RÉVEIL DE LA DÉVOTION
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de sa dévotion. Saint Antoine n’a pas été d’abord convoqué officiellement à la fête; il y est venu toutefois sur l’appel du peuple lui-même. Sa dévotion était déjà connue; mais on la pratiquait plutôt privément. Dans tous les pays du monde, on invoquait saint Antoine, mais surtout dans les familles, dans l'intimité. En dehors de l'Italie, on parlaït peu de lui; et lui, il faisait ses miracles si discrètement que sa puissance, à laquelle chacun recourait, semblait rester ignorée de tous.
Mais, depuis deux ans, voilà que tout est changé. La dévotion publique à saint Antoine s’est répandue d’un bout du monde à l’autre, et tous les chrétiens rivalisent d’ardeur et d’entrain pour publier ses faveurs, chanter ses louanges et exalter son pouvoir miraculeux.
La rapidité de ce réveil universel d’une dévotion qui semblait dormir tient elle-même du prodige. N’est-ce
pas un triomphe qui ressemble à celui que remporta saint Antoine la première fois qu’il prêcha publiquement ?
Cette dévotion pénètre partout, et partout se traduit par un réveil étonnant de la croyance au surnaturel. Le naturalisme s'était infiltré jusque dans les masses, et y avait tué le surnaturel dont pourtant elles ont tant besoin. La dévotion à saint Antoine et surtout les miracles qu’il opère tuent le naturalisme, ct ressuscitent le surnaturel.
Cette dévotion tend aussi à détruire l'influence néfaste de tous les moyens extraordinaires que le démon emploie pour attirer les hommes à la superstition, et particulièrement au culte que lui rendent les sociétés secrètes. Mais, ce ne sont pas là les raisons déterminantes . qui poussent les masses à la dévotion envers saint Antoine. Ces considérations ne servent qu’à l'expliquer.
La véritable cause de sa propagation, c’est l'attrait même qu’elle à pour le
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peuple. $Saint Antoine a été si puissant, mais si humble et si bon, qu'il:est resté un des saints des plus sympathiques que l’Eglisc aït placés sur ses autels.
Il exerce aujourd’hui sur les cœurs la même influence qu’il exerçait, durant sa vie, sur ces multitudes quiaccouraient pour le voit et l'entendre. On l’aime donc parce qu’il est bon ; ‘on l’invoque parce qu’il exauce; on lui demande des miracles, parce qu’il en fait. Sa puissance en effet semble à la disposition . de tous ceux qui l’appellent à leur Secours.
Les saints sont glorifiés par Dieu, après leur mort, d’un genre de gloire qui rappelle leurs vertus principales, et leurs moyens de sanctification. C’est juste, et c’est du reste le mode le plus sûr de glorification parfaite. Or, saint Antoine multiplia les miracles en faveur des pauvres, des faibles, des souffrants, des opprimés, des délaissés. N’est-il pas juste qu’il continue du haut du ciel
son œuvre de protection aimable et compatissante ?
Oui, oui, aujourd’hui comme durant sa vie mortelle, saint Antoine a pitié de tous ceux qui sont en proie à la souffrance ou aux épreuves. Voilà pourquoi il est À bon droit l’ami des pauvres et l’avocat des causes désespérées, Il suffit de le connaître pour se sentir attiré vers lui, l’aimer et l’invoquer,
Vie populaire abrégée de saint Antoine de Padoue
Saint Antoine naquit à Lisbonne, au Portugal, en 1195, selon toute probabilité le jour de l'Assomption de la sainte Vierge, pour laquelle il eut toujours la plus tendre dévotion. Son père s’appelait don Martin de Bouillon, et était de la noble race de Godefroy de Bouillon, le conquérant du Tombeau du Christ ; sa mère, Thérèse de Tavera, descendait de l’un des rois des Asturies. L'enfant reçut le nom de Ferdinand. Le palais où il naquit est devenu une église, et l’on y conserve les fonts qui servirent à son baptême.
Dès l’âge de cinq ans, il promit de rester vierge, et son angélique pureté ne se démentit jamais. A dix ans, il était déjà parvenu à un haut degré de sainteté, et, à quinze ans, il fit un miracle. Le démon lui apparut sous la forme d’un gros chien. Effrayé, le saint enfant traça de sa maïn le signe de la croix sur le marbre, et le démon prit la fuite.
