I.V 01- VOTION APHKS l.K B. IX'DiiS
Par ailleurs, l'oiFicc du P. de Gallilfel est moins complet que celui du P. Eudes, et il s'en faut qu'il en ait l'oiiginalité. Cela tient à ce que, dune part, le savant Jésuite n'a pas fait entrer dans son office les vues clièies au fiienheureux sur la vie et le règne de Jésus dans les ànies, et que, d'autre part, il n'a pas cru devoir conserver les passages, pourtant si beaux, où le P. Eudes emploie le langage des Pères et des écrivains ecclésiastiques pour chanter les^ louanges du Cœur de Marie. Cela tient encore à ce qu'il n'a pas appu\é, comme le Bienheureux, sur
los Kiroplies du T*. Eudes (Jonf l'auteur s'est inspiré ou qii'il a laites siennes :
Hymne du P. de Galliffet
Quid Corde Mat ris Virginis Cani polesl suaviiis ?
Oui<l Corde Matris Niiminis Coli polesl augusliua ?
QuamsanctaMatris viscera !
Ouam saiicta sunl et ubera !
Uegalc sed Cor omnibus Miraculis prœslantius...
In sanctitalis formula.
Vila3 Dei compendium, Cordis lidelis régula, Cubile Jesu floridum.
Te candidala lilia, Nai'dus rosicque lulciunt :
Te mala cœli dulcia Amore languens ambiant.
Ave Cor admirabile.
Thésaurus orbis. omnia Collatn nobis cœlilus Servans Dei mysleria...
On po'.irrait l'aire des
Strophes du P. Eudes
Quid Corde Matris Virginis Coli potest sacratius ?
Cordi supremi Nuniinis Quid Corde tanto gratius ?
Miranda Matris viscera, Miranda sunt et ubera, Regale sed cor omnibus Miraculis pra-slanlius.
Cor sanctitalis formula, Cordis fidelis régula, nignum Dei sacrariuni.
Cubile Jesu floridum.
Te candidala lilia Nurdus rosa^que fiilciunt :
Te mala caeli dulcia Amore languens ambiunt.
Ave, Cor admirabile.
Thésaurus orbis, omnia CoUata nobis cœlilus .Servans Dei mjsteria.
rochemcnts analogues, moins nombreux cepoiidaai, pour l'uviune des laudes.
rappri
2(H) ÉTUDE IHSTOniQUE
l'union de nos cœurs avec ceux de Jésus et de Marie, qui doit être le fruit spécial de la dévotion aux Sacrés Cœurs. Et c'est pour cela sans doute que, même après le lra^ail du P. de GallilTct, l'oflice et la messe du P. Eudes restèrent en faveur auprès du clergé et des lidèlesetque, dans beaucoup d'endroits, on continua à en faire usage jusqu'à la Révolution. Le petit oflice du P. de Galliffet est très court : il i\ a ni psaumes ni leçons. Les hymnes se composent uniformément de deux strophes suivies de la doxologie. Celles des matines, des laudes et des petites heures sont presque entièrement empruntées au P. Eudes (1). Le P. de Galliffet les a traduits en vers français, et, à notre avis, sa traduction est bien supérieure à celle de M. de la Monnaye.
m. PROt;RKS DE I.A OKVOTION
DiiPUlS I.K P. DE GAM.IFI'KT JUSQU'a i/aVKNKME.NT DF, PIK V[
I^es confréries. — Le 1" samedi <1u mois. — Le scapulaire des SS. Cœurs. — Le manuel de la société du Cœur admirable. — Ouvrages d'.i P. Le Bêtifier et du i*. Baudrand. — Recours au (^œur de Marie dans les communaiilés. — La fête du CfiMir tJe .Marie so répand de plus en plus. — Dépit des Jansénistes.
