DE LA CRITIQUE
Le pire qui puisse arriver à une oeuvre d'art, c’est de n’ètre pas discutée. Si elle est accueillie d’emblée par tout le monde, il y a de grandes chances pour qu’elle ne soit pas originale et ne révèle rien à personne. L’âpreté de certaines critiques, leur étendue témoignent au moins que l’œuvre de M. Witkowski n’est pas indifférente; ceux qui n’y ont pas trouvé la forme d’art qu’ils aiment, n’ont pas pu passer sans s’arrêter et sans protester. Ils ont senti qu’il fallait applaudir ou siffler, mais qu’il était impossible de se taire.
Nous ne voulons pas choisir les appréciations favorables et paraître ignorer les autres. N’y a-t-il pas quelque puérilité à faire des extraits, à reproduire l’éloge en élaguant le blâme ou les simples réserves, à cueillir un bouquet de louanges en ôtant soigneusement les épines des roses ? A qui fait-on illusion par de pareils procédés ? On trouvera ci-dessous, dans leur totalité et leur intégrité, les appréciations de la plupart des critiques parisiens lors de l’exécution de la 2 e Symphonie aux Concerts Lamoureux, le 21 Janvier 1912. Dans leur ensemble, elles sont fort élogieuses.Si les sévérités de quelques-unes sont justifiées, ce sont des enseignements utiles à répandre; si elles ne le sont pas,... il est des reproches qui valent des hommages.
De la Liberté :
La Deuxième Symphonie de M. Witkowski avait été déjà entendue l'année dernière à la Société Nationale. Je n'avais pu vous en parler alors. Je l’ai préférée à la première. Peut-être cependant offre-t-elle plus d’inégalités. Son style trahit encore diverses influences ; et je ne serais pas étonné qu’elle apparût plus tard dans l’œuvre de M. Witkowski comme un ouvrage de transition, aussi bien en sa forme qu’en son esprit. Mais vous y trouverez, s’affirmant toujours
avec plus de certitude et plus de liberté, avec aussi plus de finesse, les qualités qui forment à M. Witkowski une personnalité si remarquable: qualités de la sorte qui assure à une oeuvre cette valeur, qui s élève au-dessus de la simple technique, même la plus savante ; qualités qui atteignent l'auditeur au delà de son oreille et de sa raison. La première de ces qualités elle se conçoit et se sent mieux quelle ne se définit — c'est la vie; une vie intime, chaleureuse et mouvementée, presque tumultueuse par endroits, mais qui se fait aujourd hui plus subtile et plus originale, avec une tendance à une expression plus précisé, commandant une structure plus neuve et plus serrée. L importance que piennent évidemment, dans le travail de l’auteur, la recherche et 1 édification de la forme, peut laisser, à l'analyse, une impression de combinaison mathématique. 11 vous apparaîtra qu il n’est presque pas un élément de la construction, qui ne provienne des deux thèmes simplement et mystérieusement juxtaposés dans l’introduction lente du premier morceau : encore le second peut-il passer pour une forme nouvelle du premier. 11 ne faudrait pas voir là un signe d'aridité dans l’imagination. Au contraire, la façon personnelle dont M. Witkowski varie son thème — ne prenant même pas toujours, comme on fait d habitude, la « tête du motif » pour sa caractéristique principale — et surtout la conduite essentiellement mélodique du développement, donnent une sensation de renou vellement continuel, la plus éloignée du procédé scolastisque. On sent que la pensée ne vient pas se loger tant bien que mal dans les cases d'un cadre tout fait; mais qu'elle se crée elle-même son cadre et l'anime a fur et mesure de son propre développement-
Ce cadre reste en principe celui de la symphonie classique. C’est là une forme que depuis plus d'un siècle et demi on voit évoluer avec une souplesse parfaite, et se plier à tous les besoins nouveaux sans perdre ses caractères fondamentaux. Elle apporte à la musique une solidité nécessaire. 11 n y a aucune raison de craindre qu’elle soit destinée à disparaître. Elle se transfor mera encore, comme elle s’est toujours transformée, d un auteur à 1 autre, et souvent au cours de la carrière d'un même auteur. Elle durera autant que la musique: elle est la musique elle même. Aux mains de M. Witkowski, la symphonie française poursuit le mouvement où 1 a engagée César Franck en lui infusant, sous l'inspiration des derniers ouvrages de Beethoven, le sang nouveau de la grande variation. Le plan du premier morceau, sauf dans le développement, est tout à fait traditionnel ; mais il ne faut le considérer que dans l’attente du finale. Envisagez toute la symphonie comme formée de deux grandes parties directement rattachées par la pensée, et se complétant I une l’autre ; sinon la première pourra vous sembler finir un peu court, et la dernière
commencer d une façon un peu incertaine. Entre ces deux parties, d’un sentiment pathétique et fort, intervient un « divertissement » traité dans la forme normale, quoique très développée, d'un scherzo avec trio; le jeu très riche des rythmes, où la rêverie vient le disputer à l’humour, s’y déploie avec une vivacité et une aisance charmantes. Le finale seul présente une forme inusitée : c’est un grand andante varié , entre les trois reprises duquel s’intercale par deux fois un mouvement très animé. L’impression conclusive n’en est pas très nette ; peut-être y manque-t-il un retour suffisamment affirmé du thème principal dans sa première acceptation, après de trop insistantes transformations « par mouvement contraire ».
