II. l.'l-LlblK.NT SENSIBLE DE LA DÉVOTIO.N
LE COEUR DE CHaIH
Pourquoi les tliéologieos en parlent peu. — Ce qu"en dit le P. Eudes. — Le Cœui* fie chair en lui-même. — Prérogatives qui découlent de la maternité divine. — Le Cœur de Marie et les passions.
Le cœur corporel de la Bienheureuse Vierge fait partie de l'objet de la dévotion au Cœur de Marie : il en est l'élément sensible, et c'est par lui que nous nous élevons jusqu'à l'amour de Marie, qui en est l'élément spirituel. Les théologiens sont unanimes à le proclamer, mais, ce principe posé, la plupart d'entre eux s en occupent peu.
Cela tient peut-être à ce que, d'ordinaire, ils ne traitent qu'accidentellement de la dévotion au Cœur de Mûrie en la rattachant à la dévotion au Cœur de Jésu-s, et que la nature même des choses les oblige-
i. Cofitr admirahfp, 1. i, ch. o, se<l. i.
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rail à redire du cœur de la Mère, toute proportion gardée, ce qu'ils ont dit du cœur du Fils.
Mais cela tient encore à une autre cause. 11 faut en effet le reconnaître, le cœur corporel de Marie n'occupe pas dans notre dévotion une place aussi importante que celui du divin Maître. El cela se conçoit. Ce qui attire surtout notre attention, lorsque nous considérons le cœur de chair du Sauveur, c'est le coup de lance dont il fut frappé par le soldat romain, et parfois aussi la rupture causée par l'excès de la douleur et de l'amour, dont il est question dans les révélations de sainte Brigitte et que le bienheureux Jean Eudes aimait à contempler. Rien ne nous dépeint plus éloquemment que ces deux blessures lamour du Cœur de Jésus pour nous, et il n'est rien, non plus, qui nous excite plus efficacement à rendre au divin Maître amour pour amour. C'est pour cela que nous ne nous lassons pas d'en faire l'objet de nos pieuses méditations, et que, de leur côté, les théologiens se plaisent à en expliquer la portée. Quand il s'agit du Cœur de Marie, aucun fait du même genre ne se présente à nous. Si poignantes qu'aient été les douleurs de la Sainte Yiergc au pied de la croix, le sang de son cœur n"a pas empourpré les rochers du Calvaire. Le glaive, qui transperça son âme, ne fut point un glaive matériel, et ce n'est que par contre-coup qu'il atteignit sou cœ,ur de chair. C'est pour ce motif surtout, semblct-il, que les théologiens s'occupent si peu du cœur corporel de Marie. En tout cas, le fait est que, généralement, ils n'en parlent guère. Le P. Eudes et le
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P. de Gulliffet sont les seuls, du moins à notre connaissance, qui étudient ses prérogatives. Encore, le P. de Galliflct le fait-il assez rapidement, comme il fallait s'y attendre de la part d'un écrivain dont J'ouvrage a pour sujet le Cœur de Jésus.
i.e P. Eudes, au contraire, en traite avec ampleur. Dans le premier livre du Cœur admirable, il consacre tout un cliapitre à étudier ses perfections et ses prérogatives. Le Bienheureux avait deux raisons de le faire. La première et la principale, c'est que, sous peine d'être incomplète, une étude théorique de la dévotion au Cœur de Marie doit porter sur chacun des deux éléments qui en constituent l'objet. La seconde, c'est que le Bienheureux avait à répondre à une objection qu'on lui faisait et qu'on ne cessa de ressasser pendant près d'un siècle, à savoir que, la fête du Cœur de Marie une fois admise, il faudrait en établir d'autres en l'honneur de chacun des membres de la très Sainte Vierge. Le pieux auteur résout la difficulté dans son étude sur le cœur corporel de Marie (1).
« Dira-t-on point, s"écrie-t-il, que si l'on fait cett€ fêle, il en faudra faire de même au regard de la tête, des yeux, des mains et des pieds de Marie ? »
Et il répond que « cette conséquence n'est pas nécessaire », parce que les prérogatives dont jouit le Co?ur de Marie lui donnent à notre vénération des titres .spéciaux, (pic ne possèdent pas les autres membres de son corps.