Mois du Sacré-Cœur, p
doux cœur de Jésus, ainsi devez-vous tout y rapporter..., tout lui rendre sans vous rien attribuer, sans vous reposer dans les dons de Dieu... tout ramener à la source... Dans ce même cœur, vous confesserez vos péchés, vous demanderez pardon et grâce, vous louerez (psalles) et remercierez... C'est pourquoi vous baiserez fréquemment avec reconnaissance ce cœur très pieux de Jésus inséparablement uni au cœur divin, où sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu, une image, dis-je, soit de ce cœur, soit du crucifix. Vous aspirerez sans cesse à le contempler face à face en lui confiant vos peines ; de là vous attirerez dans votre cœur son esprit et son amour, ses grâces et ses vertus ; à lui vous vous remettrez, dans les biens et dans les maux, en lui vous aurez confiance, à lui vous vous attacherez ; en lui vous habiterez... afin que lui en retour daigne faire sa demeure en votre cœur ; là enfin vous vous endormirez doucement et reposerez dans la paix. Car quand les cœurs de tous les mortels vous tromperaient ou vous abandonneraient, ce cœur très fidèle jamais ne vous trompera ni ne vous abandonnera... Vous ne négligerez pas non plus d'honorer dévotement et d'invoquer la glorieuse Mère de Dieu... et très douce Vierge Marie, afin qu'elle daigne vous obtenir du très doux cœur de son Fils tout ce qui vous sera nécessaire. En retour, vous offrirez tout au cœur de Jésus par ses mains bénies l. » Nous avons là, en germe, tout un
1. En appendice dans Exercitia D. Joannis Thauleri piissirna super vita et passione Salvatoria nostri J.-C. Lyon 1556. La lre édition latine est celle de Cologne, par Surius, le traducteur, 1548. Toute la page est souvent donnée comme de Lansperge. Ainsi fait le B. Jean Eudes, Le Cœur admirable, \. 12,
manuel pratique de dévotion au Sacré-Cœur ; l'image même n'est pas oubliée. Lansperge, qui a dû avoir sous les yeux ces pages de son devancier, n'aura guère qu'à répéter et à expliquer ce qu'il y trouvait. Parfois il se contentera de le copier textuellement.
Jacques de Clusa (1386-1466). qui fut abbé Cistercien, avant d'être Chartreux à Erfurt, dit dans un de ses sermons : « Si notre amour pour Jésus se refroidit, regardons son côté percé et ouvert pour nous, et soudain le feu de la charité embrasera de nouveau notre âme, parce que nécessairement un cœur entr'ouvert doit allumer le feu de l'amour dans l'âme qui le contemple, etc. \ »
Un autre Chartreux, dans un livre imprimé à Nuremberg en 1480, écrit : c Votre côté droit a été si profondément blessé par la lance du soldat que la pointe du fer pénétra jusque dans l'intérieur de votre poitrine et vint percer le milieu même de votre tendre cœur... 0 mon âme, entre dans le
c. 14. (Œuvres complètes, t. 8, p. 283) en la rapportant au ch. 36 de la Milice chrétienne. Il suivait en cela dom de Roignac, chartreux, qui l'avait insérée dans sa traduction de la Milice chrétienne ou le Combat spirituel, Paris, 1671. Je ne saurais dire si quelque édition latine la donne comme de Lansperge. Dom Boutrais en a transcrit deux fois des extraits, d'après dom de Roignac, dans son Lansperge, p. 116-117, et dans le Mois du Sacré-Cœur par d'anciens auteurs Chartreux, 15e jour, p. 94- 96, toujours en l'attribuant à Lansperge ; mais voir, ibid. 1er jour, p. 36-41, le passage intégral retraduit sur le latin et attribué à dom Dominique de Trêves. J'ai traduit, en abrégeant, sur le texte latin, donné par Franciosi, col. 275-276, complétant la référence d'après les indications de M. de La Bégassière, et corrigeant çà et là d'après une copie prise par lui.
1. D'après dom Boutrais, Lansperge, p. 182, qui renvoie aux Sermones jormales publiés à Spire vers 1470. Cf. Mois du Sacré-Cœur, 4e jour, p. 52.
côté droit de ton Seigneur crucifié ; entre par cette blessure bénie jusqu'au fond du cœur tout aimant de Jésus transpercé par amour. » Suivent de belles effusions sur le cœur de Jésus ville de refuge, source intarissable de miséricorde et de grâce. Il continue : «Approche-toi donc et prends le breuvage de l'amour à cette source du Sauveur, afin qu'à l'avenir tu ne vives plus en toi, mais en celui qui a été crucifié pour toi. Donne ton cœur à celui qui t'a ouvert son cœur. » Vient enfin la prière : « Roi Jésus, Sauveur des fidèles, qui avez voulu que votre côté fût ouvert par la pointe d'une lance impitoyable, je vous en prie humblement, ardemment, ouvrez-moi les portes de votre miséricorde, et laissez-moi pénétrer à travers la large ouverture de votre adorable et très saint côté, jusque dans l'intérieur de votre tout infiniment aimable cœur, de sorte que mon cœur devienne uni à votre cœur par un indissoluble lien d'amour. Blessez mon cœur de votre amour, faites pénétrer la lance du soldat à travers ma poitrine, et que mon cœur vous soit ouvert, à vous seul, et soit fermé au monde et au démon l. » Nous sommes, on le voit, en pleine dévotion au Sacré-Cœur ; nous n'avons pas, maintenant encore, d'autres formules ni d'autres pratiques.
Nous pourrions recueillir bien d'autres traits du même genre, dans Denis le Chartreux (1394- 1471), dans Henri Arnoldi, prieur de Bâle (|1487) ; dans Nicolas Kempf, né à Strasbourg en 1393, Chartreux en Autriche ; dans Pierre Dorland, prieur de Diest (1440-1507) ; dans Pierre Bloemen-