Mot à mot : D'avoir à cœur ce cœur
je dois chercher un autre cœur, et. gloire vous en soit rendue, ô mon Jésus, je l'ai trouvé. Je vois votre très sacrée poitrine ouverte par la lance, et j'y vois votre cœur, ou, pour mieux dire, le mien. Car vous m'avez été donné... Tout ce que vous êtes est à moi : don de votre Père, don de vousmême. Donc votre cœur même est mien lui aussi. Et cela me suffit ; je ne cherche plus un autre cœur... Salut donc mille fois et encore mille fois, ô cœur très divin ; salut, trône de la divinité, abîme des grâces, temple de la gloire ! Salut, délices du Père suprême, tabernacle du Fils éternel, sanctuaire du Saint-Esprit. Salut, cœur de la divine Mère (Dei parce corculum), joie des Anges, centre des âmes saintes. Salut, aimant des cœurs pieux, demeure des justes, asile des pécheurs. Vous êtes l'école de la sagesse chrétienne, le lieu d'exercice de la vie parfaite, l'atelier de la béatitude éternelle... Passer en vous, demeurer en vous, vivre et mourir en vous, c'est tout mon désir. En vous est toute ma joie, ma gloire, ma vertu, mon trésor, mes richesses, mon repos et ma paix, ma vie et mon salut, tout mon bien. O Jésus, ô Jésus, permettez que mon âme entre en votre cœur. Accordez-moi, à moi aussi, un petit coin (angulum) dans ce cœur, vous qui n'excluez aucun pécheur, et qui avez voulu que la lance y ouvrît un asile pour tous...
» Votre cœur, sur la croix, a été affligé, angoissé... Alors, oui alors, ô mon Jésus, j'étais moi aussi dans votre cœur, vous pensiez à moi, vous offriez votre sang pour moi... J'ai donc raison de me réfugier dans votre cœur, où je trouve mon nom écrit : j'y veux vivre et mourir... Je vous prie donc par
votre très sacré cœur, et, je vous en supplie, mon très doux Jésus, excusez mon audace... Quel autre remède pour mon salut, quel autre gage puis- je avoir que votre cœur ? Si vous me répondez, je ne m'éloignerai pas ; je m'asseoirai à la porte et je frapperai jusqu'à ce que vous m'ouvriez soit pendant la vie. soit à la mort. Car maintenant votre serviteur a trouvé son cœur, qui, jusqu'à présent, sous le manteau de l'amour-propre, était caché dans les embarras des choses terrestres. Maintenant, je le cache, je l'enferme dans votre très sacré côté ; maintenant, je l'arrache et je le sépare pleinement de tout ce qui n'est pas Dieu et chose de Dieu, ou qui ne conduit pas à Dieu ; je le confie à votre très doux cœur, je le lui donne, je le lui consacre... Faites-le grand, pour qu'il tienne le monde entier pour un rien ; faites-le haut, pour qu'il dédaigne tout ce qui passe... Alors je pourrai, dans la joie et la paix, dire partout et toujours : Votre serviteur a trouvé son cœur, et avec son cœur, la droiture de conseil, la force d'âme, la pureté d'esprit, la grâce parfaite, la gloire suprême, les délices célestes, la béatitude éternelle ; parce que, avec mon cœur, j "ai trouvé aussi le vôtre, et du même coup vous, mon Jésus blessé ; et en vous le Seigneur Dieu, tout mon bien. Je suis le serviteur de votre cœur ; vous êtes le Dieu de mon cœur l.
Le P. Jacques Nouet (1608-1680) est, avec le P.
1. Pla cum Jesu vidnerato colloquia, bono publico vulgata a Joanne Paullino societatis Jesu sacerdote, Munich 1668, p. 200-208. Ces extraits sont traduits directement sur le texte latin, qui m'a été communiqué, comme tant d'autres choses, par M. R. de La Bégassière. Le P. Letierce a donné aussi le texte en français ; mais il Ta traduit très librement à son ordinaire.
Saint-Juré, l'un de ceux qui ont le mieux parlé du Sacré-Cœur ; mieux que personne, au moins avant Croiset et Gallifïet, il a expliqué la dévotion et en a fait comme la théorie. On pourrait relever chez lui mainte mention du Sacré-Cœur, mainte page qui en est comme toute pleine 2. Mais il y a plus et mieux chez lui que ces mentions passagères ou d'occasion. Dans VHomme d'oraison, au début de la troisième partie, consacrée à la vie glorieuse de Jésus-Christ, il y a une longue Préface, p. 5-34, où il n'est question que du Sacré-Cœur. Voici comment l'auteur y arrive : « Parce que la principale disposition, dans laquelle nous devons entrer durant le temps pascal, pour suivre l'esprit et la conduite de l'Église, est l'amour divin, qui doit prendre la place de l' amour-propre et détruire en nous le vieil homme, pour nous donner une vie nouvelle semblable à celle de Jésus-Christ ressuscité : il est important d'en former d'abord une excellente idée sur le modèle du saoré cœur de Jésus et de l'amour même que Dieu nous porte. » Et il s'agit bien du cœur de chair ; car l'auteur ajoute aussitôt : « C'est pour cela qu'il a voulu que son côté demeurât ouvert après sa Résurrection, afin que nous y puissions entrer, pour aller puiser le pur amour dans sa source, je veux dire dans ce saint cœur, ce cœur nouveau, ce cœur qui renou-
2. Voir, par exemple, L'homme d'Oraison, 2e partie, 9e méditation, sur le côté percé, t. 2, p. 544-550. Edition Périsse, Paris et Lyon, 1830. Les éditeurs disent dans V Avertissement, p. 3, qu'il n'ont pas cru « devoir changer le style du P. Xouet » ; ils se sont «seulement permis quelquefois, mais rarement, de changer quelques expressions qui avaient vieilli et qui auraient pu arrêter quelques lecteurs. » Là où j'ai pu contrôler, j'ai constaté que les différences sont minimes.
ve]le toutes choses, ce cœur où saint Paul veut que tous les fidèles fassent leur séjour. « Dieu m'est témoin, dit-il, combien je souhaite que vous soyez tous dans les entrailles de Jésus-Christ ». Il ne pouvait nous enseigner un lieu plus propre pour apprendre à aimer Dieu, et pour méditer les mystères de sa vie glorieuse, qui répondent à la vie que nous appelons unitive. Entrons-y donc pour y trouver ces divins pâturages que Notre-Seigneur promet aux ouailles de son bercail ; établissons-y notre demeure par une solide dévotion fondée sur quatre motifs, dont le premier regarde sa noblesse et son excellence ; le second, ses richesses et ses trésors inépuisables; le troisième, ses plaies et ses souffrances; le quatrième, les vœux et les hommages de tous les saints, qui en ont fait le lieu de leurs délices pour y mener une vie sainte, une vie divine, une vie toute nouvelle 1. »
Chacun de ces motifs fait l'objet d'un paragraphe distinct, dont l'ensemble résume l'enseignement traditionnel et fournit, théorie et pratique, une doctrine complète de la dévotion. On voudrait pouvoir citer en entier ces belles pages que Galliffet lui-même ne surpassera pas. En voici, du moins, une brève analyse. Pour montrer « l'excellence et la noblesse du sacré cœur de Jésus », Nouet en signale douze prérogatives : son origine virginale, son union avec « la plus belle âme que Dieu ait jamais tirée de ses trésors », sa subsistance en la personne du Verbe qui en fait « le cœur d'un Dieu », sa sainteté divine, sa vie théandrique, les complaisances qu'y prend le Père céleste, la demeure du Verbe en lui, et le repos qu'y prend le