C est encore une des qualités particulières de cette musique vigoureuse et saine, que celle du rythme. Je parle du rythme, et non pas seulement des rythmes : je veux dire le rythme des périodes, de la pensée et de la ligne, du sentiment et des proportions, des oppositions d’intensité dynamique ou des oppositions de couleurs, et de rythmes mêmes. C’est là ce qui soulève et clarifie la pâte musicale, extrêmement savoureuse, polyphonique non sans âpreté ni quelquefois sans confusion. Il est vrai que la polyphonie n est point ici un artifice d écriture, mais de la vie encore, bouillonnant constamment sous Je mouvement plus large de l’émotion directrice.
Du Temps :
Gaston Carraud.
L Association des Concerts-Lamoureux nous a fait entendre une symphonie nouvelle de M. Witkowski; on se plaît à croire que cette audition ne sera pas unique. Vous savez que M. Witkowski fut d’abord officier de cavalerie, comme jadis Alexis de Castillon ; d’autre part, M. Albert Roussel, M. Mariette furent officiers de marine. Parmi les jeunes compositeurs français au sujet de qui 1 on peut concevoir les meilleures espérances, plusieurs ont ainsi commencé par être soldats, avant de se livrer tout entiers à la musique. De même, la Russie nous a montré un Rimsky-Korsakoff lieutenant de vaisseau, et un Moussorgsky lieutenant aux gardes. Il est curieux que la musique, le plus secret de tous les arts, et celui qui réclame les études les plus ardues, soit aussi celui où l’on a vu s’élever le plus haut des hommes qui n’étaient point de purs professionnels. En quittant l’armée, M. Witkowski fonda les Concerts de Lyon, dont il est encore le directeur et le chef d’orchestre, et qui forment sans doute la meilleure et la plus active de nos sociétés instrumentales de province : je vous ai à diverses reprises entretenus de ses efforts et de ses succès. La symphonie que les Concerts-Lamoureux viennent d’exécuter est la deuxième qu il ait produite: la première, construite sur un thème populaire
breton, a déjà plusieurs fois été entendue à Paris ; vous en connaissez les qualités d’animation, de couleur et de force rythmique. Celle qu'il nous donne aujourd hui est sensiblement différente de sa devancière ; elle a moins de mouvement et d’élans extérieurs, mais une vie plus intime.
Elle comprend trois parties : les plus importantes sont la première et la dernière, qui sont unies par une étroite parenté d'inspiration et de conception; elles se complètent l'une l’autre, et le finale est le complément et la conclusion du morceau initial. La deuxième partie les sépare comme par un intermède; c est un scherzo de structure presque exactement classique, où les rythmes et les timbres sont fort divertissants. La symphonie tout entière est construite sur deux thèmes principaux, que l’on entend dans l'introduction du premier morceau, et d'où sont issus tous les éléments secondaires ; le mode de développement qu emploie ordinairement M. Witkowski est celui de la grande variation, dont Beethoven a laissé de si admirables exemples dans ses dernières oeuvres, et qui, assez longtemps négligé après lui, paraît aujourd'hui destiné à renouveler et à agrandir notre art symphonique. Le plus caractéristique des trois morceaux de la symphonie de M. Witkowski est à cet égard le finale, d’une grande étendue, d’une courbe vaste et harmonieuse, traité en variations d’une richesse et d’une ingéniosité remarquables ; variations dont les trois principales, d un mouvement lent, d'un sentiment poétique et mystérieux, sont coupées à deux reprises par un mouvement rapide et tumultueux. Il me semble qu'il manque à ce beau morceau, et à la symphonie elle-même, un peu d'ampleur, de certitude, d'accent décisif dans la péroraison. ]1 se peut que M. Witkowski se soit fait scrupule de terminer sa symphonie par une de ces fins à grand effet et en forme d'apothéose à quoi se complaisent tant d’autres musiciens, et des plus célèbres ; scrupule qui lui fait honneur. Mais il y a mis alors un peu d excès;.son oeuvre s'achève sur une impression plus indécise qu'il était nécessaire, et que ne faisait pas prévoir le caractère de fermeté des développements antérieurs.
