VIII. LKS DOULKUUS DU COEUIV DK MARIE
Place qu'f'lles occupent dans notre dévotion. — Les premières douleurs. — Les douleurs de Marie au Calvaii'e : leur acuité. — Les (lernièi'es douleurs.
Après Jésus personne n*a autant souffert que Marie ; mais à la différence de .son divin Fils qui endura, en même temps que d'effioyables angoisses, des tourments corporels dont la seule pensée nous glace d'effroi, la Sainte Vierge n'eut à subir que des douleurs morales dont son Cœur de chair subit évidemment le conli-e-coup, mais qui affectaient directement son âme, ou. comme dit le Bienheureux Jean Eudes, son Cœur spirituel.
Les douleurs du Cœur de Marie ont toujours attiré l'attention des âmes pieuses. Les mystiques du moyen âge en ont parlé avec une onction touchante et le pieux auteur du Stabat, Jacques de ïodi. a trouvé pour les chanter des accents d'une incomparable tendresse. Depuis le xvii" siècle, tous les écrivains qui se sont occupés du Cœur de Marie, en ont, au moins sommairement, retracé le tableau, et l'on sait que, lorsqu'ils représentent cet aimable Cœur, aux fleurs qui symbolisent ses vertus, les artistes ajoutent d'ordinaire un glaive qui le perce d'outre en outre et qui évoque le souvenir de ses immenses douleurs.
Les douleurs du Cœur de Marie se rattachent au rôle que la Mère du Sauveur eut à jouer dans les deux grands mystères de l'Incarnation et de la
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Rédemption. Venu sur coltc toire pour expier nos fautes, le Verbe incarné devait être et fut pendant toute sa vie. et spécialement au temps de sa Passion, un homme de douleurs, vir dolorum. Linie avec lui dans l'œuvre du salut, la Sainte Vieige devait avoir part à SCS douleurs, et la part qu'elle y a prise a été tellement grande que la piété chrétienne l'appelle la Mère des douleurs, Mater dolorum. Mater dolorosa.
Ses douleurs commencèrent à la naissance de son Fils, car comment douter qu'elle ait grandement souffert du dénuement dans lequel Jésus voulut naître et de rindifîérence avec laquelle il fut accueilli à son entrée dans le monde ? Saint Jean constate avec tristesse que le Maître du monde ne fut pas reçu par les siens ; In propria venlt et sui eum non receperiinl. Qu'elle ne dut pas être la tristesse du Cœur de Marie lorsque, à Bethléem, elle se vit rebutée par tout le monde et réduite à se réfugier dans une étable pour y donner le jour au Verbe incarné !
Huit jours plus tard, le sang du Sauveur commença à couler sous le dur couteau de la circoncision. Ce fut pour Marie une douleur d'autant plus vive ([n'en cette circonstance son divin Fils reçut le nom de Jésus, et ce nom, si doux par ailleurs, ne manqua pas de lui rappeler au moins confusément ce que les pioplièles avaient annonce touchant les souffrances et la mort du Messie.
Au jour de la Purification, Jésus, porté sur les bras de sa Mèie, vint renouveler publiquement l'offrande qu'il avait faite de lui-même à son Père
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dès le moment de son Incarnalion, cl la Sainte Vierge, qui comprenait la portée de ce mystère, s'associa à l'oblation de son Fils. Elle le fit de grand cœur, mais non sans amertume en pensant au dou loureux sacrifice dont la Présentation était le prélude. Saint Siméon d'ailleurs en évoqua la pensée dans son esprit, lorsqu'il lui adressa ces paroles ; Voici un enfant qui esl né pour la ruine et la résurrection de beaucoup en Israël ; il sera un signe de contradiction et votre âme, à vous, sera percée par un glaive de douleur. Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum in Israël, et in signum cui cont radiée/ ur ; et tuam ipsius animam pertransibit gladius. Cette terrible prophétie resta profondément gravée dans le Cœur de Marie et l'on peut dire en toute vérité qu'à partir de ce moment la pensée du sort qui attendait son Fils Inen-aimé fut pour elle une source de continuelles douleurs.
