‹ La dévotion au cœur de MarieChapitre 108 sur 221 · Œuvres complètes, l. lll, p · texte numérisé non relu

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Cette doctrine n'est pas nouvelle. Elle remplit les épîtres de saint Paul, et on la rencontre en plusieurs endroits de l'évangile de saint Jean. Déjà même on la trouve dans lAncien Testament. C'est du moins dans ce sens que le P. Eudes entend le passage d'Ezéchiel, où Dieu promet de donner à son peuple, dans la nouvelle alliance, un esprit et un cœur nouveaux en leur envoyant son propre Esprit, et cette explication est conforme, au moins en substance, à l'interprétation traditionnelle (i).

C'est donc en nous communiqant son Esprit que

1. Cf. Cœur admirable. 1. 1. ch. :2 et ."i ; 1. 6, 1«'' oracle. Voici le texte d'Ezéchiel. .xxxvi, ;26-27 : « Dabo voLiscor novum et spiritum novum ponani in niedio vestri ; et aufcram cor lapideum de carne veslra, et dabo vobis cor carneiim. Et spiritiim nieiini ponam in niedio vestri. » Dans son office du Cœur de Jésus, au deuxième répons des Matines, le P. I']udes développe et explique ce texte de la manière suivante : « Dabo vobis Spiritum et cor novum ; Spiritum et cor meum ponam in medio vestri : ut diligatis Deum corde magno et animo volenti. Qiioniam estis Olii f)ei et meinbra CUristi, posuil Deus Spiritum suum et Cor Pilii sui in medio vestri : ut cum Paire et Cajùte veslro sit vobis Spiritus unus et cor unum. » On admet communément que le texte d'Ez^^cliiel se rapporte à la Nouvelle Alliance et quil vise le i-enouvellement intérieur produit en nous par le baptême. Or, tout le monde sait que ce renouvellement intérieur est l'œuvre du .Saint-Esprit qui. en nous infusant la grùce sanctifiante, se donne lui-même à nous pour nous faire vImc de la vie surnaturelle. Nous avons donc raison de dire que l'interprétation du P. Eudes est conforme, en substance, à linterprctalion traditionnelle. Voici comment .Maldonat commente le texte en question : « In me<lio vestri. in corde veslro, aut, in visceribus vestris, sicut <lixit sup.. cap 11. vers. 19. Consentaneum est hune locum (te Spiritu sancto, qui post baptismum dabalur Clirislianis, interpretemur, quemailmodum IJ. Petrus, Act. 2, v. 17. similem Joelis locum interpretatur, cap. 2, V. 28 ». .\p!id Migne, Cursus completui. tom. 19. col. 920. .-Xjoutons que le texte d'Ezécliicl sert d'introït à la messe de la viiîilc de la Pentecôte.

l'objet DE LA DÉVOTION 3H

Jésus nous fait vivre de sa vie, et dès lors ce divin Esprit peut être appelé, aussi bien que Jésus luimême, le cœur du chrétien. Saint Thomas déclare même que ce nom lui convient d'une manière spéciale, parce que son action est toujours occulte (1). Le P. Eudes ne s'écartait donc ni de l'enseignement ni du langage reçus en donnant au Saint-Esprit le nom de Cœur divin de Marie. Toutefois, comme il envisageait le Saint-Esprit plutôt comme l'esprit de Jésus que comme une personne à part, c'est à Jésus principalement qu'il donne le nom de Cœur de Marie ; il ne le donne au Saint-Esprit que par voie de conséquence et en union avec le Verbe incarné, dont il est lesprit.

Tout ce que nous venons de dire montre clairement que le Cœur divin de Marie, si étroitement uni qu'il soit à son cœur spirituel et même, en un sens, à son cœur de chair, est pourtant extrinsèque à sa personne. Il est vrai que le P. Eudes insiste sur l'union de ces trois cœurs. « Vous voyez, ditil, ce que l'on entend par le Cœur de la très Sacrée Vierge. Vous voyez qu'il y a trois cœurs en elle, son cœur corporel, son cœur spirituel et son cœur divin. Vous voyez que ces trois cœurs ne font qu'un en la Mère d'amour, comme notre corps et notre esprit

1. « Ad lerlium diceiulum quod caput habel inanifestam eminentiam respectu cetcrorum exteriorum membrorum : sed cor habet quauidam influentiam occuitam. Et ideo cordi compara lur SpiritusSanctiis,qui invisibilité!' Ecclesiam vivificat et unit " capiti autem comparatur ipse Cbristus secundum visibilem» naturain, secundum quam bomo bominibus praeferlur. » Sum, theoL, 3, 8, 1 ad 3"".

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ne sonlqu'uii, parce que son cœur spirituel est l'àme de son cœur corporel, et que son cœur divin est le cœur, l'âme e\ l'esprit de son cœur corporel et spirituel. (1) »

Ailleurs, il ne craint pas Je dire queiifre ces trois cœurs il y a une union si parfaite qu'il n'y en a jamais eu et qu'il n'y en aura jamais de <( plus clroilo après l'union hypostatique (2k »

11 ne faudrait pourtant pas dénaturer la pensée du Bienheureux, et pour cela il importe de se souvenir que, si étroite qu'on la prétende, l'union de Jésus avec sa très sainte Mère ne va pas jusqu'à supprimer la distinction des personnes. En venant dans le cœur de sa Mère, Jésus en prend possession, il y vit, il y règne au point que toute la vie de Marie relève de lui comme de son princii^c, à j)eu près comme la vie du corps relève de l'âme qui le vivifie, mais avec cette différence toutefois que le corps et l'âme s'unissent dans l'unité d'une seule nature et d'une seule personne, ce qui ne saurait exister entre Jésus et sa divine Mère. Il en est tout autrement du cœur spirituel et du cœur corporel de Marie. L'union entre eux ne consiste pas uniquement dans une communauté d'opération, elle vajus({u"à l'unité de personne et même si, sous le nom de cœur spirituel de Marie, on n'entendait que la partie supérieure de son âme avec ses perfections naturelles, jusqu à l'unité de nature.

