‹ La développement de la constitution anglaise depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 35 sur 69 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

civilisation romaine? Et qu'a donc fait de plus pour l'humanité la civilisation germanique? Sans Rome, eût-elle même existé (24) ? Qui affirmera que les libertés rudes et sauvages qu'abritaient les forêts du Nord eussent jamais été sifécondes, si elles n'avaient senti les souffles du Midi? Estril certain que les institutions saxonnes, livrées à elles-mêmes dans l'île britannique et échappant à l'action très-complexe du continent latin, eussent enfanté la constitution libérale dont la nation anglaise est si justement ftère ? De célèbres historiens, hors de notre pays, ne nous ont-ils pas enseigné que l'élément aristocratique des sociétés modernes de l'Europe y aurait paru sous les auspices des Germains mêmes, dont la liberté, après tout, n'aurait été qu'un individualisme égoïste et farouche ? Les Romains, au contraire, au su de tous, n'avaient-ils pas savamment organisé le régime communal dans toute l'étendue de leur empire? Et dans la Grande-Bretagne, ces autochthones, des Celtes, primitivement soumis par les envahisseurs saxons, paraissaient-ils donc si étrangers à tout sentiment de liberté ? Et l'Irlande, où l'ancien droit celtique constate l'usage d'assemblées gêné* raies sur une bruyère ouune colline* comme dans la Suisse même, dont M. Preeman fait, en débutant, un tableau si poétique et si flatteur? Et cefs popu-

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lations des trois îles normandes, restées la propriété des Anglais sur nos côtes, mais si essentiellement françaises, et celles encore du bas Canada, où notre race est sans mélange, qui montrent pourtant une si rare aptitude pour le self -govemment, faut-il donc les passer sous silence? Enfin, pour terminer par le trait le plus frappant, peut-on oublier, sans se rendre coupable d'une criante injustice, qu'une révolution fameuse entre toutes a, la première, nonseulement défini avec solennité, mais généreusement tenté de mettre en pratique tous les droits, sans exception , que réclament légitimement l'homme et le citoyen, et que cette révolution est la Révolution française ?

A vouloir bien approfondir la question, serait-il même si malaisé de démontrer que la philosophie utilitaire anglaise, en subordonnant la liberté de l'individu aux vicissitudes de l'intérêt général, lui prête un appui moins ferme et plus discutable que la grande école française, qui la fonde sur le caractère sacré et inviolable de la personne humaine ? La preuve en est flagrante, sous nos yeux, dans l'Allemagne elle-même. Déjà, en remontant de bon nombre d'années, un revirement singulier s'annonçait chez nos voisins d'outre-Rhin. Le philosophe Hegel se plaignait de la trop large part accordée

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