Œuvres complètes, VI, p
2. En !65l, maître Ysac Josda légua à perpôfiitlo au curé, prêtres et clercs de Saint-Sauveiir-le-Vicomle, diocèse de Coutances, 75 sous tournois de rente foncière à charge de dire et •de célébrer à perpétuité, chaque année, « trois messes du saint rosaire en l'autel où la dite confrérie (du rosaire) est érigée en Ihonneur des saints noms de Jésus et de Marie et de leurs Sacrés Cœurs avec un libella à la fin do chacune sur la sépulture du dit Josda ». Les messes devaient être dites le 8 février, jour où « l'on fait commémoration du Cœur sacré de la sainte Vierge », le dimanche d'après le 22 septembre où on solennise la fête de son saint nom, et le 7 octobre où l'on fait la fêle de Notre-Dame des Victoires. Le P. Le Doré conclut de ce teste que l'autel dont parle l'acte de fondation était dédié en l'honneur des saints noms de Jésus et de Marie et de leurs Sacres Cœurs. Nous nous demandons si cette interprétation est exacte. 11 s'agit simplement^ semble-t-il, de trois messes du rosaii'e à. dire en l'honneur des saints noms et des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie à l'autel de la confrérie du rosaire, qui était dédié à la Sainte Vierge, nous ne savons sous quel vocable. Cf. Le Doré, Les Sacrés Cœurs, I. p. 74 .; Adam, Marie des Vallées, p. 246. Dans ce dernier ouvrage, p. 392 sq., on trouve l'acte de fondation cité in-extenso. Par ailleurs,, il est évident, comme le prouve le P. Le Doré, que la fondation du sieur Josda se rattache à l'apostolat du P. Eudes.
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cembre de la même année, ils achetèrent l'auberge de la Pomme d'or avec les teriains qui en dépendaient lisse hâtèrent d abattre les anciennes constructions, et. après avoir nivelé le terrain, ils y élevèrent les premiers bâtiments du séminaire.
A peine élaient-ils achevés que le P. Eudes Ht commenoei la constniclion de la chapelle. La première pierre fut posée le 3 juillet 1652, et, le 4 septembre 1(k)5, on put y célébrer le saint sacrifice de la messe. Le P. Eudes était au comble de la joie, et dans son Mémorial, article 57, il remercie Notre-Seigneur et sa très Sainte >]ère de lui avoir fait la grâce de bâtir en trois ans cette chapelle de Coutances. « la première, dit-il, qui ail été bâtie et dédiée en l'honneur du très saint Cœur de la Bienheureuse Vierge, qui na qu'un même Cœur avec son Fils bien-aimé ». L'édifice, bâti par le P. Eudes, existe en core : c'est la chapelle actuelle du Lycée.
n. .NOCVEIJ.KS APPUOlî VTIONS l)K I.A FÈTi:
bli CŒUU Di. MAIUK
Approbations (ie Mgr Servien el (Je MgrdeNcsmond. — La fête du Cœur ilc Marie au séminaire de Caen. — Première pierre de la chapelle Ce Caen. — Autres iipproi;ations épiscopales. — Nouvel opuscule sur la dtholion au Cœur de Marie. — Approbation du Cuidinal de Vendôme. — Démarche infructueuse en cour de Rome.
