Le Mans, 10 janvier 1871.

Je ne m'explique pas que vous n'ayez pas reçu mes ordres prescris vant d'attaquer l'ennemi demain matin et de reprendre les positions perdues : c'est le seul moyen de l'arrêter. Le plateau d'Auvours ne doit vous servir que si vous êtes battu. Dans ce cas, c'est à vous de

prendre les positions les plus favorables et de vous y maintenir coûte que coûte, conjointement avec les troupes que le 21® corps a dû y laisser, et celles de ce corps qui s'y replieraient dans le cas d'un insuccès. Le mouvement offensif est ordonne' sur tous les points, vos troupes ont moins marché que celles de l'ennemi. Débarrassez-vous de vos bagages; repliez-les sur la rive droite de la Sarthe, et accusezmoi réception. Sifjnc : Chanzy.

N° 638, Au général Goujard, à Yvré.

Le Mans, 10 janvier, huit heures trente minutes.

Exécutez strictement les ordres que je vous ai donnés. Le général de Colomb fait une démonstration sur Ardenay. Le général de Jouffroy, de Grand-Lucé, se porte sur Parigné-l'Evêque.

L'offensive est la seule manière d'arrêter l'ennemi.

Sicjné : Cuanzy.

K" 644. Général Chanzy aux généraux de Colomb, Jaurès, Goujard, par la station d'Yvré-t Evêque (faire suivre), et amiral Jauréguiberry, Château-du-Loir, ou, en cas de départ, par Ecommoy.

Le Mans, 10 janvier ISll.

Le 2* bataillon du 39' de marche s'est porté cette nuit sur Parignél'Évêque et l'a occupé sans coup férir; il suffit de vouloir.

Quand le général de Jouffroy, qui est à Grand-Lucé, arrivera à Parigné, il a l'ordre de faire une démonstration soit avec ses troupes, soit avec la brigade envoyée par le général Deplanque, sur le flanc gauche de la colonne ennemie, devant laquelle la 2* division du 17' corps s'est repliée hier en lui abandonnant les hauteurs d' Ardenay, qu'elle doit reprendre ce matin. Je réitère donc les ordres donnés hier, de prendre partout l'offensive et de repousser l'ennemi des positions qu'il importe de réoccuper. Le succès est dans la ténacité. L'ennemi est certainement plus fatigué que nous.

Signé : Chanzy.

Général Jaurès à général Chanzy, au Mans.

Sargé, le 10 janvier 1871, douze heures cinquante minutes.

Je vous envoie un officier avec dépêche Rousseau qui annonce sa retraite. Ses troupes, harassées, seront hors d'état, je le crois, d'agir avec succès demain pour reprendre les positions perdues aujourd'hui, je crois urgent de réunir et de reformer les troupes suv les positions

défensives, mais je suis prêt à exécuter les ordres que vous m'enverrez. Mes troupes de réserve sont sous les armes, prêtes à marcher, et moi avec. Signé : Jaurès.

Générât commandant le 17« corps à général en chef, au Mans.

\ Yvré, le 10 janvier, douze heures cinquante.

Je viens de voir la 2* division et de l'établir sur le plateau d'Auvours. Elle a marché une grande partie de la nuit dernière et toute la matinée, a combattu jusqu'à la nuit et marché jusqu'à présent. Elle est extrêmement fatiguée, désorganisée, affaiblie. Je doute qu'elle puisse fournir sur le plateau une résistance solide. Je ne sais pas quelles sont les troupes qui sont à droite et à gauche et qui doivent, avec la 2® division, occuper le plateau dont le front est beaucoup trop étendu pour qu'elle le défende seule. Faut-il garnir cette position avec des batteries de 8 de réserve? Je crains de les compromettre si la retraite devenait indispensable, ayant à dos une rivière et peu de débouchés. Je suis à Yvré, et j'ai des plantons au télégraphe de la station du chemin de fer. Signé : de Colomb.

