‹ La dévotion aisée;Chapitre 52 sur 65 · T) IX-5LPT1 EM.E LETTRE · texte numérisé non relu

T) IX-5LPT1 EM.E LETTRE

vous répondrai que deux conciles généraux et deux papes ont confirmé la condamnation des lettres d’Honorius. Mais quel fond prétendez-vous faire sur les paroles de ce bref, par lesquelles le pape déclare « qu’il a condamné la doctrine de Jansenius « dans ces cinq propositions?» Qu’est-ce que cela ajoute a la constitution, et que s’ensuit-il de la? sinon que, comme le sixième concile condamna la doctrine d’Honorius , parce qu’il croyait qu’elle était la même que celle des monothéliles ; de même le pape a dit qu’il a condamné la doctrine de Jansenius dans ces cinq propositions, parce qu’il a supposé qu’elle était la même que ces cinq propositions. Et comment ne l’eCit— il pas cru? Votre Société ne publie autre chose ; et vous-même , mon père, qui avez dit qu’elles y sont mol à mol , vous étiez a Rome au temps de la censure ; car je vous rencontre partout. Se fût-il défié de la sincérité ou de la suffisance de tant de religieux graves? Et comment n’eut-il pas cru que la doctrine de Jansenius était la même que celle des cinq propositions , dans l’assurance que vous lui aviez donnée qu’elles étaient mol à mol de cet auteur? Il est donc visible , mon père, que, s’il se trouve que Jansenius ne les ait i pas tenues, il ne faudra pas dire, comme vos pères ont fait dans leurs exemples , que le pape s’est trompé en ce point de fait, ce qu’il est toujours fâcheux de publier : mais il ne faudra que dire que vous avez trompé le pape ; ce qui n’apporte plus de scandale , tant on vous connaît maintenant.

Ainsi, mon père, toute cette matière est bien éloignée de pouvoir former une hérésie. Mais comme vous voulez en faire une a quelque prix que ce soit, vous avez essayé de détourner la question du point de fait pour la mettre en un point de foi; et c’est ce que vous faites en cette sorte: « Le pape, dites-vous,

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« déclare qu’il a condamné la doctrine de Jansenius « dans ces cinq propositions : donc il est de foi que « la doctrine de Jansenius touchant ces cinq pro- « positions est hérétique, telle qu'elle soit. » Voila, mon père , un point de foi bien étrange, qu’une doctrine est hérétique telle qu’elle puisse être. Et quoi ! si, selon Jansenius, un -peut résister a la grave intérieure ; et s’il est faux, selon lui, que Jésus- Christ ne soit mort que pour les seuls prédestinés , cela sera-t-il aussi condamné , parce que c’est sa doctrine? Sera-t-il vrai, dans la constitution du pape , que Von a la liberté de faire le bien et le mal? et cela sera-t-il faux dans Jansenius? Et par ;: quelle fatalité sera-t-il si malheureux, que la vérité 1 devienne hérésie dans son livre ? Ne faut-il donc pas ' confesser qu’il n’est hérétique qu’au cas qu’il soit J conforme a ces erreurs condamnées ? puisque la constitution du pape est la règle a laquelle on doit appliquer Jansenius pour juger de ce qu’il est selon le rapport qu’il y aura , et qu’ainsi : on résoudra l cette question, savoir si sa doctrine est hérétique , , par cette autre question de fait , savoir si elle est conforme au sens naturel de ces propositions ; étant impossible qu’elle ne soit hérétique , si elle y est conforme, et qu’elle ne soit catholique, si elle y est contraire. Car enfin, puisque, selon le pape et les évêques, les propositions sont condamnées en ‘ leur sens propre et naturel, il est impossible qu’elles soient condamnées au sens de Jansenius, sinon au [ cas que le sens de Jansenius soit le même que le ^ sens propre et naturel de ces propositions, ce qui [ est un point de fait.

