C. AiROLDi, S. R. C. Secratarius
Comme on le voit, le décret imprimé en tête des Offices de Corbeil contient une interpolation et, à notre grand regret, nous sommes obligés de le considérer comme un taux. Notons en passant que l'office du Cœur de Jésus a été approuvé en 1763 et non en 1763.
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Les Carmélites possédaient alors en France 62 couvents, et dans plusieurs d'entre eux, par exemple dans celui de 'J'révoux, on célébrait déjà depuis un certain temps la fcte du Cœur de Marie.
Quant à l'ordre de Fontevrault, voici ce qu'en dit l'évoque de Glandéves :
« Mme de Pardailhan d'Antin, abbesse de Fontevrault, ayant demandé la même grâce à N. S. P. le Pape Pie VI, l'a également oblenue pour les cinquantedeux maisons qui composent son ordre en France. La fêle est fixée dans le chef d'ordre et dans toutes les maisons qui en dépendent au dimanche dans l'octave de la Visitation de la Sainte Vierge. L'office est double de seeonde elasse avee octave. Le Souverain Pontife a encore ajouté à cette première faveur une indulgence plénicre, à perpétuité, pour tous les fidèles qui, après s'être confessés et avoir communié, visiteront une église du dit ordre et y prieront dévotement pour les intentions de sa Sainteté (1). ))
A l'époque de la Révolution, la dévotion aux Sacrés Cœurs prit en France un grand développement. Dans leur détresse, les catholiques placèrent leur confiance dans le Cœur de Jésus et dans celui de sa divine Whrc.
C'est ce que fil, entre autres, l'infortuné Louis XVI. A l'instigation, semble-t-il, de son confesseur, le P. Hébert, cudisle, il fit vœu, au cas où il échapperait à ses ennemis et recouvrerait sa couronne, de
i. La dévotion ou Cœur de Marie, p. 198.
consacrer solennellement sa personne e( son royaume au Cœur de Jésus et de renouveler celte consécration tous les ans, de lui ériger une chapelle ou un autel dans une église de son choix et d'en faire célébrer la fête dans toute la France, le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement.
Dans la prière placée en tète de ce vœu, Louis XVi s'adressait à la fois au Cœur de Jésus et au Cœur de Marie,
« O Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c'est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J'appelle à mon secours le tendre Cœur de Mario, mon auguste protectrice et ma mère, et l'assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux. »
Mme Elisabeth, l'angélique sœur de Louis XVI, se réfugiait également dans les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. « Quelques mois avant son incarcération, dit le P. Alet, elle avait écrit la form.ule d'un vœu au Cœur immaculé de Marie pour obtenir la conservation de la foi en France ; et ce vom adopté par la comtesse de Carcado. la comtesse de Saisseval et d'autres amies de la pieuse princesse, fidèlement observé jusque dans les péripéties les plus douloureuses de l'émigration, devint au retour le principe de plusieurs œuvres charitables, dont quelquesune« subsistent encore. En parcourant ce qui nous reste de sa correspondance et de ses écrits intimes, on rencontre à chaque ligne l'expression émue de son
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double amour pour les Sacres Cœurs de Jésus et de Marie (1). >»
Les conimunaulés religieuses invoquaient, elles aussi, les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie pour échapper à la ruine qui les menaçait.