Général commandant le 17* corps au général Clianzy, au Mans.

Yvré, le 10 janvier, trois heures quinze du matin.

Je reçois votre dépêche de minuit peu après vos instructions. Vous ne connaissiez pas encore, au moment où vous l'avez adressée, la véritable situation de la division Paris : elle est en ce moment sur le plateau d'Auvours, au moins en partie, extrêmement harassée, incapable, je crois, de repousser une oflPensive vigoureuse ce matin. Je lui donne l'ordre néanmoins de se mettre sous les armes au point du jour, et je verrai s'il est possible de réunir ses détachements, un peu dispersés par une retraite de nuit, et de la porter en avant. Ma réserve d'artillerie, sur laquelle je comptais, n'est pas encore arrivée, cependant elle avait reçu l'ordre du départ à deux heures quarante minutes.

. Signé : de Colomb,

Général Jaurès au général Chanzy, au Mans.

Monlfort, le 10 janvier 1871.

Mon général ,

A deux heures, nos troupes descendaient pour l'attaque, lorsque l'ennemi, se présentant par les bois qui bordent la route du Mans, a engagé lui-même une attaque sur Pont-de-Gennes par un feu trèsnourri. En même temps, des pièces, en position sur les coteaux qui

font face à Montfort, ouvraient le feu sur la ville. Nos tirailleurs, postés sur toute la ligne du chemin de fer et occupant la gare du Pont-de- Gennes, soutinrent un feu très-vif et y répondirent avec avantage, ne permettant pas à l'ennemi d'avancer.

J'eusse voulu les porter en avant, mais le général Rousseau me déclara formellement que ses troupes supportaient en ce moment tout l'effort dont elles étaient capables, et que les porter sur les bois et sur les hauteurs fortement occupées par l'ennomi serait vouloir les voir promptement ramenées. Je l'eusse fait cependant, si je n'avais reçu du général CoUin l'avis que, tandis que sa l'« brigade s'engageait avec l'ennemi sur le pont de Connerré, sa 2* brigade était attaquée vers la Chapelle-Saint-Remy, et que dès lors il ne pouvait, avec une seule brigade, tenter d'enlever Connerré, où des renseignements positifs annonçaient des forces considérables.

En même temps, la fusillade se faisait entendre sur ma droite ; je dus craindre que l'ennemi ne cherchât à forcer le passage de l'Huisne vis-à-vis Saint-Mars-la-Bruyère. J'avais eu ce matin la précaution de porter sur ce point un bataillon du corps Goujard;- mais, pour plus de sûreté, j'y envoyai d'abord M. de Gathelincau, qui est revenu ce soir, puis un bataillon de mobiles à Fatines.

Je n'ai pas encore le rapport du général Collin, et, pour ne pas tarder, je vous envoie la présente dépêche. J'y joins le rapport d'une reconnaissance de la cavalerie du général Villeneuve , qui annonce l'arrivée d'une avant-garde ennemie à Bonnétable.

Il n'y a aucune crainte que l'ennemi puisse forcer nos positions ici, de même qu'il nous serait difficile de forcer les siennes, tant les positions des deux rives de l'Huisne sont également fortes; mais je trouve que l'espace entre Montfort et Champagne est bien ouvert, et peutêtre serait-il bon que je portasse une partie de la réserve à Fatines, avec mon quartier général à la Ragoterie, pour être au centre de mes divisions.

J'attends, du reste, vos instructions pour demain. La gauche de la division Collin est un peu éloignée à la Chapelle-Saint-Reray; je crois qu'on pourrait la leporter vers Lombron pour couvrir la route de Bonnétable; car il va falloir peut-être obs.erver sérieusement ce côté-là.

Il ne faudrait pas être attaqué de face à Montfort et de dos à Lombron; j'y ferais cependant face au besoin. Agréez, mon général, etc.

Le général commandant le 21* corps.

Signé : Jaurès.

Général Jaurès à général Chanzy.

