‹ La dévotion aisée;Chapitre 47 sur 65 · XI EM B. LETTRE · texte numérisé non relu

XI EM B. LETTRE

rl’autrcs plus précis' sur l’amour (le Dieu; ne m’interrompez donc pas, car la suifre même en est considérable. Ecoutez Escobar, qui rapporte les opinions différentes de nos auteurs sur ce sujet, dans la Pra- I i que de l’amour de Dieu selon notre Société , au tr. i, ex. 2, n. 21, et tr. 5, ex. 4i n.8, sur cette question : « Quand est-on obligé d’avoir affection « actuellement pour Dieu ? Suarez dit que c’est as- « sez, si on l’aime avant l’article de la mort, sans « déterminer aucun temps; Yasquez, qu’il suffit en- « corc a l’article de la mort; d’autres, quand on rc- « eoit le baptême; d’autres, quand on est obligé |

« d’être contrit; d’autres les jours de fêtes. Mais ■

-< notre père Castro Palao combat toutes ces opi- ••

■< nions-la, et avec raison, merilo. Hurtado de Men- { « doza prétend qu’on y est obligé tous les ans, et « qu’on nous traite bien favorablement encore, de ne î « nous y obliger pas plus souvent. Mais notre père * « Coninck croit qu’on y est obligé en trois eu v

< quatre ans; Henriquez, tous les cinq ans; et Fi- ; « liulius dit qu’il est probable qu’on n’y est pas

•< obligé a la rigueur tous les cinq ans. Et quand « donc? 11 le remet au jugement des sages. » Je laissai passer tout ce badinage, où l’esprit de l’homme se joue si insolemment de l’amour de Dieu. Mais, poursuivit-il, notre père Antoine Sirmond, qui ' triomphe sur cette matière dans son admirable livre de la Défense de la vertu, ou il par! e français en <: [-'lance, comme il dit au lecteur, discourt ainsi au < 2e tr., sect. 1, pag. 12, 1 3 , i4> etc. : « S. Thomas (

< dit qu’on est obligé a aimer Dieu aussitôt après 41

< l’usage de la raison : c’est un peu bientôt; Sco- (

< tus, chaque dimanche : sur quoi fondé? d’autres, <: * quand on est grièvement tenté : oui, en cas qu’il

« n’y eiit que cette voie de fuir la tentation ; Sco- ( tus, quand on reçoit un bienfait de Dieu : bon

DIX! £ ME LETTRE

» pour l"'cn remercier; d autres, a la mort . c'est bien « tard. Je ne crois pas non plus que ce soil a cha- « que réception de quelque sacrement : l’attrilion « v suffit avec la confession, si l’on en a la coinmo- « dite. Suarez ftil qu’on y est oblige en un temps ; « mais en quel temps ? il vous en fait juge, et il n’en « sait rien. Or, ce que ce docteur n’a pas su, je ne <« sais qui le sait. » Et il conclut enfin qu’on n'est obligé a autre chose, a la rigueur, qu’a observer les autres commandements, sans aucune affection pour Dieu, et sans que notre cœur soit a lui, pourvu qu’on ne le haïsse pas. C’est ce qu’il prouve en tout son second traité. Vous le verrez a chaque page, et entre autres, aux pages 16, 19, 24, 28, où il dit ces mots : « Dieu, en nous commandant de l’aimer, se « contente que nous lui obéissions en ses autres ■ commandements. Si Dieu eût dit ; Je vous per- « drai, quelque obéissance que vous me rendiez, si « de plus votre cœur n’est a moi : ce motif, a votre « avis, eût-il été bien proportionné a la fin que <« Dieu a dû et a pu avoir ? Il est donc dit que nous <« aimerons Dieu en faisant sa volonté, comme si « nous l’aimions d’affections, comme si le motif de la « charité nous y portait. Si cela arrive réellement, « encore mieux : sinon , nous ne laisserons pas « pourtant d’obéir en rigueur au commandement « d’amour, en ayant les œuvres, de façon que (voyez « la bonté de Dieu! ) il ne nous est pas tant com- « mandé de l’aimer que de ne le point haïr. »

