Œurres complètes, VIII, p
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L'ouvrage que le P. Eudes avait entrepris exigeait de longues recherches, et, pour mettre en œuvre les matériaux recueillis et en faire surgir un monument digne du Cœur de Marie, il fallait, avec beaucoup de temps, une grande vigueur d'esprit et une santé qui ne fléchît pas sous le poids du travail. Rien de tout cela ne fut refusé au Bienheureux. Il eut le temps elles forces voulues pour mettre la dernière main au livre qu'il avait tant à cœur de terminer, et le 2o juillet 1680, trois semaines avant de mourir, il pouvait écrire dans son Memorkile bcneficioriim Dei : « Aujourd'hui vingt-cinquièmede juillet de la même année 1680, Dieu m'a fait la grâce d'achever mon livre du Cœur admirable de la Très Sainie Mère de Dieu. »
Après avoir A\it hommage de ce livre à la Très Sainte Vierge, le Bienheureux le dédia à Mme de Guise, en reconnaissance du don de 12.000 livres qu'elle lui avait fait pour la chapelle du séminaire de Caen,
Il le dédia également aux prêtres de la Congrégation de Jésus et de Marie en les invitant à le lire soigneusement pour y apprendre à connaître, dans toute sa beauté, la dévotion qu'il leur léguait.
Lorsqu'il acheva le Cœur admirable, le P. Eudes avait 79 ans accomplis. Il se sentait à bout de forces et il avait conscience que l'achèvement de son livre marquait la fin de sa carrière. La conclusion s'en ressent. Elle ressemble à un testament. Le Bienheureux y remercie la Sainte Vierge de toutes les grâces qu'elle lui avait accordées et en particulier de lui avoir donné son Cœur et celui de son divin Fils.
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« Je n'ai point de paroles, dit-il, qui puissent exprimer rcxcellence infinie de la faveur incompréhensible que vous m'avez faite, lorsque vous nous avez donné, à mes confrères et à moi, le Cœur adorable de votre bien-aimé Fils, avec le vôtre tout aimable, pour être le cœur, la vie et la règle vivante de la susdite Congrégation. »
A l'expression de sa reconnaissance, le Bienheureux ajoute la prière suivante :
« J'ai encore, disait-il à Marie, deux faveurs à vous demander qui feront le comble de toutes les autres. Car j'ai une très grande confiance en la charité non pareille de votre Cœur admirable que mon indignité infinie nempêchera point que vous ne m'accordiez CCS deux choses.
« La première est que vous ayez pour agréable, ma très chère Mère, que je vous donne, ou plutôt que je remette enln: vos mains la petite Congrégation de Jésus et Marie qu'il vous a plu de me donner par un excès de bonté inexplicable. Vous savez que je vous l'ai offerte, donnée et consacrée cent et cent fois dans ma vie ; mais je veux vous la donner incessamment et éternellement, en union de l'amour incompréhensible avec lequel le Fils unique de Dieu s'est donné à vous pour jamais...
« La seconde chose que je vous demande, ô Mère de honlé, est que vous me regardiez toujours comme le véritable eufunt de la bonté ineffable de votre très «aint Cœur .. Regardez-moi donc et me traitez, ô très airnalilo ?»lèie, comme le fruit et l'enfant de la charité meiveilleusc de voire Sacré Cœur, et ne
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permettez pas que je dégénère d'une si Sainte et si noble naissance ; mais impnmez dans mon cœur et dans ma vie l'image et la ressemblance des saintes vertus qui régnent dans le Cœur et dans la vie de ma divine Mère, desquelles, hélas ! je suis infiniment éloigné. Mais surtout je vous supplie, par toutes les miséricordes de votre bénin Cœur, de m'obtenir de la divine clémence un pardon entier et une rémiseion générale de mes innombrables péchés, offenses et négligences, et de m'assisler et protéger avec une bonté extraordinaire au dernier de mes jours cl en ma dernière heure. »
Le Cœur admirable est le plus considérable des ouvrages du P. Eudes. L'auteur l'a divisé en 12 livres en l'honneur des douze étoiles qui forment la couronne de la Mère de Dieu. Le premier est consacré à expliquer ce que c'est que le Cœur de Marie. Le deuxième et le troisième nous font contempler dans le monde physique et dans la loi mosaïque douze tableaux, dans lesquels Dieu le Père s'est plu à en figurer à l'avance les perfections. Le quatrième et le cinquième nous montrent le Verbe imprimant dans le Cœur de la Bienheureuse Vierge une image très parfaite des attributs divins et une participation admirable aux propriétés de chacune des trois personnes divines. Dans les trois livres qui suivent, nous en tendons le Saint-Esprit nous prêchant la dévotion au Cœur de Marie par les oracles de la Sainte Ecriture, par les écrits des Pères et des Docteurs, et enfin par la bouche des Papes et des évêques et par les exemples des gaiute. Le neuvième livre, qui est très long, traite
des excellences du Cœur de Marie. Le dixième conlient l'explication du Magnificat, que le P. Eudes appelle le m cantique du Cœur de Marie. » Le onzième est tout pratique : l'auteur y rappelle à grands traits les raisons qui doivent nous porter à honorer le Cœur de Marie et il indique les moyens de le faire. A la fin, on trouve deux séries de méditalion.s pour la fête et l'octave du Cœur de Marie. Le douzième livre a pour objet le Cœur de Jésus. Il est consacré en grande partie à expliquei' cette pensée de saint Bernardin de Sienne, que le Cœur du divin Maître est une fournaise d'amour destinée ù embraser l'univers. Il se termine par deux séries de méditations pour la fête et l'octave du Cœur de Jésus.