Cependant le marbre avait cédé sous son ‘doigt, et la sainte empreinte se vénère encore dans l’église cathédrale, à Lisbonne.
Dieu venait de conférer le don.ées miracles à celui qui devait être le Thaumaturge dans l'Eglise. À partir de ce moment, ce don lui fut comme naturel. Il n’a jamais paru ‘douter ‘un seul instant de sa puissance.
Désireux d’être tout à Dieu, il-entra bient®' chez les moines réguliers de Saint-Augustin, dont le couvent était situé aux portes de sa ville natale.
C’est là qu’il fit son noviciat, fa piété
et sa science grandirent avec les années, etil édifiait tous ses frères par son humilité et sa régularité.
Son noviciat fini, ses supérieurs le transférèrent À Sainte-Croix de Coïmbre, chef-lieu de Ordre. IT avait luimême sollicité. la faveur de s'éloigner de. Lisbonne, afin de vivre dans une solitude plus complète. A Sainte-Croix, il se livra tout entier à l’étude des Livres Saints et des écrits des saints Pères. Au bout de huit années, il savait toute la sainte Ecriture par cœur ; si bien que, si elle cût été détruite, 1l eût pu la reconstituer à lui seul. Les archives du couvent parlent de lui comme: d’un homme célèbre, savant et pieux, versé dans la littérature, el environné de la gloire de ses mérites.
De temps en temps, sa miraculeuse puissance se manifestait ; deux traits, rattachés par ses biographes à cette période de sa vie, en sont lx preuve:
—Un jour qu’il était chargé du soin
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des malades, un religieux se trouvait à l’infirmerie, cloué sur son lit par une maladie pénible et dangereuse. Emu de compassion en entendant ses plaintes, don Ferdinand se met en prière, puis étend son manteau sur le pauvre Frère, qui soudain se trouve guéri.
— Une nuit de Noël, le devoir le retenait au même poste, auprès des malades, et il ne put se rendre à l’église pour assister à la messe de minuit, et contempler des yeux de la foi Jésus- EnranT sur l'autel. Il le désirait si ardemment que Jésus voulut faire un miracle en sa faveur. Au moment de l'élévation, sans sortir de l’infirmerie, Ferdinand s’agenouille donc pour adorer en esprit la sainte Hostie. O prodige ! les murs s’entr’ouvrent miraculeusement, et le saint assiste à la consécration : il voit l’Hostie s'élever, et il l’adore comme s’il était au pied de l'autel, L’élévation passée, les mursse referment ; tout rentre dans le cours
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ordinaire, et l’infirmier privilégié continue sa veille. |
Que notre Dieu est aimable et bon !
Quelle touchante condescendance de sa part que de se prêter aïnsi à un simple désir, à un simple élan de ferveur !
Nous verrons pourtant que JÉsus porta la délicatesse et l’amabilité plus loin encore envers son serviteur aimé.
En tout cela, il ne faut pas perdre de vue une chose : c’est que don Ferdinand correspondait à la grâce, et, par
les ardeurs de son amour, appelait ces
faveurs de son divin Ami et Maître.
Avide de sacrifice et d’immolation,
il ne tarda pas à désirer une vie plus parfaite, plus humble, plus mortifiée et plus oubliée que celle des chanoines réguliers de Sainte-Croix. Ces moines étaient fervents, mais l'Ordre même était trop riche et trop puissant pour que l’humble Ferdinand y fût satisfait.
* Un nouvel astre venait de se lever 284. s
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sur l'Eglise. Les mœurs chrétiennes en souffrance l’attendaient depuis longtemps, et, à son lever, tous les cœurs simples et purs, épris de sa marche franche et hardie dans la vertu et de la pureté de sa vie, se tournèrent instinc-, tivement vers lui, comme les fleurs vers l’astre-roi. Don Ferdinand était une de ces fleurs avides de lumière et de sacrifice; -et l’astre qui se levait ainsi dans ce rayonnement attirant les regards dela chrétienté, c’était François d'Assise. Jamais peut-être plus parfait imitateur de la pauvreté de JÉsus-CHRIST n'avait paru dans l'Eglise.
Bientôt, le Dieu crucifié allait du reste compléter la ressemblance de son disciple avec lui, en le marquant de son sceau, en lui imprimant aux pieds, aux mains et au côté des plaies semblables aux siennes, en l’admettant à la gloire des sacrés stigmates.