Monifort , 10 janvier 1871, neuf heures et demie. Mon général,

Je reçois du genéi-al Collin la dépêche suivante :

« J'ai l'honneur de vous rendre compte que je viens de rentrer, au M moment ou la vi\:e fusillade que j'ai eu à soutenir de trois à six » heures finissait. Des ordres envoyés à une heure à M. des Moutis, » pour l'attaque de Connerré, n'ont pas eu de ce côté le moindre » commencement d'exécution; au moment où l'un de mes officiers est » arrivé à la Ghapelle-Saint-Remy, la brigade des Moutis était engagée » sur ce point, et soutenait, depuis plusieurs heures déjà, un feu » assez nourri sur toute l'étendue de son front. J'ai fait à ma droite n une tentative pour reprendre la gare, occupée dans l'après-midi; je « croyais n'y trouver que des forces insignifiantes que j'ai tenté de » tourner par le bois de Lechêne et en même temps par la plaine; » mais mes tirailleurs ont trouvé dans le bois des forces assez consi- » dérablcs, et ils se sont battus sur ce point jusqu'à la nuit. Mes » bataillons de la plaine ont alors dû se replier. J'ai repris à peu près >i mes positions d'hier, et, d'après le récit d'un prisonnier qui vient » de m'être amené, j'avais devant moi deux divisions, plus une réserve » derrière. Le prince Frédéric-Chai'les est attendu demain avec six » divisions.

» En vain M. des Moutis a cherché à se relier sur sa gauche et en M arrière avec la 3" division. Pas de nouvelles d'elle, et on croit avoir » entendu des coups de feu dans sa direction. Il n'en existe pas moins » un grand vide à ma gauche. J'attends vos ordres. »

Je ne crois pas que le nombre des divisions qui menacent le général Collin puisse être aussi considérable ; cependant il faut tout pré voir. Je prescris au général Collin de faire tête à l'ennemi avec la plus grande vigueur, et s'il venait, malgré ses efforts, à être obligé de céder du terrain, de ne le faire que pas à pas, et en se rabattant, sa droite sur Montfort et les bois de Mondoublerain , et sa gauche sur Saint-Corneille. Il s'ajjpuiera alors sur la 1'''' brigade de la 3* division qui est à Savigné et en avant, à la fourche des loutes.

Pour moi, je porterai probablement une partie de la l'éserve à Saint- Corneille, pour renforcer ce point intermédiaire qui a une grande importance, à moins que je ne reçoive, dans vos instructions, l'ordre de faire un autre mouvement.

Il y a en ce moment une grande préoccupation, c'est la difficulté extrême de faire marcher des convois et de l'artillerie sur des routes. A un moment donné, cela peut être d'un grand embarras. Je m'ef-

forcerai de le surmonter en m'y prenant à l'avance pour tous les mouvements.

Agréez, mon général, etc. Le général Jaurès.

P. S. Je n'ai pas encore de renseignements bien exacts sur ce qui s'est passé aujourd'hui vers Champagne et Yvré. Je les attends de l'officier que j'y ai envoyé.

Général Jaurès à général en chef.

Montfort, 10 janvier 187].

Mon général,

Aussitôt mon arrivée à Pont-dc-Gennes, je me suis fait rendre compte par le général Rousseau de la situation de ses troupes. Comme je vous l'ai dit par le télégraphe, il m'a déclaré qu'elles ne tenaient plus debout et qu'elles étaient incapables de combattre aujourd'hui et de se porter de Montfort, où elles sont toutes, sur Connerré.

Le général CoUin, que j'avais fait appeler, est arrivé, et sur l'ordre que je lui ai donné de se préparer à attaquer Connerré, il m'a fait observer que, vu l'espace qu'il occupe et le mauvais état des chemins qui relient ses positions, il ne pouvait pas être en mesure de se porter sur Connerré avant trois ou quatre heures de l'après-midi.

