Dans Mois du Sacré-Cœur, 5e jour, p
venna, prieur des Chartreux de Cologne de 1506 à 1536, le maître de Lansperge l.
L'atmosphère des Chartreux était tout embaumée de dévotion au Cœur de Jésus. Ils avaient même son image sous les yeux, et ils la mettaient sous les yeux des fidèles dans leurs livres imprimés et dans leur ornementation architecturale 2.
Çà et là.
Pierre de Biais. Un manuscrit espagnol. La première hymne au Sacré-Cœur. Simon de Cascia. Julienne de Norwich. La B. Dorothée. Sainte Lidwine. Saint Laurent Justinien.
En dehors de ces Ordres religieux, on trouve éparses, mais nombreuses, des traces de la même dévotion. Revenons sur nos pas pour recueillir quelques textes. En voici un de Pierre de Blois, 11200 : « Le fer... a pénétré jusqu'à son cœur, pour nous fane voir que. avec son cœur, les secrets de son cœur nous sont révélés : par l'ouverture corporelle se montrent les entrailles miséricordieuses de notre Dieu... La lance m'a ouvert le secret du Seigneur... La lance est comme la clef qui m'ouvre (pour que je voie) combien suave est
, 1. Pour Denis, les textes sont moins directs ; voir Franciosi, col. 278-279 ; dom Boutrais, p. 183. Pour Arnoldi, Mois du Sacré-Cœur, 6e jour, p. 60-62 ; Pour Nicolas Kempf, ibid. 7e jour, p. 63-66 : pour Bloemenvenna, ibid. 8e jour, p. 67-70 ; pour P. Dorland, dom Boutrais, p. 184.
2. Voir, dans dom Boutrais, entre la page 126 et 127, la reproduction d'une gravure, qui est dans le texte même d'un Psautier latin et allemand, avec éclaircissements recueillis dans Denis le Chartreux, publié à Cologne en 1535. C'est une image des cinq plaies et des instruments de la Passion ; le cœur blessé est au centre.
le Seigneur *. » Nous sommes tout près de saint Bernard, pensée et expression. Reconnaissons-le cependant, saint Bernard et son école sont en avance sur le pieux archidiacre, pour ce qui est de la dévotion proprement dite.
Beaucoup plus nette se dégage la pensée du cœur et plus marquée la dévotion à ce cœur sacré dans un opuscule manuscrit d'un auteur inconnu du xrr3 siècle, intitulé Liber de doctrina cordis. Ceux qui ont découvert et publié ce beau passage n'ont malheureusement que peu de renseignements sur le manuscrit et aucun sur l'auteur. Mais nous pouvons nous fier au texte qu'ils nous donnent. J'en traduis les extraits les plus significatifs : « Offre ton cœur à celui qui... le premier t'a donné son cœur afin que tu lui rendes cœur pour cœur... Heureux échange où... tu gardes tout pour toi, et ton cœur et le cœur du Christ... Ne t'a-t-il pas montré la maison de son cœur (domum cordis), alors surtout qu'un des soldats lui ouvrit le côté ? Ce fut une brèche en la muraille, ce fut la porte ouverte par une clef royale pour que ton cœur eût accès à son cœur, pour que par une foi droite, par un amour entier tu puisses sans obstacle entrer jusqu'à son cœur. Enflamme là ton cœur par la foi et la méditation 2. »
1. Pierre de Blois, Sermo 19, De cena Domini, Migne, t. 207. col. 618.
2. Liber de doctrina cordis. Ouvrage manuscrit d'un auteur inconnu, xne siècle. Texte latin dans Franciosi, col. 163-164 ; d'après Llobet et Balaguer, Nacional Homenaje de las Ciencias, Letras y Artes Espdîiolas al Sacratisimo Corazon de Jesûs, Barcelone, 1882. p. 180 ; sauf que Franciosi a donum Cordis là où il y a dans le livre espagnol domum Cordis. Je ne sais ce que donne le mst, et peu importe à notre but. Un Jésuite espagnol, le P. Castéran, a bien voulu transcrire pour moi la page 180 du
On rencontre parmi les œuvres de saint Bernard, une longue prière rythmée pour saluer chacun df>s membres du Christ souffrant et suspendu en croix. Elle s'adresse tour à tour aux pieds, aux genoux, aux mains, au côté, à la poitrine, au cœur, à la face. On remarquera la distinction du côté, de la poitrine, du cœur, bien que, dans l'application mystique les traits se confondent quelque peu. La pièce n'est pas de saint Bernard ; mais elle est du XIIIe siècle, et l'on y trouve, dans le rythme lent et monotone des strophes qui tombent une à une comme des gouttes d'eau, l'ensemble des considérations qui ont nourri, sur ce sujet, la piété du moyen âge. En voici quelques échantillons.
