LE COEUR DR MAUIF. TN LUI-MÊME
Le Cœur de Marie était, selon le mot de la Sainte Ecriture, un jardin fermé où le démon, le monde et la chair n'eurent jamais aucun accès. Le Saint- Esprit y fit donc mûrir avec une admirable fécondité tous les fruits de grâce qu'il se plaît à cultiver dans les âmes. Yoici, d'après le P. Eudes, les efiels de chacun deux.
Par la charité, le Cœur de Marie était entièrement détaché de tout ce qui n'est point Dieu et uni très intimement et très uniquement à sa divine Majesté. La Joie le remplissait d'allégresse dans tout ce qu'il faisait pour le service de Dieu. La paix le maintenait dans une tranquillité profonde au milieu des orages et des tempêtes dont il se trouvait assailli, La patience le soutenait dans les souffrances innombrables qu'il eut à endurer. La longanimifé lui faisait attendre avec courage les grandes choses qu'il espérait de la divine libéralité. La bonté le rendait incapable d'avoir la moindre pensée de nuire même à ses plus cruels ennemis, et le poussait au contraire à leur vouloir et à leur faire du bien La bénignilé rendait la Sainte Vierge douce et affable à tout le monde. La mansuétude la préservait de tout mouvement d'aigreur et d'impatience. La fol, ou plutôt la fidélité, la remplissait de vérité, de simplicité et de franchise et !a rendait très ponctuelle à tenir ses promesses. La modestie la tenait éloignée de l'ombre même du faste et de la vanité mondaine. La continence exerçait un tel empire sur son Cœur et sur tous ses sens intérieurs et extérieurs que jamais elle ne connut d'autres mouvements, ou, comme dit le
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Bienheureux, d'aulrcs « instincts » que ceux du Saint-Esprit. Enfin la chasteté la revêtait d'une pureté si admirable qu'elle la rendait digne d être la Reine des séraphins et la Mère du Saint des saints.
Comme les fruits du Saint-Esprit, les béatitudes sont des actes qui procèdent des habitudes infuses dans nos àmcs jiar la divine libéralité, mais elles l'emportent sur eux en excellence et, par suite, elles élèvent l'âme à une plus haute perfection. Le saint Evangile en mentionne huit. Bienheureux, dit îS'otre-Seigneur, ceux qui ont l'esprit de pauvreté ! Bienheureux les débonnaires ! Bienheureux ceux qui pleurent ! Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la Justice ! Bienheureux les miséricordieux ! Bienheureux ceux qui ont le cœur par ! Bienlieureux les pacifiques ! Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la Justice (i) 1 Inutile de dire que la Sainte Vierge a joui au plus haut degré de toutes ces béatitudes. L'esprit de pauvreté, la bonté, la miséricorde, lamour de la croix, la faim et la soif de justice, la pureté du cœur, Tesprit de paix, la patience dans les persécutions, personne ne poussa plus loin que Marie la pratique de ces admirables vertus et personne ne goûta mieux quelle le bonheur que, dès ici-bas, elles procurent à une âme qui se donne toute à Dieu.
A côté des grâces (jui sont accordées aux hommes pour leur sanctification personnelle, la sainte Ecriture en mentionne d'autres qui leur sont données
i. Matt.. V, 3 10.
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surtout pour la consolation et l'utilité d'autrui et que Ion désigne sous le nom de charismes ou de fjràces gratuites. Le Saint-Esprit les distribue à son gré. Aux uns, dit saint Paul, il communique la « parole de sagesse » ou « de science m, la « foi » qui accomplit des prodiges, le « don de guérir » ou de « faire des miracles », la « prophétie » pour lire dans les cœurs ou annoncer l'avenir, le « discernement des esprits », le « don des langues » ou r (( interprétation du discours (1). » Aucune de ces faveurs ne fut refusée à Marie. On peut même dire qu'après Jésus, personne n'en futgratifié aussi abondamment. Seulement, la Sainte Vierge n'en usa qu'avec discrétion et sans sortir de son rôle qui, supérieur au sacerdoce et à l'apostolat, n'était cependant pas formellement, dit avec raison le P. delà Broise, celui des Apôtres ou des Pasteurs (2).
Et qu'on ne dise pas que ces faveurs n'ont aucun rapport avec le Cœur de Marie ! « Elles y ont rapport, dit le P. Eudes, comme les effets à leur cause, comme les ruisseaux à leur source, comme les lignes à leur centre, et comme les rayons au corps du soleil. Car n'est-il pas vrai que l'amour et l'humilité de cet aimable Cœur, attirant en soi le Saint- Esprit, y attirait conséquemment tous ses dons et
i. Alii quidem per Spiriliim datur sermo sapienliae ; alii auteni sermo scientia3 secundum eumdem Spiritmn : alteri fides ' in eoHeni Spiritu; alii gratia SHnilaliuii in uno Spiritii ; alii operatio virtutum ; alii pi'0;thetia ; alii discrelio spirituum ; sVù «renera linguarum ; alii inlerpretaiio sermonum. » I. Cor. Xiî,'H-lO.