Dans le cours du xvni*' siècle, la dévotion au Cœur de Marie, aussi bien que la dévotion au Cœur
1. Voici, à litre d'exemple, rh^ymnedes matines et àcùlé les sli-oplies du P. Eudes.
Hymne du P. de Galliffet Stropheff du P. Eudes
'''SU, Mariaî gloriu. .Icsu, Mariae gloria,
•MiraijU» Cordis Virginis l'rajtlara Cordis Virginis
de Jésus dont on ne la séparait pas, ne cessa de gagner du terrain. Loin de s'opposer à ce mouvement, les souverains pontifes le favorisaient en continuant à accorder des brefs d'indulgences aux confréries érigées en Ihonneur des SS. Cœurs. Ces confréries se multiplièrent à tel point que, d'après le P. Niiles, dans les 30 années qui s'écoulèrent entre les démarches du P. de Galliff'et à Rome et l'approbation de la fcte du Cœur de Jésus en 1765, on n'en compte pas moins de 100 qui obtinrent des brefs d'indulgences. A côté des confréries dédiées aux SS. Cœurs, on en voit d'autres qui étaient destinées à honorer spécialement le Cœur de Jésus, mais presque toujours le culte du Cœur de Marie y avait aussi sa place. Enfin il ne manquait pas de confréries érigées spécialement en l'honneur du Cœur de Marie. Beaucoup d'entre elles étaient établies dans des communautés religieuses.
En divers endroits, on fit imprimer, à l'usage des associés, des manuels, qui ne manquent pas d intérêt. Ils nous font connaître les pratiques de dévotion recommandées aux confrères. En ce qui concerne la dévotion au Cœur de Marie, on y trouve d'ordinaire, à côté des actes de consécration et de réparation, le petit oiTice, les litanies et le chapelet. Ces prières sont quelquefois empruntées au P. Eu- Cor inlonat prseconia : Cor intonat pra^conia, >^oslris adesto canticis. Noslris aiiesto canticis.
(Jtiid Corde Malris Virginis, Quii Corde Malris Virginis
Cani polest suavius ? Coli potest sacratius ?
Qiiid Corde Malris Numinis Cordi siipremi Numinis
Coli potest augustius 1... Quid Corde tanto gratius ?
-08 ÉTLDh: uisToaiQUi-:
des ; le plus souvent elles sont tirées <ie l'ouvrage (lu P. de Gulliffet.
Dans certaines confiéries, on voit s établir le pieux usage de ci»nsacicr le prcnnier samedi ilu mois à honorer le (^œur de Marie et, ce jour là, les confrères sont invités à faire une visite d'une demiheure ou d'u'ie heure dans la chapelle de l'association. G est ce qui avait lieu, par exemple, dans la confrérie érigée en 1737 chez les Ursulines de Trévoux (I ) et dans celle qui fut fondée à Caen, dans l'église Saint-(lilles, en 17"->8 (2).
Une auljc jualique souvent recommandée, c'est le port d'un scapulaire représentant d'un côté le Cœur de Jésus et de l'autre le Cour de Marie.
« Il est avantageux, lison.s-nous dans le manuel de la confrérie du Sacré Cœur érigée à Paris dans Téglise Saint-Laurent, il est avantageux d'avoir l'image de ce Sacré Cœur divin toujours dans l'esprit, autant (luon le pourra ; et surtout de le porter sur soi en forme de scapulaire, pour éloigner de nous les démons et toutes les tentations. Jésus-Christ l'a promis expressément et qu'il comblera de bénédictions ceux qui révéreront et porteront l'image de son Cœur.
t( Ceux qui auront le bonheur de porter le scapu-
1. /n:ftn/r fions pt exercices pour la confrérie du Sacré r.œiii' fie Miiiie. l'i-iirée (Jans l'église du monastère de Sainte- Ursule, do la \iiit! do Trevoux-eu-Dombes, diocèse de Lvon. Lyon. 1737, |.. 2S-29.
2. InstrnctiotiK et exercices j)ro(.res pour la confrérie du Sacré Cœur de .Marie. crif.'ée à Caen, dans régli.-iC paroissiale de ÎSainl-Gilles. Cacn, 17o8, j». XXV.
l.A DKVOTION APRÈS LE B. KUDI' S 209
laire gravé du Sacré Cœur (sic) de Jésus et de Marie, doivent au moins, tous les jours, pour attirer les grâces que Jésus-Christ a promises, dire tous les matins à l'honneur de ces Sacrés Cœurs trois Pater et trois Ave Maria dévotement. Ils peuvent être assurés que les Sacrés Cœurs de Jésus el de Marie les défendront contre toutes les puissances infernales (1). »
Le manuel de la confrérie du Cœur de. Jésus érigée dans le second monastère de la Visîlalion, à iVix, renferme à l'usage de ceux qui portent ce scapulaire une prière qui se termine par ces mois :
(( 0 Coîur adorable de Jésus ! ô Cœur Sacré de Marie, toutes les fois que je penserai à votre image, ou que je la presserai sur mon cœur, je prétends renouveler mon dévouement et ma consécration à votre service ; faites que je vous aime, ô Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie, comme vous m'avez aimé, et qu'à force de vous aimer je meure de votre amour, qui doit me faire vivre éternellement (2). »
Pendant que les confréries du Cœur de Marie se multipliaient, la société du Cœur de la Mère admi-
