Cœur admirable, liv. 3, ch. G
412 ÉTUDE DOCTIUNALE
veraine liarpc. c'est son propre Cœur... C'est sur cette harpe qu'il a chanté continuellement durant sa vie mortelle en la terre, et qu'il chantera éternellemenl dans la gloire du ciel, mille et mille cantiques d'amour, de louanges et d'actions de grâces à
son Père rnai.s d'un Ion infiniment plus élevé et
d'un chant infiniment plus saint, plus doux et plus charmant que ceux qu'il a chantés et qu'il chante sur sa seconde harpe..., qui est le Cœur de sa très digne iMère.
« Ces deux cœurs néanmoins et ces deux harpes sont unies si étroitement ensemhle, qu elles ne sont, en quelque façon, qu'une seule harpe qui n'a qu'un même son et un même chant, et qui chante les mêmes cantiques. Quand la première chante un cantique d'amour, la seconde chante un cantique d'amour. Quand la première chante un cantique de louange, la seconde chante un cantique de louange. vSi le Cœur de Jésus aime son Père, le Cœur de Marie l'aime avec lui... Tout ce que le Cœur de Jésus aime, le Cœur de Marie l'aime. Tout ce que le Cœur de Jésus hait, le Cœur de Marie le hait. Tout ce qui réjouit le Cœur du Fils, réjouit le Cœur de la Mère. Ce qui crucifie le Cœur du Fils, crucifie le Cœur de la Mère. Emut enlin, dit saint .\ugustin, diue cifharœ myslicœ, qmiram nna sonanle, resofuil altéra, nullo eliam puisante (1). »
La Sainte Vierge a été associée à tous les mystères de la vie du Sauveur, mais elle a parlicipé d'une
i. Cœur admirable, liv. 3, cli. 2.
LE COEUR DE MARIK ET LE COEUR DE Ji^SUS 413
manière loiiie spéciale au mystère de sa sainte Passion.
« Celte divine Mère, dit le P. Eudes, voyant son Fils bien-aimé plongé dans un abîme de douleurs €t de supplices très atroces, souffrait dans son Cœur tous les tourments qu'il endurait en son corps, et les souffrait avec autant de douleur qu'elle avait d'amour pour lui, et par conséquent avec une douleur en quelque façon infinie. De sorte que l'amour qui consolait les auîres martyrs, crucifiait la Bienheureuse Vierge et faisait que les tourments de son Fils lui étaient plus sensibles que si elle-même les avait endurés... C'est ainsi que le martyre de Jésus était le martyre de Marie. Quoi lœslones in corpore F'Uii, dit saint Jérôme, toi valnera in Corde Matris. « Toutes les plaies que le Fils de Marie soutîraiten son corps étaient autant de plaies dans le Cœur de sa très sainte Mère. » Valnera Christl paiientis, dit saint Bernard, erant Matris vaincra dolentis. « Toutes les douleurs de Jésus mourant étaient les douleurs de sa très digne Mère souiTrant avec lui. » De sorte que, qui aurait pu voir le Cœur de la ?vlère du Sauveur étant au pied de la croix, y aurait vu un portrait accompli de Jésus crucifié {[). »
On n'aurait qu'une idée bien imparfaite de la compassion de Marie, si on n'y voyait qu'une participation matérielle, pour ainsi dire, à la Passion de Jésus. Le diame du Calvaire est profondément mystérieux. Ce fut un sacrifice où le Souverain