Ces deux avis étaient certes peu encourageants, mais votre ordre était formel ; j'ai donc dû décider qu'il serait exécuté. Cependant j'ai cru devoir, pendant que les préparatifs se font, vous éclairer par le télégraphe sur les mauvaises conditions dans lesquelles se produira l'attaque de ce soir. Ce devoir rempli, j'agirai, si je ne reçois pas contre-ordre.

Permettez-moi de vous rappeler que Connerré est un trou qui n'est pas tenable si les hauteurs de Duneau ne sont pas occupées. Or, comme l'ennemi y est certainement établi, elles seront fort dures à enlever. En outre, les troupes ne voient pas, sans quelque appréhension, l'obligation, en cas de retraite, de se retirer ])ar un seul pont.

Nos positions seraient peut-être plus fortes si nous occupions seulement la rive droite de l'Huisne, soit en conservant la division Collin devant le pont de Connerré, se reportant vers la Chapelle Saint-Remy ou vers Lorabron, pour qu'elle soit moins écartée, soit en prenant la ligne de défense de Montfort, Lombron, les bois de Mondoublerain et Saint-Corneille,

Je voudrais pouvoir répondre à votre désir de nous voir prendre promptenient l'offensive, mais la division Rousseau est vraiment presque une division à reformer. En ce moment même, les chefs de corps

les plus énergiques viennent dire que leurs hommes ne peuvent se lever, et ils me supplient de ne pas leur demander plus que les forces humaines ne peuvent supporter.

Je ne sais vraiment comment je m'en vais faire pour les faire marcher ce soir. Enfin, si c'est possible, ça se fera. Tout le monde me dit que non : nous le verrons bien.

Agréez, mon géne'ral, etc.

Le géne'ral commandant le 21* corps.

Signé : Jaurès.

Le général de Jouffroy au général Chanzy.

Grand-Lucé, 9 janvier 1871, onze heures du soir. Mon général,

Je suis arrivé ce soir à Grand-Lucé. Pour me conformer aux instructions que m'avait données cette nuit M. l'amiral Jauréguiberry, et au désir que m'avait exprimé M. le général Bari'y, j'avais disposé mes troupes de manière à prêter aujourd'hui un appui au général Barry et à les rassembler demain à sa poi-tée.

La brigade Bayle et le 46* de marche qui formaient l'extrême droite de maligne, dont Maisoncelles était l'extrême gauche, n'ont pas tenu contre des forces supérieures. Tout le reste de la ligne a été harcelé par l'ennemi.

J'ignorais encore les succès de l'ennemi sur ma droite, lorsque, à trois heures de l'après-midi, j'ai prescrit de prendre des positions qui pussent me permettre de lutter encore vers Chahaignes, l'Homme et la Chartre.

Brives et Saint-Pierre de Lorouer se sont trouvés tout à coup occupés par l'ennemi : mes combinaisons devaient donc échouer.

Jusqu'ici j'ai rassemblé à Grand-Lucé toute la 3* division d'infanterie du 17* corps et la brigade Bayle ; j'ai pu aussi y faire arriver mon convoi. Je serai complètement heureux dans ma retraite si je puis réussir à indiquer cette nuit au colonel Thierry, au colonel Falcon et au colonel Marty, qu'ils doivent airiver à Grand-Lucé ou 8e diriger sur Ecommoy;

Je compte demain matin de très-bonne heure, à moins que les circonstances m'en empêchent ou que vous me donniez des ordres contraires , me dii-iger ver». Saint-Mars d'Outillé.

Toutes mes troupes, dont j'ai tant eu à me louer lorsque je prenais l'offensive, montrent dans la retraite, malgré les fatigues incessantes qu'elles ont à supporter, malgré les privations qui leur sont

APPENDICES. 57i

imposées, un dévouement ;bien méritoire. Le repos leur est absolument nécessaire ; mais que ce repos leur soit accordé , et on pourra , comme par le passé, compter sur leur valeur.

Je vous prie d'agréer, généi'al, etc.

Signé : de Jouffboy.

