La Dévotion au très saint €œm\ Préface
106 ÉTUDE UISTORIOIE
Pour faire comprendre rexcellence de la dévotion au Cœur de Marie et en faciliter la pratique, Jean- Baptiste Gontier fil réimprimer à Dijon, en 1G54, le petit livre du 1*. Eudes sur la Dévotion au très saint Cœur et au très saint Nom de la Bienheureuse Vierge {i).U reproduisit textuellement l'édition de 1630, en y ajoutant un Exercice spirituel pour honorer le Cœur de Marie, que nous n'avons rencontré nulle part ailleurs, mais qui est certainement l'œuvre du P. Eudes. Le Bienheureux lavait composé pour les membres de la confrérie du Cœur de Marie, et il est probable que, pour le distribuer plus aisément, il l'avait imprimé à part. 11 y indique la double fin de l'exercice, cjui est d'honorer le Cœur de Marie et d'obtenir par sou intercession que Dieu donne à son Eglise des prêtres et des pasteurs selon son cœur, et l'on se rappelle que ce sont là précisément les deux fins assignées à la confrérie. Viennent ensuite l'indication des moyens à employer pour at teindre ce double but, des prières à réciter pour obtenir de bons prêtres et enfin la consécration au Cœur de Marie en usafje dans la confrérie.
1. La dcvodov au très finint Cœur et au très sacre Nom de la bif'/ihrîireusc Vierge Marie. Tonlenant Heiix ofïîces dress»-» en l'honneur de ce très digne Cœur et de ce noiri très auguste. Avec un disroui-s qui précède déclarant l'origine, le fonderaent el le sujet do ootle dévotion ; et les nio^'ens dont on se peut servir poui- honorer spérialement le très aimable Cœur de la Mère de Dieu. A Dijon, chez Philibert C.havançe. rue Saint- Jean, devant l<^s l'tres de l'Oratoire, au l'etit Jésus. iH54. 1 vol. in-18 de 260 [lages. sans conn)ler la Préface qui n'est point paginée, non plus que 13 pages d Aspirations affectueuses d'un cœur aimant la Sainte Vierge, qu'on trouve à la fin du volume et qui ne sont pas l'œuvre du P. l'Eudes.
Jean-Buptisle Gonlier était vicaire général de lévéque de Langres. En cette qualité, il approuva les offices du P. Eudes en l'honneur du saint Cœur et du saint nom de Marie et il exhorta le clergé et les fidèles du diocèse à s'en servir pour célébrer les deux fêles du saint Cœur et du saint nom de Marie (1). Il est évident qu'il les établit l'une et 1 autre au Refuge de Dijon et que la première y fut célébrée dès 1635 avec toute la solennité d'une fête patronale (2).
Le Bénédictines du Saint-Sacrement ne tardèrent pas non plus à adopter cette belle fête. Leur fondatrice, la Mère Mechtilde du Saint-Sacrement, avait séjourné à Caen en 1G42 et en 1047 (3). Elle y avait connu le P. Eudes et elle était restée en relation.s uvec lui. Nous avons vu que, peu de temps après la mission d'Âutun, le Bienheureux lui raconta dans une lettre la guérison miraculeuse obtenue par une religieuse de l'abbaye de Saint-Jean-Le-Grand
i . Voir clans le livre du P. de Galliffet sur l'Excellence de la dévotion au Sacré Cœur, 1. 3, ch. 5, le texte de cette approbation, qui est datée du 42 avril 1654.
2. Dans Le Saint Esclavage, 2e traité, ch. 3, M. Boudon rapporte qup, de son temps, on célébrait solennellement la lète du Cœur de Marie au « séminaire de Dijon». Le séminaire dont il parle est, ce semble, le refuge fondé par son ami (iontier.
3. La dévotion de la Mère Mechtilde du Cœur de Marie remonte à ses premières relations avec le P. Eudes. C'est ce que Ion peut inférer, ce semble, d une lettre qu'elle adressa au mois <l€ décembre 1(343 à M. de Roquelaie. On y lit en effet le passage suivant : « Priez pour la petite esclave delà crèche et Yin(i\guii captive du Cœur Virginal de l'admirable 3farie. » Cité par Hervin, Vie de la Mère Mechtilde du Saint-Sacrement, p. 179.
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qui avait eu recours au Cœur de Marie. Dès 1653, la Mère Mechtilde et ses Filles mirent au nombre de leurs prières quotidiennes la récitation de la salutation aux Sacrés Cœurs et commencèrent à célébrer la fête du Cœur de Marie (!). En 1061, le P. Eudes se trouvait à Paris le 8 février, cl c'est lui qui fut prié de faire au couveni de la i ue du Bac le sermon de circonstance. La Reine Anne d'Autriche vint l'entendre et le Bienheureux profita de l'occasion pour lui donner d'austères leçons qu'elle prit en bonne part.
