RAPPORT DE L AMIRAL JAUREGUIBERRÏ SUR CET INCIDENT
« De ce côté , Messas était occupé par l'ennemi , et quel » ne fut pas mon étonnement d'apprendre, vers huit » heures du soir, que vers cinq heures ou cinq heures et » demie une des batteries de la division Garao, qui se » retirait du champ de bataille pour rentrer à Beaugency, » avait trouvé, sans s'en douter, la ville occupée par les » Prussiens , et avait laissé cinq de ses pièces entre leurs » mains. En même temps j'apprenais que le lieutenant- » colonel Barille, du 59% qui était retourné à Vernon » d'après mes ordres , l'avait évacué peu après , sur i'inti- > mation qui lui en avait été portée de la part d'un général » prussien établi à Messas , et menaçant de bombarder le ' village si les troupes françaises ne l'abandonnaient " immédiatement,
» Sur ma gauche , le village de Villechaumont , un mo- » ment évacué le soir par l'ennemi, avait été peu après » réoccupé par lui, faute d'avoir été suffisamment défendu.
« Des coups de fusil, qui ne cessèrent de s'échanger pen- » dant la nuit entre les Prussiens de Villechauraont et la w grand 'garde du 37* établie à Villevert, m'engagèrent à » renforcer cette dernière, vers minuit, par deux compa- » gnies tirées du 59* de marche.
» La situation, en somme, était donc devenue, à ma >' droite et à ma gauche, assez critique, et, pour y remé- « dier autant que possible, j'avais prescrit au lieutenant- ■■' colonel Barille, après l'évacuation de Vernon, de se )' placer à Pierre-Couverte, appuyant ainsi la droite de la » 1" division du 16* corps, et de se garder vigoureusement ') vers Beaugency et Vernon , déjà réoccupés par les Prus- )' siens.
» En vous rendant compte de ces divers faits et des » mesures que j'avais dû prendre, je dois vous signaler en » même temps que , malgré la victoire évidente que nous » avions remportée sur l'armée entière du prince Frédéric- » Charles, nos troupes étaient fatiguées par les combats !' incessants qu'elles livraient chaque jour depuis le l*'"dé- " cembre, que leur moral s'en ressentait, et qu'enfin elles >' paraissaient à bout et incapables de tenter un effort » sérieux le lendemain. Néanmoins il fallait autant que " possible essayer de conserver notre ligne de bataille, » que nous avions su maintenir au prix de grands sacri- » fices, et pour cela il me parut indispensable de réoccu- » per dès le matin Beaugency à tout prix. Je donnai donc » dans ce sens des instructions au colonel Barille et au » général Tripart, qui venait de remplacer pendant la nuit » même, dans le commandement de sa division , le général » Camô blessé d'une chute de cheval.
V Tous deux devaient, avant la pointe du jour, enve- »> lopper la ville de Beaugency, que l'on disait plutôt » remplie de soldats prussiens ivres que de troupes sur » leurs gardes. Ils devaient, agissant de concert et avec