François d’Assise-était bien le modèle et le guide que cherchait don Ferdi-
te on
ux les
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nand de Bouillon. C’est à cet honrme que Dieu avait dit : ‘“ Sors de la maison ‘ de ton père, fais-toi pauvre et presque “nu, dépouille-toi de tout, et je te ‘ donnerai le monde.” KE6 François avait institué cet Ordre admirable «les F'rères-Mineurs fondé eur la pauvreté et le dénuement. Toute. institution humaine se fonde sur des biens qui puissent en âssurer l'existence et la durée. [ei, ce fut le contraire. L’œuvre de saint François fut un renversement complet des choses. Elle fut une folie semblable à la folie de la Croix. Celleci avait sauvé le monde, celle-là régénéra la société chrétienne.
D'ailleurs, nous l'avons dit, la divine Providence avait prédestiné don Ferdi-
nand à être le continuateur de l’œuvre
de saint François. Cette œuvre appelait l’action et surtout l’éloquence irrésistible de celui qui fut plus tard saint Antoine de Padoue. François était un homme simple ; sa parole n’avait pas
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le prestige de la science ; il lui fallait un porte-voix pour répandre ses enseignements.
Ces deux hommes étaient prêts l’un pour l’autre. La Providence allait bientôt les rapprocher par un concours exprès de circonstances,
Don Ferd'nar* avait vu à Lisbonne des Frères - Mineurs aller pieds nus, vêtus de bure grossière, la tête couverte d’un capuchon, mendiant leur pain et n’ayant où reposer leur tête. Ce spectacle l'avait touché. Il s'était dit :
‘ Voilà mes maitres.”
Il avait, déjà auparavant, ressenti dans son cœur le désir de verser son sang pour la cause de J'ésus-CHRtsT.
Le spectacle de l’abnégation franciscaine ralluma dans son cœur la soif du sacrifice. Un autre événement, importaut dans sa vie, vint le déterminer définitivement à mettre son dessein à exécution.
Quelques Franciscains étaient allés
prêcher la foi au Maroc: et y avaient
été mis à mort.
Partis pauvres, humbles et sans éclat, ils revinrent- glorieux. Leurs restes furent rapportés en triomphe, protégés visiblement par la main de Dieu.
Devant eux, les ennemis fu lyaient, la
route s illuminait, les flots agités # apai-
salient. Toute l'Europe s'était émue à leur arrivée, et des populations innombrables étaient accourues pleines d’amour et de vénération enthousiaste pour acclamer ces dépouilles glorieuses.
Ferdinand ne voulut pas différer, et, au grand regret des chanoines de Sainte-Croix, il revêtit l’habit de Saint- François sous le nom de Frère Antoine.
Ileut bientôt la joie de partir pour l'Afrique, qui luiapparaïissait comme la Terre Promise du martyre.
Il se trompait. Dieu le réservait pour une autre mission.
Dès son arrivée sur la terre infidèle, il prit la fièvre et, quatre mois durant,
il fut cloué sur le grabat qui lui servait de lit. Son compagnon comprit enfin qu’il fallait revenir. Il en obtint la permission, et ramena demi-mort le Frère Antoïine en Europe.
Une tempête jeta le vaisseau dans un port de la Sicile. Antoine ne tardu pas à bénir le ciel de ce contre-temps, car 1l apprit là qu'un chapitre général de l'Ordre franciscain se tenait à Assise, et qu’il allait avoir le bonheur d’y contempler les traits de son séraphique Père saint François.
Il y arriva exténué de fatigue, brisé par la souffrance, décharné, desséché par la fièvre. Son apparence était si chétive que, même au milieu de tous ces pauvres aux habits usés, aux visages mortifiés, de tous ces imitateurs de J£Ésus humilié et crucifié, il brilla par sa misère, et eut la joie d’être méconnu et regardé comme inutile par ses frères eux-mêmes.
Chose étrange! Saint François lui-
même, le cluirvoyant, l’homme a double vue, ne devina pas son plus fidèle imitateur, son plus parfait disciple, le plus humble de ses humbles. J’humilité d’Antoine était plus profonde encore que la perspicacité de saint François.