La question demeure donc toujours dans ce point de fait , sans qu’on puisse en aucune sorte l’en tirer ■■ pour la mettre dans le droit. Et ainsi on n’en peut , faire une matière d’hérésie; mais vous en pourrie* 1

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bien faire un prétexte do persécution, s’il n’y avait sujet d’espérer qu’il ne se trouvera point de personnes qui entrent assez dans vos intérêts pour suivre un procédé si injuste, et qui veuillent contraindre de signer , comme vous le souhaitez , que l’on condamne ces propositions au sens de Jansenius sans expliquer ce que c’est que ce sens de Jansenius. Peu de gens sont disposés a signer une confession de foi en blanc. Or ce serait en signer une en blanc , que vous rempliriez ensuite de tout ce qu’il vous plairait; puisqu’il vous serait libre d’interpréter a votre gré ce que c’est que ce sens de Jansenius qu’on n’aurait pas expliqué. Qu’on l’explique donc auparavant, autrement vous nous feriez encore ici un pouvoir prochain, abstrahendo ab omni sensu. Vous savez que cela ne réussit pas dans le monde. On y hait l’ambiguité, et surtout en matière de foi , où il est bien juste d’entendre pour le moins ce que c’est que l’on condamne. Et comment se pourrait-il faire que des docteurs, qui sont persuadés que Jansenius n’a point d’autre sens que celui de la grâce efficace, consentissent a déclarer qu’ils condamnent sa doctrine sans l’expliquer : puisque, dans la créance qu’ils en ont, et dont on ne les retire point, ce ne serait autre chose que condamner la grâce efficace , qu’on ne peut condamner sans crime? Ne serait-ce donc pas une étrange tyrannie de les mettre dans cette malheureuse nécessité, ou de se rendre coupables devant Dieu s’ils signaient cette condamnation contre leur conscience, ou d’être traités d’hérétiques, s’ils refusaient de le faire

Mais tout cela se conduit avec mystère. Toutes vos démarches sont politiques. 11 faut que j’explique pourquoi vous n’expliquez pas ce sens de Jan senius. Je n’écris que pour découvrir vos desseins, et pour les rendre inutiles en les découvrant.

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Je dois donc apprendre a ceux qui l’ignorent que votre principal intérêt dans cette dispute étant do relever la grâce suffisante de votre Molina , vous ne le pouvez faire saris ruiner la grâce efficace, qui y est tout opposée. Mais comme vous voyez celle-ci aujourd’hui autorisée a Rome, et parmi tous les savants de l’Eglise, ne la pouvant combattre en elle-même, vous vous êtes avisés de l’attaquer sans qu’on s’en aperçoive , sous le nom de la doctrine de Jansenius. Ainsi il a fallu que vous ayez recherché » de faire condamner Jansenius sans l’expliquer; et que, pour y réussir , vous ayez fait entendre que sa doctrine n’est point celle de la grâce efficace, afin qu’on croie pouvoir condamner l’une sans l’autre. < De la vient que vous essayez aujourd’hui de le per- , suader a ceux qui n’ont aucune connaissance de cet ' auteur. Et c’est ce que vous faites encore vousmême, mon père, dans vos Cai ill ., p. a3; par ce , fin raisonnement : « Le pape a condamné la doc- ; » trine de Jansenius; or le pape n’a pas condamné « la doctrine de la grâce efficace : donc la doctrine ‘ « de la grâce efficace est différente de celle de Jan- « senius. » Si cette preuve était concluante, on montrerait de même qu’Honorius, et tous ceux qui le soutiennent, sont hérétiques en cette sorte: Le sixième concile a condamné la doctrine d’Honorius; ( or^ le concile n’a pas condamné la doctrine de l’Eglise : donc la doctrine d’Honorius est différente ; de celle de l’Eglise; donc tous ceux qui la défendent ** sont hérétiques. Il est visible que cela ne conclut f rien : puisque le pape n’a condamne que la doctrine ( des cinq propositions, qu’on lui a fait entendre être celle de Jansenius. #

Mais il n’importe; car vous ne voulez pas vous servir long-temps de ce raisonnement. Il durera ; assez, tout faible qu’il est, pour le besoin que vous

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en avez. Il ne vous est nécessaire que pour faire que ceux qui ne veulent pas condamner la grâce efficace, condamnent Jansenius sans scrupule. Quand cela sera fait, on oubliera bientôt votre argument, et, les signatures demeurant en témoignage éternel de la condamnation de Jansenius, vous prendrez occasion d’attaquer directement la grâce efficace , par cet autre raisonnement bien plus solide, que vous formerez en son temps : « La doctrine de Jansenius, direz» « vous, a été condamnée par les souscriptions uni- « verselles de toute l’Eglise; or cette doctrine est « manifestement celle de la grâce efficace; » et vous prouverez cela bien facilement :« donc la doctrine « de la grâce efficace est condamnée par l’aveu « même de ses défenseurs. »

