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tres. Voici comment il fut tiré de son obscurité.
En 1222, se tint, à Forli, un chapitre provincial, et, comme on devait y faire en même temps des ordinations, saint Antoine fut chargé d'y accompagner quelques-uns de ses Frères.
Plusieurs Dominicains y étaient venus dans le même but, et, à une conférence, ils se trouvèrent réunis aux Franciscains.
Le supérieur, par courtoisie, oïfrit aux Fils de Saint: Dominique d'adresser la parole. Ceux-ci s’en excusent sur ce qu'ils ne sont point préparés. Craignant de compromettre les membres de son Ordre, le supérieur n'ose en prier aucun ; car la circonstance était délicate.
I! fallait ne point exposer à un échec Ia réputation des Fils de Saint-François. Alors, il jette ies yeux sur le Frère Antoine, non pas
qu'il le croit plus préparé que les autres ; mais : ‘ C’est un homme simple et sans lettres, se dit-il ; s’il parle mal, on le lui pardonnera facilement, et d’ailleurs c'est un homme de Dieu, il nous édifiera toujours.” Il lui commande don: d'adresser la parole.
‘Mais je n'ai jamais parlé en public répond saint Antoine,et, depuis que je suis Frère Mineur, je n’ailu d'autre livre que mon bréviaire.— Je le sais, reprend le supérieur, mais 1] faut obéir.”
Le Frère Antoine se lève avec modestie. [l parle d’abord simplement, et évite tout ce qui peut donner de l'éclat à son discours. C’est de JÉSUS-CITRIST qu’il parle, de son Maitre qui s’est fait néant, qui s’est fait victime sur une croix, par smour pour les hommes. Et en parlant de JÉSUS-CHRIST qu'il aime, il s'oublie, il s'anime peu à peu, il
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s’enthousiasme. Sa phrase se colore, s'échauffe et vit ; sa voix devient souple et forte : elle chante, elle prie, elle pleure, elle vibre, elle tonne, elle éclate ; son geste noble et vrai se déploie avec cette grâce que sait donner une éducation princière. Tout son corps, courbé par les veilles, les souffrances et les austérités, a retrouvé sa vigueur; il se redresse sous l'effort de l’inspiration : le moine semble un prophète. Le Frère Antoine est transformé : on ne l’a jamais vu ainsi.
C’est véritablement un foudre d'’éloquence. La vérité coule à flots de ses lèvres ; elle est pure, brülante, irrésistible. Klle pénètre sans effort dans les âmes de ses auditeurs. Ravis, émus, bouleversés, harcelés par cette parole captivante et victorieuse, ils fondent bientôt en larmes et ne savent quel sentiment domine chez eux, de la joie, de l'é-
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motion ou de l'admiration, Enfin le Frère Antoine tout confus regagne son siège.
Ses auditeurs venaient d’entendre le plus puissant orateur sacré du XIIle siècle, et peut-être le plus puissant qui ait paru dans l'Eglise depuis les Apôtres. Quelques-uns ont pu avoir plus de culture, plus de génie peut-être ; mais aucun n'a jamais entraîné après lui des villes entières ; aucun n’a réuni habituellement autour d’une chaire des multitudes de 830,000 personnes, se tenant [à pendant des heures, sans songer à leurs affaires et à leurs travaux.
À peine saint François eût-il appris le triomphe oratoire si inattendu de son humble Fils à Forli, qu'il le nomma prédicateur de la Romagne, et le chargea d'enseigner la théologie dans plusieurs maisons de l'Ordre. C’est alors que com-
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mença l’apostolat si merveilleux de saint Antoine. Le succès de sa prédication fut inoui. Rien ne résistait à son éloquence : :on l’appelait le marteau des hérétiques.