C est d ailleurs la seule impression de cette sorte que fasse éprouver la deuxième symphonie de M. Witkowski ; la conception en est d'une suite et d une unité profondes. On peut même croire au premier examen que cette unité et cette suite ont quelque chose de trop voulu et de trop prémédité ; que c’est là une de ces oeuvres qui ont été exécutées selon un plan combiné dans ses moindres détails, et dans lesquelles la musique a bien plutôt pour objet de suivre exactement ce plan que d'exprimer des pensées et des sentiments. Mais on reconnaît vite qu'il n'en est pas ainsi, et que si M. Witkowski s’est fixé par avance un plan général, il ne s'est pas borné comme d'autres à l'exécuter par
des procédés mécaniques et d’après les règles de l'école, et qu’une inspiration véritablement vivante anime les formes de sa symphonie. Dans le détail de la musique, cette symphonie est fort intéressante. Essentiellement polyphonique, elle entrelace et superpose les thèmes, les sujets et les contre-sujets avec beaucoup d'art et d’audace, parfois aussi avec quelque rudesse ; les duretés harmoniques n’y sont pas rares. Il est vrai que très sensibles dans la réduction pour le piano, elles sont atténuées par l'orchestration, plus légère, plus souple et plus subtile qu'elle n’était dans la symphonie précédente: à cet égard il y a de l'une à l'autre un incontestable progrès. L’œuvre nouvelle de M. Witkowski est un des ouvrages les plus importants et les plus dignes d'attention qu’en ces dernières années on nous ait donnés au concert.
Pierre Lalo.
D'E xcelsior :
M. Camille Chevillard jouait hier, pour la première fois, la seconde symphonie de M. G. Witkowski, dont la Société Nationale avait donné, au mois de mai dernier, l’audition initiale.
Je vous ai dit alors mon sentiment sur cette œuvre ; encore le mot de « sentiment » est-il ici bien impropre, car les travaux de M. Witkowski ne sont pas de ceux qui s'adressent au sentiment, mais à 1 intellect. Al. Witkowski appartient à cette école de compositeurs qui croiraient, je pense, montrer une coupable frivolité s’ils écrivaient rien que pour 1 agrément de 1 oreille et les appétits de la sensibilité. Us conçoivent la musique comme un algèbre sonore : les éléments sur quoi ils opèrent ne sont point des mélodies, mais des (( thèmes » au sens le plus abstrait et parfois le plus maussade de ce terme. Etant donné un groupe quelconque de notes, si terne qu’il puisse être, il s’agit pour eux d’en tirer les combinaisons les plus nombreuses et les plus rigoureuses possible. C'est, je crois, d'une part imposer à la musique un rôle peu conforme à la nature de cet art ; c’est, d'autre part, dédaigner chez elle ce qui fait son charme et son éloquence.
Cette poétique spéciale vient-elle, chez ceux qui s'en réclament, d'une conviction impérieuse, ou seulement d’une incapacité naturelle à produire des œuvres plus spontanées ? Je n’en déciderai point. Dans cette poétique, M. Witkowski est passé maître et sa seconde symphonie en porte témoignage.
Cette idée par trop volontaire d'écrire des symphonies, non pas sans savoir la musique comme M. Gunsbourg, mais sans la sentir et probablement sans l’aimer, a pour inconvénient de produire des œuvres d'un abord ingrat, d'une allure guindée, des œuvres rêches et ingrates.
Cela dit, on ne saurait nier que M. Witkowski soit passé maître dans
ccs sortes d'agencement et que sa nouvelle symphonie en porte un témoignage fort estimable : la construction est solide, les articulations nettes, les déductions serrées. C'est une belle pièce d'ingénieur.
J. Chantavoine.
Du Matin :
Les nouveautés abondaient hier. Nous avions chez M. Chevillard, où je suis allé d’abord, la seconde symphonie de M. Witkowski. Son plan offre un parfait exemple d’équilibre et de symétrie. Entre le premier et le dernier morceau, conçus de la même manière et opposant d'égale sorte 1 animation a la lenteur, la gravité méditative à la rudesse joyeuse, se place un pittoresque scherzo qui, tout en apportant à l’oeuvre la diversité nécessaire, ne détruit point sa remarquable unité. Les développements ont une pareille logique. Des thèmes de dessin vigoureux se transforment, se disloquent et se reconstituent, se combinent par augmentation et par diminution, s’unissent les uns aux autres selon les règles de la plus moderne et de la plus sévère polyphonie. Ils sont ingénieusement harmonisés et instrumentés. Une grande force volontaire se manifeste là. Elle ne pourra manquer de sembler excessive à ceux qui recherchent dans la musique un peu d'émotion, de charme, de caprice, qui croient sincèrement que la liberté de l’inspiration n'empêche pas la beauté de 1 expression. Mais nul ne contestera ce qu’elle a de respectable. Le public s est du reste montré très courtois envers l'auteur.
Alfred Bruneau.
De Comœdia :
Pour ce qui est du concert Lamoureux, j’en puis, grâce à la répétition du samedi, dire toute l'excellence. Nous connûmes, lors d une des récentes soirées de la Société Nationale, la deuxième Symphonie de M. Witkowski. Elle est ardente, haute en couleurs, et pleine de réelles séductions. M. Witkowski laisse leur véritable importance aux deux éléments consécutifs de la musique, le rythme et la mélodie. Il s’exprime harmoniquement, sans excès, mais cependant avec une recherche de bon aloi. 11 développe de très personnelle façon. On peut ne pas pénétrer d'un coup la forme, la structure de son oeuvre. Il semble même quelles ne soient pas exemptes de langueurs incidentes et parfois de monotonie. N'importe! Telle quelle se manifeste, cette symphonie charme, se meut et vit. Un musicien sincère, probe et doué 1 imagina et la sut
réaliser avec une évidente expérience.