1. Dëvolion au Sacré Cœur de Jésus. Lidoe neUo el parlaite de la dévotion au Sacré Cœur, p. 166.
2. La dévotion au Sacré Cœur de Jésus avec les exercices de piété pour les personnes associées. Aix 1717. j). 101-102. Le 20 février 1776, les Nouvelles ecclésiastiques se plaignaient '[ue le chapelain des Bénédiclinos de Saint-Cyr * débitai des espèces de scapulaires au bout desquels étaient cousus deux petits morceaux, d'étoffe brune portant les ileux Cœars de Jésus et de Marie brodés el enlacés Fun dans l'autre. » Et il ajoutait: « C'est apparemment à cet ouvrage futile qu'il occupe les religieuses el les pensionnaires. » Cité par Lelierce, Etude sur l& Sacré-Cœur. Il, p. 381.
COECR DE MARIE. — 14.
210 ÉTUDE HISTORlQt'K
rable trouvait en Normandie cl en Bretagne des recrues de plus en plus nombreuses, et ses membres, ecclésiasti(|ues ou laïcs, étaient autant d'apôtres de la dévotion au Cœur de Marie. Pendant longtemps cette pieuse association n'avait pas eu de manuel spécial. Vers le milieu du xviir siècle, les Eudist^s eu composèrent plusieurs qui parurent à Avranches, à Caen, à Rennes, à Dol et en d'autres lieux. Celui (le Rennes fut le plus goûté. On le réédita souvent, on le traduisit même, dit-on, en plusieurs dialectes de la langue bretonne. Dans son genre, ce petit livre est un excellent manuel de la dévotion aux Sacrés Cœurs (1).
A côté des ouvrages destinés à de pieuses associations, on en vit paraître d'autres composés pour toutes les âmes de bonne volonté, qui contribuèrent à développer la dévotion au Cœur de la Bienheureuse Vierge.
C'est ainsi qu'en 1770 un enfant du P. Eudes, le P. Leïieiirior publia à Rennes, chez J. Vatar, des Mcdiiations pour les fêles et octaves du diinn Cœur de Jésus et du saint Cœur de Marie (2).
i. Voir 00 nianiiol dans les Œuvre.^ complètes du D. Jean IJudes, t. VIll, p. 59.
2. Méditations pour les fêtes et octaves du divin Cœur de Ji'sus et du saint Cœur de Marie. A Hennés, oliez Julien Vatar, père, ail coin de la Place du Calais cl de la rue de Bourbon et Julien (iliai-les Valar, fils. Inipiinieur Libraire, au coin de la Place Royale cl de la nie de IHerniino, au Parnasse. M. DCC. I.X.X. t vol. in-lS (le 1U8 p., sans nom d'auteur. Ces médilaUcns se composent unilormément de trois points et d'une résoJulion. Voici le tjlrc des médilalions pour la veille, la fêle et l'octave du tk»ur de Marie : 1. Nécessit(* de se préparer à la f(ile du
LA DKVOTIOX APHKS LK B. RL'DI.S 2i I
L'abbé Caron, qui nous a conserve le son venir de ses travaux et de ses vertus, aiïirnic que, sur la demande des Religieuses de Notre-Dame de Charité de Paris, le pieux écrivain avait également compose un traité de la dévotion au Cœur de Marie dans le genre de celui que le P. de GallifTet avait publié sur la dévotion au Cœur de Jésus (1). L'abbé Caron ajoute que la Reine avait accordé sa protection aux Religieuses de ÎSotre-Dame de Charité pour l'im pression de cet ouvrage, mais il ne nous dit pus qu'il ait été réellement imprimé, et jusqu'ici nous n'en avons trouvé aucun exemplaire.
Vers le même temps, le P. Baudrand, Jésuite. publiait deux opuscules consacrés à la dévotion aux SS. Cœurs : IJâme embrasée de f amour divin par son union aux Cœurs sacrés de Jésus et de Marie ; — L'excellence et la pratique de la dévotion aux SS. Cœurs de Jésus et de Marie (1768).