Pontlieue, le 10 janvier 1871, dix heures quarante-cinq. Mon général ,

Vos ordres sont exécutés. J'ai prescrit que toutes les troupes soient prêtes à prendre les armes demain matin, à six heures.

Mais je vous l'ai dit de vive voix, je vous l'ai fait savoir par mon chef d'état-major, ce n'est pas impunément qu'on impose à des soldats trois semaines de marches incessantes et de combats, que sans tenir compte des rigueurs de la saison , du mauvais état de leurs chaussures et de leur habillement, on les conduit de succès en succès jusqu'aux faubourgs de Vendôme pour les faire passer ensuite, sans admettie qu'ils soient entamés , au travers des lignes d'un ennemi dont la seule préoccupation était de nous envelopper.

Ce soir, après avoir soutenu une lutte incroyable depuis le 6, après être restés vingt-quatre heures sans manger, mes soldats, par une neige intense, couchent dans la boue sur la route de Tours.

Malgré tout, il faudra demain aborder Changé : nous y serons. J'en ai pour garant le zèle et le courage des chefs de corps et le dévouement d'une partie de leurs soldats. Je ne peux pas dire que nous y serons avant huit ou neuf heures à peine. En raison des difficultés de la situation , de l'insuffisance des cadres , je commettrais une grande faute en vous cachant, en quoi que ce soit, la vérité. Si j'avais à ma disposition des troupes fraîches, je me ferais certainement fort de sauver le Mans par des manœuvres hardies. Ces troupes fraîches je ne les ai pas. Je dois me renfermer strictement dans les limites de la voie qui m'est tracée. Je ferai pour le mieux, c'est-àdire ce qu'il est humainement possible de faire. Il reste à savoir ce qu'est le possible.

Je vous prie d'agréer, mon .général, etc.

Signé : de Jouffroy.

P. S. Le 70® mobiles a repris à l'ennemi 3 pièces d'artillerie et 2 mitrailleuses dont l'ennemi s'était un instant emparé. Je demande que ce régiment soit mis à l'ordre de l'armée. Aucune récompense n'a encore été accordée à ma division.

N° 855. Général Clianzy au ministère, à Bordeaux.

3 janvier 1871.

Le camp de Conlie étant évacué, je ne vois aucun avantage et je verrais même inconvénient à maintenir année la redoute de Ténie. Comme il faut armer aux environs du Mans les positions occupées actuellement par mes troupes, et qui devront être défendues par les forces de Bretagne quand je me porterai en avant, je demande de foire venir ici, aussitôt que possible, le colonel commandant l'artillerie à Conlie, les 4 canons de 16 qui lui restent, et toutes les autres pièces dont il peut disposer; je les placerai dans les redoutes que je fais élever. Signé : Cuanzy.

DÉPÊCHE

N» 939. Général Clianzy à ministre guerre, à Bordeaux.

4 janvier 1871.

Il est indispensable, en prévision des opérations à entreprendre, d'avoir une force suffisante pour défendre les positions et garder le pays.

Il y a tant au camp de Conlie qu'à Redon et à Rennes 5,000 hommes armés; je demande à les faire venir de suite ici. Il y a à Conlie, Pibray, Rennes, Fougères et Redon, 17,000 hommes formés en bataillons; il leur manque des fusils. Il y a à Rennes 40,000 fusils Sprinfeld. Je demande à faire armer d'urgence ces 17,000 hommes (22 bataillons) et à les appeler sur les positions que je leur assignerai. J'organiserai toutes les forces sous le commandement du général Le Bouëdec. Je demande enfin à disposer des canons de montagne qui sont à Rennes, et qui serviront au général Le Rouëdec pour défendre ses positions. Il faudrait de plus de la cavalerie pour éclairer; quelques escadrons d'éclaireurs à cheval ou de cavalerie régulière suffiraient. Il est urgent d'organiser tout cela. Il ne manque que les pleins pouvoirs. Prière de me faire connaître votre décision.