Pour le côté blessé :
Salve, latus Salvatoris, Salut, côté du Sauveur,
In quo latet mel dulcoris, Où se cache im miel très doux,
In quo patet vis amoris, Où se montre un ardent amour
Ex quo scatet fons cruoris, D'où jaillit une source de sang
Qui corda lavât sordida... Qui lave les cœurs souillés.
Salve, mitis apertura, Salut, douce ouverture,
De quamanat vena pura, D'où coule un si pur ruisseau ;
Porta patens et profunda, Porte ouverte et profonde,
Super rosain rubicunda, Plus rouge que la rose,
Medela salutifera... Remède salutaire.
Pour la poitrine :
Salve, salus mea, Deus, Salut, ô Dieu, mon Sauveur,
Jesu, dulcis amor meus ; Jésus, mon doux amour,
Salve, pectus reverendum, Salut, poitrine vénérable,
Cum tremore contingen- Qu'on ne doit toucher qu'avec
dum, crainte.
Amoris doniicilium... Domicile d'amour.
Xacional Homenaje, où il y a d'autres textes, mais moins expressifs. Le texte ci-dessus est au folio cxlv du mst ; on l'attribue à un Tractatus de Doctrina Cordis B. Gregorii Magni. Le mst a été trouvé dans un des deux couvents de Poblet (Tarragone) ou de Santas Creus. Ce sont deux couvents cisterciens fondés en 1154.
Plaga rubens, aperire, Fac cor meum te sentire, Sine me in te transire !
Vellem totus introire :
Pulsanti ipande pauperi..
Plaie toute rouge, ouvrez-vous.
Faites que mon cœur vous goûte, Permettez-moi de passer en vous, J'y voudrais entrer tout entier :
Ouvrez au pauvre qui frappe.
In hac fossa me reconde, Dans cette fosse cachez-moi,
Infer meum cor profunde, Mettez-y mon cœur bien au fond :
Ubi latens incalescat, Que là tout caché il s'échauffe,
Et in pace conquiescat, Et qu'il y repose en paix,
Nec prorsus quemquam Sans craindre personne au monde, timeat.
Jesu dulcis, pastor pie, Fili Dei et Marise, Largo fonte tui cordis
Fœditatem meae sordis, Bénigne Pater, dilue.
Doux Jésus, ô bon pasteur, Fils de Dieu et Fils de Marie, Dans l'abondante source de votre
cœur Que la laideur de mes souillures, Père bénin, soit effacée.
Pour le cœur :
Summi Régis cor, aveto, Te saluto corde laeto, Te complecti me delectat, Et hoc meum cor affectât, Ut ad te loquar animes...
Propter mortem quam tu-
listi, Quando pro me defecisti, Cordis mei cor dilectum, In te meum fer affectum :
Hoc est quod opto pluri-
mum.
Cœur du souverain Roi, salut, Je vous salue d'un cœur joyeux, Il me plaît de vous embrasses, Et c'est le désir de mon cœur, Animez-moi à vous parler.
Par la mort que vous avez soufferte,
Quand pour moi vous avez défailli, O cœur bien-aimé de mon cœur, En vous portez tout mon amour :
C'est là mon désir le plus vif.
Per medullam cordis mei, Par la moelle de mon cœur,
Peccatoris atque rei, Pécheur que je suis et coupable,
Tuus amor transferatur , Que votre amour pénètre à fond ;
Quo cor totum rapiatur, Qu'il ravisse tout mon cœur,
Languens amoris vulnere.. Mon cœur blessé d'amour.
Viva cordis voce clamo, Je crie de la voix vivante du cœur,
Dulce cor, te namque amo :
Ad cor meum inclinare, Ut se possit applicare, Devoto tibi p^otor0....
Doux cœur, car je vous aime :
Inclinez-vous vers mon cœur, Afin qu'il puisse s'unir à vous Dévotement, cœur à cœur.
■2i-2 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE II
Rosa cordis, aperire, Rose du cœur, ouvrez-vous,
Cujus odor fragrat mire, Vous dont le parfum est si doux,
Te dignare dilatare. Daignez vous dilater ;
Fac cor meum anhelare Rendez mon cœur haletant
Flamma desiderii. Sous le feu du désir.