Peu de temps après, la vie de l'Enfant-Dieu se trouva menacée par la fureur d'Hérode. Joseph et Marie en furent avertis par un ange, et, bien qu'on fût au milieu de la nuit, il leur fallut sur le champ prendre le chemin de l'exil et s'enfuir en Egypte. Qu'on juge des inquiétudes qui torturèrent alors le Cœur de Marie ! Et que dire de ses douleurs, lorsque, durant le voyage et sur la terre d'exil, elle vit Jésus plongé dans un dénumcnt plus rigoureux que jamais?
Lorsque, à l'âge de douze ans, Jésus resta au temple de Jérusalem à l'insu de ses parents, sa disparition plongea Joseph et Marie dans la désolation. Marie
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surtout en souffrit cruellement. Elle savait que son Fils était Dieu, mais le voyant se soumettre à toutes les faiblesses de Tenfance, quelles craintes elle dut concevoir à son sujet !
Et puis quelles pénibles réflexions elle dut faire sur un événement dont la cause lui écbappait 1 Ce fut lune des plus grandes douleurs du Cœur de Malie. la plus giande sans doute après celle qu'elle éprouva au pied de la croix en voyant expirer son divin Fils.
Pendant les trois années de sa vie publique, Jésus vécut séparé de sa Mère A plusieurs reprises pourtant le saint Evangile nous la montre auprès de lui et il est croyable que, même durant ce temps, le Fils et la Mère se rencontrèrent souvent et que souvent aussi Marie eut la douleur d'entendre les contradictions et les injures prodiguées à Jésus par les scribes et les pharisiens. Celles que ses oreilles n'entendirent point, elle les connut par le bruit public et il va sans dire que le récit de ces indignités lui faisait an Cœur une cruelle blessure.
Cependant le jour de la Passion arriva, et ce fut pour la Mère, aussi bien que pour le Fils, le moment des grandes douleurs. Il ne semble pasqueles ennemis de Jésus se soient attaqués à la personne de Marie, mais toutes les douleurs physiques ou morales que le divin Maître endura au cours de sa Passion eurent leur retentissement dans le Cœur de sa très sainte Mère. Il n'en est pas une seule, en etrel, à lacpielle elle n'ait assisté en esprit, quand elle n'en fut pas le témoin oculaire, « Dans le jardin de Gethsémani
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OÙ Jésus endure une crainte et des tristesses mortelles, dit Léon XllI, au Prétoire où il est flagellé, on ne voit pas, il est vrai, Marie près de lui, mais depuis longtemps elle connaît très clairement les douleurs réservées à son Fils. En elîet, lorsqu'elle s'offrit comme servante pour être sa Mère, et lorsqu'elle se consacra tout entière avec lui dans le Temple, elle devint dès lors i)ar l'un et l'autre de ces actes, l'associée de ce Fils dans sou œuvre si laborieuse d'expiation pour la genre humain. Il nest donc pas douteux quelle n'ait pris en son ùme une très grande part aux anicrlumes, aux angoisses, aux tourments de cet Unique. Du reste, c'est devant elle, et sous ses regards que devait s'accomplir le divin sacrifice, en vue duquel celte Vierge généreuse l'avait formé de sa cliair et nourri de son lait. Mais ce qu'il y a de plus touchant à remarquer dajis ce dernier mysîère, c'est que tout près de la croix de Jésus était debout Marie, sa mère ; sa mère qui, brûlant pour nous d'une charité sans bornes, ofTrait ellemême, afin de nous recevoir pour enfants, son propre Fils à la Justice divine, mourant en son Cœur avec lui. transpercée qu'elle était d'un glaive de douleurs (1). »
Le bienheureux Jean Eudes remarque avec raison qu'au temps de la Passion, les croix venaient de toutes parts s'abattre sur le Cœur de Marie. Elles lui venaient de la part de Dieu et de la part des hommes ; de la part des Juifs qui persécutaient son