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Le Bienlicweux Jean L'udes. Conclusion

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Saint-Germain-en-Laye en 1673 et toutes les deux obtinrent le plus grand succès. Après la mission de 1671, Louis XIV lui offrit 2.000 livres pour contribuer à la construction de la chapelle de Caen. En 1673, Elisabeth d'Orléans, duchesse d'Alençon, veuve de Louis de Lorraine, duc de Guise, lui fit remettre 12.000 livres à la même intention. Cela lui permit de reprendre les travaux interrompus faute de ressources.

Le Bienheureux voulut profiter de la faveur dont il jouissait à la cour pour obtenir de Rome l'approbation de la Congrégation de Jésus et Marie, que, jusque-là, il avait sollicitée en vain. Les recommandations qu'il avait réussi à se procurer lui faisaient espérer le succès. Mais les Jansénistes et les autres ennemis du saint missionnaire se liguèrent pour faire échouer ses démarches. Charles Dufour, abbé d'Aulnay, Abraham Bazire, grand vicaire de Coutances, un bénédictin de l'abbaye de Barbéry, dont le nom ne nous est pas connu et quelques Pères de rOratoire entrèrent dans le complot. Nous n'avons pas à raconter en détail la campagne qu'ils menèrent contre le P. Eudes. On peut en voir le récit dans le quatrième volume de la Vie du Blenheareiix, par le P. Boulay. Leurs attaques contre la dévotion au Cœur de Marie sont les seules dont nous ayons à nous occuper ici. Cette dévotion les exaspérait, et, dans tous les factams qu'ils composèrent contre le Bienheureux, ils la dénoncèrent avec colère.

« J'avais l'intention, dit l'abbé d'Aulnay dans sa Lettre à un Docteur, de faire entrer dans cet écrit

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un examen des dévolions nouvelles et inouïes que le P. Eudes a invenlées et qu'il tâche d'établir dans l'Eglise depuis plusieurs années, et particulièrement sa dévotion au Cœur de Marie, dont il fait célébrer tous les ans une fête solennelle et dont il a composé une messe et fout l'ofTice.

« J'avais dessein de faire voir que celte dévotion est supersli lieuse et qu'elle n'est fondée que sur des visions creuses et de fausses révélations. Il me donnait un beau champ dans son histoire de Marie des Vallées pour Irailer à fond celle matière : car pour persuader au monde que sa félc du Cœur de la Vierge vient de Dieu, el qu'elle est fondée sur la révélation, il rapporte au 3® chapilre du 7'' livre que Notre-Seigneur révéla à la sœur Marie qu'il avait inspiré de célébrer cette fête el qu'il châtierait ceux qui s'y opposeraient...

« J'avais dessein, comme je l'ai dit, de faire voir la vanité cl la superstition de ces dévolions nouvelles, mais j ai appréhendé (jue mon écrit ne vous parût trop long et ne vous fût trop ennuyeux ; et d'ailleurs je vois qu'il y a déjà plusieurs années que l'on a composé un ouvrage exprès pour réfuter le livre de la Dih'olion an Cœur de. la Vierge fait par le P. Eudes, où l'on fait voii clairement les cireurs, les absurdités, les mensonges, les fausses citations et les autres défauts de cet écrit, et qu'on le mettra peut-être bicnlol au jour, afin de tacher de combattre et de détruire le culte extravagant et superstitieux que le P. Eudes s'efforce d'établir dans le monde. »

Dans u n Factnrn pour la défense de la Lettre à un Doc-

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i€iir,\e même auteur revicn t en core sur cette question : « Il n'y a rien, dit-il, qui donne plus de lieu aux hérétiques de se moquer de l'Eglise, d'insulter les catholiques et de s'opiniàtrer dans leur séparation, que de soullVir parmi nous une conduite si extravagante et si irrégulière que celle du P. Eudes Ils voient un homme qui introduit dans l'Eglise des dévolions nouvelles cl superstitieuses, qui établit des fêtes à sa mode et dont on n'avait jamais entendu parler... Ils voient un homme qui semble mettre l'essence de la religion à être dévot au Cœur de la Vierge et à bien célébrer sa fête, qui établit cette dévotion sur des visions et des révélations chimériques, qui a écrit ([uc Jésus Christavail inspiré cette fête et qu'il châtierait ceux qui s'y opposeraient, qui impose à la Sainte Vierge d'avoir dit ({ue cette fête serait un jour une seconde solennité du Saint Sacrement, qui tâche de persuader au monde que la conversion des pécheurs et leur salut sont attachés à celte dévotion, alléguant pour cela l'exemple d'une fille de qualité, qui, étant très mondaine et en état de damnation, fut guérie de sa vanité et sauvée par le moyen de cette dévotion... »