Da cor cordi sociari. Que mon cœur, s'unisse au vôtre,
Tecum, Jesu, vulnerari, Qu'il soit blessé avec vous, Jésus, Xam cor cordi similatur, Car nos deux cœurs seront semblables, Si cor meum perforatur Si le mien est transpercé Sagittis improperii *. Des flèches de l'outrage.
Le B. Simon de Cascia (f 1348), de l'ordre de saint Augustin, dans son ouvrage De gestis Christi, n'est que Técho fidèle de la tradition quand il nous dit les mystères de l'eau et du sang sortant de la plaie du côté ; mais il trouve le Sacré-Cœur quand il s'arrête à considérer l'intention cachée dans l'emploi du mot aperuit. « Il faut voir l'action du
1. En appendice aux œuvres de saint Bernard, Migne, t. 184, 'col. 1321-1323. Le P. Blume a conjecturé, et avec raison, semble-t-il. que le? strophes sur le cœur (Sumrni Régis cor. aveto), ont dû former à l'origine un poème à part, qui serait le premier chant connu en l'honneur du Sacré-Cœur. Jamais, il est vrai, on ne les trouve isolées dans les manuscrits (dont les premiers sont des débuts du xive siècle). Mais elles ne cadrent pas tout à fait avec l'ensemble dont elles font maintenant partie, (par exemple, elles ne commencent pas par Salve, comme les autres), et l'ensemble na paraît pas les supposer (les strophes au côté blessé et à la poitrine disent à peu près les mêmes choses et font comme double emploi). Blume va plus loin. Il attribue la pièce, ainsi dégagée, au B. Hermann Joseph, de l'Ordre des Prémontrés, qui mourut à Zulpich en 1241, et dont il a publié l'œuvre poétique dans le 50e fascicule des Analecta hymnica medii aevi. Voir l'article de Blume, Gottiichen Herzens erste.r Sànger.der sel.Hermann Joseph, dans les Stimmen aus Maria-Laach. janvier 1909, t. 76, p. 121- 124. Le texte de Blume diffère notablement de celui que je donne ici, d'après Mabillon. On le trouvera dans les Études du 5 juin 1911, article sur La diffusion de la dévotion aux XIIIe, XIVe et XVe siècles. Je dois l'indication du travail de Blume à l'obligeance de M. F. Tournier.
Saint-Esprit dans l'expression de l'Évangéliste... Il veut que le côté ouvert nous manifeste l'amour du cœur qui nous a aimés jusqu'à la mort, et que nous allions à cet amour ineffable qui l'a fait venir vers nous ; il veut que nous approchions de son cœur, ce cœur profond, ce cœur caché, ce cœur qui pense à tout, ce cœur qui sait tout, ce cœur qui aime ; il veut que, grâce à la porte ouverte, nous devenions, au moins dans la vivacité de l'amour, semblables à son cœur (œrdi formes), et que nous entrions en esprit dans le secret caché depuis l'éternité, et maintenant comme dévoilé à sa mort par l'ouverture de son côté l. »
Dans une contemplation d'une recluse anglaise, au xme siècle, sur la Passion de Notre-Seigneur et l'ouverture du côté, nous trouvons ceci : « Ils font venir Longin, qui de sa lance lui perce le côté, ouvre son cœur, et de cette large blessure coule le sang qui nous a rachetés et l'eau qui purifie le monde de ses péchés... Ah ! doux Jésus ! vous m'ouvrez votre cœur, afin que je vous connaisse vraiment; là je vois ^pleinement combien vous m'avez aimée. Comment vous refuser mon cœur puisque vous avez acheté cœur pour cœur ? ? »... C'est, on le voit, une formule parfaite de la dévotion au Sacré-Cœur/ 'toute semblable àj celle que nous avons recueillie dans la, Vigne mystique.
L'expression est moins nette, mais l'idée de fond est la même dans des révélations faites par
1. De gestis Christi, Cologne, 1533, 1.13, p. 807 ; dans Franciosi, col. 241. Nous avons déjà vu ce texte presque mot pour mot dans un sermon de saint Bernardinjde Sienne. j ,
2. Cité par Dalgairns, dans son Essai sur lu vie spirituelle en Angleterre, au moyen âge, pour servir d'introduction à Y Echelle de la perfection, par W. Hilton ; Franciosi, 237.