En 1068, la Mère Mechtilde fit comme le P. Eudes. Elle adressa une requête au Cardinal de Vendôme, légal a Lcdere de Clément IX, à l'effet d'obtenir d'aiiforllé (iijoslolii'jue la concession d'un certain nombre de fêtes et d'offices Elle demandait entre autres le privilège de célébrer solennellement la fête du Cœur (le Marie, le 8 février, sous le ri!e double de seconde classe, et d'en réciter l'office sous le rite semi-double tous les samedis non occupés par un office à neuf leçons. Le 20 mai 10G8, le Cardinal de Vendôme lui accorda ce qu'elle demandait, comme il apport de l'acle placé en tête du Propre des Béné-
1. a Dans nue IcUio jX M. de RoqaL'iiiie, genliilioiiimc do Caen, In pieiiso foiT-ialrice lo pi'ie môme (22 li'vricr \[]î'>^) dp lui envoyer le mémoire de ce quelle lui doit pour les oHices du saint C(Eur de Marie qu'il lui avait expédiés. l>e colle lellre conservée aux archives des li.'-nédictines de l'aris. de la rue Tournefort, nous pouvons conclure que, dès la première année, la Hévéreude Mère .Meclililde eul soin de célébrer dans le couveni de la rue du Mac la fétc du saint l'iKur de .Marie. » I.e Doré, Les Sacrés Cœurs et le V. Jean h^udea, I. p. 126.
flictines du Sainl-Sacrement imprimé à Paris, chez Ilénault, en 1671 .
Dans sa Journée religieuse, la Mère Mechtilde recommande à ses Filles d'avoir une dévotion spéciale au Cœur de Marie. « Nos sœurs, dil-elle, auront une grande dévotion au très saint Cœur de la Bienheureuse Vierge et lui rendront chaque jour quelque devoir : elles se lieront, elles s'attacheront à ce Cœur virginal pour participer à son amour. Elles prieront Marie de régner en souveraine sur leur propre cœur et de les faire vivre uniquement pour Jésus-Christ (1). »
Les Bénédictines du Saint- Sacrement se répandirent rapidement en Lorraine et en Pologne : il va sans dire qu'elles y portèrent, avec la dévotion et la fête du Cœur de Marie, les prières et l'oiTice du P. Eudes (2).
En dehors de cet institut, d'autres Bénédictines se signalèrent par leur zèle à honorer le Cœur de Marie, entre autres, celles de Sainte Trinité deCaen, deSaint-Césaired'x\rles, de Montmartre, de Yalognes, d'Autun et d'autres que nous ne connaissons pas.
Dans VEnfancc admirable, le P. Eudes loue la piété
1. Joiinh-'e religieuse, A" partie, sur la dévoiion à Ja Sainte Vierge.
2. Hervin, Vie de la Mère Mechtilde du Saiut-Sacremenl, p. 526. On dit que Jean Sobieski avait pris pour devise : Cor Marise spes mea. Cf. Compte-rendu du Conc/rès mariai de Frihotirf), I, p. 523. Cette devise rappelle ces paroles du J'. Eudes dans son office du Coeur de Marie :
Pars noslra, spes et gaudium Cœtusque nostri gloria.
i iO ÉrUIiE HISTOHIQUE
des Bénédictines de Sainte-Trinité de Caen à l'égard de Marie, spécialement à l'égard de son très aimable Cœur. « Elles souffriraient moins de douleur, dit il, si on leur arrachait le cœur de la poitrine et l'âme du corps, que si on leur voulait arracher du cœur la dévotion toute spéciale qu'elles ont pour ce Cœur maternel de leur très douce Mère. Car elles l'honorent et chérissent comme un Cœur qui a toujours eu et qui aura éternellement plus d'amour pour leur adorable Epoux et pour elles que tous les cœurs du ciel et de la terre, après le Cœur de Jésus. »
« Demeurez, mes très chères Sœurs, ajoute le Bienheureux, demeurez toujours dans ces très louables sentiments. Conservez chèrement ce très précieux trésor. Imprimez dans vos cœurs par une soigneuse imitation une image très parfaite de toutes les\erlus qui régnent dans le Cœur de votre aimable Mère, afin que vous soyez tout-à-fait selon le Cœur de Dieu et de la Mère de Dieu, et que vous soyez les véritables filles du très sacré Cœur de Jésus, Fils de Marie, et de Marie, Mère de Jésus (I). »
Dans le Cœur admirable, le P. Eudes adresse des éloges du niénie genre aux Bénédictines de Notre- Dame de Montmartre. « Ea très digne et très illustre abbessc de cette royale abbaye, Madame Françoise Renée de Lorraine, dit-il, y a établi avec la permission des sup('rieurs, la fêle du très saint Cœur de la glorieuse Vierge, et elle l'y fait célébrer tous