L'écrivain janséniste reproche ensuite au Bienheureux d'avoir brûlé les Avcrtisscinenls salalaircs de la bienheureuse Vierge à ses dévols indiserels, livre pernicieux, qui ne tend à rien moins qu'à détruire la dévotion à Marie et qui soulevait l'indignation de tous les catholiques (1).

1. Sur ce livre, voir Terrien, La Mère de Dieu et la Mère des hotnmt't!. t. IV, j.. 478, s<[.

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Dans un autre libelle contre le Bienheureux, voici ce que nous lisons au sujet de la dévotion au Cœur de .Marie.

« La sixième nouveauté que le P. Eudes a introduite dans l'Kglise, c'est tout ce qu'il a fait pour rétablissement de sa dévotion au Cœur de la Vierge ; car il ne s'est pas contenté d'en faire la fêle principale des séminaires épiscopaux dont il a la conduite, où il la fait célébrer tous les ans comme fête de patron avec vigile et octave, il ne s'est pas contenté d'en composer une messe et un office solennel, mais il a institué une confrérie pour laquelle il a composé des statuts, entre lesquels il y en a qui ressentent bien la superstition et la singularité de son esprit, comme, entre autres choses, le conseil qu'il donne aux confrères de porter, à l'endroit du cœur, la Ogure d'un cœur de quelque étoffe, sur laquelle ces paroles : Vive Jésus et Marie, soient marquées...

« Ce n'est pas tout : il a établi à Caen une religion de Filles pour honorer le Cœur de la Vierge, qu'on appelle Filles de la charité. Elles portent, pour marquer la fin de leur institut, un cœur d'argent sur la poitrine, sur lequel on voit gravé un regard de Jésus-Christ et de la Vierge.

« Outre cette confrérie et cet ordre de Filles, il a établi une espèce de tiers-ordre, qui doit être commun aux gens d'église et aux laïques, dont l'office et la fin consistent à s'exercer à ces pratiques de dévotion envers le Cœur delà Viergequ'il ainventées. Et pour les distinguer des autres, il leur fait porter un petit habit blanc, sur la chemise, au milieu

duquel il y a un cœur rouge cousu ; et il assure que tous ceux qui porteront ce petit habit, auront indubitablement l'honneur de voir la Sainte Vierge à l'heure de la mort. On sait plusieurs religieuses qui portent cet habit et qui y ont bien plus de dévotion qu'à l'habit de leur ordre.

« Il a de plus déjà fait bâtir deux églises en l'honneur du Cœur de la Vierge, à savoir, celle du séminaire de Goutances, dont il fit mettre la première pierre par Marie des Vallées, et l'autre est celle du séminaire de Caen, qu'il fait bâtir encore à présent, et il a fait graver sur la première pierre de cette église, qu'elle est consacrée au très saint Cœur de la Bienheureuse Vierge. C'est dans cet esprit de nouveauté qu'il a ajouté aux litanies de la Sainte Vierge ces paroles : liegina cordis nostri, ora pro nobis, et aux litanies des saints : Per Cor amantismum sanctissimœ Matris tuse, libéra nos Domine.

«C'est encore dans cet esprit qu'il a composé la célèbre salutation au Cœur de la Vierge qui commence ; Ave, Cor sanctissimum. Et pour donner plus de crédit à cette prière, il fait croire à ses dévots et à ses dévotes que cette salutation a été révélée à une certaine sainte Mechtilde dont l'histoire est fort incertaine, dont la canonisation est fori inconnue, de qui les prétendues révélations contenues dans un recueil que j'ai lu, n'ont jamais été approuvées, et portent toutes les marques dune narration fabuleuse et supposée (1). »