Xotre-Seigneur à une autre recluse, la B. Julienne de Norwich, en 1373 : « Notre-Seigneur, paraissant tout heureux, regarda son côté ouvert et le considéra quelque temps avec une joie visible. Puis, d'un doux regard, invitant mon entendement à y pénétrer par la blessure que fit la lance, il m'y montra une belle place, remplie de délices, assez vaste pour que toute la portion du genre humain qui sera sauvée puisse s'y reposer dans la paix et l'amour ; avec cela, il me rappela à l'esprit le précieux sang et l'eau que par amour il en laissa couler. Enfin, tout radieux, il me fit voir son divin cœur percé par la lance. Et pendant que je jouissais d'une vision aussi douce, Jésus me dévoila, en partie, sa divinité, s'efforçant d'amener ma pauvre âme... je ne dis pas à comprendre, mais à réfléchir seulement un peu à l'amour infini, qui n'a pas eu de commencement, qui est et qui sera éternellement. Ensuite, notre bon Sauveur me dit tout à fait délicieusement : Vois combien je tfai
aimée ! x»
La vie de la B. Dorothée, recluse (1343-1394), nous offre, de façon plus voilée, un cas d'échange des cœurs, analogue à celui de sainte Catherine de Sienne. Un jour qu'elle était tentée de défiance et priait instamment la sainte Vierge de venir à son secours, « le Seigneur Jésus, son merveilleux amant, lui ôta son vieux cœur, et mit en sa place un cœur nouveau et tout embrasé. Elle sentit, dans son ravissement, qu'on lui ôtait le cœur, et qu'on mettait en place une masse de chair toute en
1. Julienne de Xorwich, Révélations de V amour oie Dieu, traduites par un Bénédictin de Farnborough, Paris (1910), c. 24, Dixième révélation, p. 95-96.
feu ; en la recevant, elle était si heureuse qu'elle n'en put sur le moment rien dire à persomie... Cette extraction du cœur, ajoute le vieux narrateur, et cette substitution d'un autre cœur fut-elle seulement une altération naturelle, ou fut-elle un changement de substance, celui-là le sait qui renouvela son cœur, et qui put le renouveler d'une façon comme de l'autre l. » Un autre jour, qu'elle avait beaucoup prié et avec une ferveur spéciale « elle vit le Seigneur qui se montrait à elle amicalement... le cœur et le côté ouvert {cura corde suo et latere aperio). » Il lui dit : « Depuis hier au coucher du soleil je t'ai envoyé trois fois le Saint-Esprit pour te blesser et t'embraser, afin que, à ton tour, tu puisses lancer sur moi des flèches d'amour. Oui, j'accepte volontiers que tu lances tes flèches contre moi. Si je t'ai montré mon côté ouvert et mon cœur béant, c'est pour que, à l'avenir, il te soit facile de savoir où trouver mon cœur et le blesser de traits d'amour. 2 »
L'amour tendre, dans l'ordre humain, s'exprime naturellement par le don du cœur. L'amour
1. Vita B. Dorotheae, c. 3, n. 45, Acta sanctorum, t. 61, octobre t. 13, ad diem 30, page 517 ; dans Franciosi, 260.
2. Apparitiones, c. 80, Ibid. p. 581. Ces deux faits sont rappelés dans une belle prière à la B. Dorothée, que les Bollandistes nous donnent d'après un vieux manuscrit : « O très doux Seigneur Jésus, qui ôtant son vieux cœur à votre servante Dorothée... lui avez donné un cœur nouveau et l'avez souvent blessé de la lance et des flèches de votre amour... je vous en prie par ses mérites et son intercession, donnezmoi dans votre miséricorde... un cœur contrit, nouveau et humble ; accordez-moi de comprendre votre volonté, et par une bonne conduite et une sainte vie, de l'accomplir fidèlement.» Ibid. p. 493. Il n'est pas fait ici mention expresse du cœur de Jésus ; mais on voit sans peine que toute la prière est comme imprégnée de cette pensée.