Les conversions qu'il opérait ne se comptaient pas. Les églises étaient trop petites pour contenir ses zuditeurs. Le jour où il devait prêcher, toutes les boutiques se fermaient,; les villes restaient désertes ; car il prêchait en pleine campagne, et on se rendait autour de sa chaire improvisée dès minuit, afin d’avoir une place. Lorsqu'il redescendait de chaire, c'était une poussée vers les endroits où il devait passer, et il fallait pour le protéger une escouade des hommes les plus robustes qu'on püt trouver. Dans son enthousiasme et son désir de lui baiser les mains et de toucher ses vêtements, la foule l’eût écrasé.
Il avait, comme les Apôtres, le
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don des langues. Il précha un jour devant le Pape, les cardinaux et d’autres personnages de diverses naticns : tous le comprirent, com- :
me s’il se fût exprimé dans la langue maternelle de chacun. Le m4me miracle arriva souvent, quand ces multitudes de 30,000 personnes de langues diverses entouraient sa chaire.
Les auditeurs les plus éloignés de lui comme les plus rapprochés l’entendaient fort distinctement.
Il les protégeait aussi de sa puissance,
Un jour, un orage s’approchait, et allait fondre sur la foule qui k l’'écoutait ; plusieurs en étaient effrayés. Saint Antoine les rassure, et leur affirme que l'orage ne les 1 atteindra pas. En effet, l'orage dé- | crit une courbe dans sa marche, et se détourne pour ne point incommoder l’assemblée.
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On l'entendit parfois clairement à une distance prodigieuse. Une femme ne pouvait se rendre au sermon ; son mari le lui avait défendu. Afligée de ce contretem ps, elle monte au haut de son grenier, et ouvre une fenêtre. O prodige !
Malgré une distance d’une demilieue, elle entend chaque syllabe du sermon, aussi facilement que si elle eut été aux pieds mêmes du saint prédicateur.
D'autres fois, les miracles qu’il faisait étaient à l'appui de sa prédication. Pour confondre un hérétique, qui niait la présence réelle de JÉSUS-CHRIST dans l’'Eucharistie, il commanda au mulet de cet hérétique de s’agenouiller, et d’adorer la Sainte-Hostie qu’il lui montrait.
Le mulet obéit sur-le-champ, et l'hérétique se convertit.
À Rimini, d’autres hérétiques en grand nombre se bouchèrent les
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oreilles,afin de ne point être tentés de se rendre à la force de sa parole.
Saint Antoine se dirige vers le bord de la mer ; il invite les poissons à s'approcher du rivage, et à écouter la parole de Dieu que des hommes refusent d'entendre. Les poissons accourent, se placent devant Jui, près du rivage, la tête hotïs de l’eau, chacun à son rang, les petits au bord, les plus grands plus loin, et se tiennent immobiles et attentifs, pendant que le saint leur parle de la bonté de Dieu, et leur recommande de le remercier de ia belle demeure qu'il leur a donnée. Le sermon fini, ils courbent la tête pour recevoir la hénédiction du saint, et regagnent leurs profondes retraites.
Les hérétiques fondent en larmes et abjurent leur erreur.
Leurs chefs exaspérés résolurent de le faire mourir. Abusant de sa
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bienveillance envers eux, ils l’invitent un jour à dîner, et jettent du poison sur les aliments qu'ils lui présentent, Dieu révèle leur crime à son serviteur. Saint Antoine le leur reproche. Alors, ils prétendent qu'ils ont voulu s'assurer s’il est homme de Dieu. Le saint fait le signe de la croix sur les aliments,et les mange, sans en ressentir aucun malaise.
Les auteurs de cet attentat, tou- Chés et honteux de leur méchanceté, se jettent à ses pieds et embrassent la vraie foi.
Il avait le don de prophétie, et lisait dans les consciences. Il possédait aussi le don de bilocation.
On le vit souvent en effet en deux endroits à la fois. Pendant qu’il était en chaire, et que toute l’assemblée l'y voyait, il apparaissait au chœur dans une autre église, et
y remplissait des offices qui lui avalent été assignés.