1. Mémoire contenant quelques-unes des nouveautés, impertinences et pratiques suj.crstitieuses qui se trouvent dans les

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Et après avoir critiqué les prières et les ouvrages composés par le P. Eudes en l'honneur du Cœur de Marie, l'auteur du libelle ajoute ces paroles, qui ne laissent aucun doute sur l'esprit qui l'animait :

« On désirerait que le P Eudes eût un éloignement et une aversion plus sincère des eneurs contenues dans les o propositions condamnées par les Constilulions d'Innocent X et d'Alexandre Vil. 11 semble mettre tout le foit de son zèle pour la foi et la religion à être opposéà ce qu'on appel le Jansénisme, et à s'emporter jusqu'à la fureur contre ceux qu'il croit coupables de celte erreur ; mais en quoi faitil consister cette eneur pour laquelle il a tant d'horreur? Cet te hérésie, selon le P. Eudes, ne consiste pas à dogmatiser et à soulenirla doctrine condamnée des 5 ])ropositions, puisque des 5 propositions il en enseigne tiois lui même expressément et les deux autres indirectement, comme il a été remarqué cidessus. En quoi donc fait-il consister l'erreur du Jansénisme et qu'est-ce qu'être Janséniste selon le P. Eudes ? (]'esl être Janséniste déclaiv, selon ce Père, que de signer le formulaire avec disllnction du fait et dn droit, comme l ont signé (uiatce évêques de ce royaume et plusieurs autres personnes signalées en doctrine. Mais il n'en faut pas encore tant pour passer pour Janséniste dans son esprit. C'est être

livres que Je P. Emles a fail imprimer. Ai'chives de la Congrégalion (le J('>sus ff .Marie. — On voit pourquoi le 1' Eudes, dans la prpface du Cœur admirah/f c\ dans d'autres endroits de ses ouvra<,'f's, aftpuie sur les approlialions accordées atix révélai ions de Siiinie .Medililde, do sainte (iertrudc et de sainte Brigitte. C'étail une réponse à ses ennemis.

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Janséniste que de louer la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas sur les matières de la grâce ; c'est être Janséniste, selon cet homme, que de témoigner de l'estime pour ces messieurs qu'on appelle de Port-Royal ; c'est cire Janséniste que de garder et de lire le livre de la Frcquenfe communion ou les épitres de M. l'abbé de Saint-Cyran, ou de faire état des livres de la Perpétuité de la foi contrôle ministre Claude ; c'est être Janséniste que de hanter les pères de l'Oratoire et que d'avoir de l'estime pour eux... Bien plus, on tient que le P. Eudes prend pour Jansénistes tous ceux qui trouvent à redire à ses nouveautés, qui n'approuvent pas sa dévotion au Cœur de la Vierge, qui ne croient pas aux visions de la sœur Marie des Vallées et qui ne la tiennent pas pour une sainte. »

« Que ne peut-on et ne doit-on pas dire, écrivait de son côté le moine de Barbcry, pour rompre le cou à CCS nouveautés adeclées et à ces fêles de son invention ? Ce bonhomme fait dire à sa béate que la fêle du Cœur de la Vierge sera un jour à venir autant solennelle dans l'Eglise comme celle du Saint Sacrement... Hé I dites-moi, Père Eudes, où Irouvezvous les fondements de celle fête ?.. Et qui vous a donné une autorité d'excellence et de spéciale prérogative que vous la célébriez avec des indulgences supposées, afin d'amuser et de vous railler delà .simplicité du vulgaire ?... Sans doute que vous étiez bien nécessaire à 1 Église, car elle serait bien dans les ténèbres sans le brillant de vos lumineuses révélations. Hé ! qu'entendez-vous par cette fêle, Père Eudes ?

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Entendez-vous autre chose que ce que notre commune mère prétend dans tant de fêtes où elle se conjouit des grandeurs véritableis de cette Mère de miséricorde ? Si ce n'est que je sais qu'une forte plume et parfaitement bien taillée vous découvrira votre bévue et la petite passion de vous insinuer dans les esprits et d'y passer pour un nouveau patriarche par ces nouveautés et ces inventions périodiques et mariolâtres, je vous dirais ce que je pense, et je vous sommerais de me donner quelques éclaircissements (1). »