Cette observation va nous aider à compiendre

i. Cœur admirable, 1. i, ch. Tj. secL 1. 2. Cœur admirable, 1. 1, cli. 2

l'objet de la DIÎVOTION 3 ! 3^

(le quelle manière Jésus, et avec lui le Saint-Esprit^ peut rentrer dans la dévotion au Cœur de Marie.

Evidemment c'est en Marie et en elle seule qu'il faut cheicher l'objet immédiat de cette dévotion. A ce point de vue, elle s'arrête donc au Cœur corporel et au Cœur spirituel de la bienheureuse Vierge qui en constituent l'objet propre. Sans doute il faut les envisager l'un et l'autre dans leurs relations avec le \erbe incarné, sous peine de n'en pas apercevoir toute l'excellence ; mais quant à la personne même de Jésus, on ne peut, à aucun litre, en faire l'objet immédiat de la dévotion au Cœur de Marie.

Seulement, il faut bien le remarquer, la dévotion à la Sainte Vierge et aux saints, quand elle est bien comprise, ne s'arrête jamais à leur personne : elle remonte jusqu'à Dieu, qui n'est pas moins adorable dans ce qu'il est et dans ce qu'il opèie dans les saints, que dans ce qu'il est en lui-même. Sans cela, la dévotion aux saints ne serait pas un acte de religion, cai- la religion se rapporte à Dieu, et, si parfois^ les actes qu'elle inspire s'adressentaux créatures, c'est en raison de leur union spéciale avec la divinité. « La dévotion que nous avons pour les saints, dit saint Thomas, ne se termine pas à eux, elle les dépasse pour s'élever jusqu'à Dieu, car c'est Dieu lui-même que nous honorons dans les saints : Derotio qaip hahelur ad sanclos Del, non terminatiir ad ipsos, sed transit in Deum, in quantum scUicet in niinistri^ Dei Deum veneramur (1). »

S. Sum. theol., 2. 2, 82, 2, ad 3'".

31 i ÉTUDE DOCTRINALE

L'honneur que l'on rend à la Sainte Vierge et aux saints renferme donc, au moins implicitement, un hommage au Verbe incarné, qui en est l'objet final avec le Père et le Saint-Esprit. C'est ce que le P. Eudes fait remarquer dans ce passage du Cœur admirable, où il presse ses lecteurs de recourir au Cœur de Marie.

« Ilàtez-vous, dit-il. qu'est-ce que vous attendez ? Pourquoi différez-vous un seul moment ."* N'est-ce point que vous craignez de faire tort à la bonté non pareille du très adorable Cœur de Jésus, si vous vous adressez à la charité du Cœur de sa Mère ? Mais ne savez-vous pas que Marie n'est rien, et n'a rien, et ne peut rien que de Jésus, et par Jésus, et en Jésus ; et que c'est Jésus qui est tout, qui peut tout et qui fait tout en elleî* Ne savez-vous pas que c'est Jésus qui a fait le Cœur de Marie tel qu'il est, et qui a voulu en faire une fontaine de lumière, de consolation et de toutes sortes de grâces pour tous ceux qui y auront recours dans leurs nécessites 7 Ne savezvous pas que non seulement Jésus est résidant et demeurant continuellement dans le Cœur de Marie, mais qu'il est lui même le Cœur de Marie, le cœur de son canij- et l'âme de son âme, et qu'ainsi venir au Cœur de Marie, c'est venir à Jésus, honorer le Cœur de Marie, c est honorer Jésus, invoquer le Cœur de Marie, c'est invoquer Jésus (1) ? »

Toutefois le P. Eudes souhaitait que les fidèles, ■et spécialement ceux qui aspirent à la vraie piété,

{. Cœur admirable, \. 2, rli. T', scct. unique.

l'objet DR f.A DÉVOTION 315

s'habituassent à considérer et à honorer d'un culte explicite Jésus vivant et régnant dans le Cœur de sa divine Mère. Il les en pressait déjà dans le Royaume de Jésus ; car lorsque, dans ce livre, il traite de la dévotion à la Sainte Vierge, il est à remarquer qu'il fait précéder son élévation à Marie d'une élévation à Jésus pour l'honorer dans ce qu'il est et dans ce qu'il opère en sa divine Mère (1). Plus tard, à mesure qu'il attribua à Marie une place plus grande dans sa dévotion, il le fit encore avec plus d'insistance. Voilà pourquoi, dans tous ses ouvrages sur le Cœur de Marie, tout en célébrant avec complaisance les perfections elles vertus de la Sainte Vierge, il nous invite à élever nos regards jusqu'à Jésus qui en est l'auteur, et qui, à ce litre, a un droit spécial à nos louanges et à notre amour : Jesum in Corde Mariœ regiianiem vende adore f nus.

Ce serait trop peu de dire qu'il n'y a rien là que de très légitime. Il est impossible, croyons-nous, de n'y pas voir une magnifique application de la doctrine catholique dans ce qu'elle a de plus pur et de plus élevé. Il s'en faut d'ailleurs qu'elle s'éloigne des habitudes de la liturgie, car lorsque nous chantons les louanges des saints, l'Eglise nous invite à nous prosterner tout d'aboid devant celui qui est leur roi : Regem aposlolorani, martyr uni, confessorum... vende adoremus. Et dans l'office de la dédicace, en élevant nos regards vers la cité des saints qui est le véritable temple du Très-Haut, est-ce

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