Nous avons vu que Mgr d'Angennes avait autorisé verbalement la fête du Cœur de Marie. Ce pieux évêquc mourut le IG mai 1G47. Son successeur,
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Mgr Mole (l()47-f Go2), se montra dune liostilité implacable à l'égard du P. Eudes. Il fut remplacé par son frère, l'abbé de Sainte-Croix, qui démissionna sans avoir pris possession. Mgr Servien, qui lui succéda, était prév3nu contre le Bienheureux, mais il ne tarda pas à rendre justice à son zèle et à ses vertus, et il lui donna une preuve éclatante de sa bienveillance en érigeant le séminaire de Caen en in.slitut diocésain. Le Bienheureux profita de ses bonnes dispositions pour solliciter l'autorisation de célébrer solennellement dans sa chapelle la fêle du Cœur de Marie. Mgr Servien accéda à sa demande, et, par acte en date du 7 janvier 1659, il permit aux prêtres du séminaire de Caen de célébrer chaque année la fête du Cœur de Marie « avec toute la plus grande solennité que l'Eglise ordonne aux fêtes de première classe. »
Mais comme il mourut le 2 février suivant, son secrétaire, M. Larderat, conseilla au P. Eudes, dont il était l'ami dévoué, d'attendre quelque temps avant de profiter de l'autorisation qui lui avait été octroyée. Il n'est donc pas sûr que, celte année-là, la fête du Cœur de Marie ait été célébrée au séminaire de Caen avec toute la solennité autorisée par Mgr Servien. Mais à partir de 1660, au plus tard, on lui donna tout l'éclat d'une fête patronale, et, loin de revenir sur Tautorisation accordée par son prédécesseur, Mgr de Nesmond la confirma par acte en date du 15 décembre 1662. Le 8 février suivant, il daigna même présider la fête du Cœur de Marie. C'est le Bienheureux qui nous apprend le fait dans son
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Memoriale beneficiorum Dei « Mgr de Bayeux. dit-il n. 71, célébra la sainte messe, officia solennellement à vêpres, assista à une très belle prédication qui fut faite par M. de Tlian, Docteur et Religieux de l'abbay« de Saint-Etienne de C!aen, et ensuite donna la bénédiction avec le très Saint-Sacrement. »
L'année suivante, Mgr de Nesmond vint bénir la première pierre de la cbapelle du séminaire de Caen dédiée, comme celle de Coulances, au Cœur de Marie. La cérémonie fut des plus solennelles. Voici comment le P. Eudes en rend compte dans son Memoriale beneficiorum Dei, n. 70.
« En celle même année 1664, 20*^ de mai, surveille de l'Ascension, la première pieire de notre église de Caen a éternise avec grande solennité par Mme de la Groisetle, femme de M. de la Croisette, gouverneur de la ville de Caen, laquelle a fait cette action, non pas en son nom, mais au nom et de la part de notre divine Fondatrice, la très sainte Mère de Dieu. Mgr François de Nesmond, évêque de Bayeux, a fait la cérémonie assisté de quinze officiers ecclésasliques et a célébré pontificalement la messe du très saint Cœur de la Sainte Vierge avec l'introït Gaudeanius, le Gloria in excelsis, le Credo, et la prose Lœlabanda, et elle a été cbanlée par tout le clergé de Caen qui y était, parce que mon dit Seigneur avait ordonné à tous Messieurs les curés d'y amener leurs processions. Cette messe a été célébrée sur un théâtre qui avait été dressé en la place où l'église se devaitbâlir.M. de la Croisette y étaitprésent, avec les principaux de la ville et un très grand nombre de
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peuple. La prédication a été faite par M. Lamy, théologal de Bayeux, Le lendemain, 21' de mai, veille de l'Ascension, après midi, on a commencé à jeter les premiers fondements de l'église.
Et le Bienheureux ajoute ces paroles oii éclatent sa joie et sa reconnaissance : Alléluia, allelukt, alléluia, alléluia, alléluia. Benedictum sil in ssternum sanclissimum Cor Marias, pars nostra, spes et gaudluin, cœtusque nostri gloria !
Cependant le Bienheureux était toujours en quête de nouvelles approbations en faveur de la fête et de l'ofTice du Cœur de Marie. En plus de celles de Mgr Servien et de Mgr Nesmond, il en avait obtenu d'autres de Mgr Fallu, évêque d'Héliopolis, et de Mgr Gotolendy, évêque de Métellopolis, le 30 décembre 1660 ; des docteurs M. Grandin, G. Gobinet, A. Raguier de Poussé, J. Desjardins de Parlages, Saussoy, Blouet de Than, l'Amy, le 31 janvier 1661 ; de Mgr de Maupas du Tour, évêque du Puy, le Î2 mars 1661 ; de Mgr du Saussoy, évêque de Toul, le 2! mars 1661 ; de Mgr Harlay de Champvallon, archevêque de Rouen, le 6 mai 1661, et de Mgr de Montmorency-Laval, alors vicaire apostolique du Canada et plus tard évêque de Québec, le 23 décembre 1662(1),
Parmi ces approbations, il y en a plusieurs dont la teneur est intéressante.
