‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 108 sur 215 · L. 4, c. 24. Franciosi, col · texte numérisé non relu

L. 4, c. 24. Franciosi, col

2. Le texte latin est obscur : Apertam portam intelligamus saltem in amoris vehementia.

entrons dans ce secret caché jusque-là, et dévoilé, pour ainsi dire, à sa mort par l'ouverture du côté l. »

Il avait dit plus haut , dans le même sermon : « Jésus en croix était tout brûlant d'amour pour nous... et il s'occupait de notre salut... N'avait-il pas dit : L'homme de bien tire le bien du bon trésor de son cœur. Donc, du bon trésor de son cœur, qui est l'amour, il avait toujours tiré le bien, mais il prodigua l'excellent, quand, par amour pour nous, il était suspendu en croix. Là il montra que son cœur était une fournaise de la plus ardente charité pour enflammer, pour embraser pleinement, efficacement le monde entier 2. » Et dans un autre encore : « Le cœur de Jésus, à cause de son ardent amour, à quoi peut -on mieux le comparer qu'à un encensoir plein de charbons enflammés 3 ? »

Le grand mystique Henri de Herp (Harphius), qui mourut vers 1478, ne fait guère que répéter, et souvent dans les mêmes termes, ce qu'avaient dit ses devanciers sur la plaie du côté, les sacrements qui en sortent, etc. Ce qu'il dit du Sacré- Cœur coïncide à peu près, pensée et expression,

1. Serai., 51, pour le vendredi saint, p. 2, édition de Venise, 1745. t. 1, p. 263, art. 2, c. 3; dans Franciosi, col. 270-271. Le détail de la pensée est obscur, dans le texte tel que nous L'avons, et je ne me flatte pas d'avoir tout compris. Chose curieuse, ce texte se trouve presque mot pour mot, ainsi que tout le développement dont il fait partie, dans YOpus in Quatuor Evangelia du B. Simon de Cascia, que nous citerons bientôt. Voir Franciosi. col. 339-341. Le sens est plus clair dans le texte de Simon : Et per apertam portant fiamus saltem in amoris vehementia cordiformes et mente intremus ad secretum... Peut-être Bernardin ne veut-il pas dire autre chose.

2. Sertno 51. p. 2, art. 1. Edition de Venise, t. 1. p. 252. Dans Franciosi, col. 27'».

3. Sermon 56. In Parasceve. 3e p. art 2. c. 3 ; éd. de Venise 1745, t. 2. p. 37<J: Franciosi, 272

avec Ludolphe le Chartreux, soit que Harphius ait copié Ludolphe, soit que les deux aient puisé à la même source. Il a pourtant quelques traits à lui : « Que la volonté de Dieu nous soit agréable en tout et par dessus tout, puisque le cœur du Christ a été blessé pour nous d'une blessure d'amour, pour que, par un retour d'amour, nous puissions par la porte du côté entrer jusqu'à son cœur, et là unir tout notre amour à son divin amour. Et comme des métaux divers fondus au feu et unis ensemble passent en une autre substance unique, ainsi l'homme doit fidèlement fondre tous ses désirs dans l'amour du Christ *, et les ordonner vers Dieu... Apprends, âme fidèle, de quel amour brûlait Jésus, puisque l'ample enceinte du cœur s'est trouvée trop étroite, et que la flamme de l'amour a dû s'échapper par les ouvertures du corps 2. »

A ces textes et à ces faits, il faut joindre un mot sur ce que la famille franciscaine a fait par l'image pour familiariser les âmes avec le Sacré-Cœur. On sait comment on s'habitua peu à peu à représenter la plaie du côté par une image du cœur, et comment autour de cette image du cœur, on groupa, de mille façons ingénieuses, les autres plaies 3. Ainsi

1. Il y a dans le texte : amore Christi fundare, qui, au premier abord, ne donne pas tout à fait le même sens ; mais en y regardant de près, il me semble qu'il y a là une idée de fusion. Peut-être faudrait-il lire fundere, ou entendre fundare au même sens.