Au reste. M. Witkowski a beaucoup produit déjà. Parmi ses œuvres importantes. il convient de citer un quintette pour piano et instruments a cordes.
un quatuor et la première Symphonie en rê mineur. M. Witkowski occupe, dans le monde musical, une place d’autant plus notable qu’aux mérites du compositeur il joint ceux de chef d’orchestre. Directeur de la Société des Grands Concerts de Lyon, M. Witkowski accomplit depuis plusieurs années une besogne féconde et de nombreuses oeuvres modernes ont pu, grâce à ses soins, être exécutées dans les plus brillantes conditions.
De la JRépublique française :
M. Chevillard donnait hier satisfaction aux diverses fractions de son public en conviant de nouveau M" e Bréval à interpréter de la magnifique façon que vous savez la scène finale du Crépuscule des Dieux et l'air de Cassandre de la Prise de Troie. Il nous prouvait, en outre, la force et la variété de la musique française contemporaine en nous offrant des traductions fermes et homogènes des subtils Nocturnes de M. Debussy, des profondes Variations Symphoniques de César Franck —» dont M. Pierret tint avec autorité la partie de piano principal — et en ajoutant à son répertoire la Deuxième Symphonie de M. Witkowski, connue seulement jusqu'ici du cercle restreint des habitués de la Société Nationale. Je vous ai parlé, lors de leur apparition successive, des remarquables compositions précédentes qui ont assuré à l’actif fondateur des Grands Concerts lyonnais une juste renommée : une première Symphonie, un Quatuor à cordes, une Sonate de piano et violon. Vous retrouverez dans la Symphonie nouvelle — affirmés avec une certitude croissante — les mêmes mérites, trop rares hélas ! par le temps qui court : la sincérité éloquente de l’invention mélodique, l’ampleur aisée des proportions, la sûreté d’une construction particulière utilisant de manière personnelle le principe de l'unité cyclique et attestant la solidité d'une éducation faite auprès des meilleurs maîtres. Vous y goûterez
à coup sûr l'allure mystérieuse et grave de l'introduction générale source
des développements de l'œuvre entière — la ferme structure du premier allegro, les ingéniosités rythmiques du vivant scherzo, et le puissant mouvement du dernier morceau, qui amalgame Yandante et le finale traditionnels, dénoue maints conflits thématiques et expressifs et conclut par une brillante et chaleureuse péroraison. Au demeurant la Deuxième Symphonie de M. Witkowski
qui vient de paraître chez l'éditeur Durand réduite pour piano à quatre mains par l'auteur — est digne de prendre rang, avec celles de César Franck, d'Edouard Lalo, d'Ernest Chausson, de MM. Saint-Saëns, d’Jndy, Dukas, Ropartz et Magnard, parmi les productions qui, dans un genre difficile, honorent le plus hautement l'effort de notre école. J’ai plaisir à louer M. Che-
villard et ses collaborateurs de nous avoir permis de le constater, et je souhaite qu'ils nous donnent bientôt de ce bel et difficile ouvrage une seconde audition qui s'impose à tous égards. Mais faut-il beaucoup I espérer, vu les moeurs du bon public de nos « grands concerts ».
Gustave Samàzeuilh.
^ ^ vy
De YTzcho de Paris :
Concert Lamoureux.
Soyons scholiste, pour entendre et comprendre la symphonie de M.Witkowski.
Elle est conçue par son auteur, fidèle disciple de M. Vincent d Jndy, dans la forme cyclique. Un même motif est donc chargé non seulement d unifier les diverses parties grâce à des retours, mais encore de fournir la matière musicale, l'idée génératrice de toute la symphonie.
L'auteur a rempli ce dessein avec une réelle maîtrise. Il faut louer son adresse à varier le motif cyclique. Tous les artifices d'écriture sont mis à contribution avec une heureuse ingéniosité : rappels par augmentations, développement en fugato sur la a tête du motif», pédales fournies par cette même «tête» (où figurent la tonique et la dominante), divertissement (scherzo) où sont utilisés des thèmes issus du thème primitif, juxtaposition des motifs, mélanges de dessins rythmiques.
C'est un plaisir, à la lecture, que d'analyser cette vaste composition. Bien plus, on en admire la facilité mélodique. Car ce travail d école, fort bien assimilé par l’auteur, ne gêne en rien son invention : les idées, bien qu elles puissent sembler commandées par les combinaisons contrapuntiques, ont néanmoins une individualité, une physionomie propre, qui leur donnent le charme des mélodies spontanées.