A rOratoire. on rédigea un Factiim destiné à être envoyé à Rome. Le P. Eudes y était traité de visionnaire. L'un des points sur lesquels on insistait le plus, c'était (( cette dévotion inutile et superstitieuse, qu'il prétend autoriser par de petits livres sans érudition et sans solidité, mais pleins de rêveries, de superstitions, de révélations fausses et non approuvées, de propositions contraires à la théologie, à l'usage et à la foi de l'Église. » On signalait en particulier son office du Cœur de Marie et son livre sur cette dévotion. (2)

On le voit, les adversaires duP. Eudes n'avaient aucun argument sérieux à opposer à la dévotion qu'il prêchait. Ils se gardaient bien de l'étudier en elle-même et de vérifier la solidité des fondements

1. IJxtraits de la Vie d" Marie des VaUres, précédés d'une prélace el suivis de réllexions sur la vie de la sœur Marie dos Vallées. l{il)liollio(jue nationale. Ms. fr. 11.9if.

2. Le Doré, Le/. ■'Sacrés Cœurs et le V. Jean Eudes. L p. 143.

scripturaircs et traditionnels sur lesquels le Bienheureux s appuyait pour en montrer la légitimité. Us essayaient de la discréditer en recourant au persiflage et à la calomnie.

Ils revenaient constamment sur les révélations de Marie des Vallées, comme si la dévotion au Coeur de Marie reposait sur ces révélations I

Ils traitaient cette dévotion de nouveauté, comme si la nouveauté, qui est déplorable en matière de doctrine, l'était également en matière de piété ! Gomme si chaque siècle ne voyait pas surgir quelque dévotion nouvelle que l'Église encourage, dès qu'elle en a reconnu l'utilité !

Ils taxaient de superstitieuse la pratique recommandée par le P. Eudes de porter sur la poitrine un cœur d'étoffe représentant le Cœur de Marie, comme si le port des médailles et des scapulairea n'était pas approuvé et recommandé par l'Eglise !

Enfin, ce qui est vraiment le comble de l'impudence, ils osèrent soutenir que la dévotion au Cœur de Marie s'adressait en réalité à Marie des Vallées.

u C'est une chose étrange, écrivait le P. Eudes à M. Trochu, aumônier de Mgr de Ligny, évêque de Meaux, de dire et de croire que des prêtres, qui font profession de vivre en la crainte de Dieu, soient si insensés et dans une impiété si détestable, que de dire des prières et des salutations, de faire un office particulier et de célébrer des messes et des fêtes pour honorer le cœur d'une pauvre fille morte depuis dix ans, qui n'est ni canonisée, ni béatifiée, ni quoi que ce soit. Ne voit-on pas que toutes les paroles de

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la salutation, toutes les antiennes, répons, hymnes et les leçons de l'office et de la messe s'adressent au Cœur de la Sainte Vierge (I) ? >

Le P. Eudes souffrit cruellemeril de la persécution dont il était l'objet ; mais si puissants et si perfides que fussent ses ennemis, ils ne réussirent ni à le « couler à fond », comme ils Icspéraiont, ni surtout à discréditer la dévotion au Cœur de Marie, dont il continua à se faire l'apôtre zélé. Il y a plus. Les évêques de Normandie, réunis en assemblée provinciale à Meulan, après avoir pris connaissance du libelle de l'abbé d'Aulnay, n'hésitèrent pas à proclamer la parfaite orthodoxie du Bienlieurcux.

Naturellement ce fut pour ses adversaires l'occasion de nouvelles récrimina lions

« Les amis du P. Eudes, dit l'auteur du Faclum pour la défense de la Lettre à un Dorleur, l'assistent elle protègent avec un zèle et une ardeur surprenants.

i. Letfre da 2 janvier 1673. Œuvres cotnptètfls, X, p. 112. Marie des VaUées étail niorle le 25 lévrier 10.'i6, c"esl-.n-(iii--^ depuis dix-neuf ans. La IcHre du P. Eudes, telle qu'on nous la conservée, contientdonc une erreur matérielle due prohaldemenl à la négli'jence d'un copiste. — Du temps du P. Eudes, il y avait au srininaiie de Coiilmces un tableau faityousson irispii-aiion, qui représentait le rèsne de la divine Volonté dans le Cœur de Jésus et de Marie. A l'inlérieiu" d'un cœur île grandes dinicnsion.s, on v voyait trois li^'ures, lune, à droite, représentant Notre-Sei^rneur, une autre, {\ gauche, représentant la Sainte Vierge, couinie l'iniliciuait le titre : Maler admirabilis in.scrit en denii-rond au-dessus de sa tête, et la troisième, au milieu,

que le p^ru pris piusse aveugler a ce poinr un pn-iie inieiiigenl et instruit ? Cf. Œurres complètfs, VII, p. ui'ti \ Le Uoré, Les Sarrrs Cjpuri cl If V. Jean f^udea. II. p. 377.