Le sort des malheureux l’attendrissait, Un jour. un de ses pénitents s’accuse d'avoir donné des coups de pieds à sa mère. Le saint lui fait une vive remontrance, et ajoute : “L'enfant, qui frappe à coups de pied celle qui lui a donné le jour, mérite qu’on lui coupe le pied. ” Le pénitent est tellement touché de ses paroles que, de retour chez lui, dans un excès de zèle, il se coupe le pied. On court chercher saint Antoine. Il rapproche de la jambe mutilée et sanglante le pied du malhenreux, l'y tient en place, et guérit parfaitement Ja blessure. On imagine l’admiration de tous les assistants, lorsqu'ils voient le mutilé d’ily a un instant marcher sur ses deux jambes comme si rien absolument ne lui était arrivé.
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Cette compassion pour le pauvre lui fit solliciter et obtenir de la ville de Padoue le privilège de la cession des biens. Ainsi, celui qui avait été malheureux en affaires pouvait se relever quelque jour, et reconquérir l’aisance par plus de prudence et de travail.
Tout abus de pouvoir trouva en Jui un terrible adversaire. À preuve :
ses énergiques protestations contre les cruautés du tyran de Padoue, le farouche Ezszelin, et les démarches qu'il fit auprès du Pape, pour faire déposer Frère Elie, qui travestissait l'esprit de Saint-François, et introduisait le relâchement dans l'Ordre franciscain.
À deux reprises, il se transporta en quelques instants de Padoue à Lisbonne, villes distantes de plus de cent cinquante lieues, et, circonstance touchante, le motif de ces miracles fut la piété filiale.
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Le second,surtout,de ces voyages sur les ailes de l'Esprit de Dien mérite d’être raconté.
Un meurtre avait été commis dans les jardins de son père, qui fut traduit devant les tribunaux, avec quelques-uns de ses serviteurs.
Les circonstances étant contre lui, il est condamné à mort. Saint Antoine, qui était à Padoue, apprend par révélation divine le danger que court l’auteur de ses jours.
I demande à son supérieur la permission de sortir de Padoue.
Un ange le porte sans doute : car le lendemain matin il est à Lisbonne, et supplie le juge de ne point permettre la mort d'hommes innocents. Le juge refuse de retirer la sentence. Âlors, saint Antoine va ressusciter ie mort,l’amène devant le tribunal, et lui demande de déclarer si son père est coupable.
Le ressuscité répond que les con-
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damnés sont innocents. La cour veut savoir quels sont les vrais meurtriers ; mais saint Antoine refuse de poser cette question. Il était Venu sauver des innocents, mais non pas faire punir les coupables. Son père fut acquitté. Le ressuscité rentra dans son tombeau, et le saint retourna à l’adoue de la même manière surnaturelle.
Il avertissait lee pécheurs d'aller se confesser, et leur révélait leurs péchés les plus secrets. Il délivrait ses pénitents de leurs tentations.
Nouvent de son visage émanait une lumière qui éclairait les âmes, ou terrassait les ennemis de Dieu.
C’est ainsi que le tyran Ezzelin, dont nous avons déjà parlé, tomba à ses genoux, comme foudroyé, un jour qu’il était venu vers luiavec ses sbires dans le dessein de le mettre à mort.
Véritablement, toute la vie de
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tn saint Antoine de Padoue fut un
tissu de miracles. Il semblait avoir un empire complet sur la nature, et, ce qui est plus étonnant, un ascendant, une autorité extraordinaire sur les volontés. Personne ne pouvait lui résister. C’est donc à juste titre qu’on l'a nommé le Thaumaturg'e.
Le démon l'attaquait souvent.
Une nuit, il lui apparaît sous une forme hideuse, etse jette sur lui pour l'étrangler. Le saint, selon son habitude, implore les secours de la sainte Vierge, et le démon prend la fuite.
JÉSUS le dédommageait amplement de ces assauts de l'esprit infernal par des attentions d’un charme,d’une délicatesse infinie. Il le visitait souvent visiblement pendant Son oraison, dans sa cellule. Ne faut-il pas vraiment tout l'infini de la bonté de Dieu, pour accorder
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