‹ La dévotion aisée;Chapitre 1 sur 65 · La dévotion aisée; · texte numérisé non relu

La dévotion aisée;

La Dévotion , que tant de gens ont décriée , avait besoin de quelqu’un qui la défendit ; et sa défense , que j’ai entreprise en cet ouvrage, ne pouvait avoir plus d’autorité que sous votre nom et de vos exem« pies. Je sais bien que ce n’est pas l’ordinaire de béatifier les vertus vivantes , 'et que les modèles achevés et les patrons Accomplis ne^se trouvent pas en ce monde. Les astres même, qui en sont le^plus hautes

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et les plus belles parties , ont des inégalités et des taches , souffrent des révolutions et des chutes.

Mais, Madame, vous n’êtes plus de ce monde que par la bonne odeur que vous y avez laissée , et par les merveilles que vous y faites. Votre vertu est dans une distance d’où elle peut se faire voir sans faire d’ombre , d’où elle peut eclairer la terre sans être obscurcie par les vapeurs de la terre : et il semble que Dieu ne la laisse dans cette existence, qu’afin quelle soit long-temps sur la montre , que notre siècle en soit long-temps illuminé, et 'que sa mémoire demeure plus fraîche et plus éclatante aux autres siècles.

Je ne pouvais donc mieux commencer

que par vous, Madame , la défense de la Dévotion : votre seul nom est une dé-

cîaration pour elle ; toutes vos actions font des faits qui la justifient et qui la louent; tous lui êtes tous même une apologie et un éloge , mais une apologie instructiTe et pleine de grandes maximes , mais un éloge qui explique et qui décide , qui sollicite et qui persuade ; et tout ce qu’enseignent, aTecun si grand nombre de paroles , tant de directeurs Trvans et de directeurs imprimés , se peut comprendre en un mot quand on tous allègue.

Permettez moi de continuer, Madame ; quoique je die de tous, Totre modestie n’a point de droit sur ce que je dis ; ce n’est pas pour tous que j’en parle, c’est pour le public à qui on ne doit pas cacher les modèles que Dieu lui donne.

Y a-t-il quelque Tertu régulière et de mesure , y a-t-il quelque Tertu héroïque

et relevée au dessus des règles et des mesures , dont vous n’ayez donné des exemples dans la cour et dans le désert , dans la bonne fortune et dans la mauvaise, à toutes les conditions et à tous les âges ?

Vous avez donné à la cour le plus beau patron qu’elle ait jamais vu, d’une prospérité sobre et modeste, d’une grandeur sans débordement et sans enflure , d’une abondance sujette aux lois et resserrée dans les bornes. Vous lui avez montré , par vos exemples , que la fortune (je dis la riche, la haute , l’heureuse fortune) : n’est pas indocile ni incapable de disci- | pline , que le luxe peut apprendre la rete- >, nue et la modération , que les délices peuvent être frugales et tempérantes. Vous ; lui avez fait voir une pureté inviolable à la contagion de son mauvais air , une

vertu à l’épreuve de ses coutumes et de ses ! exemples , une candeur sans fard et sans artifice qui effaçait le fard et défaisait les artifices > une simplicité plus subtile et mieux instruite, plus accorte et mieux j éclairée que sa finesse.

Il y a bien davantage , Madame , et vous avez fait une merveille bien plus surprenante. Vous avec introduit la Dévotion à la cour, où elle n’avait jamais été qu’en passant et en cachette ; mais vous l’y avez introduite hautement et en plein jour ; vous l’avez menée dans les assemblées et dans les conversations, aux heures de cérémonies et aux heures de réjouissance; et soit qu’elle reçût de vous quelques teinture de dignité, soit que vous reçussiez d’elle quelque lueur extraordinaire, les libertins qui en faisaient leur jouet par-

tout ailleurs , baissaient les yeux et la respectaient en votre présence.

Aussi , Madame , cette Dévotion n’était pas cette joueuse qui n’est occupée qu’à représenter et à feindre , qui met tout son soin à se faire des masques et à se préparer du plâtre : c’était une solide et sérieuse Dévotion, qui donnait une marque de christianisme à toutes vos actions, , qui faisait luire toute votre personne du feu de votre cœur et de l’onction de votre âme, qui ne souffrait rien que de juste et de concerté entre votre foi et votre vie. ■

Ce n’est donc pas une merveille ordi- j naire et de tous les jours, d’avoir renouvelé * en ce siècle une rareté du temps des mi- Tacles , de lui avoir fait voir de la verdure I et des fleurs dans une région de feu , de lui* avoir appris que la cour n’est pas tou-

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