‹ La dévotion au cœur de MarieChapitre 82 sur 221 · V. L'ARCflICONFni'lUi^ DK NOÏIIE-DAMIÎ UKS VICTOIRES · texte numérisé non relu

V. L'ARCflICONFni'lUi^ DK NOÏIIE-DAMIÎ UKS VICTOIRES

l^a mé<JailIe miranilonse. — Elablissenienl d'une confrérie du Cœur df? Marie à Noirc-Darne dos Victoiros. — Son élévation au rang darc'niconlrérie. — I.e P. Liherinann et la congregalion du .Saint (lœur de Mario. — Le P. Claret et la congré.ïalion dos Missionnaires Fils du Cœur de Marie. — Lettre du P. Kootliaan sur le Cœur de Marie.

La médaille miraculeuse a surtout pour but de propager la dévotion à l'Imniaculée-Conception, mais comme elle porte au revers l'image des Sacrés Ojeurs et qu'on la donne aux membres de larchiconfrérie de Notre-Dame des Victoires lejour de leur réception, il nous semble que Ibisloirc de la dévotion au Cœur de Marie ne peut s'en désintéresser.

L'origine de celle médaille remonte à 18;i0.

A cette époque, il y avait à Paris, au noviciat des Fillcsde la Charité, une jeune personne aussi humble

LA DKVOTION APUÈS KK B. EUDFS 233

que pieuse, à laquelle la Sainte Vierge daigna se manifcslcr à plusieurs reprises. C'était la sœur Catherine Labouré. Le 27 novembre, vers 5 heures du soir, pendant que les novices étaient en oraison à la chapelle, la sœur apeiçut la Sainte Vierge, qui se montrait à elle comme dans un tableau ovale. Debout sur le globe terrestre, dont il ne paraissait que la moitié, elle était velue d'une robe blanche et d'un manteau bleu argenté. De ses mains partaient des rayons lumineux, qui tombaient sur la terre, mais principalement sur un point. La sœur entendit une voix qui lui disait : Ces rayons sont le symbole des grâces que Marie répand sur la terre, et le point sur lequel elle les verse plus abondamment, c'est la France. Autour du tableau, on lisait €n lettres d'or : 0 Marie, conçue sans péché, prie: pour nous qui avons recours à vous. Le tableau s'étant retourné, la sœur Catherine aperçut sur le revers la lettre i\ï surmontée d'une croix ayant une baTre à sa base, et, au dessous du monogramme de la Vierge, les Cœurs de Jésus et de Marie, le premier entouré d'une couronne d'épines, le second transpercé d'un glaive. En même temps, la sœur Labouré crut entendre une voix qui lui disait : // faut frapper une médaille sur ce modèle ; les personnes qui la porteront jouiront d'une protection spéciale de la Mère de Dieu. En 1S32, la médaille fut frappée avec l'autorisation de Mgr de Quélen, archevêque de Paris. Elle se répandit rapidement et elle devint l'instrument de tant de guérisons et de conversions qu'on l'appela la Médaille miraculeuse.

234 l'.TUDK HISTORIQUE

Le !0 juillel 1804, à la demande de M. Fiat, supérieur des Lazaristes, Léon XIll a permis aux Fils et aux Filles de Saint-Vincent de Paul de célébrer, le 27 novembre, la fête do la Manifestation de l'Immaculée Vierge de la médaille miraculeuse, et le même privilège est accorde aux diocèses et aux instituts religieux qui en font la demande {\).

Quelques années après l'apparition de Marie à Catherine Labouré, il se produisit à Paris un événement qui contribua grandement à la diffusion de notre dévotion. Ce fut la consécration au Cœur de Marie de la paroisse de Notre Dame des Victoires et l'érection dans l'église de ce nom d'une confrérie du Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs.

Le fondateur de cette pieuse association, l'abbé Dufriche-Desgenettcs, en a lui-même raconté l'origine.

Nommé curé de Notre-Dame des Victoires en 4 832, ce saint prêtre trouva sa paroisse dans un état lamentable.

« La paroisse de Notre-Dame des Victoires, raconte-t-il, située au milieu de Paris, centre du commerce, des affaires, remplie, entourée de théâtres, de lieux de plaisir, avait vu s'éteindre dans son sein presque tout sentiment, presque toute idée religieuse. Sa position dans le quartier le plus absorbé par lamour et par les calculs de l'argent, le plus

i. La Fêle df la manifestation <l>' l Imniacub'e Vierge de la médaille miinruleuse. Hrocliuro in-8 de 6i p. Paris 1894. — Cf. .Madcl : La médaille 7niracnleuse.