Signé : Cuanzy.

DÉPÊCHE

N* 616. Au général Bourbaki, à Montbozon.

Le Mans, 9 janvier 1871, sept heures quarante. Votre télégramme d'hier me fixe sur vos positions, la Marche est

le but de vos opérations. Si l'ennemi ne vous ofFre pas jusqu'ici une {}i-ande résistance, il se montre de ce côté très-entreprenant. Depuis notre arrivée au Mans , ce ne sont que combats continuels dans la vallée de l'Huisne, sur la route de Saint-Calais, sur les deux rives du Loir, et en avant du cbemin de fer du Mans à Tours. Le duc de Mecklemboury , après avoir concentré ses forces sur l'Eure, et tiré des renforts des contingents venus d'Allemagne, cherche à descendre l'Huisne, nous refoulant sur le chemin de fer de Chartres au Mans et menaçant celui du Mans à Alençon. Le prince Frédéric-Charles, après quelques démonstrations sur Gien et la rive gauche de la Loire, a réuni toute son armée entre Vendôme et Blois, et nous menace par Saint-Calais où il est de sa personne, et par la vallée du Loir, par laquelle il cherche à tourner nos positions et à couper la ligne ferrée du Mans à Tours, Il est évident que le but de l'ennemi est d'en finir avec l'armée de la Loire, soit en l'attirant en dehors de ses positions, soit en la bloquant sur ses positions pour empêcher sa marche sur Paris. Je vais d'abord résister aux attaques. Dès que j'aurai les renforts qu'on m'annonce, je tenterai l'offensive. Votre mouvement est excellent, mais, pour Paris et pour moi, le résultat est à trop longue échéance. Il me tarde de vous voir sur les communications de l'ennemi, et de voir le prince Charles se préoccuper de ce nouveau danger; cela nous dégagera d'autant, et donnera à notre mouvement plus de possibilité et de chance de succès. Signé : Ciiaszy.

Le (jénéral Uourbaki au général Clianzy , au Mans.

Montbozon , le 8 janvier 1871, dix heures trente minutes du matin.

Mon quartier général est à Montbozon, il y sera encore demain avec celui du 18* corps; ceux du 20" et du 24" seront à Rougemont et à Cuze. Le 15* corps est dirigé sur Clerval; une brigade sera détachée à Blamont, menaçant Montbéliard. Le reste du corps sera dirigé, au fur et à mesure des débarquements, dans la direction de Fonlenelle, et formera l'extrémité droite. J'ai quitté Boiu'ges pour faire évacuer Dijon, Gray, Vesoul et lever le siège de Belfort. Les garnisons de ces deux premières villes , menacées de se voir couper leur retraite sur le Haut-Rhin , se sont retirées sans combat. Je continue l'exécution de mon programme. Mes avant-postes ont eu quelques engagements avec l'ennemi, il peut se faire que notre première rencontre sérieuse ait lieu à Villersexel. Quels que soient les moyens employés, je me propose, une fois Belfort débloqué, de me porter sur les communications de l'ennemi. Mes mouvements ont été retardés par la difficidté de faire vivre des troupes lorsqu'elles s'éloi-

gnent des voies ferrées, comme par l'ëtat des chemins et des routes, qu'une couche de verglas rend peu praticables.

-On m'annonce que l'ennemi n'occupe plus Orléans, et qu'il dirige des forces considérables vers l'Est. J'ai demandé que les troupes du général de Pointe, à Nevers, fissent des démonstrations et tiennent l'ennemi en respect du côté de Clamecy et sur les bords de la Loire. Vous pensez sans doute, puisque vous êtes prêt, qu'en prenant maintenant l'offensive vous faciliterez et la tâche des défenseurs de Pai'is et la mienne. Je chercherai le plus promptcment possible à couper les communications de l'ennemi, mais je crois qu'il convient de ne jouer son va-tout qu'à bon escient. C. Bourbaki.

NOTE 27 bis.

