‹ La développement de la constitution anglaise depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 36 sur 69 · XL1I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL1I INTRODUCTION

dans les institutions anglo-saxonnes à l'initiative individuelle. Aujourd'hui, ce mouvement de réaction s'y dessine plus nettement encore. Dominée par des considérations et des circonstances spéciales, obéissant au besoin d'une étroite cohésion indispensable à l'achèvement de ses desseins, l'Allemagne rompt décidément avec la tradition libérale de ses aïeux. Ce n'est plus l'indépendance de l'individu qu'elle arbore comme un drapeau sacré, avec son noble cortège de libertés et de vertus ; le but qu'elle poursuit, avec une constance et une rigueur dignes d'une autre cause, c'est la concentration la plus formidable de tous les pouvoirs aux mains de l'État. Là convergent tous ses efforts, toutes ses lois, toutes les réformes de sa politique intérieure et de son administration. L'État dorénavant sera tout ; l'individu n'a qu'un devoir et qu'un rôle, s'absorber dans l'État. L'enseignement public s'est donné pour mission de répandre et de consolider la doctrine nouvelle. Les professeurs les plus renommés, à Berlin et ailleurs, enseignent à leurs disciples que les races royales et les classes dirigeantes ne doivent pas être discutées^ et planent au-dessus de l'instabilité des opinions ; qu'un bon prince est l'oint du Seigneur, une image terrestre de la majesté divine, dont la parole n'est pas un

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ordre, mais une loi. Nous voilà bien loin des antiques Germains et de leur Wapnatack, ce choc des armes qui décidait du choix des chefs et du sort des propositions qu'ils soumettaient à leurs indomptables compagnons !

Ces faits sont notoires; toutes les voix de la presse les publient journellement. En vérité — peut-on s'écrier — est-ce bien le moment de vanter si magnifiquement et de porter si haut la grande âme germanique?

Non, la liberté n'a jamais été l'apanage d'une race humaine à l'exclusion des autres (25). Ne retrouve-t-on pas le même droit primitif chez tous les peuples à leur naissance? N'a-t-on pas signalé l'analogie des institutions germaniques avec celles mêmes de l'Inde ? Ce qu'il est vrai de dire, c'est que certains peuples, tout en aimant la liberté, ont pu être entraînés à porter leurs préférences ailleurs. 11 y a une portion de vérité dans le reproche qui nous est adressé. Oui, la liberté, bien qu'elle nous soit aussi chère qu'à personne, nous touche moins cependant qu'un autre droit, l'égalité : et c'est là notre tort. On peut dire que la passion de l'égalité est le trait dominant de notre caractère national. Cette passion s'est nourrie de notre sourde et ancienne irritation contre le régime des castes ; forti-

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