Voir dom Boutrais, Lansperge, p. lsô
2. D'après le P. Fita, Apuntes para formar una biblioteca hispano-americana del Sagrado Corazon de Jf-sÛM, Barcelona, 1874, p. G.
prœcipuos Passionis Domini actits ab ejus captione in sepulturam. L'opuscule est de J.-B. Anyès, pieux et savant prêtre espagnol, ami de saint François de Borgia et de sainte Thérèse. Il est dédié à une proche parente de saint François de Borgia, abbesse du monastère de Sainte-Claire, à Gandie. Tout y est en vers, sauf l'oraison. Chaque petite heure contient, en cinq vers, une mention du Sacré- Cœur, en rapport avec une des scènes de la Passion, suivie d'un distique, faisant verset et répons, et de l'oraison, qui ne varient pas. C'est fort pieux, et c'est bien dans la ligne de la dévotion. Pour qu'on en ait une idée, voici Y ad matutinum :
Cordis pura tui puro prasconia corde Da modulis celebrare piis mihi, dulcis Iesu ; Corde ut agone tuo tecum certemus amaro, Vincti et amore simul tua vincula dura feramus, Atque alapas animo, verbera, sputa, pio.
v. Cor munduni da, Christe, pii da flumina fletus. k. Plangamus pœnas corde animoque tuas.
Oremus. Bonorum omnium largitor Deus, qui omnes thesauros tuos in corde Filii tui, Domini nostri Jesu Christi, arca recondisti, ut in cruce militis aperta lancea eos in pauperes miseros liberalis efrunderes : quaesumus, ut cordibus nostris ita illos recondas, ut vit se et mortis ejusdem Filii tui semper memores, digni efficiamur gloria resurrectionis. Per eumdem...
Voici, après Complies, la prière finale, intitulée Commendatio :
Cordis diva tui cecini praeconia, Christe, Pleni divitiis deitatis : lucis, amoris, Flaminis et vitae. Toto fac corde animoque
Te deamem, cupiam, quseram, inveniam, teneamque Post roortem ut cselo te super astra fruar .
Les grands mystiques ou ascètes espagnols n'ont pas fait une place prépondérante à notre dévotion. Ils ne l'ont pas oubliée cependant. Sans parler de saint Pierre d'Alcantara (1499-1562), ni de saint François de Borgia (1506-1566), chez lesquels la dévotion au cœur de Jésus ne se dégage pas encore, ou se dégage fort peu, de la dévotion à la plaie du côté, nous pouvons signaler des cas et des textes précis où l'attention, quoique principalement portée sur la plaie du côté, y distingue pourtant le cœur et la plaie « que lui a faite son amour bien plus que le fer cruel d'une lance 2. » Voici d'abord le B. Jean d'Avila
Le B. Jean d'Avila, f 1569, a moins souvent parlé du Sacré-Cœur que n'ont fait Louis de Blois, Lansperge, saint François de Sales. On est même étonné qu'il passe parfois si près de
1. Texte dans Nilles, t. 2, p. 221-223 ; texte et traduction française dans Petite anthologie du Sacré-Cœur de Jésus, par le P. de Franciosi, Tournai, 1903, p. 9-13.
2. Le mot est de saint Pierre d'Alcantara. Traité de l'Oraison, lrc partie, e. 4. Pour le samedi. Edition Migne, Œuvres de sainte Thérèse, etc. t. 3, p. 332. A cet endroit même, le cœur est nommé : « Dieu te conserve, précieuse plaie du côté qui blesses les cœurs pieux, rose d'ineffable beauté, rubis d'un prix inestimable, entrée du cœur de Jésus-Christ, témoignage de son amour et gage de la vie éternelle. » Au début du chapitre, le saint auteur, indiquant la manière de méditer sur la Passion, recommande d'insister sur les souffrances intérieures, celles de l'âme ; mais il ne nomme pas le cœur. Le mot cité dans le texte se retrouve dans Louis de Grenade, De l'oraison et de la considération, lre partie, c. 2. Pour le samedi. Œuvres complètes. Traduction Bareille (Paris 1863), t. 11, p. 83. Les deux passages sont presque identiques. Voir Franciosi, col. 309, et col. 325. — On trouve, ibid., col. 315-316, la belle prière de saint François de Borgia à la plaie du côté.
lui, pour ainsi dire, sans le voir l. D'autres fois, cependant, il le remarque, et il en parle. Alors il s'arrête, en vrai dévot du Sacré-Cœur, et, sans théorie ni explications, nous montre en acte la dévotion. En expliquant la manière de méditer sur la vie de Notre-Seigneur, il écrit : « Considérez... ce qu'il souffrait... et écoutez... toutes les paroles sorties de sa bouche. Mais surtout attachez les yeux de votre âme sur son sacré cœur avec un très vif, mais tranquille sentiment, pour voir que l'amour dont il brûle pour tous les hommes surpasse autant ce qui paraît au dehors de ses souffrances, quoiqu'elles soient inconcevables, que le ciel est au-dessus de la terre 2. » Il nous apprend donc à entrer « dans le Saint des Saints », en considérant « le cœur de Jésus-Christ, qui n'est pas seulement saint, mais la sainteté même. »
« Car, continue-t-il, comme ne s'étant pas contenté de souffrir extérieurement, il nous a aimés du fond de son cœur, il ne doit pas aussi vous suffire de le considérer et de l'imiter en ce qu'il a souffert extérieurement : vous devez aussi entrer dans son cœur pour considérer et pour imiter ce qui s'y passe. » Nous voilà en pleine dévotion au Sacré-Cœur. Ce qui suit est enccie plus expressif : « Pour nous rendre cela plus facile, il a permis qu'après sa mort un coup de lance ait percé son côté, pour nous ouvrir une porte par où nous puissions entrer dans ce cœur, et y voir et
1. Ainsi dans le Discours de V amour de Dieu, c. 4 et 5, il insiste sur l'amour de Jésus mourant pour nous en croix, sur les blessures faites par la couronne d'épines, par les clous ; mais rien sur la blessure du côté. Les Œuvres du B-. Jean d'Avila par Arnauld d'Andilly, Paris 1673, p. 494-497.