Ibid. p. 307 ; dans Franeiosi, col
3. C'est le mot du psaume 63 : Accedet homo ad cor altum. On ne sait pas toujours si les auteurs, en utilisant ce texte, entendent « cœur profond » ou « cœur sublime ».
jusque-là ? Qui s'y reposera ? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur. Mais que le pécheur n'hésite pas. Si l'entrée ne lui est pas tout d'abord accessible, qu'il pleure à la porte, là d'où coule le sang, d'où sort l'eau ; les portes sont ouvertes : le cri de ceux qui pleurent pénétrera sans peine jusqu'au cœur du Seigneur, etc. l. »
Les Chartreux.
Courant continu de dévotion. Ludolphe de Saxe. Deux Chartreux de Trêves. Jacques de Clusa. Un Chartreux de Nuremberg, etc. L'image.
Nous verrons bientôt, en étudiant Lansperge, la dévotion au Sacré-Cœur s'épanouir chez lui en prières, en pratiques, en exercices variés. Lansperge n'est pas un isolé chez les Chartreux. Avant lui, nous trouvons des indications très précises, des traces d'un courant continu. La théorie en est comme esquissée, en traits rapides mais nets, dans Ludolphe de Saxe, dit le Chartreux (1295-1378), qui, dans de pieuses considérations sur la plaie du côté, résume la tradition, et dit, en quelques mots, la nature et l'esprit de la dévotion : « Le cœur du Christ a été blessé pour nous d'une blessure d'amour, afin que nous par un retour amoureux nous puissions par la porte du côté avoir accès à son cœur, et là unir tout notre amour à son divin amour de façon à ne faire plus qu'un même amour, comme il en est du fer embrasé et du feu. Car l'homme doit... ordonner tous ses désirs vers Dieu
1. D'après Franciscus Collius, De Sanguine Christi, 1. 4, c. 7, p. 616, Milan, 1617 ; dans Franciosi, col. 641.
par amour pour le Christ... et conformer en tout sa volonté à la volonté divine, en retour de cette blessure d'amour qu'il reçut pour l'homme sur la croix, quand la flèche d'un amour invincible perça son très doux cœur... Rappelons-nous donc quel amour plus qu'excellent le Christ nous a montré dans l'ouverture de son côté en nous ouvrant par là large accès à son cœur. Hâtonsnous d'entrer dans le cœur du Christ, recueillons tout ce que nous avons d'amour pour l'unir à l'amour divin, en méditant sur ce qui vient d'être dit l. » Nous la voyons en acte dans leurs prières et leurs pratiques de piété. Voici une prière de dom Henri de Calkar, prieur de Strasbourg, dans la seconde moitié du xrve siècle : u Très doux Jésus, je jette et je renferme, dans votre cœur mes sens, les puissances de mon âme, mes pensées, mes affections. Je les ensevelis à tout jamais dans votre cœur, afin que je sois et demeure tout entier avec vous pendant l'éternité 2. »
Vers le même temps, un Chartreux de Trêves, dont le nom n'est pas connu, écrivait : a Afin d'attirer dans votre âme, de plus en plus, le feu du divin amour, sachez que le cœur sacré, le tendre cœur de Jésus est rempli pour vous d'un amour naturel et divin... vraiment immense, sans mesure comme sans fin... N'est-ce pas une chose surprenante et bien digne de larmes amères, de voir que l'on rencontre si rarement et si peu, même dans le cœur de beaucoup de bons chrétiens, l'amour de
1. Vita Christi, 2e partie, c. G4, n. 14 ; dans Franciosi, col. 250. On peut voir tout le passage en français dans le Mois du Sacré-Cœur, par d'anciens auteurs Chartreux. Veille, p. 29-35.