Guerre à général Chanzy, au Mans.

Bordeaux, 11 janvier 1871.

Vous êtes pleinement autorisé à enlever son commandement à tout chef de corps qui n'écouterait pas strictement les ordres reçus ou ne saurait pas maintenir sa troupe, et pareillement vous avez pouvoir de récompenser sur-le-champ les officiers et les soldats qui donneront l'exemple du dévouement et de la ténacité. Quant aux récompenses sollicitées par vous pour la deuxième armée, plus des trois quarts ont été accordées, et les décrets ont paru au Moniteur. Si vous ne les avez pas reçus, c'est sans doute par suite d'un retard dans le transport des plis. Je vais les hâter. Signé : de Freycinet.

Intérieur à général Chanzy, Mans.

Bordeaux, 11 janvier, deux heures quarante-cinq minutes.

Nous comptons absolument sur vous pour résister à ce suprême effort.

Vous pouvez faire toutes les nominations , promotions et révocations nécessaires, assuré que la ratification suivra sans retard.

Signé : Léon GAHBETTAi

N» 684. Au général de Colomb, à Yvré-CÉvêque.

Le Mans, 11 janvier 1871.

Je vous remercie de ce que vous avez fait aujourd'hui. Je suis sûr que demain vous ferez davantage encore. Vous m'avez dit combien vous êtes satisfait du général Gonjard. Je le fais cominandenr. Le ministre m'a donné ])lein8 pouvoirs pour récompenser ou punir.

Demandez-moi, je ne serai point avare.

Vous allez recevoir mes instructions ; il faut à tout prix conserver votre position.

Je ne puis vous envoyer de troupes fraîches, je n'en ai pas. Mais afin de vous venir en aide, je prescris au gênerai Jaurès de se replier par sa droite, de venir de'fendre les hauteurs en avant de Sargé jusqu'à Yvré-l'Évêque , et de renforcer la division Goujard de toutes les troupes dont il pourra disposer. Il faut que la division Paris rachète demain son hésitation d'aujourd'hui. Faites-lui attaquer demain les positions perdues aujourd'hui , et reprendre Champagne. Prévenez-la que je re'compenserai, séance tenante, les braves qui se distingueront. Ce que je vous demande est difficile, je le sais, mais je sais aussi que là où vous commandez on peut tout oser. J'y compte.

Signé : Chaszy.

N" 1275. A (jénéral Goujard, Yvré-CÉvêque.

liC Mans, 11 janvier 1871.

Je suis très-content de vous et de vos troupes.

Le ministre m'a donné le droit de récompenser ceux qui le mériteraient.

Je vous fais commandeur.

Signalez-moi ceux pour qui vous voulez des récompenses ou des punitions. z*

Je ne ménagerai ni les unes ni les autres.

Je vous remercie pour aujourd'hui et je compte sur vous pour demain. Signé : Chanzy.

Général Goujard à général Chanzy, Mans.

11 janvier 1871.

La division Paris a abandonné le plateau, elle est en pleine déroute.

L'ennemi a réoccupé le plateau abandonné.

Les troupes de ma division, envoyées en soutien, ont été entraînées par la foule et sont descendues avec les autres.

Si l'attaque du général Jaurès sur Champagne se prononce de bonne heure, elle peut nous donner le temps de nous reconnaître.

Signé : Goujard.

Général Goujard à général Chanzy.

12 janvier 1871.

Vous me récompensez au delà de mes mérites, recevez mes remer-

ciments les plus sincères. Comptez sur tout mon dévouement. Je serai jusqu'à ma dernière heure entièrement dévoué au salut de la patrie. J'ai près de moi des officiers qui ont donné le plus bel exemple, je vous les désignerai dans quelques instants.

Je vous envoie un officier qui vous expliquera en détail la situation militaire. Signé : Goujard.

Générât de Colomb à général Chanzy, au Mans.

Yvré, 11 janvier 1871.