Voila pourquoi vous proposez de signer cette condamnation d’une doctrine sans l’expliquer. Voila l’avantage que vous prétendez tirer de ces souscriptions. Mais si vos adversaires y résistent, vous tendez un autre piège a leur refus. Car, ayant joint adroitement la question de foi a celle de fait, sans vouloir permettre qu’ils l’en séparent, ni qu’ils signent l’une sans l’autre, comme ils ne pourront souscrire les deux ensemble, vous irez publier partout qu’ils ont refusé les deux ensemble. Et ainsi, quoiqu’ils ne refusent en effet que de reconnaître que Jansenius ait tenu ces propositions qu’ils condamnent, ce qui ne peut faire d’hérésie, vous direz hardiment qu ils ont refusé de condamner les propositions en elles-mêmes, et que c’est la leur hérésie.

Voila le fruit que vous tirerez de leur refus, qui ne vous sera pas moins utile que celui que vous tireriez de leur consentement. De sorte que si l’on exige ces signatures, ils tomberont toujours dans vos embûches, soit qu’ils signent, ou qu’ils ne signent -pas; et vous aurez votre compte de part ou d’autrer

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tant vous avez eu d'adresse a mettre les choses en état de vous être toujours avantageuses, quelque pente qu’elles puissent prendre !

Que je vous connais bien , mon père ! et que j’ai de douleur de voir que Dieu vous abandonne, jusqu’à vous faire réussir si heureusement dans une conduite si malheureuse! Votre bonheur est digne de compassion , et ne peut être envié que par ceux qui ignorent quel est le véritable bonheur. C’est être charitable que de traverser celui que vous recherchez en toute cette conduite; puisque vous ne l’appuyez' que sur le mensonge, et que vous ne tendez qu’a faire croire l’une de ces deux faussetés : ou que l’Eglise a condamné la grâce efficace, ou que ceux qui la dé- ; fendent soutiennent les cinq erreurs condamnées. ‘

Il faut donc apprendre a tout le monde, et que la t grâce efficace n’est pas condamnée par votre propre aveu , et que personne ne soutient ces erreurs; afin qu’on sache que ceux qui refuseraient de signer ce? que vous voudriez qu’on exigeât d’eux, ne le refu-j sent qu’a cause de la question de fait; et qu’étant , prêts à signer celle de foi, ils ne sauraient être hérétiques par ce refus ; puisqu’enfin il est bien de foi que ’ ces propositions sont hérétiques, mais qu’il ne sera ! jamais de foi qu’elles soient de Jansenius. Ils sont sans erreur, cela suffit. Peut-être interprètent-ils Jansenius trop favorablement; mais peut-être ne* l’interprétez-vous pas assez favorablement. Je n’entre pas la-dedans. Je sais au moins que, selon vosmaxi-* mes, vous croyez pouvoir sans crime publier qu’il ‘ est hérétique contre votre propre connaissance; au) lieu que, selon les leurs, ils ne pourraient sans crime», dire qu’il est catholique, s’ils n’en étaient persuadés. \ Ils sont donc plus sincères que vous, mon père : ils ont plus examiné Jansenius que vous : ils ne sont pas moins intelligents que vous : ils ne sont donc pas <

moins croyables que vous. Mais quoi qu’il en soit de ce point de fait, ils sont certainement catholiques , puisqu’il n’est pas nécessaire pour l’être de dire qu’un autre ne l’est pas; et que, sans charger personne d’erreur, c’est assez de s’en décharger soi-même.

A la fin de celle lettre, dans lapremière édition , se trouvent ces mots :

Mon révérend père, si vous avez peine a lire cette lettre , pour ne pas être en assez beau caractère , ne vous en prenez qu’a vous-même. On ne me donne pas des privilèges comme a vous. Vous en avez pour combattre jusqu’aux miracles; je n’en ai pas pomme défendre. On court sans cesse les imprimeries. Vous ne me conseilleriez pas vous-même de vous écrire davantage dans cette difficulté; car c’est un trop grand embarras, d’être réduit a l’impression d’Osnabruck.

DIX-IiUITIÈME LETTRE.

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