\.\i B. tllHES KT SON APOSTOLAT lit

En l'assemblée provîncialc des évèques à Meulan, on l'a loué, on a fail son éloge, et plusieurs y ont rendu un témoignage public qu'il est très orlliodoxe et très innocent. On a soutenu publiquement, dans celte assemblée de prélats, comme un fait inconslestable, que ce l'ère n'a rien écrit que de très orthodoxe, que sa doctrine est très catholique, que l'écrit qu'on a composé contre lui (la Lettre à un Docteur) n'est remplie que de calomnies (1). »

« Au reste, dit un autre, les livres du P. Eudes, quels qu'ils soient, et sa voix éclatante dans la chaire l'ont si bien mis dans l'esprit du vulgaire que tous les manifestes que l'on a faits et que l'on pourrait faire contre lui ne seront jamais capables de désabuser bien des gens, tant on est préoccupé en sa faveur, et, hormis un petit nombre de personnes éclairées et sans intérêt, il sera toujours estimé et honoré en Basse-Normandie. MM. les prélats, sans l'examiner à fond, en ont cru le bien qu'on en disait, et ils ne se sont pas opposés à la publication de ses livres, qui sont extrêmement débités parmi la populace (2). »

Au plus fort de la tempête déchaînée contre lui (3), le P. Eudes continuait à propager la dévotion au Cœur de Marie, et quand il le fallait, il savait éle-

1. Cité parle P. Lo Doré, Les Sacrf^s Cœurs et le V. Jean Eudes, I, p. 138.

S. Cité par le \\ Le Doré, 1. c, p. 139.

3. I>a date de la lelti-e que nous allons citer est incertaine, mais son contenu même semble indiquer qu'elle fut écrite à l'époque dont nous nous occupons.

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ver la voix pour la défendre. Qu'on en juge par la lettre suivante adressée à une abbesse de l'Ordre de Saint Benoît, qui voulait supprimer la fête du Cœur de Marie :

« Madame, quoique je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, j'ose néanmoins prendre la liberté de vous écrire pour vous marquer la douleur que j'ai d'avoir appris que vous avez ôté de votre monastère, non seulement la fètc du saint nom de Marie, mais que vous avez résolu aussi d'en ôler la fête de son Sacré Cœur.

« Oh ! Madame, que faites-vous ? Les abbesses qui vous ont précédée, qui étaient si pleines de sagesse et de vertu, ont établi ces fêtes par un effet de la dévotion singulière qu'elles avaient pour la glorieuse "Vierge ; et vous détruisez l'ouvrage de leur piété ! Quel honneur (?) pour vous ! El que diront-elles au jour du jugement ?

« Que faites-vous, Madame? La divine Bonté avait mis ces deux fêtes dans votre maison comme deux fontaines de grâces et de bénédictions, et vous les tarissez ! Le Cœur de Jésus et le Sacré Cœur de Marie étaient deux tours imprenables pour vous mettre à couvert des ennemis des âmes de l'abbesse et de ses filles, et vous les ruinez ! Vous frappez et blessez au Cœur la Mère de la belle dilection ! Vous excommuniez son très vénérable nom et son très aimable Cœur ! Vous les chassez de votre maison ! Comment oseiez-vous, après cela, paraître devantelle? Ne craignez-vous point que son Fils, qui ressent vivement les moindres offenses que l'on commet contre sa

chère Mère, ne fulmine contre vous quelque terrible excommunication, et qu'ils ne vous ferment la porte de leur maison? Us vous avaient donné leurs Cœurs, qui n en font quun par unité d'esprit, pour être votre cœur, votre trésor et votre consolation, et vous le rejetez ! Comment vivrez-vous sans cœur ? Ne pourra-t-on pas désormais vous appeler avec le prophète columba seducta, une colombe séduite, qui n'a plus de cœur ?

