‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 162 sur 215 · L'homme d'Oraison, 3e partie, Préface, t. 2, p. 5 et · texte numérisé non relu

L'homme d'Oraison, 3e partie, Préface, t. 2, p. 5 et

Saint-Esprit comme en son chef-d'œuvre ; il est le cœur de l'Église, le premier organe de la toutepuissance divine, le trône de la gloire de Dieu et l'autel du grand sacrifice, enfin « le roi de tous les cœurs et par sa grandeur, et par son pouvoir, et par son mérite. » Chacune de ces prérogatives inspire à l'auteur quelque réflexion, courte mais pénétrante, en faveur de la dévotion ou sur la manière de la pratiquer.

Il nous découvre « les richesses spirituelles et les biens immenses que nous trouvons dans le cœur de Jésus », par cinq considérations. 1. C'est là que « tous les desseins de notre salut ont été formés ». 2. C'est là « que l'Église a été conçuee et par conséquent tous les fidèles le doivent aimer comme le lieu de leur naissance ». 3. C'est là « que nous trouvons toutes les armes propres pour notre défense, tous les remèdes pour la guérison de nos maladies, tous les secours... contre les assauts de nos ennemis, toutes les consolations... toutes les délices » ; toute grâce, toute justice, toute sainteté, toute gloire, le Paradis même. 4. « Je puis dire en vérité que je suis redevable à cet aimable cœur de toutes les obligations particulières que j'ai à chaque partie de son corps qui a travaillé à mon salut. C'est lui qui pleurait par ses yeux », etc. « Ce fut... l'amour qui animait ce grand cœur, ce fut ce cœur, qui était tout embrasé d'amour, qui fut la cause de tout ce que Jésus fit en notre faveur. » 5. « Ce cœur adorable ne respirait que pour moi. ne soupirait qu'après mon salut, n'aspirait qu'à se donner à moi ». Et ce cœur de Jésus peut être à moi, il est à moi ! « Je m'en veux donc servir, conclut le pieux auteur, pour aimer

mon Sauveur, pour le bénir et le remercier. J'en veux faire un temple pour l'adorer, une victime pour la lui sacrifier, un fonds pour acquitter toutes mes dettes et satisfaire à tous mes devoirs. » Cà et là. dans les considérations qui précèdent comme dans celles qui vont suivre, le détail physiologique peut être inexact, l'idée de fond est toujours belle et vraie.

A propos des « plaies et souffrances du sacré cœur de Jésus », nous avons ici la doctrine traditionnelle, mais toujours avec un accent tout personnel d'onction et de piété. Blessé d'amour, blessé de compassion, blessé de douleur pour nos péchés, Jésus a voulu être blessé par la lance pour nous ouvrir l'entrée de son cœur. Suit un beau développement sur cette plaie « la plus belle, la plus aimable et la plus précieuse de toutes les plaies que le Fils de Dieu ait jamais reçues ». Pour conclure, une belle prière : « 0 cœur divin, cœur amoureux, cœur tout consacré, donné, livré, dévoué à l'amour des hommes, je ne veux plus avoir de cœur que pour vous rendre un amour réciproque et me donner irrévocablement à vous. 0 blessure amoureuse d'où découlent l'eau et le sang pour le remède de toutes mes faiblesses, vous me blessez le cœur à la vue de tant de peines, de prodiges et de mystères. Divin côté, où le fer et l'amour ont fait une brèche si favorable, recevez mon cœur avec celui de Jésus... Mon Sauveur, vous ne méprisez pas un cœur contrit et humilié, je vous prie de briser le mien de douleur, afin de le faire entrer dans le vôtre, et que de deux cœurs il ne s'en fasse qu'un. Que si le mien ne vous semble pas assez pur, ôtez-le-moi, s'il vous plaît,

afin que je ne vive plus à moi-même ; donnezm'en un nouveau, afin que je vive une vie nouvelle ; accordez-moi le vôtre, afin que je ne vive plus que pour vous. Ah ! je ne veux plus rien aimer à l'égal de ce grand cœur qui m'a aimé plus que la vie. » Cette belle prière s'achève en consécration solennelle au cœur de Jésus. « Je le dis en la présence de la Majesté divine... Je le dis en la présence de la bienheureuse Vierge, qui n'eut jamais de cœur que pour aimer le cœur de son Fils. Je le dis en la présence de tous les saints, qui ne trouvent de délices ni de plaisirs que dans ce grand cœur. Je dédie et je consacre mon esprit, ma mémoire, ma volonté, mon corps, mon âme et tout ce que je suis à son honneur, et je renonce à tout ce qui m'en peut empêcher. Cœur de Jésus, cœur adorable, cœur le plus grand et le plus saint de tous les cœurs, je quitte tout pour vous, je donne tout pour vous, je ne fais plus d'état que de vous ; et comme vous êtes tout à moi, je veux être éternellement tout à vous. Ainsi soit-il. » Ne croiraiton pas entendre Marguerite-Marie ou le Père de la Colombière ? La voyante de Paray elle-même avait lu Saint-Jure et Nouet, et l'on a cru reconnaître çà et là dans ses écrits des échos de leur pensée, parfois leurs propres expressions l. Nul doute qu'ils n'aient eu leur grande part dans la préparation et l'élaboration des matériaux que la lumière divine éclairera bientôt dans la conscience de la Bienheureuse.