envers Jésus emploie des formules semblables, et ces formules nous rapprochent du Sacré-Cœur. Ainsi sainte Lidwine (1380-1433) disait à son bon Ange : « Dites à mon Bien- Aimé l'ardeur de mon cœur... Saluez-le dans le sanctuaire de son cœur, et dites-lui... de ne pas permettre que j'admette jamais place dans mon cœur à un autre amant que lui l. »
Non plus que Pierre de Blois, qu'il connaît et qu'il cite, saint Laurent Justinien (1381-1455) ne montre une dévotion explicite au cœur de Jésus, sauf peut-être dans quelques citations. Mais il a, en parlant de la blessure du côté, des mots qui expriment à merveille la dévotion au Sacré-Cœur. « Faites l'expérience, voyez, goûtez, combien il est doux, combien agréable, combien sûr de faire sa demeure dans le côté de Jésus ! » Penser aux fatigues et aux souffrances du Christ, explique-t-il, c'est entrer dans les plaies de ses pieds ; se rappeler ses bienfaits et ses miracles, c'est entrer dans les plaies de ses mains. « Mais si vous goûtez son amour ardent, l'ampleur de sa dilection, sa sagesse admirable, les trésors de sa divinité, l'affluence des dons de TÉpoux, l'union des deux natures, tressaillez de joie, car vous avez pénétré les secrets de son côté... Il y a, dit-on, une source en Epire où non seulement -, comme ailleurs, s'éteignent les flambeaux allumés, mais où, à la différence des autres,- s'allument les flambeaux éteints. Telles sont les sources du Sauveur, ses blessures : l'ardeur de la convoitise s'y éteint, et le feu de la charité s'y allume 2. »
1. Acta sanctorum, t. 11, avril, t. 2, ad diem 24, p. 315; dans Franciosi, 265. — 2. De casto connubio, c. 8, n. 2. Œuvres, Lyon, 1678, p. 155 ; d'après Franciosi, col. 273.
Remarques et conclusions.
Nombre des faits. Courants d'idées et mouvements qui $e dessinent. Textes communs. Centres d'influence. La Chartreuse de Cologne.
;F Peut-on de cette longue revue dégager quelque conclusion générale pour l'histoire de notre dévotion ? C'est possible. Mais ici je me contente de noter quelques traits précis. On constate tout d'abord combien la dévotion est répandue. On la trouve partout, et il faut se rappeler que les faits cités ne sont pas tous les faits. Combien d'autres on pourrait relever encore ! Tous les jours on en signale quelques-uns. Et combien resteront à jamais inconnus ! Sans parler des cas si nombreux où la dévotion au cœur se confondait avec celle à la plaie du côté, sans s'en dégager assez nettement pour qu'il y eût à les relever. Autre constatation. Il n'y a pas seulement des faits épars ; il y a des courants d'idée, des mouvements qui se dessinent, des centres d'influence, des lignes directrices. Tout en se gardant des généralisations hâtives, on peut signaler quelques traits. Il y avait un fonds commun d'idées facilement reconnaissable. D'abord, le symbolisme des plaies, et notamment de la plaie du côté, d'où sortent, avec les sacrements, toutes les grâces de Dieu, où l'on va puiser tout ce dont on a besoin, où l'on trouve un refuge et où l'amour peut se reposer. Or la plaie du côté est comprise, au moins à partir du xne siècle comme étant aussi la plaie du cœur, vulnus lateris et cordis. Commune aussi était l'idée que le disciple bien-aimé, en repo-
sant sur la poitrine de Jésus, avait bu aux sources du Sauveur, de fontibus ScUvatoris, l'amour, les vertus, les secrets divins. Or, dans le monde du symbolisme, poitrine et coeur [pectus, cor) se confondaient facilement pour désigner l'intime de Jésus, les secrets de son amour, ce que nous appelons le cœur et, quoique le mot de l'Évangile, pectus, fût le plus employé, le mot cor se trouve aussi. Déjà saint Augustin avait dit que le repos de Jean sur la poitrine de Jésus signifiait qu'il avait bu les secrets les plus hauts au fond du cœur divin, de intima ejus corde l. Ces textes, et les autres que nous avons signalés au chapitre I, § 1 et 2, comme gros de la dévotion au Sacré-Cœur, étaient courants et d'usage commun : ils portaient donc partout les idées dont la méditation amoureuse faisait comme naturellement jaillir cette dévotion. Puis, quand celle-ci eut commencé d'être exprimée en termes précis, les textes qui l'exprimaient étaient remarqués, copiés, utilisés de mainte façon. Ici quelques exemples peuvent être utiles. Saint Bernard, au Sermon 61 sur le Cantique, avait une page admirable sur les blessures du Christ, et notamment sur la blessure du côté ; quelques lignes portaient directement sur le cœur 2. Tout ce développement, avec quelques traits soit du sermon suivant, soit d'ailleurs, peut-être avec quelques additions ou adaptations, été pris par les compilateurs. Il a été inséré dans le recueil qui a eu tant de vogue et qui continue encore de nourrir les âmes pieuses, sous le titre de Manuel,