Dans ce tournoi mémorable, où luttait l'humilité du fils contre la clairvoyance du père, l'humilité remportait la palme, et le plus précieux trésor que possédât le Patriarche d’Assise restait caché à sCS FCUX,
Personne ne fit attention au Frère Antoine. Chacun reçut sa mission, depuis les plus illustres fils de François, jusqu'aux plus humbles Frères, et Antoine resta le dernier comme uu rebut. Aucun Père n'avait osé s’en charger, car il semblait propre à rien.
Enfin, le Frère Gratien, touché de compassion, le prit avec lui pour dire la messe à l’ermitage de Monte-Paolo.
En arrivant à cet ermitage, saint Antoine se jeta à genoux, implorant la
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faveur d’être employé à la cuisine. On la lui accorda, et il passa neuf mois dans cet humble office.
Mais toutes ces humiliations, toute cette vie cachée n’étaient qu’une préparation mystérieuse, voulue par Dieu, pour la glorification de son serviteur.
La gloire devait être d'autant plus éclatante qu’elle était moins recherchée par saint Antoine, et moins attendue des autres. Voici comment il fut tiré de son obscurité.
En 1222, se tint, à Forli, un chapitre provincial, et, comme on devait y faire en même temps des ordinations, * saint Antoine fut chargé d’y accompagner quelques-uns de ses Frères.
Plusieurs Dominicains y étaient aussi venus pour les ordinations, et, à une conférence, ils se trouvèrent réunis aux Franciscains.
Le supérieur, par courtoisie, offrit aux Fils de Saint-Dominique d’adresser la parole. Ceux-ci s’en excusent sur
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ce qu'ils ne sont abus préparés.
Craignant de compromettre les membres de son Ordre, le supérieur n’osc en prier aucun ; car la circonstance était délicate. Il fallait en effet ne point exposer à un échec la réputation des Fils de Saint-François. Alors, il jette les yeux sur le Wrère Antoine, non pas qu’il le croit plus préparé que les autres ; mais : “ C’est un homme simple et sans lettres, se dit-il ; s’il parle mal, on le lui pardonnera facilement, ct d’ailleurs c’est un homme de Dieu, il nous édifiera toujours. ” Il lui commande donc d’adresser la parole.
“ Mais je n’ai jamais parlé en public, répond saint Antoine, et, depuis que je suis Frère-Mineur, je n’ai lu d'autre livre que mon bréviaire—Je le sais, reprend le supérieur, mais il faut obéir.”
Le Frère Antoine se lève avec modestie. Il parle d’abord simplement, et évite tout ce qui peut donner de l'éclat à son discours. C’est de J'Ésus-
Curisr qu'il parle, de son Maître qui s’est fait néant, qui s’est fait victime sur une croix, par amour pour Îles hommes. Et cn parlant de Jésus- Curisr, son Maître qu’il aime ardemment, il s’oublie, il s’anime peu à peu, il s’enthousiasme. Sa phrase se colore, s’échauffe et vit ; sa voix devient souple et forte : elle chante, elle prie, elle pleure, elle vibre, elle tonne, elle éclate ; son geste noble et vrai se déploie avec cette grâce que sait donner une éducation princière. Tout son corps, courbé par les veilles, les souffrances et les austérités, a retrouvé sa vigueur; il se redresse sous l'effort de l'inspiration :
le moine semble un prophète. Le Frère Antoine est transformé : on ne la jamais vu aïinsi C’est véritablement un foudre d’éloquence. La vérité coule À flots de ses lèvres ; elle est pure, brûlante, irrésistible. ŒÆElle pénètre sans effort dans les âmes de ses auditeurs.
Ravis, émus, bouleversés, harcelés par
cette parole captivante et victorieuse, ils fondent bicntôt en larmes et ne savent quel sentiment domine en eux, de la joie, de l’attendrissement ou de l'admiration. Enfin le Frère Antoine tout confus regagne son siège.
Ses auditeurs venaient d'entendre le plus puissant ‘orateur sacré du XITI © siècle, et peut-être le plus puissant qui aît paru dans l’ Eglise depuis les Apôtres.
Quelques-uns ont pu avoir plus de culture, plus de génie peut-être ; maïs aucun n’a jamais entraîné après lui des villes entières ; aucun n’a réuni habituellement autour d’une chaire des multitudes de 30,000 personnes, se tenant là pendant des heures, sans son-
” ger à leurs affaires et à leurs travaux.