A propos du quatrième motif, qui est « la dévo-

1. Abbé Marcel, La mission donnée à la Compagnie de Jésus, dans la Correspondance des associés de la communion réparatrice, t. 3, p. 20.

tion de tous les saints envers le cœur sacré de Jésus », Nouet explique d'abord, en termes qui semblent inspirés de Saint- Jure, comment « il ne faut pas qu'un chrétien soit... sans domicile, errant et vagabond dans le monde. » Mais « où qu'il le cherche, il n'en trouvera point de plus avantageux que le sacré cœur de Jésus. » Comment s'y prendre pour demeurer là ? « Nous l'apprendrons des saints, dont l'exemple est tout ensemble un puissant motif pour nous exciter à la dévotion envers ce sacré cœur, et une instruction salutaire pour nous en enseigner la pratique. » Ici l'auteur recueille un bon nombre d'exemples et de textes traditionnels. Il conclut : « Venez-y donc avec assurance, à l'exemple des saints, et tâchez de suivre les inventions merveilleuses que la dévotion leur suggère pour l'honorer. » Il les réduit « à quatre chefs principaux, qui en contiennent la pratique ». « En premier heu, approchez-vous du cœur de Jésus en esprit de pénitence... Approchez-vous-en, en second lieu, en esprit de recueillement et d'oraison... En troisième lieu, venez-y comme à votre asile, en esprit de confiance, pour noyer toutes vos tristesses, vos dégoûts, votre chagrin, vos peines et vos ennuis dans cet abîme de douceur et debonté... En quatrième lieu, venez-y en esprit de ferveur, pour y apprendre la pratique de toutes les vertus, et surtout de l'amour divin, qui est le centre de la vie unitive où tendent principalement tous les mystères de la vie glorieuse de Jésus-Christ. »

Déjà, dans les paragraphes précédents, nous avons trouvé, avec les motifs d'honorer le Sacré- Cœur, des moyens et des exercices très pratiques. L'auteur, pourtant, consacre un paragraphe spécial

au « moyen d'unir notre cœur à celui de Jésus, et notre amour au sien par une parfaite ressemblance ». Il n'est rien que Jésus désire autant. Regardons donc en lui-même « le modèle sur lequel nous devons nous former si nous voulons être selon son cœur ». 1. « Il est tout amour. » Désirons donc « d'aimer Dieu de tout ce que nous sommes... S'il était possible, que tout notre être soit converti en une vraie flamme d'amour. » 2. « Il est partout amour. » Donc aimons tout le monde : « la charité « ne fait qu'une république du ciel et de la terre. » 3. Il est « éternellement amour. » Donc aimons-le sans cesse. 4. « Il est tout amour par lui-même et pour lui-même. » Donc « il ne faut aimer que Dieu dans la créature, et il ne faut aimer la créature que pour Dieu. » « C'est ainsi, ajoute l'auteur, qu'il faut mesurer la charité par les quatre dimensions que saint Paul nous enseigne, à savoir : par sa hauteur, par sa longueur, par sa largeur et par sa profondeur, pour discerner la vraie charité d'avec le faux amour et ne s'y pas tromper. »

Il conclut : « Regardez bien ce beau modèle, et tâchez dans les méditations que vous en ferez durant ce temps d'en tirer une excellente copie... Quand vous irez à l'oraison, persuadez- vous que vous allez à la conquête du ciel, que Jésus-Christ vous a ouvert ; mais qu'avant que de se joindre à vous, il vous demande si votre cœur est droit comme le sien, et qu'il n'y a rien qui lui soit plus agréable que la correspondance et la sympathie de vos affections avec les siennes. Il vous appelle à lui pour vous faire reposer sur le sein de son amoureuse providence : ne troublez pas son repos par vos inquiétudes et vos passions déréglées. Il vous présente

son côté pour guérir les plaies de votre âme, pour animer votre foi et pour échauffer votre amour : ne résistez pas à ses attraits. Enfin, il est prêt de vous donner son cœur, qui est le trésor de tous les biens du ciel, pourvu que vous lui donniez le vôtre : ne refusez pas cet échange qui vous est si avantageux ; donnez-le-lui sans partage et sans réserve ; priez-le qu'il le purifie, qu'il l'éclairé, qu'il le transforme et qu'il le rende parfaitement semblable au sien, en sorte qu'il le possède absolument et qu'il en soit toujours le maître. »