C'est ainsi (pi'cn 1702 les Clarisses de Lyon se oonsacrcrcnl an\ Sacrés Cœurs, et, pour obtenir la grâce de n'être point chassées de leur communauté, (îlles firent vœu de réciter lous les jours une prière à ces deux Cœurs, de réciter tous les vendredis les litanies du Cœur de Jésus et de renouveler leur consécration à ce divin Cœur le premier vendredi de cliaque mois. Expulsées de leur monastère, elles renouvelèrent le vœu de réciter chaque jour leur
1. AliM. La Fra/irc et h Sacre-Cœur, cli. VI. Dans se.s notes, Mme lie Saissc\al parle de ce vœu dans les tenues «jue voici : « Au mois ili* juillet 1790, me trouvant à Valogncs, où le régiment lie mon mari était en garni.son, .Mme de iiarcado m'en- Nova la formule d'un vœu au Ca'ur immacuM de Marie pour oblenir la fonservuliou de la religion en IVance. Ce vœu ('lait iHit par Mme Elisabelli, Mme de Carcado, .Mme la comtesse -Mberl «te l.uvnes, Mme de IJourdeides et beaucoup daulres liâmes que je connaissais. La premii-rc promesse du vœu était de consacrer, au bout d'un an, une somme aussi considérable que la position respective de diaque a.->sociée pouvait le permettre jiour èlic emplovée à la bonne œuvre qui semblerait devoir être le plus agréable à Dieu. Cette œuvre ne devait être désignée qîià la lin de l'année 1701. I.a seconde promesse était d'élever gratuitement au moins un i,'nrçon cl une fille pauvres. De plus, dans une petite prière (pii devait être récitée par les personnes asso<;iées, on |U'omettail l'érection d'un autel dédié* au t^OMir iuimaculé de Marie et un saint mensuel, en reconnaissance de la grâce obtenue, rnfin, à la même inlenlion, un Oi'iii- de Jésus joint au ("o^ur de Marie, fait en or le plus pur, était olVert et envové à Cliartres, où on \o voit encore aujourd'hui à la statue «le Notre-Dame, si vént'rée <lans la cathédrale. )> <".ilé par le V. de Ponlevo.v dans sa yntice sur Mme de Saisserat. 2" édition. Paris, I*ous:«ielgue, 1870.
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prière aux Sacrés Cœurs et s'engagèrent à chômer la fête de l'un et de l'autre, si Dieu daignait leur accorder la grâce de conserver la vie commune, et cette faveur ne leur fut pas refusée, même aux plus mauvais jours de la Révolution,
Des vœux analogues durent être faits dans beaucoup de communautés, car les Sacrés Cœurs étaient dans les congrégalions religieuses l'objet d'une dévotion très ardente, et, depuis longtemps, Tbabilude était prise de recourir à eux dans les dangers pressants.
Et non seulement les communautés religieuses se plaçaient elles mêmes sous la protection des Sacrés Ccenrs, mais elles exhortaient les fidèles à mettre en eux toute leur confiance. Beaucoup d'entre elles confectionnaient et distribuaient des images ou scapiilaires à refilgie des Sacrés Cauirs. Aussi ces images, connues sous le nom de sauvegardes, furent-elles très répandues à l'époque de la Révolution. Il y en avait de deux sortes. Les unes ne représentaient que le Cœur de Jésus, les autres poiiaient d'un côté la représentation du Sacré Cœur et, de l'autre, celle du Cœur de Marie (I),
Au témoignage du Jacobin Gorsas, sur la plupart des prêtres qui périrent dans les massacres des 2 et 3 septembre 1792, on trouva de petites images représentant deux cœurs percés de flèches et surmontés d'une croix. Au bas, on lisait : Cœurs Sacrés proté'jez-noas (2).
1 Voir Lelierce, Etude sur le Sacré Cœur, il, p. 501. 2. Alot, Le Sacré Cœur et la France, cli. Tl.
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Le P. Letierce raconte que la sœur Marie Gosme (]olin, religieuse de la Visitation, fut condannnée à trois mois de détention dans la maison de justice de Besançon, parce qu'on avait trouvé chez elle des images des Sacrés Cœurs avec ces mots : Cor Jesii, miserere nobii : Cor Mariœ, ara pro nobls (1).
D'autres, pourle même fait, furentpunis delà peine de mort. C'est ainsi que M. Leloup de la Biliais, ancien membre du Parlement de Rennes, fut exécute à Nantes, le 17 janvier 171)4. Son crime était d'avoir donné asile à un prêtre non assermenté et aussi d'avoir possédé t< un petit portefeuille en vélin, sur lequel deux cœurs étaient tracés, chacun desquels était surmonté dune croix, et au-dessous étaient écrits ces mots : Jésus, Marie (2). »
Mme de 1 » Biliais et ses deux filles eurent également l'honneur de mourir sur l'échafaud. La charge principale (ju'on avait relevée contre elles, c'est qu'elles distribuaient à profusion des images du Sacré Cœur et autres signes contre-révolutionnaires (3).
Mais ce nest pas seulement en France que la dévotion des fidèles s'orientait de plus en plus vers les Sacrés Cœurs et notamment vers le Cœur de Marie. H en étuit de même dans les autres pays.
Nous en avons une preuve dans la supplique adressée à Pie VI. en 1790, par le clergé et plusieurs communautés de Palerme à l'effet d'obtenir la per-
i. Htudf- ■■iur If Sacî'c- Cœur, 11, p. oOl.