‹ La dévotion aisée;Chapitre 40 sur 65 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Conclusion de l’ouvrage. — Avis important sur le choix des Directeurs.

J’en ai dit assez pour désabuser les imaginations prévenues de mauvais bruits et , séduites par les impostures de l’apparence. • J'ai rompu le charme qui donnait une forme affreuse à la Dévotion , qui faisait paraître des fantômes et des machines , 1 des montagnes et des précipices autour d'elle. Et non - seulement j'ai montré qu'elle n’est pas cette chagrine et cette sévère,quelle 11'est pas cette sauvage et cette barbare que les appréhensifs et les délicats se figurent ; j'ai montré même qu'elle ( est aisée et facile , voire plus aisée que le j vice qui est le tyran de ceux qui le sui- ‘ vent , voire plus facile que la volupté qui est de ces louves déguisées qui étouffent et qui déchirent ceux qui les embrassent.

Il resterait de confirmer la spéculation par la pratique , et de Tenir à l’usage après les preuves. Mais , outre qu’en divers endroits , j’ai touché en passant ce qu’il y a de principal et d’essentiel , l’usage qui est particulier ne s’enseigne pas en général. Il veut être accommodé aux âges et aux humeurs , aux sexes et aux qualités , aux emplois et aux saisons , au loisir et aux affaires; et tant de Liais si différons ne se peuvent prendre d’un trait de plume , ni se ramasser en trois lignes.

La conférence y est plus courte et plus I assurée que la lecture ; l’importance est de n’y aller pas au hasard et de prendre garde à qui on donne la main. Il y a des guides ignorans et sans habitude du pays , qui , n’en connaissant ni la carte ni la langue , embarrassent ceux qu’ils conduisent et les mènent à des fondrières par des épines ; il y en a de téméraires , qui se font des routes de leurs erreurs, et se perdent avec ceux qui les suivent ; il y en a de vains, qui aiment mieux s’égarer avec

bruit, qui aiment mieux se perdre et avoir des spectateurs de leur perte , que d’aller droit sans réputation et se sauver dans la foule; il y en a même d’inhumains et de cruels , qui tirent les voyageurs à l’écart , afin de les égorger plus sûrement et d’en avoir toute la dépouille.

Il n’est pas moins dangereux de se tromper au choix des guides qu’au choix des chemins; la lumière et la considéra- ! tion n’y sont pas moins nécessaires ; et quand il s’agit d’aller à un gîte dont on ne \ revient jamais , et où le bien et le mai n’ont point de mesure et n’auront jamais de terme , on n’y saurait trop chercher de sûreté , on n’y saurait apporter trop de prudence.

FIN

Page 1