En rentrant ce soir, j'ai fait à votre officier d'ordonnance le récit aussi exact que possible de la journée. Je complète le rapport verbal (jui déjà fait connaître ma situation.

Après occupation du plateau par l'ennemi, les troupes ramenées ont repris la position, grâce au concours énergique des zouaves ponti- Kcaux entraînés par le général Goujard. Le chef d'état-major de la 2* division vient de me dire avoir parcouru une partie du plateau sans rencontrer trace d'ennemi. La 2* division est complètement désorganisée , le colonel Koch et plusieurs chefs de corps sont blessés; tous les corps sont mélangés. Je vais couvrir la gauche par un bataillon du général Goujard qui le donne comme solide; cela permettra peut-être de réorganiser un peu demain de bonne heure les différents corps. Avec cette infanterie, se trouvent sur le plateau quatre mitrailleuses américaines et deux obusiers de montagne laissés par le général Goujard. Je ne dois pas dissimuler le peu d'espoir que j'ai de tenir demain dans ces conditions, à moins de recevoir des renforts sérieux. Il résulte de l'interrogatoire séparé de plusieurs prisonniers, que le front de la deuxième armée a été attaqué aujourd'hui par les 3*, 9^, 10° corps d'armée prussienne sous les ordres immédiats du prince Frédéric-Charles, soutenus par une artillerie formidable. Beaucoup de contingents ennemis, qui ont donné aujourd'hui, n'étaient pas entrés en ligne depuis les 3 et 4 décembre , et ont fait jusqu'à quarante kilomètres depuis hier pour arriver sur le théâtre de l'action.

Signé : de Colomd.

N* 648. Au général Barry, par Ecommoy. A communiquer

à Camiral.

Le Mans, 10 janvier 1871.

Ralliez toute votre division à Mulsanne où je renvoie tous vos

fuyards. Vous y attendrez les ordres de l'amiral tout en vous portant au canon, quelle que soit la direction oii vous l'entendiez. Si après vous être fait reconnaître, votre présence peut être utile comme soutien, et si l'ennemi continue sa marche sur le Mans, votre place, pour défendre les positions confiées au 16* corps, est en avant de Pontlieue, sur les hauteurs qui dominent le Chemin aux Bœufs qui conduit d'Arnage à Changé. Parigné a été réoccupé cette nuit par des troupes du général Deplanque.

Il m'est de plus en plus dénmnti-é qu'il ne faut que de la vigueur pour battre les Prussiens. Signé : Cuakzy.

Amiral à yénéral Clianzy.

Pontlieue, 12 janvier 1871.

Le général Deplanque est attaqué, les fuyards abondent de plus en plus. Je fais passer de l'autre côté de la Sarthe les convois, les bagages, les réserves, l'artillerie qui nous sont inutiles pour le moment. Quel ordre voulez-vous que je donne aux généraux Roquebrune et de JoufFroy?

Le général LeBouëdec est abandonné du peu de troupes qu'il avai ralliées cette nuit, je ne suis couvert ici, du côté des routes de Tours et d'Angers, que par deux escadi'ons de chasseurs.

Sùjné : JACBÉGuiBEnny.

Amiral à général en chef, an Mans.

Pontlieue, 12 janvier, cinq heures du matin.

Je reçois votre dépêche q[ui me prescrit de reprendre, dès ce matin, une offensive vigoureuse. J'ai aussitôt donné l'ordre au général de JoufFroy, qui se trouvait chez moi, de faire occuper par les troupes de sa division les positions en avant que défend le général Desmaisons. Le général de JoufFroy m'a répondu que si je lui retire la brigade Desmaisons, il ne peut répondre de rien. J'ai néanmoins maintenu l'ordre, afin d'avoir trois mille hommes à ma disposition. Le général Deplanque m'écrit qu'il lui est impossible de rester dans ses positions, parce que, si la fusillade un moment interrompue recommence, ses troupes ne tiendront plus.

Signé : JAinÉGuiBEnnY.

578 APPEINDIGES.

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