On le voit, le plan adopté pai- l'auteur est des plus grandioses, et, bien qu'il soit fondé sur des pensées d'ordre mystique, la logique n'y fait pas défaut. Il permet au Bienheureux d'envisager sous toutes se» faces la dévotion dont il s'est fait l'apôtre. Les perfections du Cœur de Marie, ses rapports avec les trois ])ersonnes divines, son union avec le Cœur de Jésus, .«es joies, ses douleurs, son rôle dans l'œuvre delà liédemption et delà sanctification du genrehumain, toutes ces questions sont abordées et traitées par l'auteur avec d'amples développements. Quant à la dévotion qui s'adresse à cet aimable Cœur, le Bienheureux n'a rien négligé de ce qui peut contribuer à en donner l'inlelligence et à la faire aimer. Après vxi avoir déterminé l'objet précis, il en expose le.s fondements, en retrace l'histoire depuis l'origine du
christianisme, produit les pièces ofïiciclles qui lui ont permis de prendre place dans la liturgie catholique, et explique la manière de la réduire en pratique dans le cours ordinaiic de la vie. Le Cœur admirable ombrasse donc à la fois la théorie, l histoire et la pratique de la dévotion au Cœur de Marie, et chacune de ces questions y est traitée avec tant de science et de sûreté que, jusqu'à ce jour, on n*a rien ajouté de notable aux enseignements du Bienheureux. Du premier coup, il a donné à la théorie de la dévotion toute la rigueur et toute la pertection dont elle est susceptible. Et ce qui n'est pas moins remarquable, c'est qu'il l'expose dans un langage si simple et si plein d onction que. malgré les trésor» de doctrine et d'érudition qu'il renferme, son ouvrage reste un livre de piété accessible à tout le monde. Il faut avouer pourtant que le plan suivi par le Bien heureux Vô timené plus d'une fois à revenir sur des questions déjà traitées et que. en certains endroits, il se laisse aller à des digressions et à des longueursqui fatiguent les lecteurs modernes.
Le P. Eudes n'eut pas la consolation de publier 1 ui-mcme le Co?Mrf/c//«//'rtWc. L'ouvrage à peine achevé, il ne songea plus qu'à se préparer à la mort, dont tout lui annonçait la venue prochaine. Il expira en effet le 19 août 1680, dans les sentiments de la plu.'^ vive piété.
M. Boudon a parlé de sa mort en des lern>es qui méritent de trouver place ici.
« Il ne faut pas s'étonner, dil-il dans son livre sur la Dévotion à l'Immaculée Mère de Dieu, 1.3, eh. 4, si
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la mort du vénérable P. Jean Eudes a été si précieuse, 9\ douce et si pleine de consolations célestes. Il semblait que le ciel lui était tout ouvert, et l'heure de la mort, qui est si redoutable, était pour lui une heure toute pleine et toute abondante de délices et de consolations spirituelles. Il parlait du paradis comme s'il y eût déjà été; ses paroles étaient des paroles d'onction et de vie à ceux qui étaient présents. C'est le privilège des dévots serviteurs de la Très Sainte Vierge, non seulement de mourir chrétiennement, mais dans la douceur et la paix. Il ne faut donc pas être surpris si elle a fait couler comme un fleuve de paix dans le cœur de 1 un de ses plus zélés serviteurs de notre siècle, lui qui était Venfant béni de son Cœur. »
Le saint missionnaire laissait un testament daté du 24 avril 1671 par lequel, entre autres dispositions, il léguait à ses enfants les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie en leur recommandant d'être fidèles à célébrer chaque année les fêles qu'il avait établies en leur honneur.
« De toute l'étendue de ma volonté, disait-il, je me donne à l'amour incompréhensible par lequel mon Jésus et ma toute bonne Mère m'ont donné leur très aimable Cœur d'une manière spéciale, et en union de ce même amour, je donne ce même Cœur comme une chose qui est à moi cl dont Je puis disposer pour la gloire de mon Dieu ; je le donne, dis-je, à la l)olitc Congrégation de Jésus et Marie pour être le partage, le trésor, le patron principal, le cœur, la vie et la règle des vrais enfants de celte congréga-
tion. Comme aussi je donne et dédie celte même congrégation à ce divin Cœur, pour être consacrée à son honneur et à sa louange dans le temps et l'éternité, suppliant et conjurant tous mes bien-airaés Frères de s'efforcer d"y rendre et faire rendre tout l'honneur qui leur sera possible ; d'en célébrer les fêles et les offices aux jours qui sont marqués dans notre Propre» avec toute la plus grande dévotion qu'ils pourront, et de faire quelques exhortations sur ce sujet dans toutes les missions ; de s'étudier à imprimer dans leurs cœurs une image parfaite des vertus de ce très saint Cœur, de le regarder et de le suivre comme la règle primitive de leur vie et de leui's déportements, et de se donner à Jésus et à Marie dans toutes leurs actions et exercices pour les faire dans l'amour, dans l'humilité et dans toutes les autres dispositions de leur Sacré Cœur, afin que, par ce moyen, ils aiment et glorifient Dieu avec un cœur qui soit digne de Dieu, Corde magno et animo volenti, et qu'ils soient selon le cœur de Dieu et les vrais enfants du Cœur de Jésus et de Marie.
« Je donne aussi ce Cœur très précieux, ajoutait le Bienheureux, à toutes mes très chères Filles, les Religieuses de Notre Dame de Charité, aux Carmélites de Caen, de Dieppe, et à tous mes autres enfants spirituels... ; et je les donne tous et chacun en particulier à ce très bon Cœur pour les sus-dites intentions. ))
Dans un autre article de son testament, le Bienheureux demandait que son corps fût inhumé dans la chapelle du séminaire de Caen « consacrée » par