Ces deux ouvrages diffèrent assez peu. La troisième partie de chacun d'eux a pour Objet la dévotion au Cœur de Marie. On y trouve, entre autres choses, une considération sur les grandeurs du Cœur de Marie, un acte de consécration, une formule de réparation, un chapelet, des litanies et un petit
Cœur de Marie. — 2. Le Cœur spirituel de IMarie mérite nos liommages. — 3. Le Cœur de Marie, image de la Très Sainte irinilé. — 4. Le Cœur de Marie, fournaise d'amour. — ^5. Sainteté du Cœur de Marie. — 6. li'amour du Cœur de Marie ponr l'Eucharistie. — 7. Le Cœur de Marie percé d'un glaive de douleur. — H. La joie du saint Cœur de Mai'ic. — 9. La gloire du Cœ.ur de Marie.
i. Modèles du clcrgt^, l'aris, 1787, t. 2, p. L^Jl.
212 KH DE ÎIISfOlUQLE
oirice. La plupart de ces exercices sont empruntés au P. de Gallitîet A la suite du petit otTîce se trouve une méditation pour la fêle du Cœur de la Bienheureuse Vierge (1 ).
Dans les communautés religieuses plus encore que dans le monde, la dévotion an Coeur de Marie allait toujours grandissant, et, dans les moments difficiles, on faisait appel au Cœur de celle qu'on n'a jamais invoquée en vain. Mgr Hachette Despoitcs nous a conservé le souvenir de quelques grâces signalées obtenues par son intercession.
Voici d'abord le Carmel de Trévoux, qui, en 1763, se trouvait tellement grevé de dettes que sa ruine paraissait imminonle et que déjà plusieurs religieuses avaient obtenu l'autorisation de chercher un refuge dans d'autres monastères de lOrdre. Dans cette extrémité, les sœurs firent \œu d'ériger dans leur église une chapelle au Cœur de Marie et d'en célébrer la fcte tous les ans, si elles échappaient au danger qui les menaçait. Leur prière fut exaucée, et, en six ans, elles réu.ssirent à éteindre leurs dettes. La chapelle promise fut bâtie et la fête du Cœur de Marie célébrée tous les ans avec la plus grande solennité (2).
Voici un autre fait qui airiva en 17(ii au premier monastère de la Visitation de Paris. La petite vérole
1. L'âme embrasée conlient en outre une nenvaine qui a [l'.mv ol)jet los principaux ni^ystères delà vie de la Suinte Vicr^^e l'A des niéditalions sur ses vertus pour chacun des jours de la semaine.
2. liachelte-Desportes, DJvofion au Cœur de Marie, p. G4. Iviit. 1825.
LA DICVOTION APRÈS LK B. EUDKS 213
sévissait dans la communauté. Depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril, i8 religieuses ou pensionnaires en avaienî été atteintes. Pour obtenir la cessation du iléau, la mère Ghalmette, pour lors supérieure, fil vœu de célébrer tous les ans la fête du Cœur de Marie. Dès ce moment la contagion disparut, et, durant les i8 années qui suivirent, la communauté en fut préservée, bien qu'à plusieurs reprises la terrible maladie régnât dans Paris. Aussi les sœurs céléluaient-elles solennellement, chaque année, le 9 (?j février, la fête du Cœur de la Bienheureuse Vierge (1).
En 1770, la proteclion de Marie se manifesta d'une manière non moiiis éclatante sur le Carmel de Saint- Denis, Les religieuses étaient criblées de dettes à tel point que le boulanger refusait de leur fournir du pain. Elles s'engagèrent par vœu à bâtir une chapelle au Cœur de Marie et à faire tous les ans une neuvaine en son honneur qui commencerait le 8 février, si la Sainte Vierge daignait leur envoyer un sujet qui payât leurs dettes, réparât leur église et leur apportât un revenu de 3.000 livres. La première neuvaine commença le 8 février 1770. C'est pendant cette neuvaine que Mme Louise de France se décida à entrer au Carmel de Saint-Denis, et, le dernier jour de la neuvaine, le roi Louis XV consentit par écrit à son entrée au couvent (2).
Ces faits extraordinaires ne restaient pas ensevelis
■I. Hacholte-Desportcs, I. c, p. 67. Au lieu du 9 février, peut-être est-ce Jo 8 qu'il faut lire.