Les évêques d'Héliopolis et de Métellopolis, à la veille de s'embarquer pour la Chine oii ils allaient
1. Voir le texte de ces approbations dans le Cœur admirable, 1, 8. ch. 2.
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prêcher la foi, sont heureux d'approuver l'office du Cœur de Marie, parce que, disent ils, « ce Cœur élant le premier de tous les cœurs qui a reçu la foi et qui Ta conservée inviolahlemcnt. et ayant été le dépositaire et le gardien très fidèle de tous les mystères de notre Rédemption et comme un évangile vivant et éternel écrit de la main du Sainl- Ksprit, nous espérons des assistances, protections et bénédictions toutes spéciales de la divine Bonté par l'entremise de la charité non pareille cl du zèle très ardent pour le salut des ânies dont ce Cœur maternel de notre Mère admirable est tout embrasé ».
L'approbation de Mgr de Maupas est fort longue. Le pieux évéque y fait l'éloge du Cœur de Marie dans un style qui rappelle l'ardeur du P. Eudes lui-même.
« Quelle dévotion plus solide, s'écrie-t-il, que d'honorer dignement le chaste Cœur de la ]\Ière de Dieu?... Le Cœur du Fils est tout rempli de zèle pour sauver les pécheurs, et celui de la Mère est tout rempli d'amour pour empêcher leur perte... Nous pouvons dire que le Cœur de la Mère s'est conservé un espèce de souverain empire sur celui de son Fils, quand il s'agit de rintérét des hommes... Quelles plus riches offrandes à la divinité que celles <iui parlent du Sacre Cœur de Marie ? Quelle religion plus élevée ? Quelle foi plus vive ? Quelle espérance plus ferme ? Quelle charité plus pure et plus ardente ? Quel Cœur plus fortement lié au Cœur de Jésus que celui de sa Mère ? Approchez donc du Cœur de Marie pour approcher de Celui de Jésus... Celui qui .s'approche du Cœur très profond de Marie
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rend gloire à Dieu d'une façon... qui le rendra digne des caresses du Ciel... La dévotion au Cœur de Marie doit commencer et finir nos actions pour les rendre dignes de les offrir au Cœur de son Fils. »
L'évêque de Toul fait également l'éloge du Cœur de Marie.
<( Le Cœur de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dit-i!, étant le premier cl le principal organe que le Saint Esprit a choisi pour opérer le mystère de notre Rédemption, a aussi été le trésor de .ses dons et de ses grâces, le sceau et le cachet de ses secrets, dont il disait à son Epouse aux Cantiques : Ma bieii-ainiée , mettez-moi comme un sceau sur votre C<i'ur ; ce qu'elle a fait, conservant en son Cœur la mémoire de tous les mystères, de toutes les paroles, actions et souffrances de ce Fils unique de Dieu le Père et d'elle... Ce Sacré Cœur est donc, après celui de Jésus-Christ, le centre de notre bénédiction, auquel partant nous devons avoir une dévotion très singulière n.
Mgr de Montmorency-Laval exprime le désir que (( la dévotion au Cœur de Marie soit profondément gravée dans les cœurs des chrétiens, que le très aimable Cœur de la Mère de Dieu, qui est tout embrasé d'amour vers sa divine Majesté et de charité au regard de tous les hommes, soit loué et honoré par tout le monde, et que la fête en soit célébrée avec une solennité et piélé qui lui soit convenable. »
Le P. Eudes inséra ces approbations dans la troisième édition de son livre sur la Dévotion au très saint (kenr de la Bienheureuse Vierge, qui parut à Caen en 1663.
C'JEUR DE MARiE. — 7
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En J66(), il publia un abrégé de ce livre, qu'il intitula : La dévotion au très saint Cœur de la très précieuse Vierge. C'est un opuscule de propagande, que les biographes du Bienheureux ne mentionnent point, et dont jusqu'ici personne ne soupçonnait rcxislcnce. Le P. Dauphin en a trouvé un exemplaire à la bibliothèque des Lazaristes de la rue de Sèvres, à Paris, ce qui a permis de le faire entrer dans la collection des Œuvres complètes (1). Cet opuscule n'est pas un simple abrégé du précédent. On y trouve quelques parties nouvelles, entre autres un petit oflice du Cœur de Marie extrait du grand office composé par le Bienheureux (2).