A peine saint François eut-il appris le triomphe oratoire si inattendu de son humble Fils à Forli, qu’il le nomma prédicateur de la Romagne,-et le chargea d'enseigner la théologie dans plusieurs maisons de l'Ordre. C’est alors …
quecommença l’apostolat si merveilleux de saint Antoine. Le succès de sa.
prédication futinouï. Rien ne résistait à son éloquence : on l’appelait le marteau des hérétiques. Les conversions qu’il opérait ne se comptaient pas. Les églises étaient trop petites pour contenir ses auditeurs. Le jour où il devait prêcher, toutes les boutiques se fermaient ; les villes restaient désertes. Il prêchait en pleine campagne, et on se reudait autour de sa chaire improvisée dès minuit, afin d’avoir une place.
Lorsqu’il redescendait de chaire, c’était une poussée vers les endroits où il devait passer, et il fallait pour le protéger une escouade des Eommes les plus robustes qu’on pût trouver. Dans son enthousiasme et son désir de lui baiser les mains et de toucher ses vêtements, la foule l’eût écrasé.
Il avait, comme les Apôtres, le don des langues. Il prêcha un jour devant le Pape, les cardinaux et d’autres. per-
sonnages de diverses nations : tous le comprirent, comme s’il se fut exprimé dans la langue maternelle de chacun.
Le même miracle arriva souvent, quand ces multitudes de 30,000 personnes de langues diverses entouraïent sa chaire.
Les auditeurs les plus éloignés de lui comme les plus rapprochés l’entendaient fort distinctement. Sa puissance les protégeait contre les intempéries.
—Un jour, un orage approchait, ct allait fondre sur la foule qui l’écoutait; plusieurs en étaicnt effrayés. Saint Antoine les rassure, ct leur affirme que l'orage ne les atteindra pas. En effét, orage décrit une courbe dans sa marche, et se détourne pour ne point incommoder l’assemblée,
On l’entendit parfois clairement à une distance prodigieuse. Une femme ne pouvait se rendre au sermon ; son mari le lui avait défendu, Afligée de ce contre-temps, elle monte en haut de son grenier, et ouvre urje fenêtre. ©
prodige ! Malgré une distance d’une demi-lieue,elle entend chaque syllabe du sermon, aussi facilement que si elle eût été aux pieds mêmes du saint prédicateur.
D’autres fois les miracles qu’il faisait servaient à l’appui de sa prédication.
Pour confondre un hérétique, qui niait la présence réelle de JÉsus-CHrisr dans l’Eucharistie, il commanda au mulet de cet hérétique de s’agenouiller, et d’adorer Ja sainte Hostie qu’il lui montrait. Le mulet obéit sur-le champ, et l’hérétique se convertit.
—AÀ Rimini, d’autres hérétiques en grand nombre se bouchèrent les oreilles, afin de ne point être tentés de se rendre À la force de sa parole. Saint Antoine se dirige vers le bord de la mer; il invite les poissons à s'approcher du
rivage, ct à écouter la parole de Dieu
que des hommes refusent d’entendre.
Les poissons accourent, se placent devant lui, près du rivage, la tête hors de l’eau,
, | chacun à son rang, les petits au bord,
les plus grands plus loin, ct se tiennent
; | immobiles et attentifs, pendant que le
\ saint leur parle de la bonté de Dieu, et
\ leur recommande de le remercier de la
| belle demeure qu'il leur a donnéa:. Le
sermon fini, ils courbent la tête pour
| recevoir la bénédiction du saint, et regagnent leurs profondes retraites.
Les hérétiques fondent en larmes et abjurent leur erreur.
Leurs chefs exaspérés résolurent de le faire mourir. Abusant de sa bienveillance envers eux, ils l’invitent un Jour à dîner, et jettent du poison sur les aliments qu’ils lui présentent. Dieu révèle leur crime à: son serviteur. Saint Antoine le leur reproche. Alors, ils prétendent qu’ils ont. voulu s'assurer &’1l | est homme de Dieu. Le saint fait le î signe de la croix sur lesaliments, et les mange, sans en ressentir aucun malaise.
Les auteurs de cet attentat, touchés ct honteux de leur méchanceté, se
DRE SR mme mn Sue» de
jettent à ses pieds et embrassent la vraie foi. .
