Encyci. Jacunda semper (8 sept
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Fils et des gentils qui le crucifiaient ; de la part d'IIérode, de Pilale, d'Anne, deCaïphe qui rendaient contre lui d'iniques arrêts ; de la i)art même des disciples et des apôtres de son Fils, de Judas qui le trahissait, de Pierre qui le reniait et des autres apùtres qui l'abandonnaient ; de la part des créatures inanimées qui coopéraient à leur manière au supplice de Jésus, du soleil qui éclairait ses bourreaux, de la terre qui continuait à les porter, des cordes et des chaînes qui retenaient ses membres, des fouets qui déchiraient sa chair, des épines qui s'enfonçaient dans sa tête adorable, des clous qui perçaient ses membres brisés, du fiel qui remplissait sa bouche d'amertume, de la lance qui lui ouvrait le côté. C'est dans ce sens que, dans son livre du Cœur admirable, le Bienheureux nous présente le Cœur de la très Sainte Vierge, comme le « centre de la croix (l). »
Pour nous faire une idée des douleurs que iMaric endura au pied de la croix, il ne suffit pas de nous rappeler la multitude et la diversité des tourments dont elle vit son divin Fils accablé. C'est là sans doute un élément d'appréciation dont il faut tenir compte. Mais ce qui, plus que tout le reste, est de nature à nous faire apprécier l'acuité des douleurs de Marie, c'est la considération de son amour pour Jésus, en qui elle voyait à la fois son Fils et son Dieu. Le P. Eudes n'a pas manqué d'en faire la remarque. Pour connaître les douleuis du Cœur de
i. Œuvres complètes. Vil, p. 57i.
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Marie, « il faudrait, dit-il, comprendre rimniensité de l'amour très ardent dont ce Cœur inefi'able de la Mère du Sauveur était embrasé au regard de son Fils. Car, autant il y a d'amour dans le cœur d'une mère au regard de son enfant, autant il y a de douleur quand elle le voit dans la souilVance. Or, l'amour de la Mère de notre Rédempteur était infini en quelque façon. Car le Père éternel l'ayant choisie pour l'associer avec lui dans sa divine paternité et pour la rendre Mère du même Fils dont il est le Père, il lui a communiqué aussi l'amour inconcevable qu il a pour ce même Fils et un amour conforme à la dignité infinie de ce même Fils. Oh ! quel doit être Famour d'une telle Mère au regard d'un tel Fils ! C'est une Mère qui tient lieu de père et de mère au regard de son Fils et qui par conséquent porte dans son Cœur un amour de père et de mère au regard de lui. C'est une mère qui aime tant son Fils que, quand l'amour de tous les pères et de toutes les mères, qui ont été, sont et seront, se trouverait ramassé dans le cœur d'une seule mère, à peine serait-ce une étincelle de la très ardente fournaise d'amour qui brûle dans le Cœur de la Mère du Sauveur pour son très cher Fils. Car c'est un Fils unique et très uniquement aimé de sa Mère. C'est un Fils infiniment aimable, infiniment aimant et en quelque manière infiniment aimé. C'est un Fils qui contient en soi tout ce qu'il y a de plus beau, de plus riche, de plus désirable, de plus admirable et de plus aimable, dans le temps et dans Féternité. C'est un Fils qui est tout à sa mère ; car
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c'est son lîls, c'est son IVèrc, c'est son père, c'est son époux, c'est son trésor, c'est sa gloire, son amour, ses délices, sa joie, son âme, son cœur, sa vie, son Dieu, son créateur, son Rédempteur, son tout. Jugez de là quel est l'amour d'une telle raèie au regard dun tel Fils, et par conséquent quel est le martyre très sanglant et Ijcs douloureux de son Cœur maternel, lorsquelle le voit tout baigné dans son sang, tout couvert de plaies, depuis les pieds jusqu'à la tîHe, et si rempli de douleurs en son corps et en son àme que le Saint-Esprit parlant par la bouche d'un prophète l'appelle ]irum dolorum, l'Homme de douleur (l). »
Le Bienheureux s'appuie sur ces considérations pour affirmer qu'au temps de la Passion le Cœur de Marie devint, comme celui de Jésus, une mer d'amertume et d'angoisses C'est d'ailleurs ce que l'Eglise elle même nous enseigne, lors(jue, dans l'oITice de Notre-Dame des Sept-Douleurs, e'ie applique à la Sainte Vierge ces paroles de Jérémie : Magna est vêlai mare conlritio tua ('2).
Le Bienheureux conclut avec raison que, sans un miracle de la toute- puissance divine, le Cœur de Marie n'aurait jamais pu supporter un pareil excès de douleur. 11 ajoute même, sans pourtant se faire le champion de celle opinion, que, d'après saint Bernardin de Sienne, les douleurs que la Mère du Sauveur eut à souffrir au temps de la Passion furent
i. Œuvres complètes, Vil, p. \'',9 sq.