2. Theologia mystica, 1.1, c. 18, édition de Brescia, 1601, p. 50 et 51 ; dans Franeiosi, col. 280. Voir ci-dessous Ludophe le Chartreux.

3. Voir Grimoùard de Saint-Laurent, Les images du Sacré- Cœur, p. 40 et suivantes.

l'attention était de plus en plus concentrée sur le cœur blessé. En propageant la dévotion aux cinq plaies et les multiples images, ils préparaient le terrain à notre dévotion l.

Les Dominicains.

Sainte Catherine de Sienne. Tauler et les écrits taulèriens. Le

B. Henri Suso. Dominicaines de Colinar. La Bse Christine de Stommein. L'office des cinq plaies et de la plaie du côté.

Sans revenir ici sur sainte Catherine de Sienne, dont il a déjà été parlé, nous trouvons chez leurs écrivains et chez leurs mystiques bien des traits sur le Sacré-Cœur.

Jean Tauler (1294-1361) en a souvent fait mention dans ses sermons. On cite sous son nom d'autres textes plus touchants encore, mais ils sont tués des Exercices sur la vie et la passion de Notre Sauveur Jésus-Christ, qui semblent bien n'être pas de lui. Expliquant dans un sermon comment toute la vie du chrétien doit être pleine de la pensée de Jésus, il veut qu'on s'endorme sur ces cœur sanglant : si dormit, super cor illius cruentum sese reclinet 2 ; et que ce cœur nous soit comme un oreiller, cor que suavissimum pndvinar 3. Il fait dire à Xotre-Seigneur : « Il eût été plus cruel à mon cœur que ma mort si dure, s'il était resté dans mon

1. Voir, outre Grimoùard de Saint-Laurent. 1. c, le P. He.ir. de Grèzes. p. 292 et suivantes.

2. In Dominic. iv Adventus sermo 2. D. I. Thauleri clarissimi atque illuminati Theologi sermon' "...rcliquaque... opéra o//*/< /a, Paris, 1623, p. 39. Dans Franciosi, col. 242, d'après l'édition de Venise 1556. Cf. Noël, Œuvres complètes, t. l,p. 292. 1911.

3. In Domimc.XVpo8t Trinit. Sermol. Ibid. p. 449; Franciosi, l.c.

DIFFUSION DU CULTF 225

cœur ne fût-ce qu'une gouttelette de sang et d'eau que je n'ousse versée de ce cœur embrasé pour le salut de l'homme. Car de même que le sceau met sa forme sur la cire, ainsi la force de l'amour dont j'ai aimé l'homme a imprimé en moi, dans mes mains et dans mes pieds, dans mon cœur même, l'image de l'homme, de sorte que je ne puis cesser de penser à lui K » Il veut que le disciple du Christ « se retire tout entier dans le cœur amoureux et très doux de Jésus, dans la chambre délicieuse de l'Époux (qu'il a ouverte lui-même à tous ceux qui veulent bien lui donner leur cœur pour les y embrasser des bras... de son amoui.. ), et que là il apprenne à se renoncer de toute façon... comme le Seigneur voudra et comme il plaira à son divin cœur 2.

Si Tauler parle beaucoup du Sacré Cœur, l'auteur des Exercices sur la vie et la passion de Notre Sauveur Jésus-Christ en parle peut-être plus et mieux encore. Après avoir dit le mystère de l'eau et du sang sortie du côté percé, il ajoute : « Le côté du Christ a été percé non loin du cœur, pour nous ouvrir l'entrée de ce cœur... On voit son amour incompréhensible : il se donne tout entier pour nous : il ne garde rien dans son cœur qu'il ne nous le donne. Qu'a-t-il pu faire davantage pour nous ? Son cœur même, il nous l'a ouvert comme sa chambre secrète pour nous y introduire comme son^ épouse de choix... Il nous a donné son cœur cruellement blessé, pour y faire notre demeure, jusqu'à ce que pleinement purifiés, sans

1. In S. Pauli commemoratione. Ibid/p. 570 ; dans^Franciosi, col. 243.

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