T1 connaissait l’avenir, ct lisait dans |
les consciences.
—Dans la ville du Puy-en-Velay, vivait un notaire débauché, que saint
Antoine ne rencontrait jamais sans lui prodiguer des marques de respect extraordinaires. Le saint allait jusqu’à fléchir le genou devant lui. Le notaire insulté à la fin menaça Antoine de mort s’il recommençait. ‘“ Je salue en vous, reprit le saint, un glorieux martyr de Jésus-Christ. Pensez à moi quand vous serez dans les supplices. ” Comme bien on pense, le débauché n’en voulut rien croire: il était loin de songer au martyre.
Cependant, à quelques années de là, étant passé en Palestine, il y prêcha la foi, fut saisi par les infidèles et mis à
mort. En marchant au supplice, il raconta, à ceux qui le suivaient, la prédiction du saint.
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Antoine était tout charité ; mais son zèle ne connaiïssait pas de ménagements, quand il s'agissait du bien des âmes.
On le prie un jour de prononcer l’oraison funèbre d’un riche usurier.
Saint Antoine prend pour texte : Là où est votre trésor, là est votre cœur.
(Luc XII, 34). ;
Après le sermon, il ordonne d’aller ouvrir le coffre de l’usurier, et, selon ce qu’il avait annoncé, on y trouve le cœur du malheureux, au lieu et place de l'or qu’il avait amassé au prix de son âme.
Possédant le don de bilocation, il se trouva souvent en deux endroits à la fois. Pendant qu’il était en chaire cet que toute l’assemblée l’y voyait, il apparaissait au chœur, dans une autre église, et y remplissait des offices qui lui avaient été assignés.
Lesort des malheureux l’attendrissait.
Un jour, un de ses pénitents s’accuse d’avoir donné des coups de pied à sa mère. Le saint lui fait une vive remon-
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trance, et ajoute : ‘ L'enfant qui frappe à coups de pied celle qui lui «donné le jour, mérite qu’on lui coupe lepied.” Le pénitent est tellement touché de ces paroles que,'de retour chez lui, dansun excès de zèle, il se coupe le pied. On court chercher saint Antoïne. Il rapproche de la jambe mutilée et sanglante le pied du malheureux, l’y tient en place, et guérit parfaitement la blessure.
On imagine l’admiration de tous les assistants, lorsqu'ils voient le mutilé d'il y a un instant marcher sur ses deux jambes comme si rien absolument ne lui était arrivé.
Cette compassion pour le pauvre lui fit solliciter et obtenir de la ville de Padoue le privilège de la cession des biens. Aïnsi, celui qui avait été. malheureux en affaires pouvait se relever quelque jour,. et reconquérir l’aisance par plus de prudence et de travail. |
Tout abus de pouvoir trouva en lui un terrible adversaire. A preuve : ses
énergiques protestations contre les cruautés du tyran de Padoue, le farouche Ezzelin, ct les démarches qu’il fit auprès du Pape, pour faire déposer Frère Elie, qui travestissait l'esprit de Saint-François, et introduisait le relâchement dans l’Ordre franciscain.
À deux reprises, il se transporta en quelques instants de Padoue à Lisbonne, villes distantes de plus de centcinquante lieues, et, circonstance touchante, le motif de ces miracles fut la piété filiale.
Le second, surtout, de ces voyages sur les ailes de l'Esprit de Dieu mérite d’être raconté.
—Un meurtreavait été commis dans les jardins de son père, qui fut traduit devant les tribunaux, avec quelquesuns-de ses serviteurs. Les circonstances étaient contre lui; il fut condamné à mort. Saint Antoine, qui était à Padoue, apprend par révélation divine le danger que court l’auteur de ses jours. AA ee
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Il demande à son supérieur la permission de sortir de Padoue. Un ange le porte sans doute; car le lendemain matin il est à Lisbonne, et supolie le juge de ne point permettre la mort d’hommes innocents. Le juge refuse de retirer sa sentence. Alors saint Antoine va ressusciter le mort, l’amène devant le tribunal, et lui demande de déclarer si son père est coupable, Le ressuscité répond que les condamnés sont innocents. La cour veut savoir quels sont les vrais meurtriers; mais saint Antoine refuse de poser cette question. Il était venu sauver des innocents, mais non pas faire punir les coupables. Son père fut acquitté. Le ressuscité rentra dans son tombeau, et le saint retourna à Padoue de la même manière surnaturelle.