« La Mère de Dieu vous avait donné son Cœur comme un asile à toutes vos peines, et un trésor immense, rempli d'une infinité de biens, selon ces paroles d'un saint prélat de votre ordre :fons injînitorum bonorum ; et vous n'en voulez pas^ mais vous les voulez perdre !

« Vous renversez une fête fondée sur l'approbation d'un grand nombre d'illustres prélats, sur l'autorité d'un légat a latere et sur la pierre inébranlable du Saint-Siège apostolique, et autorisée par un grand nombre de saints Pères, de célèbres théologiens, et même par plusieurs grands saints et plusieurs hommes très savants de l'Ordre de Saint-Benoît, qui nous ont laissé des marques sensibles de leur dévotion pour ce très bon Cœur pendant qu'ils étaient sur la terre, et qui en célèbrent maintenant les louanges dans le ciel. Croyez-vous, Madame, qu'il vous soit plus utile de suivre les sentiments des hommes qui sont encore dans les ténèbres, que ceux des saints qui sont éclairés des lumières du ciel et instruits de la doctrine ,de Jésus-Christ, qui a voulu être le premier prédicateur de cette dévotion, l'ayant ensei-

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gnée à sainte Mechtilde, religieuse de votre saint ordre ? Si vous réprouvez celte fête, après qu'elle a été durant plusieurs années dans votre monastère, il est bien à craindre que vous ne la fassiez pas avec les saints qui la solenniseront dans le ciel éternellement.

(t Au nom de Dieu, Madame, considérez sérieusement ces choses, et les prenez de la main dont on vous les donne, qui est la très pure charité, et de la part d'une personne qui a pour vous tous les respects imaginables (1). »

Voilà certes un langage bien énergique et qui témoigne d'un zèle que la persécution n'avait pas réussi à refroidir. Nous ne savons quel fut le résultat de celte lettre, mais on avouera qu'elle était de nature à faire une impression profonde sur l'abbesse à qui elle était destinée

Le zèle du Bienheureux à propager la dévotion au Cœur de Marie trouva d'ailleurs un précieux encouragement auprès du pape Clément X qui, par une bulle en date du 4 octobre 1674, daigna accorder des indulgences aux membres de la confrérie érigée ou à ériger en l'honneur du Sacré Cœur de Jésus et de Marie dans la chapelle du séminaire de Coutances, Ce ne fut pas sans peine que le P. de Bonnefond obtint celle faveur, car les congrégations romaines ne voulaient pas entendre parler de la dévotion au Sacré Cœur. Pour obtenir la bulle désirée, l'envoyé du P. Eudes fut obligé de s'adresser directement au Souverain Pontife.

i. Œuvres complètes, XI, p. 1:23.

LR B. EUDES ET SON APOSTOr.AT 14 J

A la nouvelle du succès obtenu par son fidèle inandalaire, le Bienheureux ne put contenir sa joie. Témoin ce billet qu'il lui adressa le 27 novembre :

« Oh î quelle consolation, mon très cher et bienaimé frère, votre lettre nous a été donnée ! Louanges éternelles au très adorable Coeur du bon Jésus, d'avoir si bien inspiré le vôtre ! Bénédictions immortelles au très aimable Cœur de notre divine Mère, de vous avoir si bien conduit en celte affaire, ! Que tout le Paradis redouble ses prières pour la conservation et la sanctification de notre très saint Père le Pape ! Que Jésus et Marie vous fassent parfaitement selon leur cœur, mon très aimé frère, et qu'ils vous inspirent et conduisent si bien, que vous fassiez, s'il est possible, pour les autres maisons [de la Congrégation] ce que vous avez fait pour celle de Coutances (1). »

Au mois de janvier 1675, le P. de Bonnefond obtint, en effet, pour chacune des maisons de l'instilut une bulle dindulgenccs semblable à celle qui lui avait été délivrée en faveur du séminaire de Coulances.

Voici comment le Bienheureux mentionne le fait dans son Memoriale bencficioriim Dei n. 100 :

« En Tannée 1G74, notre très cher frère Jacques de la Haye, dit de Bonnefond, étant allé à Rome, nous a apporté plusieurs bulles de notre saint Père le Pape Clément X : une bulle qui nous donne pouvoir de faire des missions par toute la France avec indulgence plénière ; une bulle confirma-

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