Et l’on admire aussi la plénitude du langage harmonique : cela sonne gras. — Le son est plein et riche, ainsi que la matière, chez certains peintres, est solide et belle à voir. Comme on dit dans les ateliers « c'est d une belle pâte ».
Je craignais que l'orchestre ne fût lourd, surchargé, et que les motifs, surtout à cause des contrariétés du rythme, ne sortissent pas avec netteté.
L’audition a dissipé cette crainte. Aussi bien M. Witkowski, directeur des concerts de la salle Rameau, à Lyon, a déjà une longue pratique de 1 orchestre. Evidemment, les effets qu'il souhaitait d’obtenir, il les obtient.
Une particularité à noter : cette symphonie ne comporte pas les quatre morceaux ordinaires, mais bien deux grands morceaux séparés par un divertissement. — ]1 est vrai que le Finale comprend un andante et un allegro , ces deux mouvements ne sont pas seulement unis parce qu on les joue en « enchaînant », mais encore, dans l'allegro, reparaissent les rappels de 1 andante.
Cette œuvre signale désormais M. Witkowski à la diligente attention du public et des directeurs de concerts. — Quant à l’execution d’hier, elle fut digne de M. Chevillard et de son orchestre.
Adolphe Boschot.
De VAction française :
Certaines vérités font leur chemin : lors de l'audition à la Société Nationale de la remarquable 2 e Symphonie de M. G. M. Witkowski, nous avons rappelé les raisons pour lesquelles il est juste que le caractère restreint des concerts de la Société Nationale laisse subsister, en faveur des œuvres orchestrales nouvelles, le bénéfice de la « première audition » véritablement publique à l’un de nos Grands Concerts. M. Chevillard l’a compris, et il faut l'en féliciter : ainsi se réalise notre prédiction pour cette 2 e Symphonie (dont la réduction pour piano à quatre mains vient de paraître chez les éditeurs Durand et C ie ).
Comme il fallait s'y attendre, l’accueil parmi les musiciens a été des plus élogieux, et une connaissance plus appronfondie de cette œuvre y a révélé à bien des auditeurs des beautés insoupçonnées naguère. Tel est le sort des œuvres fortes, construites, mûries, véritablement a artistiques » pour tout dire d'un mot. Le succès immédiat est allé, comme la première fois a uDivertissement , rythmé et coloré à souhait. Mais l’admirable progression (par variations successives en mode beethovénien) de la pièce lente au finale qui la suit sans interruption, est apparue plus nette, plus dégagée; et les vraies intelligences d’artistes ont reçu là une double satisfaction due à l'émotion et à la compréhension combinées, ainsi qu’il arrive en présence de la pure beauté. Malgré un équilibre meilleur des forces orchestrales, quelques passages n’ontils pas paru encore un peu trop touffus? Est-ce seulement l’interprétation qui a pour résultat de masquer par instant le principal au bénéfice exagéré de l’accessoire ? C’est une question qu’il est permis encore de se poser , mais il ne faut pas se hâter de la résoudre, car, contrairement à une opinion admise, nous ne pensons nullement que la critique soit aisée, pour peu qu'on veuille la faire utilement, c’est-à-dire avec une saine raison éclairée par une forte doctrine. Sans doute, affirmer doctement qu’une œuvre est mauvaise ou mal faite est facile ; mais en montrer les raisons exactes et valables l'est beaucoup moins: or, cela seul importe entre gens intelligents et sensés. C’est pourquoi les Grands Concerts nous doivent au moins une autre audition de la 2 e Symphonie de M. G. M. Witkowski.
Auguste Serieyx.
Des Débats :
« Si l'intelligence seule ne peut enfanter que des productions toujours froides et, tranchons le mot, inutiles, lorsque l'étincelle instinctive du génie ne vient pas les alimenter, d’autre part, l’instinct seul demeure totalement impuis sant à édifier une oeuvre et n’arrive, sans l’aide de 1 intelligence, qu à balbutier d’ingénieuses mais toujours éphémères improvisations.» Certes, M. d Indy, en écrivant cette phrase, d'ailleurs très juste, dans la biographie critique de Beethoven qu'il a récemment publiée, ne se doutait pas qu on pourrait en appli quer la première proposition àl un de ses meilleurs élèves, M. G. Wltkowski, de qui l’Association des Concerts-Lamoureux vient d exécuter avec beaucoup de conviction la deuxième symphonie. Voilà pour le coup une composition considérable où tout repose sur l’intelligence, autrement dit sur le travail et la volonté de bien faire, en suivant rigoureusement les préceptes ou les exemples d'un maître et sans que l’instinct y joue aucun rôle, entendez par là le libie essor d’une pensée créatrice, l’indication tant soit peu perceptible d une touche un peu personnelle, d'une facture le moins du monde originale. Nul édifie sonore n'a jamais été plus solidement établi que la symphonie de M. W’it kowski, et l'on sent à chaque page, que dis-je? à chaque mesute, un composi teur formé à l’étroite discipline de M. d'indy. Toutes les ressouices du contrepoint y sont employées de la façon la plus rigoureuse et la plus complexe, en sorte que tous les hommes du métier apprécieront avec quelle industrie il a su observer les règles de la symphonie cyclique, c'est-à-dire se rapportant tout entière à un pauvre petit dessin de quelques notes, fut-il le plus insignifiant du monde, et les formules de la grande variation que son maître a codifiées en les appliquant lui-même, à l'imitation de César Franck.