Il avertissait les pécheurs en songe d'aller se confesser, et leur révélait leurs péchés les plus secrets. IL délivrait ses pénitents de leurs tentations.
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— Pendant qu’il prèchaît, un jour, il aperçoit le démon, sous la figure d’un courrier, qui vient porter ün message à une dame, afin de ’empêcher d’entend re le sermon. Le prédicateur s'arrête, prévient la dame de la ruse et met en fuite l'ennemi de notre salut.
Souvent de son visage émanait une lumière qui éclairait les Âmes, ou terrassait les ennemis de Dieu. C’est aïnsi que le tyran Ezzelin, dont nous avons déjà parlé, tomba à ses genoux, comme foudroyé, un jour qu’il était venu vers lui avec ses sbires dans le dessein de le mettre à mort.
Véritablemént, toute la vie de saint Antoine de Padoue fut un tissu de miracles. Il semblait avoir un empire complet sur la nature, et, ce qui est plus étonnant, un ascendant, une autorité irrésistible sur les volontés.
Le démon lui faisait une guerre acharnée ; mais le serviteur de Dieu parve-* nait toujours à réduire à néant ses
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machinations. Pour se venger, l'esprit du mal l’attaquait souvent. Uno nuit, il lui apparaît sous une forme hideuse, et se jette sur lui pour l’étrangler. Le saint, sclon son habitude, implore Île secours de la sainte Vicrge, et le démon prend la fuite.
JÉsUS le dédommageait amplement de ces assauts de l'esprit infernal par des attentions d’un charme, d’une délicatesse infiniv. 11 le visitait souvent visiblement pendant son oraison, dans sa cellule. Ne faut-il pas vraiment tout l'infini de la bonté de Dieu, pour accorder de telles faveurs ? Le fait est pourtant certain: il fut constaté d’une manière irrécusable.
—Dans ses courses apostoliques, le saintavait coutume de passer la nuit chez un brave homme, fervent chrétien,qui le recevait avec beaucoup d’égards. Un soir que cet hommeavait le bonheur de posséder sous son toit son hôte vénéré, ilui-advmt de passer près de la':chambre
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où il avait placé, et il fut étonné de la voir remplie d’une vive lumière. Il voulutsavoirla cause de ce phénomène ct regarda discrètement. Quel ne fut pas son ébahissement, en voyant, sur le livre de saint, Antoine, un gracieux enfant qui lui tendait les bras, recherchaït ses caresses et ses baisers ! C’était JÉsus-ENFANT, qui daignait quitter la cour céleste pour venir prendre ses divins ébats avec son fidèle ami, saint Antoine.
Une révélation apprit au privilégié de Jésus qu’on l’avait découvert. Il ne manqua pas de recommander à son hôte de garder le silence le plus absolu sur ce qu'il avait vu; mais on conçoit que le secret ne tarda pas à transpirer.
Le pouvoir merveilleux qu’a saint Antoine de faire retrouver les objets perdus est appuyé sur un trait de sa vie qu’il convient de rapporter.
— Le saint possédait une copie mauuscrite de la Sainte Ecriture, dont les
marges étaient couvertes de commentaires de sa main. Comme l'imprimerie était inconnue alors, ce livre était pour lui d’un prix incalculable. IL l'avait apporté avec lui à Limoges, où on l'avait nommé gardien du couvent de son Ordre. Or, un jour, un novice, dans un moment de tentation, jette le froc et s’enfuit, emportant le précieux manuscrit. On comprend le chagrin de saint Antoine, lorsqu'il constate le vol.
Aussitôt, 1l tombe à genoux aux pieds de son crucifix et supplie Notre-Seigneur de lui rendre son livre perdu. J£sus- CHRIST ne pouvait refuser une si juste et si fervente demande.
Le novice fuyait rapidement avec le trésor, lorsque, sur le point de passer une rivière, il aperçoit, sur l’autre rive, un monstre horrible et menaçant.
Épouvanté, il retourne sur ses pas, court se jeter aux pieds de saint Antoine lui rend son manuscrit, implore son
pardon ct a le bonheur d'a tre réadmis dans l'Ordre.
Ce que saint Antoine obtint alors pour lui-même, il l’obtient maintenant pour ceux qui se recommandent à lui:
afin de retrouver les objets perdus.