abandonne aux criminelles voluptés des passions, y avait fait naître et nourri l'indifférence la plus maiquée pour la religion, et le dégoût, le mépris de ses pratiques. Au centre de Paris, elle étai t devenue dan ^ les dernières années de la Restauration et avait continué d'être dans les premières années du régime actuel (sous la monarchie de juillet) le point central d'ovi partaient et où aboutissaient les mouvements politiques, les séditions, les révoltes qui ont agité, bouleversé Paris pendant tant d'années. Les passions politiques, les fureurs de parti transformèrent celle indifférence, ce mépris en une haine furieuse contre la religion et surtout contre ses ministres, qui n'osaient pas même se montrer en habit ecclésiastique dans lintérieur de la paroisse ; son église était déserte, même aux jours des plus grandes solennités ; plus de sacrements, même à la mort (1). »

M. Desgenettes cherchait le moyen de remédier à tant de maux, lorsque tout-à-coup, sans qu'il y eut jamais songé, l'idée lui vint de consacrer sa paroisse an Cœur de Marie.

C'était le 3 décembre 183G.

(( Ce jour-là. écrit le saint prêtre, nous célébrions les saints mystères à l'autel de Marie, que nous avons depuis consacré à son saint et immaculé Cœur, Notre cœur était abîmé dans la douleur à la pensée du déplorable état des âmes qui nous étaient confiées, de l'inutilité de nos soins, de nos efforts depuis près

1. Manuel d'instructions et de prières K l'usage do l'archiconfrérie du très saint et immaculé Gœui" de Marie. 5* édit. p. 417,

236 KTUor. iiisTi)HiQrF.

<le cinq ans. La pensée de la ronsét'ia'.ion de notre paroisse an lies saint et immaculé Cœur de Marie, pour obtenir la conversion des pécheurs, nous fut suggérée : nous la repoussâmes comme une distraction : elle ne disait rien à notre esprit. Elle revint et s'acharna malgré fous nos elTorts jusqu'au Sancfns Ce fut alors qu'effrayé de celte idée fixe, qui n'était qu'ui^ tourment, une cause d'agitation, de dislraction pour noire esprit, nous demandâmes à Dieu de la dissiper entièrement pour que nous puissions cire à ce que nous faisions. Nous en fûmes délivré. Elle ne revint ({u'à la fin de noire action de grâces, et ce fut pour ])osséder notre esprit. Nous la discutâmes, n'y voyant rien qu'une mysticité vague et qui nous semblait ne pouvoir ni occupci- l'esprit ni satisfaire le cœur. Ealigué des efforts que nous faisions inutilemcnl pour anéantir cette pensée, nous cédâmes de guorre lasse. Notie consenlcment n'était pas libre : il était exigé par la f;i ligue de noli-e esprit : il était sans confiance. C'est toujours un acte de dévotion à la Sainte Vierge, qui peut avoir un bon effet : essayons. Nou.s rentrâmes dans notre appartement et. toujours pour nous délivrer de cette pensée, nous nous mîmes à composer nos statuts. A peine ciimes-nous la plume à la main que le sujet s'éclaiicit à nos yeux ; nos statuts ne lardèrent pas à être rédigés. Voilà la vérité (l). »

« Ainsi, continue le pieux écrivain, la sagesse

1. ManueL p. -iio sq, Cf. E.-.\ de Valette, Notic ■<ur fa rie *le M. htifrirhe Desffcn^ttes. Pari8, 1860. di. \.

LA DKVOTION APRKS l.li H. KUOIS

on 7

de Dieu a agi eu celle ciicoiislance, comme elle agit quand, dans ses grandes œuvres, elle veut employer le concours des causes secondes ; elle choisit ce qu'il y a de plus faible, de plus vil, de plus misérable, afin, dit le saint Apôtre, que personne ne se glorifie et que tous reconnaissent par riiisuffisance, l'incapacité de l'instrument mis en action, la puissance infinie, la souveraine sagesse du supi'ème Ouvrier (1) ».

Le 10 décembre, Mgr de Quélen, archevêque de Paris, approuva les statuts dressés par l'abbé Desgenettes, et, le 16 du même mois, il érigea canoniquement dans l'église de Notre-Dame des Victoires la confrérie du saint et immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs. Dès le 24 avril 1838, elle fut élevée à la dignité d'archiconfrérie par le Pape Grégoire XVI avec tous les droits et privilèges dont jouissent d'ordinaire les associations de ce genre. En même temps, le souverain Pontife accordait aux associés de précieuses indulgences et il autorisait le directeur à les communiquer aux confréries de même nom cl de même fin qui solliciteraient un diplôme d'affiliation.

La paroisse de Notre-Dame des Victoires était à peine consacrée au Cœur de Marie que l'abbé Desgenettes eut la consolation de voir s'y opérer des conversions aussi nombreuses qu'inespérées. Bientôt elle fut transformée, et l'église, qui jusque-là restait vide, môme les jours de grande fête, devint

Page 1