Cette symphonie, établie avec une symétrie parfaite sur deux grands morceaux émanant du même thème, qui leur sert de lien, mais entre laquelle glisse un court intermezzo, d’une facture plus légère et tout rempli des sonorités et des jeux de timbres les plus modernes, nous donne presque constamment l’impression de quelque chose de heurté, de décousu par suite de 1 ambition du compositeur qui ne se tient jamais pour satisfait et s efforce opiniâtremen surélever son échafaudage musical. Et ces efforts trop visibles, qui ne laissent pas de nous fatiguer un peu sans que l’auteur en paraisse jamais las, le pous sent à gaspiller sans mesure les ressources de son orchestre, à accumuler sans trêve des effets exceptionnels, pour son second morceau, par exemple, où phrase du violon solo, assez jolie, mais un peu courte, est cependant préférable à tout ce tarabiscotage sonore. Mais c'est surtout dans le troisième morceau, formé d’un andante et d’un allegro reliés ensemble, qu’après un début
encore assez expressif, les changements de rythmes, les brusques apparitions de timbres, l’extrême mobilité de, parties, l’abus de, sons criards et des dissonances arrivent à produire une véritable confusion pour l’oreille aussi bien que pour 1 esprit, qui se perd à vouloir deviner la pensée de l’auteur Au total, pour conclure en toute équité, quel patient labeur, de tout point recommandable, et quelle grosse somme d’efforts on ne peut plus méritoires
mais trop souvent infructueux !
Adolphe Jullien.
Du Tigaro :
Nulle epoque musicale n'a peut-être été, plus que la nôtre, soucieuse des questions de forme. Ce sont elles qui composent l’essentiel des querelles d'esthétique : l’expression, le sentiment, la poésie en sont pour ainsi dire exclus. Etre cyclique ou ne J'être pas, vénérer et adopter les ressources de la grande variation beethovenienne, ou, tout au contraire, ne l’estimer qu a la façon d un accessoire caduc, être partisan du « son pour le son » ou de la
« forme pour la forme », voilà à quoi se résument les vastes débats soulevés de notre temps par la musique.
Joignez a cela cette fameuse « conquête de la personnalité # préoccupation toute moderne — où s’épuisent et se falsifient tant de talents, et vous sentirez qu’en aucun temps les musiciens n’ont été moins libres de penser ou d écrire a leur guise. On en arrive de la sorte, par un singulier sectarisme artistique, à aimer la musique pour le « parti » esthétique dont elle se réclame, plutôt que pour sa propre valeur ; on déprécie de beaux ouvrages pour en vanter de médiocres,
Le goût qu il convient de ressentir pour une oeuvre dépend d’un formulaire d un catalogue, où sont respectivement classés, suivant leurs affinités et suivant des dénominations parfaitement inexactes, les « sensualistes » et les « intellectuels ».
Si les partisans des « sensualistes », — c’est-à-dire de M. Debussy ou de M. Ravel — ont attribué une importance peut-être excessive à des détails, à des agréments, qui sont sans doute ce que la musique a de plus périssable, par contre les tenants des « intellectuels » — c'est-à-dire de M. d’Indy, de M. Magnard, de M. Dukas — ont sur la question des formes, sur leur ampleur nécessaire, des exigences qui sont peut-être tout aussi dangereuses. Les grandes formes beethoveniennes, celles qui régissent la 9 ' Symphonie ou les derniers quatuors, sont devenues la Bible de tout musicien qui veut inspirer à la foule des sentiments sinon de gratitude, du moins de respect. Or, ces formes exceptionnelles, que des idées, exceptionnelles aussi, ont engendrées sont devenues tout autre chose qu’un juste objet d’admiration : une formule, une
sorte de moule où sont coulées, puis étirées ou gonflées jusqu à 1 épuisement, de pauvres petites idées, bonne tout au plus à fournir la matière d aimables suites d'orchestre.
Quelques musiciens de ce temps ont légitimé, par la force et le caractère de leurs idées, par leur lyrisme ou leur pathétique profond, 1 emploi d une forme aussi vaste. M. Witkowski est-il de ce nombre? La Symphonie dont M. Chevillard donnait hier la première audition, ne permet pas de répondre directement à la question. Elle inspire trop de respect pour qu une négation brutale soit convenable : et elle offre des parties de charme trop réel pour qu il soit assuré que M. W’itkowski ne se trompe pas lui-même sur la forme qu il préconise. Tout d’abord, elle obéit à un plan très logique, puis, dans le finale, elle semble s’en émanciper ; elle est à la fois grave et enjouée ; à la fois très symphonique au début, pittoresque dans son milieu, dramatique dans sa péroraison.
