‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 109 sur 215 · In A88umptione. Ibid. p. 593 ; dans Franciosi, col · texte numérisé non relu

In A88umptione. Ibid. p. 593 ; dans Franciosi, col

'2"2ft TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE II

tache, conformes à son cœur, nous soyons capables et dignes d'être emmenés avec lui dans le cœur divin du Père. Il nous donne son cœur pour notre demeure, et en retour il nous demande le nôtre pour s'y reposer l. » Il s'agit ici du cœur de chair, du cœur blessé ; mais il est considéré symboliquement, comme le montre le rapprochement avec le cœur de Dieu. Nous sommes donc bien ici en face de la dévotion au Sacré-Cœur.

Surius a mis, à la suite des œuvres de Tauler, un opuscule anonyme intitulé De decem cœcitatibus , Des dix aveuglements. L'œuvre n'est sans doute pas du grand mystique lui-même, mais elle est suivant sa manière et pleine de son esprit. C'est un traité des principaux obstacles à la perfection de l'âme et à son union avec Dieu. Or, à la fin du traité, c. 20, il y a, comme en épilogue, un « triple exercice divinement révélé, qui contient en bref toute la perfection de la sainteté ». Le premier revient à la pratique parfaite du devoir d'état, en y mettant l'esprit intérieur ; le second, à l'examen attentif de sa conscience, avec contrition et ferme propos ; le troisième à la dévotion dans le service de Dieu, suivant son bon plaisir. Ici, le grand moyen est de méditer la vie et la passion du Christ, en y étudiant l'immense amour qui s'y manifeste et agissant en conséquence ; puis on apprend à vivre en Dieu par la foi, l'espérance et la charité. Cette vie amoureuse en Dieu se pratique excellemment par l'exercice des cinq plaies, qui nous fait passer par l'humanité pour aller à la divinité. Dans la plaie

1. Exercitia... super vita et passione Salvatoris Nostri J.-C. ; dans Franciosi, col. 244-247, d'aprè3 l'édition de Cologne,

des pieds on jette toutes ses misères pour que ce soit fini du péché ; à la plaie des mains, on se jette en Dieu, et on reçoit Dieu en soi, méditant combien Dieu nous a aimés et ce qu'il a fait pour nous, s'efforçant de répondre à son amour et à ses bienfaits par un amour dépouillé, par un amour pur, par un amour vif et efficace qui ramène tout à la gloire du divin Ami. « Paré de ce triple amour, plein d'une charité ardente, vous vous recueillerez, et vous irez au cœur de Jésus: c'est un trésor immense, une source de bonté et de charité infinie. Vous y entrerez par les quatre exercices que voici. » Le premier est l'offrande totale de soi-même, la remise en Dieu, ce que nous appelons maintenant la consécration au Sacré-Cœur. Le second est la demande de toutes sortes de grâces, surtout de Dieu même. Le troisième, le désir de lui devenir conforme dans ses souffrances et ses humiliations, dans ses vertus, surtout dans son amour, pour se transformer ainsi en lui. Le quatrième est l'union, avec le désir et la prière pour qu'elle devienne toujours plus étroite et plus pleine. « Ainsi uni à lui, vous irez à la divinité même... et vous vous plongerez si profondément en votre Dieu si doux, que les créatures ne vous retrouvent pas comme créature, et là vous désirerez être absorbé en lui et à votre tour l'absorber lui-même, puisqu'il n'est qu'une montagne ou une mer immense d'amour et de bonté... Et si, pendant que vous êtes ainsi dans le cœur de Jésus, la divinité vous absorbe, vous serez heureux. » Et c'est, conclut l'auteur, « ce qui est arrivé, il n'y a pas longtemps, à un ami caché de Dieu 1», qui

1. D. I. Thauleri... aer/nones...reliqaque... opéra omnia. Paris, 1623, p. 896-905.

a fait ce triple exercice. Le cœur de Jésus n'est nommé que deux fois dans cet exercice. Mais il y tient plus de place qu'il ne semblerait d'abord. L'unionji Dieu est le but suprême ; mais Jésus est la voie... En s'attachant à lui, en se plongeant dans les plaiesj.de ses pieds et de ses maius, on se prépare à l'union intime avec lui; mais c'est dans la plaie du côté, c'est dans le cœur, que" s'achève l'union avec le Dieu fait homme. Et voici que cette union elle-même conduit l'âme plus haut encore, dans l'intime de la divinité : du cœur de l'Homme-Dieu nous arrivons comme au cœur de Dieu. C'est la voie souvent indiquée par les ascètes étales mystiques du moyen âge... et nous avons pu en saisir les traces dans notre revue trop rapide. L'auteur que nous venons d'analyser en a bien marqué les étapes, et insinué l'importance spéciale de la halte dans le cœur de Jésus. Et ce qu'il dit revient à ce que nous avaient fait entendre les premiers textes précis sur la dévotion au Sacré-Cœur, celui notamment de Guillaume de Saint-Thierry, quand il nous présentait le cœur de Jésus comme le Saint des saints où Dieu reposait, comme l'urne d'or qui contenait la manne de la divinité l. Et c'est dans le même sens que la Bienheureuse Marguerite-Marie entendait la dévotion quand elle écrivait à la Mère Greyfié : « Il m'a donné à connaître que son sacré Cœur- est le Saint des saints, le Saint d'amour, qu'il voulait qu'il fût connu à présent pour être le médiateur entre Dieu et les hommes 2 ». Ainsi le mouvement de la dévotion est toujours et partout le

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