CHAPITRE PREMIER
La dévotion au Cœur de Marie avant le bienheureux Jean Eudes
La dévotion à Marie remonte à l'origine du christianisme. La Mère de Jésus est unie par des liens trop étroits à son divin Fils, elle a été associée d'une manière trop intime aux mystères de sa vie, elle a pris une part trop grande à l'œuvre de la Rédemption pour que les fidèles aient jamais songé à la séparer de Jésus dans leur vénération et leur amour.
Toutefois, les dévotions spéciales, qui s'adressent à la Sainte Vierge, ne sont pas d'origine aussi ancienne. Sans doute, elles ne sont pas absolument nouvelles : elles étaient contenues, au moins implicitement, dans le culte général que les premiers chrétiens rendaient à Marie. Mais ce n'est que peu à peu qu'elles s'en sont dégagées pour former des dévotions distinctes, ayant chacune son objet propre et ses pratiques particulières.
La dévotion au Cœur de Marie ne fait point exception à cette règle. Elle n'a reçu sa forme définitive que vers le milieu du XYIP siècle C'est le bienheureux Jean Eudes qui en fut, comme l'a déclaré Pie X, le Père, le Docteur et VApôtre. Il ne
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faudrait pas simaginer pourtant qu'il l'ait créée de toutes pièces. Il nous apprend lai-même qu'au moyen-âge la pratique en était familière à quelques saints. Il soutient même à bon droit qu'on la trouve en germe dans l'Evangile et que, de tout temps, les fidèles se sont plû à contempler et à honorer en Marie les divers éléments dont l'ensemble constitue son objet propre.
Essayons donc, à la suite du Bienheureux, d'indiquer les données scripturaires et traditionnelles d'où elle est sortie et d'esquisser la marche progressive qu'elle a suivie à travers les âges.
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Les deux premiers chapitres de S. Luc. — Le texte de S. Jean relatif à la malernilé spirituelle de Marie. — Textes des Psaumes et du Cantique des Cantiques appliqués à la Sainte Vierge.
La dévotion au Cœur de Marie embrasse dans la complexit»' de son objet le cœur de chair, qui bat dans la poitrine virginale de Marie, et ce que le bienheureux Jean Eudes appelle son cœur spirituel, c'est-à-dire, son amour ineffable pour les trois personnes de la Sainte Trinité, sa lendresse^maternelle pourrions, ses vertus, ses joies, ses douleurs, en un mot, toute sa vie intime envisagée, non dans ses diverses manifestations, mais dans son centre et son principe interne, en même temps que dans ses rapporls avec le cœur corporel de la Bienheureuse Vierge, qui en est le symbole expressif.
LA DiîVOTIO.N AVA^^ l.E B. KUDES O
Du cœur corporel de Marie il n'est question nulle part, du moins explicitement, dans le saint Evangile, mais il n'en est pas de même de son cœur spirituel. Dans les deux premiers chapitres de son Evangile, saint Luc nous en révèle tour à tour les perfections et les sentiments les plus intimes, les joies et les douleurs.
Dans le chapitre second, lEvangéliste fait, à deux reprises, mention expresse du Cœur de Marie, une première fois après le récit de l'adoration des Bergers, et une seconde fois après celui du recouvrement de Jésus au Temple ; et, dans les deux endroits, il répète, en termes à peu près identiques, que Marie conservait dans son Cœur, pour en faire l'objet de son amoureuse contemplation, les faits dont elle avait été témoin et les paroles qu'elle avait entendues : Maria aiitem conservabal oinnia verba hsec conférons in Corde suo. Réflexion bien simple, mais qui nous ouvre sur la vie intime de Marie des perspectives d'une ravissante beauté. De bonne heure, elle a attiré rallention des Pères et des Docteurs, et il n'est que juste d'y voir, avec le bienheureux Jean Eudes, le point de départ de la dévotion au Cœur de Marie.
A côlé de ce texte, il faut placer les paroles prophétiques par lesquelles le saint vieillard Siméon annonça à la Sainte Vierge, au jour de sa Purification, que l'enfant chéri, qu'elle présentait au Seigneur, deviendrait un signe de contradiction, et que son âme, à elle-même, serait transpercée d'un glaive de douleur : Et laam ipsius animam doloris
0 KTUDK niSTouiorE
gladUis perlransibit. C'est la scène du Calvaire que Siméon apercevait dans une lumière prophétique. Marie y souITril d'horribles douleurs. Pour s'en faire une idée, les chrétiens ont toujours aimé à se rappeler les paroles si expressives de Siméon, et, lorsque, à travers le côté ouvert de Jésus, ils commencèrent à contempler la blessure faite à son Cœur, ils se plurent à se représenter le Cœur de Marie transpercé par un glaive, qui symbolisait les souffrances qu'elle endura au pied de la croix.
Le récit que fait saint Luc des deux mystères de l'Annonciation et de la Visitation contient également des détails qui. une fois l'attention tournée vers le Cœur de Marie, devaient aider à en découvrir les admirables perfections.
C'est tout d'abord la salutation de l'ange qui nous montre le Cœur de la Bienheureuse Vierge enrichi en plénitude de toute sorte de grâces et étroitement uni à la divinité : Ave, gralia plena, Dominus tecum.
Puis, ce sont les réponses de Marie, où éclatent tour à tour son inébranlable attachement à la virginité, sa complète soumission à la divine volonté, et, au moment même de son élévation à la dignité de Mère de Dieu, sa profonde humilité : Quoniodo fiel islad quonUnn viram non cognosco ? Ecce uncilia Domlni. Fiat mihi secundum verbiim laum.
C est sa charité et son zèle ardent, qui lui font franchir les montagnes pour visiter sa cousine Elisabeth et i)orler à saint Jean, encore au sein de sa mère, le bienfait de la grâce sanctifiante : Abiit in monlana cuin Jestinalione.