Ce ne sont pas les marques d'une unité poétique bien rigoureuse. M. Witkowski semble avoir voulu, lui aussi, doter la symphonie d'un plan qui lui soit personnel ; il a séparé le premier et le troisième mouvement qui, thématiquement se complètent l’un l’autre, par un divertissement qui ne constitue dans la pensée de l'auteur qu'un épisode. Mais, ici encore, la forme déborde, sur l'idée, et si intéressante soit-elle, elle est insuffisante à suppléer le vaste sentiment qui l'eut légitimée.
Dérivations, déformations, superpositions, emploi judicieux de fragments de thèmes, liaisons adroites, retours habiles, construction tonale parfaitement équilibrée, orchestre sobre et puissant, tous les éléments d’une oeuvre saine et bien née se retrouvent dans la symphonie de M. Witkowski. Mais ces perfections de forme sont moins précieuses que la vivacité pittoresque du divertissement en forme de scherzo, ou que la tendre gravité de I andante. Et ce sont ces qualités — toutes directes celles-là — qui ont valu à M .Witkowski 1 accueil chaleureux que lui a fait le public. Robert Brussel.
De la Critique indépendante :
Parmi les ouvrages très remarquables que les concerts nous ont fait connaître cet hiver, la 2 e Symponie en la, de M. Witkowski, est certainement celui sur quoi se reposera le plus longtemps l'attention des musiciens. Les Symphonies de MM. Thirion et Ropartz, dont j’ai dit les mérites, rayonnent plus discrètement de cette pensée intérieure qui, dans 1 oeuvre de M. Witkowski, anime, vivifie, condense les éléments constitutifs les plus disparates, et les mène à une concrétion parfaite.
On s accorde a reconnaître à cette oeuvre un mouvement magnifique, qui serait, selon quelques commentateurs, l’expression même de la vie. C’est une impression que je ne ressens pas entièrement. Cette vie est factice en beaucoup de points, et l'on ne saurait percevoir le rythme large et continu de la vie dans un organisme sujet à des arrêts fréquents de ses facultés motrices. Trop souvent encore, le cerveau seul agit. ]1 n’y a pas une coordination habituelle entre les productions purement cérébrales, fruits de la raison, et les élément primitifs en bonne logique, émis par le coeur. Cette coordination est évidente chez Beethoven, que M. Witkowski a beaucoup étudié, visiblement. En effet, bien que sa technique, vigoureuse et subtile, se soit formée à l’école de M. d Indy, il est hors de doute que Beethoven, en sa deuxième manière surtout, ait influencé notre jeune auteur sur le rôle qu'il assigne à la musique, et principalement à la symphonie. 11 semble qu'il ait voulu continuer l ’évolution de cette forme de la musique, au point où Beethoven l’a laissée après sa Symphonie avec Chœurs ; il paraît certain que les derniers quatuors du Maître, et surtout la place considérable qu'y tient la variation, aient incité M. Witkowski à marcher dans cette voie. Le Finale de sa Symphonie est écrit, en effet, dans la forme variée. Mais il n'y a chez lui aucune faiblesse d’imitation. Une forme ancienne, peu ou malhabilement exploitée jusqu'ici, est reprise et traitée par des moyens personnels, curieux, neufs même, si l'on peut employer cet adjectif si galvaudé par l'emploi intempestif que des pseudonovateurs en ont fait. En somme, l'effort de M. W’itkowski marque mieux qu un beau geste; il trace dans la pensée musicale moderne un sillon suffisamment distinct pour que les jeunes compositeurs puissent s'y engager sans crainte d aboutir à une impasse. Et, s'il m’était permis de contribuer, pour une faible part, à la libération totale de cette nature intéressante, je supplierais M. Witkowski de faire moins de cas de sa science, de cette Science maudite, éteignoir naturel de tout élan vers la vie frémissante, et d’écouter son cœur, son âme, qui doit être, qui est, on le sent, belle, généreuse, éperdue de beauté et de bonté.
La Dame au Masque.
Du Courrier Musical :
Je ne me permettrai pas non plus d'exprimer une opinion bien nette sur la IV Symphonie de M. Witkowski, que M. Chevillard nous donnait le même jour. Cette dernière production de l’excellent chef d’orchestre lyonnais est une oeuvre trop considérable et trop « difficile » pour qu’on puisse, non point la juger (il n’est jamais permis de juger la musique), mais discerner exactement, dès une première audition, les sentiments qu elle inspire. J’ai cru prendre un
médiocre intérêt à son premier mouvement, Il est si compliqué, que ni l’orchestre Lamoureux, ni moi n'avons fait, peut-être, l’un vers l'autre, le pas décisif nécessaire pour que se produise le choc d’où jaillit la lumière. — C'est effrayant ce que je suis courtois aujourd’hui ! Je pense que le second mouvement me plairait vite, avec son petit sept temps armoricain. Et je suis sûr d'avoir beaucoup aimé le finale, et même profondément admiré l’andante initial de ce morceau, qui, tout entier d’une réelle grandeur et d'un lyrisme indiscutable, atteint, dans ses premières pages, à cette unité de forme, à cet équilibre matériel qui permet à certaines oeuvres de nous captiver tout de suite et qui, manquant à d’autres, rend plus difficile, pour l'amateur d'art, cette sorte de mise au point dont la réussite est l’essence même du plaisir artistique.
qr q? q, Jean d’Udine.
