‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 164 sur 215 · Cité par le P. Le Doré, Le Sacré Cœur de Jésus, p · texte numérisé non relu

Cité par le P. Le Doré, Le Sacré Cœur de Jésus, p

dSb TROISIEME PARTIE. — CHAPITRE V

témoignage considérable, et il faut autant se garder de l'atténuer que de l'exagérer. Les nombreuses publications de ces dernières années ont mis en pleine lumière l'homme et son œuvre ; la polémique, qui d'ordinaire vit d'idées vagues et d'assertions passionnées, n'a plus, semble-t-il, qu'à se taire devant l'histoire, qui apporte des faits précis et des textes clairs, au moins en ce qui regarde le point principal, l'action personnelle du B. Jean Eudes l.

I. Le R. P. Le Doré posa la question en 1870; depuis il y est souvent revenu. Il a donné, en 1891, comme une troisième édition, plus que doublée, de son premier travail, sous le titre : Les Sacrés Cœurs et le Vénérable Jean Eudes, 2 vol. in-8°. Nous citerons l'ouvrage de 1870 sous le titre : Le P. Eudes ; celui de 1891 : Les Sacrés Cœurs. Enfin, il a publié, en 1910, Le Sacré Cœur. Son amour, d'après la doctrine du B. Jean Eudes, Père, Docteur et Apôtre de la dévotion au Sacré Cœur. Il me semble que la polémique a pris une place croissante dans les publications successives du R. P. Le Doré ; la mesure y a perdu d'autant. A signaler encore : Le P. Joseph Dauphin, Les cœurs sacrés de Jésus et de Marie, règle et vie de nos cœurs, d'après la doctrine du V. P. Eudes (1896);Granger, Les archives de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus et au Saint-Cœur de Marie, t. 2, 1893 ; H. Joly, Le B. Père Eudes, 2e édition, 1909 (dans la collection Les Saints) ; Vie du Vénérable Jean Eudes, par le P. D. Boulay, 4 vol. in-8°, 1905-1908 ; le P. Boulay a donné lui-même en 1909 une vie où ces quatre volumes sont résumés en un ; Œuvres complètes du V. (ou du B.) Jean Eudes. Edition entièrement conforme au texte original, avec des Introductions et des Notes. 12 volumes, in- 12. Vannes, 1905-1911. Les Introductions n'ont pas toujours évité la polémique et les généralisations hâtives. Mais elles fournissent des renseignements précieux Les Notes, qui sont d'une autre main, sont, d'ordinaire, exactes et précises. Des tables détaillées (t. 12, p. 237-443) facilitent les recherches.

Pour avoir l'idée des discussions qui se sont engagées à ce sujet on peut voir, en face du P. Le Doré : Hausherr, série d'articles dans le Bulletin de Paray, 15 juin 1887-15 février 1888 ; Letierce, Etude sur le Sacré-Cœur, t. 1, p. 105-114 ; Bouvier, dans les Etudes, 1892, t. 56, p. 134. Ces trois auteurs tendent à minimiser le rôle du P. Eudes. M. Baruteil, 1. c, p. 98- 108, ainsi que le P. Nilles, passim (voir la Table alphabétique,

EFFORTS SPÉCIAUX POUR ORTAtfrSER LA DÉVOTION 387

Né à Caen, en 1601, le P. Eudes eut dès l'enfonce le plus tendre amour pour Jésus et Marie ; dans ses vingt ans de séjour à l'Oratoire, sa piété se nuança quelque peu d'après celle de Bérulle et de Condren. Il lut sainte Mechtilde et sainte Gertrude, Lansperge et Louis de Blois l. Est-ce là qu'il puisa sa dévotion au cœur de Marie et de Jésus ? ou ne fit-il que l'y nourrir ? Il ne semble pas qu'on sache rien de précis à ce sujet.

A partir de 1640 environ, nous le voyons tout dévoué au saint cœur de Jésus et de Marie ; il lui consacre les deux congrégations qu'il fonde, 1641 et 1643 2; il leur prescrit des exercices spéciaux en l'honneur de ce très saint cœur, notamment

au niot Eudes) sont plus favorables au F. Eudes. Les première j apôtres du culte inauguré à Paray, Marguerite-Marie, Croiset, Galliffet, Languet, etc. relevaient avec soin tous les indices de leur chère dévotion dans le passé. Depuis, la tendance a été plutôt de distinguer l'ancienne dévotion et la nouvelle, soit pour mieux revendiquer l'indépendance et l'originalité du mouvement parti de Paray (comme c'est le cas du P. Hausherr et du P. Letierce), soit pour systématiser plus nettement la doctrine (comme c'est, je crois, celui du P. Vermeersch). Il est sûr que le P. Letierce notamment et le P. Hausherr ont exagéré les différences entre la dévotion du B. Jean Eudes et celle de la B. Marguerite-Marie. — Je ne dis rien ici de Marie des Vallées, qui tient un telle place dans la vie du P. Eudes. Rien n'indique qu'elle ait eu une influence spéciale et directe sur le culte du Sacré-Cœur, en tant du moins qu'il se distingue et se détache de la dévotion au cœur de Marie.

1. Telle prière, que le R. P. Le Doré croit du P. Eudes, est traduite textuellement de Louis de Blois.

2. J'avais dit, dans la lre édition (d'après le R. P. Le Doré, Le P. Eudes, p. 17 ; cf. Les Sacré Cœurs, t. i, p. 76 ; t. n, p. 298) que le cœur de l'écusson eudiste était celui de Jésus et de Marie. C'est inexact. Le P. Lebrun a démontré, senible-t-il, que c'est celui du fidèle. Œuvres complètes du V. Jean Eudes, t. 6. p. CXLVJII, note 2. Même cas donc ici que pour la Visitation, pour Jeanne de Matel, pour la Mère Angélique. Voir ci-dessus, p. 300, 324, 333.

la salutation célèbre : Ave Cor sanctissimum..., Ave Cor amantissimum Jesu et Mariœ i.

Dès 1646, il leur fait célébrer solennellement la fête du Saint-Cœur de Marie — on verra tout à l'heure que, pour le P. Eudes, le cœur de Marie ne va pas sans le cœur de Jésus — d'abord le 20 octobre, qu'il consacrera plus tard au cœur de Jésus, puis le 8 février, qui restera réservé au cœur de Marie ; il compose pour cette fête un office, qui est approuvé dès 1648 par quelques évêques.

La fête ne reste pas dans l'intérieur des communautés. En 1648, le P. Eudes la célèbre solennellement dans la cathédrale d'Autun. Le mouvement se propagea dans plusieurs diocèses, en Bourgogne notamment et en Normandie, sous l'influence du P. Eudes et de ses Congrégations. Une sorte de tiers-ordre qu'il fonde vers 1650, les confréries du Saint-Cœur, qu'il établit en maint endroit, contribuent à répandre et à faire connaître sa chère dévotion. Le livre se joint à la parole et à l'action. Dès 1648, le P. Eudes publie à Autun son ouvrage de La dévotion du très saint Cœur et du très saint Nom de la B. Vierge Marie ; il le réédite à Caen, en 1650. En 1654, les Eudistes établissent dans leur collège de Lisieux une Congrégation de la Sainte Vierge, sous l'invocation de son saint Cœur, avec petit office 2. En 1655, ils inaugurent, dans leur séminaire de Coutances, la première église bâtie en l'honneur du Cœur de Jésus et Marie ou, comme on disait plus souvent, du Cœur de Marie 3. La dévotion se répandit aussi à Paris,

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