En U)68, le saint missionnaire obtint pour sa chère dévotion une approbation qui le combla de joie. Ce fut celle du Cardinal de Vendôme, légat a lafere du pape Clément IX. Le Mienheureux lui présenta son livre de la Dévotion au Cœur de Marie en le priant de confirmer, au nom du Saint Siège, les approbations et autorisations qu'il avait obtenues des évi'ques. Il lui adressa à cet effet la supplique suivante :
Eminenlissime et Reverendissinie Domine.
Exponitur humiliter E. V. pro parie devoti illius Oratoris Joannis Eudes presbyteri, Superioris Semina-
!. T. Vlll, p. 471 sq.
2. Voir cet oITicfi (i.iris l'ap|»en(llcc, n. V. Il existe un autre petit ciHice h trois leçons aver psaumes, qui est, coinnie le précédent, f 'slrait du grand ofTic composé par le bienheureux, mais qui a été arian;.'*', dit-on, par uu de ses enfants. Cf. Œiirrej complètes, XII, p. 7.
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rioram Provincise Normannise, qaod alUts ipse Orator li~ brum eontinentem divinum ofjicium inscriplum de sancio Corde beatie Mariœ Virginis composent, et in lacem protulil de consensu et approbatione pturimorum Archiepiscoram et Episcoporum. Qurimaatem, Ermnentissime et Reverendlssime Domine, die tus Orator œl ma- Jorem hujusce libri auctoritatem, eumdeni per E. V. approbari desideret, siipplicat hamiliter E. V. dictas Orator qaatenus sibi speciaiem gratiam faciens, dictum librum eontinentem prœdictum ofjicium divinum approbationesqae Doctorum, Archiepiscoporum et Episcoporum eidem appositas, et omnia in eis contenta approbare et confirmare aliasque in prsemissis provider e dignemini de gratia speciali clausulis opporfunis.
Le cardinal accorda la faveur demandée, et voici en quels termes il le fil :
Ludovicus S. R. E. Diaconus Cardinalis snb tituto sanctae Marise in Porticu de Vendôme numcapatus Sanctse Sedis apostolicœ et sanctissimi Domini nosiri Papse démentis ?ioni de Latere legatus. Nos, viso libro cujus titulus est Officium Cordis sanctissimi beatissimœ Virginis Marise ab archiepiscopis episcopis et doctoribus opprobalo, Apostoiica antoritate qua fimgimur in hac parte, laudamus, approbanuis et confirmamus hanc laudabitem et utilem ergo sanctissimum Cor et glortosi^si' mum Nomen Virginis Marix devotionem.
Datum Parisiis die secundajulii 1668.
Signé : Cardinalis de Vendôme legatus.
Et plus bas :
Debonfils auditor et secretarius Legationis.
Après avoir cité sa requête et la réponse du Cartlinal, le Bienheureux en montre la portée dans le Cœur admirable.
« Remarquez, dit il, premièrement que la susdite requête supplie son Eminencc d'approuver, non seulement l'office du très saint Cœur de la Bienlieureuse Vierge, mais aussi d'autoriser et confirmer tout ce qui est contenu dans les approbations de Messeigneurs les archevêques et évêqucs. Ce qu'ayant fait, il a autorisé par conséquent la fête avec son oclave que nous célébrons le huitième jour de février, puisque les susdites approbations de Messeigneui-s les prélats nous en donnent la permission.
« Remarquez en second lieu que les actes de la légation de Monseigneur le cardinal de Vendôme ont été confirmés à Rome par le Saint-Siège apostolique et par notre Saint Père le Pape Clément neuvième. Et ainsi voilà la dévotion et la fête du divin Cœur de la Mère de Dieu autorisées et confirmées non seulement par un légal a Latcre, mais encore par le souverain Ponlife Clément neuvième (1). »
Peu de temps après, unedv-marchc fut faite auprès de la Congrégation des Rites pour obtenir l'approbation de l'oflice et de la messe du Cœur de Marie. La sacrée Congrégation répondit par un refus, sans pourtant blâmer les évêques qui avaient cru pou- ^oir les approuver (2).