De la T{evue musicale S. 1 . M. :
Ce reproche, aucun des trois compositeurs de l’école franckiste exécutés aux derniers concerts ne saurait l’encourir. M. Witkowski, dans sa a* Symphonie, use habilement d’une palette brillante. Mais les couleurs semblent artificielles. Cela provient de ce que la volonté seule, dans cette œuvre, paraît guider le compositeur. Quelques suites brèves de notes, traitées par des procédés d’école: augmentations, renversements, constituent le principe delà mélodie. L'harmonie est presque toujours le résultat de rencontres contrapuntiques. Le rythme, de déformations industrieuses. De sorte que ces trois éléments de la musique, dont la conception devrait être simultanée, et avant tout, instinctive, sont ici élaborés séparément, et unis par un travail purement intellectuel, dirait-on.
Les moyens scholastiques, qui abondent dans les trois parties de cette symphonie, laissent trop percevoir que l'auteur s'est imposé la tâche de développer telle idée, coûte que coûte, de la conduire en tel ton. Combien cette affreuse logique delà raison est loin de celle de la sensibilité! Cependant, derrière ce masque morne, on discerne à tout instant un musicien profond, vibrant, qui n’a pas dû accepter sans révolte la discipline et les macérations qui lui furent imposées au nom de je ne sais quels dogmes absurdes.
^ ^ q, Maurice Ravel.
De la Phalange :
Je n'ai malheureusement pu entendre ni, aux Concerts Colonne, la symphonie de M. Thirion, ni, aux Concerts Lamoureux, celle de M. Guy Ropartz, qui sont toutes deux des ouvrages considérables, mais je me suis dédommagé avec celle de M. Witkowski, dont M. Chevillard a donné la
seconde audition à Paris. Une pareille oeuvre demande à ce que l'on se familiarise avec elle.
Elle renferme en elle une telle richesse musicale que Ton ne peut, en une seule fois, mettre à découvert tous les trésors qui s’y dissimulent. Il y règne d’un bout à l’autre une mâle franchise et une ardeur généreuse qui se dépense sans compter. L’on sent dès les premières mesures que c’est de tout son coeur que M. Witkowski a composé sa Symphonie, ce qui ne veut pas dire qu’il y ait mis ni fade sensiblerie ni désordre. L’architecture en est, au contraire, d’une logique rigoureuse ; mais, à côté de ces qualités de composition que tout le monde peut acquérir, il en est d’autres qui lui appartiennent en propre et auxquelles je suis particulièrement sensible.
Ce n’est pas à son orchestre qu’on pourrait reprocher d’être un ** gigantesque harmonium " ; sans tomber dans des exagérations de mauvais goût, il y a, du commencement à la fin, une préoccupation constante de la sonorité qui est une des plus précieuses acquisitions de la musique moderne. La forme matérielle que revêtent les sons pour parvenir à notre oreille n’est nullement négligeable et l’agrément intellectuel n’en est que plus vif lorsqu'il s’accompagne d’un plaisir sensuel.
Tandis que la première et la troisième parties forment entre elles un harmonieux et savant équilibre, la seconde, intitulée “Divertissement”, est d’un caractère tout différent : elle vient apporter une note de délicate fantaisie et les détails ingénieux de rythmes et de timbres y foisonnent. Le début du dernier mouvement est aussi d'un effet très nouveau, puis, après le rappel des différents thèmes, l’oeuvre se conclut sur une reprise de l’andante.
On voit donc combien, chez M. Witkowski, comme chez quelques autres, le cadre classique de la symphonie peut souplement servir à l’expression de la sensibilité la plus moderne et la plus raffinée. Quelle pitié seulement que les Grands Concerts soient si peu hospitaliers aux ouvrages de cette haleine 1 Si, par hasard, ils consentent à les jouer une fois, sans les avoir d’ailleurs suffisamment préparés, ils les laissent ensuite tomber dans un silence définitif au lieu de les garder à leur répertoire. En les redonnant, de temps en temps, ils en obtiendraient pourtant de meilleures exécutions. Le public se familiariserait peu à peu et il n'y aurait plus cette scandaleuse disproportion entre l’effort d'un artiste qui consacre à une symphonie plusieurs années d’un labeur constant, qui y met le meilleur de son coeur et de son talent et l’attention distraite et parcimonieuse que lui accordent pendant de courts instants un chef d'orchestre pressé, quelques critiques malveillants et un auditoire généralement inintelligent des choses de la musique.
René Chalupt.
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