Il prècha le carème à Padoue, pour la dernière fois, en 1231. Les conversions furent plus nombreuses et plus éclatantes que jamais. Mais c’était le chant du cygne, saint Antoine tomba bientôt malade, et se retira, avec quelques Frères pieux, dans un lieu solitaire, afin de se livrer tout entier à la contemplation.
Sa maladie s’aggrava rapidement et ne laissa bientôt plus d’espoir de guérison. Il recut les derniers sacrements, récita avec ses compagnons les Psaumes de la Pénitence, et chanta une dernière fois, d’une voix angélique, son hymne favorite à la sainte Vierge : O Gloriosa Domina. Elle lui obtint une dernière faveur : celle de voir JÉSUS-CHRIST, et
de converser avec lui. Enfin, inondé d’une joie toute céleste, il rendit son âme. Il avait trente-six ans.
Ses Frères voulaient cacher sa mort, afin de l’enterrer dans leur église. Dieu ne le permit pas. Il révéla l'événement à des enfants, qui partirent aussitôt et s’en allèrent courant et criant par toutes les rucs de la ville : Le Saint est mort !
le Suaïnt est mort !
Saint Antoine était d’une beauté angélique. La grâce de sa personne répondait adinirablement à la noblesse et à la pureté de son âme. ‘“ Voici, dit le KR. P. Ienry, le portrait que les historiens nous ont laissé de lui :
‘“ Antoine avait le teint d’un brun très foncé comme l’ont généralement les Portugais. Sa taille était médiocre ; il était assez gros, mais d’un tempérament maladif. Sa figure était ronde, bien remplie, gracieuse, et d’une aprarence toujours juvénile, enfantine presque, néanmoins empreinte d’une douce
SA VIE 41 gravité. Sont front était large ; le génie
et la pénétration brillaient dans ses
regards ; il avait le nez un peu allongé
et los lèvres très vermeilles. Tous ses
traits annonçaient la-plus grande bonté ;
on se sentait instinctivement attiré vers
lui, et ceux quine le conüaissaisnt pas comprenaient de suite qu’ils étaient en
présence d’un saint.”
Dans la mort, son visage conserva sa fraîcheur, et son corps, l'apparence de la vie. Les miracles se multiplièrent autour de son tombeau, auprès duquel accouraient des foules . énormes. Tous les malades qui le visitèrent, après s'être confessés, furent guéris. Un an seulement après sa mort, le pape Grégoire IX le canonisa. Le même jour, à Lisbonne, toutes les cloches firent entendre d’elles - mêmes de joyeuses volées, et toute la ville, sans qu’on en connût alors la raison, fut remplie d’une
grande joie.
En 1264, on transporta son corps
dans l’église actuelle, dite de Saint- Antoine, à Padoue, et saint Bonaventure, qui était présent, trouva la langue du grand saint parfaitement conservée.
T1 la prit dans ses mains, en pleurant de joie, ct la baïsa avec le plus profond respect, en s’écriant : O languz: bénie, qui avez toujours loué le Seigneur, el qui avez porté tant d’autres à le louer, c’est maintenant que brille au grand jour le mérite que vous avez eu devant Dieu.
Cette sainte langue se conserve encore intacte et vermeille à Padoue. Elle est une preuve permanente et palpable de la force surnaturelle des prédications
de saint Antoine, puisque Dieu le glorifie depuis tant de siècles par un miracle aussi évident.
Saint Antoine n’a cessé de faire sentir à son intervention miraculeuse auprès de Dieu, en faveur de tous ceux qui l'ont invoqué. Il faudrait des volumes pour raconter les faveurs extraordinaires,
obtenues par son intercession, dans les seules limites de notre pays.
Daus toute la chrétienté, on lui a toujours rendu un eulte spécial. On s'adresse à lui surtout pour retrouver les objets perdus, et pour toutes les causes désespérées. La piété chrétienne vient de l’établir le trésorier des pauvres.
Il continuera, ainsi, de soulager Îles misères spirituelles et temporelles de tous ceux qui recourront à son pouvoir miraculeu x.
Puisse-t-il étendre sa protection sur
nous, et bénir le peu que nous faisons pour le faire connaître et aimer !
JII
Principales prières à saint Antoine
de Padou2