On voit, sans qu'il soit besoin d'y insister, avec quelle plénitude, quelle clarté, quelle précision, quelle profondeur la dévotion au Sacré-Cœur nous est ici présentée. Deux traits seulement me paraissent mériter une remarque particulière. Tout d'abord, il a suffi au P. Nouet de pousser dans le sens de saint Ignace pour trouver le Sacré-Cœur. Nous avions déjà remarqué quelque chose de semblable dans Alvarez de Paz. Ces deux exemples, mieux que beaucoup de discussions, peuvent nous aider à préciser au juste le rapport de la spiritualité de saint Ignace avec la dévotion qui nous occupe. En second heu, il est remarquable que le P. Nouet a mis ce traité de la dévotion au cœur de Jésus en tête de la partie qui regarde la vie glorieuse de Jésus, non de celle qui a pour objet sa vie souffrante. C'est un indice, entre beaucoup d'autres, que la dévotion au Sacré-Cœur se constitue de plus en plus en dévotion spéciale, distincte de la dévotion aux Cinq Plaies et à la Passion ; c'est la dévotion à l'amour pour obtenir l'amour.

Ces belles pages ne constituent pas, il s'en faut, tout l'apport du P. Nouet à notre dévotion. Dans

la préface de la cinquième partie des Méditations, consacrée à la « vie de Jésus conversant avec les hommes », il est encore plus d'une fois question du Sacré-Cœur. Au n° 8 : « Quel plus grand plaisir peut souhaiter une âme qui s'occupe sérieusement à son salut et à sa perfection que d'être toujours avec Jésus-Christ, qui est l'ami du monde le plus fidèle et le plus doux, de travailler avec lui, d'agir de concert et d'intelligence, de vivre, s'il est permis de le dire, dans son sacré cœur, ou de vivre au moins selon son cœur ! 0 que les vertus paraissent belles et attrayantes dans cet original ! » Au n° 13 : « Au commencement de chaque action, élevez-vous en esprit à Jésus, et, d'une vue simple, et amoureuse, regardez comme il faisait durant sa vie ce que vous allez faire et de quelle manière il le ferait, s'il était à votre place l. Animez cette vue d'un désir ardent de lui plaire, de le contenter et de l'honorer. Unissez votre cœur au sien, votre action à la sienne, afin d'en tirer force et vigueur pour la faire dans son esprit 2. »

Dans les Entretiens sur La Dévotion envers Notre- Seigneur Jésus-Christ, 3e partie, on peut signaler les entretiens pour la 22e semaine après la Pentecôte. Celui du mardi a pour titre : Que le cœur de Jésus-Christ est le trône de Vamour divin, où le Père éternel règne souverainement ; celui du mercredi : Que le cœur de Jésus est le chef-d'œuvre du Saint-Esprit, qui n'est qu'amour ; celui du jeudi : Que le cœur de Jésus-Christ est uni per-

1. L'édition de 1679 porte : « en votre place ». C'est la seule différence que j'aie remarquée.

2. T. 5, p. 12 et p. 26. Dans l'édition de 1679, la préface n'est pas paginée.

sonnellement au Verbe, qui est le principe de Vamour ; celui du vendredi et du samedi : De la singulière excellence du sacré cœur de Jésus-Christ et de son très ardent amour envers Dieu K Toutes belles que soient ces considérations, nous ne pouvons nous y arrêter. Remarquons seulement quelques traits de la dévotion. Et d'abord, le recours à la médiation du Sacré-Cœur : « Si notre cœur est trop petit et trop bas pour aimer et honorer un Dieu qui est si grand, nous pouvons nous acquitter de nos devoirs en l'honorant et l'aimant du cœur de Jésus. Car enfin il est à nous, son Fils nous l'a donné, et si nous le lui offrons avec humilité pour suppléer à notre impuissance, il se tiendra content et satisfait 2. » Cette prière aussi, qui vient si bien à la fin d'une belle considération sur « l'étroite correspondance entre le Saint-Esprit et Jésus-Christ » et sur « la sympathie de ces deux cœurs qui ne se donnent jamais l'un sans l'autre » : « Mon Dieu, créez un cœur pur en moi, et renouvelez un esprit droit dans mes entrailles (Ps. 50, 12). Je sais que celui qui vous aime d'un cœur pur a le don du Saint-Esprit et que celui qui a le don du Saint-Esprit a le gage de la vie éternelle (2 Cor. 1. 22), a le sceau des prédestinés : donnezmoi donc votre cœur, qui est la source de toute pureté... Donnez-moi votre esprit pour me conduire ; donnez-moi votre cœur pour obéir et suivre votre conduite ; donnez-moi l'un et l'autre pour vous aimer dans l'éternité. Amen. 3 »

1. Œuvres du P. Nouet, Paris 1879, t. 20 (7e de la Dévotion envers N. S. J.-C), p. 451-466.

2. Entretien pour le mardi de la 22e semaine après la Pentecôte, fin. L. c. p. 454.

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