RÉVEIL DE LA DÉVOTION
A des époques déterminées dans les décrets éternels de son gouvernement sur le monde, Dieu envoie des hommes extraordinaires, des hommes auxquels il semble prêter quelques-uns de ses attributs. Il les prévient de sa grâce, les prépare sous main, les dirige dans ses vues, et, au jour marqué, les révèle en les jetant dans la voie qu'il leur avait tra=ce.
Saint Antoine fut évidemment un de ces hommes prédestinés.
Au XIIle siècle, il fallait une régénération dans l’Eglise. Les mœurs s'étaient relâchées, et le flambeau de la foi avait p‘li dans les âmes obscurcies par les passions et l'ignorance. Saint Dominique s'était levé, et, armé du Rosaire, il avait renversé l’hérésie capitale de son temps, l’hérésie des Albigeois. De son côté, saint François
TR d'Assise, par le renoncement le plus complet, le détachement du monde le plus sublime, la pratique de la pauvreté portée au plus haut degré, une pureté angélique, des élans d'amour divin qui consumaient son pauvr: corps exténué, épura les mœurs, et réveilla dans les masses la piété et l'esprit de JÉSUS- CHRIST. Le monde entier s'était ému sous l'effort réuni de ces deux envoyés de Dieu qu’Innocent III avait vus luimême en songe comme deux colonnes Puissantes, raffermissant l'édifice de l'Église. Mais il fallait cultiver la semence céleste qu'ils avaient jetée en terre ; il fallait un continuateur de leur œuvr. , spécialement de l'œuvre de saint François. Saint Antoine de Padoue reçut de Dieu cette mission. A une éloquence dont les effets n’ont jamais été égalés depuis les Apôtres, il joignait
Es
RÉVEIL DE LA DÉVOTION S une vertu sublime et les ardeurs séraphiques de son patriarche et père saint François. Son pouvoir sur la nature était si grand que ses contemporains lui ont décerné le nom de Thaumaturge.
Ce titre glorieux, les siècles le lui ont conservé. Le Farseur de misacles a eu soin, du reste, de soutenir lui-même sa réputation. Cela est si vrai qu’on est encore à trouver un serviteur de saint Antoine qui n'ait pas à racorter quelque merveilleuse faveur obtenue par son intercession.
Aujourd’hui, la dévotion à saint Antoine prend un 'egain de vigueur et un caractère d’universalité qui attirent l'attention générale.
* On le sait. La foi catholique a subi de terribles assauts depuis un siècle.
L'Église en a gémi, et elle & /evé les Jeux, selon la parole du Psalmiste, vers
{es montagnes d'où le secours lui doit venir. Qu'est-il arrivé ?. . Le Vicaire de Jésus-Christ a vu lui aussi le danger, et la nécessité de travailler à la régénération de la société chrétienne, en opérant un réveil de la foi et un relèvement des mœurs. Pour atteindre ce double but,
il a ressuscité les facteurs de la régéné-
ration au XIIIe siècle,
Saint Dominique avait prêché une doctrine forte, appuyée sur la raison, puis il avait appris aux peuples à réciter le Rosaire, afin de leur assurer, par l'intercession de MARIE, les lumières d’en haut ; Léon XIII a ordonné l’étude des œuvres de saint Thomas, le plus grand des Fils de Saint-Dominique, et a prescrit, dans tout l'univers, durant un mois de l’année, la récitation publique du saint Rosaire. Saint François avait réhabilité l'esprit de pénitence en
RÉVEIL DE LA DÉVOTION rA se constituant l'époux de la Pauvreté, et avait légué à l'Église les Frères- Mineurs qui sont la prédication vivante du mépris du monde ; le Saint-Père a remis en honneur et à propagé le Ticrs- Ordre de Saint-François dans toute la chrétienté.
Nous avons dit que saint Antoine de Padouc eut pour mission de continuer l’œuvre de Saint Dominique, et surtout celle de saint François : ne fallait-il pas que le retour à ces deux grands saints fût suivi du retour à saint ‘Antoine? Eh bien ! nous assistons avec admiration à la renaissance attendue de sa dévotion. Saint Antoine n’a pas été d'abord convoqué officiellement à la fête ; il y est venu toutefois sur l'appel du peuple lui-même. Sa dévotion était déjà connue ; mais on la pratiquait plutôt privément. Dans tous les
pays du monde, on invoquait Saint Antoine, mais surtout au foyer de la famille, dans l'intimité. En dehors de l'Italie, on parlait peu de lui ; et lui, il faisait ses miracles si discrètement que sa puissance, à laquelle chacun recourait, semblait rester ignorée de tous.
Mais, depuis deux ans, voilà que tout est changé. La dévotion publique à saint Antoine s’est répandue d’un bout du monde à l’autre, et tous les chrétiens rivalisent d’ardeur et d’entrain pour publier ses faveurs, chanter ses louanges et exalter son pouvoir mirac'ileux.
La rapidité de ce réveil universel d'une dévotion qui semblait dormir tient elle-même du prodige. N'est-ce pas un triomphe qui ressemble à celui que remporta saint Antoine la première fois qu’il prêcha publiquement ?
RÉVEIL DE LA DÉVOTION 9 DRE ee SN RE Cette dévotion pénètre partout, et Partout se traduit par un réveil étonnant de la croyance au surnaturel. Le naturalisme s'était infiltré jusque dans les masses, €t y avait tué le surnaturel dont pourtant elles ont tant besoin. La dévotion à saint Antoine et surtout les miracles qu'il opère tuent le naturalisme, et ressuscitent le surnaturel.
Cette dévotion tend aussi à détruire l'influence néfaste de tous les moyens EXtraordinaires que le démon emploie Pour attirer les hommes à la superstition, et particulièrement au culte que lui rendent les sociétés secrètes. . Mais, ce ne sont pas là les raisons déterminantes qui poussent les mas.:s à Ja dévotion envers saint Antoine, Ces considérations ne servent qu’à l'expliquer.
La véritable cause de la Propagation, c'est l’attrait même qu’elle a pour le
peuple. Saint Antoine a été si puissant, mais si humb e et si box, qu'il est resté un des saints les plus sympathiques que l’Église ait placés sur ses autcls.
Il exerce aujourd'hui sur les cœurs la
‘ même influence qu’i! exerçait, durant sa vie, sur ces multitudes qui accouraient pour le voir et l'entendre. On l'aime donc parce qu’il est #on ; on l’invoque parce qu'il exauce ; on lui demande des miracl s,parce qu’ilenfait. Sa puissance en effet semble à la dispositition ‘de tous ceux qui l’appellent à leur secours.
Les saints sont glorifiés par Dieu, après leur mort, d’un genre de gloire qui rappelle leur vertus principales, et leurs moyens de sanctification. C’est juste, et c’est du reste le mode le plus
sûr de glorification parfaite. Or, saint Antoine multiplia les miracles en faveur