C’est ainsi que nos pères ont déchargé les hom mes de l’obligation pénible d’aimer Dieu actuellement. Et cette doctrine est si avantageuse, que nos pères Annat, Pintereau, le Moitié, et A. Sirmond même, l’ont défendue vigoureusement, quand on « voulu la combattre. Vous n’avez qu’a le voir dans leurs réponses a la Théologie morale : et celle du

père Pintcreau en la seconde part, de l’abbé de Boisic, p. 53, vous fera juger de la valeur de cette dispense, par le prix qu’il dit qu’elle a coûté, qui est le sang de Jesus-Christ. C’est le couronnement de cette doctrine. Vous y verrez donc que cette dispense de l’obligationÿltfc/ieMjre d’aimer Dieu est le privilège de la loi évangélique par-dessus la judaïque. « 11 a été raisonnable, dit-il, que, dans la loi «* de grâce du nouveau Testament, Dieu levât l’o- « bligation fàclieuse et difficile , qui était en la loi « de rigueur, d’exercer un acte de parfaite contri- « tion pour être justifié, et qu’il instituât des sa- « crements pour suppléer a son défaut, a l’aide “ « d’une disposition plus facile. Autrement, certes, 1 « les Chrétiens, qui sont les enfants, n’auraient pas «* maintenant plus de facilité a se remettre aux ' « bonnes grâces de leur père que les Juifs, qui « étaient les esclaves, pour obtenir miséricorde de « leur seigneur. »

O mon père ! lui dis-je, il n’y a point de patience î que vous ne mettiez a bout, et on ne peut ouïr sans ! horreur les choses que je viens d’entendre. Ce n’est pas de moi-même, dit-il. Je le sais bien, mon père, mais vous n’en avez point d’aversion; et, bien loin de détester les auteurs de ces maximes, vous avez de l’estime pour eux. Ne craignez-vous pas que votre consentement ne vous rende participant de leur , crime ? Et pouvez-vous ignorer que saint Paul juge « dignes de mort, non-seulement les auteurs des V maux, mais aussi ceux qui y consentent? » Ne ij suffisait-il pas d’avoir permis aux liommes tant de 1 choses défendues , par les palliations que vous y ' avez apportées? Fallait-il encore leur donner l’oc- , casion de commettre les crimes mêmes que vous , n’avez pu excuser, par la facilité et l’assurance de < l’absolution que vous leur en offrez, en détruisant a

DIXIÉTrlE LETTRE.

ce dessein la puissance des prêtres, et les obligeant d’absoudre, plutôt en esclaves qu’en juges, les pécheurs les plus envieillis, sans changement de vie, sans aucun signe do regret, que des promesses cent fois violées; sans pénitence, s’ils n’en veulent -point accepter; et sans quitter les occasions des vices, s’ils en reçoivent de V incommodité

Mais on passe encore au-dela, et la licence qu’on a prise d’ébranler les règles les plus saintes de la conduite chrétienne, se porte jusqu’au renversement entier delaloi de Dieu. On viole le grand commandement, qui comprend la loi et les prophètes : on attaque la piété dans le cœur : on en ôte l’esprit qui donne la vie : on dit que l’amour de Dieu n’est pas nécessaire au salut; et on va même jusqu’à prétendre que celle dispense d’aimer Dieu est l’ avantage que Jésus-Christ a apporté au monde. C’est le comble de l’impiété. Le prix du sang de Jésus-Christ sera de nous obtenir la dispense de l’aimer ! Avant l’incarnation, on était obligé d’aimer Dieu ; mais depuis que Dieu a tant aimé le monde, qu’il lui a donné son fils unique , le monde, racheté par lui , sera déchargé de l’aimer ! Etrange théologie de nos jours! On ose lever l’anathème que Saint Paul prononce contre ceux qui n’aiment point le Seigneur Jésus ! On ruine ce que dit saint Jean, que qui n’aime point demeure en la mort; et ce que dit Jesds-Christ même, que qui ne l’aime point, ne garde point ses préceptes ! Ainsi on rend dignes de jouir de Dieu dans l’éternité ceux qui n’ont jamais aimé Dieu en toute leur vie ! Voila le mystère d’iniquité accompli. Ouvrez enfin les yeux, mon père; et si vous n’avez point été touché par les autres égarements de vos casuistes, que ces derniers vous en retirent par leurs excès. Je le souhaite de tout mon cœur pour vous et pour tous vos pères; et je prie

dixième lettre.

Dieu qu il daigne leur (aire connaître combien est tau$se lu lumière qui les a conduits jusqu’à de tels précipices, et qu’il remplisse de son amour ceux qui en osent dispenser les hommes.

Après quelques discours de cette sorte, je quittai le père, et je ne vois guère d’apparence d’y retourner. Mais n’y ayez pas de regret; car, s’il était nécessaire de vous entretenir encore de leurs maximes , j’ai assez lu leurs livres pour pouvoir vous en dire a peu près autant de leur morale, et peut-être plus de leur politique, qu’il n’eût fait lui -même. Je suis, etc.

%^V VVVVVWV ^%/V ^'V-'-V'^/V vv •

Page 1